" La maison de Jeanne d'Arc à Tours "
par Louis de Grandmaison - 1929 |
La Touraine occupe une place importante dans la première
année de la glorieuse épopée de Jeanne d'Arc, dont nous célébrons
en 1929 le cinquième centenaire.
A Chinon, la sainte héroïne se présenta au roi Charles VII
et lui fit connaître l'objet de sa mission : délivrer Orléans
et conduire le souverain à Reims pour y être sacré. C'est à
Sainte-Catherine-de-Fierbois que Jeanne, sur l'indication
de ses voix, envoya chercher l'épée qui se trouvait près de
l'autel de la chapelle de ce pèlerinage fréquenté. A Tours, un
armurier, dont le nom est malheureusement inconnu (1), confectionna
son harnois et le peintre Hennes Poulvoir peignit
ses étendards. Dans cette dernière ville, le souvenir de son
passage est attaché à l'église des Augustins, où elle allait
prier ; il subsiste encore quelques restes de cet édifice dissimulés
derrière la façade d'une construction récente à l'angle
nord-est des rues actuelles des Halles et Marceau (2).
Quant à la maison où descendit la Pucelle pendant le séjour
qu'elle fit à Tours, en avril 1429, de nombreuses recherches
ont été faites dans le but d'en fixer l'emplacement (3). Après avoir résumé les données du problème fournies par les documents
contemporains, nous examinerons la valeur des hypothèses émises jusqu'à ce jour, puis verrons si, à l'aide de
pièces d'archives non encore signalées, il n'est pas possible
d'apporter à cette question une solution nouvelle.
Les seuls témoignages anciens sont les deux dépositions
faites, en 1455, lors du Procès de réhabilitation, par Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne, et par son écuyer, Louis de
Coutes (4). D'après le premier, la Pucelle eut pour hôte Jean
Dupuy, bourgeois de Tours (5). Si l'on en croit le second, elle
fut logée chez une femme nommée La Pau (6). Ces deux affirmations, bien que contradictoires en apparence, concordent
cependant parfaitement entre elles. Ainsi que l'a établi le
marquis de Beaucourt (7), Jeanne reçut l'hospitalité chez Jean
Dupuy, marié à Éléonore de Paul, appelée communément
La Pau.
L'origine de Jean Dupuy ou Du Puy est, jusqu'à présent
du moins, totalement inconnue. Pasquerel le dit bourgeois de
Tours ; il ne semble pas avoir appartenu, comme on l'a cru, à la famille noble de ce nom et aucune parenté prouvée
n'existe entre lui et les abbés de Marmoutier et de Cormery
du nom de Dupuy. D'après Vallet de Viriville, Jean Dupuy
aurait été, dès 1413, attaché à Yolande d'Aragon, épouse de
Louis II, duc d'Anjou et roi de Sicile (8). Quoi qu'il en soit, c'est
en 1425 seulement (9) que son nom apparaît pour la première
fois dans les archives tourangelles. Par lettres signées à
Angers le 21 octobre 1424, Charles VII avait donné le duché
de Touraine, à l'exception des châteaux, ville et châtellenie
de Chinon, à sa belle-mère, Yolande d'Aragon, veuve depuis
1417, pour et au nom de son fils Louis III, duc d'Anjou et roi de Sicile, à l'occasion du mariage projeté entre ce prince et
Isabelle, fille du duc de Bretagne (10). En vertu de cette donation,
Yolande chargea Bertrand de Beauvau, évêque d'Angers,
et sire Jean Dupuy de prendre possession du duché au
nom de son fils ; cette prise de possession eut lieu pour le
duché le 5 janvier 1425 (n. st.) et pour le château de Tours le
7 du même mois (11).
Jean-Dupuy est qualifié conseiller de la reine de Sicile
dans de nombreux documents (12) et, entre autres, dans une
lettre sans date adressée aux habitants de Tours, au nom de
cette reine, envoyant vers eux son écuyer, Antonnet de La
Salle, pour se plaindre qu'on n'ait pas voulu laisser passer du
vin destiné à sa provision et qu'à cette occasion les meubles
de l'hôtel de Jean Dupuy à Tours aient été saisis (13).
Quand, au début de 1430, Jeanne d'Arc écrit pour demander aux habitants de Tours d'accorder 100 écus, à l'occasion
de son mariage, à Héliette, fille de Hennes Poulvoir, le
peintre de ses étendards, elle adresse sa lettre aux quatre élus et à sire Jean Dupuy ; ce dernier, « conseiller de la reine
de Sicile », assiste à la première réunion tenue à ce sujet au « tablier » de la ville, le 19 janvier 1430 (n. st.) (14).
En 1433 et les années suivantes, Jean Dupuy, alors conseiller
du roi Charles VII et maître de sa Chambre des
comptes, était propriétaire de Bouzay, en la paroisse d'Athée (15),
et avait des difficultés au sujet de ce fief avec le chapitre de
Saint-Martin de Tours (16). C'est probablement encore lui, sire
Jean Dupuy, seigneur de Saint-Georges-sur-Loire (17), qui transige
avec les religieux de Marmoutier (18), au sujet du lieu de
Mauny (19), le 19 février 1435 (n. st.) (20).
Charles VII accorda, en juillet 1439, à son « amé et féal
conseiller Jehan du Puy, seigneur de la Roche-Saint-Quentin
(21) », congé et licence « pour la seureté et salvation de luy,
ses hommes et subjects et de leurs biens, et pour obvier aux
grans dangiers, pertes, pilleries et roberies des gens d'armes
et autres, passans et repassans » au pays de Touraine, « de
fermer, clorre, fortifier et emparer... de murs, fossés, portaux,
pont-levis, tours, garites, barbacanes et autres choses
nécessaires et défensables », le « bel hostel, grant et spacieux », qu'il possède au dit lieu de la Roche-Saint-Quentin (22).
En 1452, le roi, venant de Montbazon (23), où il avait célébré les fêtes de Pâques chez Aymar de La Rochefoucauld (24), séjourna
chez Jean Dupuy, au château des Roches-Saint-Quentin, au moins du 17 avril au 6 mai (25), c'est-à-dire pendant environ trois semaines.
Nous ignorons la date de la mort de Jean Dupuy, mais on
trouve, en 1463, un personnage de ce nom, qui doit très probablement être soit lui-même, soit son fils, rendant aveu, le
14 août, au trésorier de la collégiale de Saint-Martin de
Tours pour le fief et domaine de Chênaie, en la paroisse
d'Athée (26), tenu du dit trésorier à foi et hommage simple (27).
Par contre, quoi qu'on en ait dit (28), il ne paraît y avoir aucune
relation entre Jean Dupuy, seigneur des Roches-Saint-Quentin, et maître Jean Dupuiz, élu de Tours en 1451-1452
et en 1455-1456, élu supplémentaire de juillet 1461 à octobre
1462, qui fut au nombre des vingt-quatre échevins nommés
le 8 octobre 1462 (29) en vertu de la nouvelle charte municipale
accordée par Louis XI (30).
C'est, semble-t-il, entre 1425 et 1429 que Jean Dupuy épousa une Angevine, Éléonore de La Pau, ou plutôt de
Paul. Celle-ci avait peut-être, ainsi que le suppose le marquis
de Beaucourt, été élevée avec Marie d'Anjou, l'épouse de Charles VII. « Toujours est-il, ajoute le même auteur, que,
dès 1419, elle était attachée à sa personne, car, dans des
lettres du dauphin, du 20 décembre, lui octroyant une somme
de trente-trois livres, elle est qualifiée de « damoiselle de « notre très chière et très amée compagne (31) ». Elle resta constamment dès lors auprès de la reine (32) ». Éléonore ne devait
pas encore être mariée quand, le 5 avril 1425 (n. st.), Charles,
devenu roi, lui fit don et remise du tonlieu de 100 pipes de
vin, s'élevant à la somme de 125 livres tournois (33).
« Damoiselle Hélionor La Paule, femme de sire Jehan Dupuy,
seigneur de la Roche-Saint-Quentin », est l'un des
témoins du testament que fit à Tours, le 4 juin 1433, l'épouse
de Louis de Bueil, chevalier, seigneur de Marmande (34), Anne de Tucé, dame de Clinchamp et de Sainte-Julitte en Touraine
(35), fille de Baudouin de Champagne, chevalier, seigneur
de Tucé (36), chambellan du roi, bailli de Touraine, et de Jeanne
de Tucé (37).
Jusqu'à ce jour, on a toujours cherché la maison de Jean
Dupuy et d'Éléonore de Paul sur la paroisse de Saint-Pierre-le-Puellier de Tours, sous prétexte que, dans le Compte de « Martin de Bryon, receveur général des denrées et revenues
appartenant à la fortification et défense de la ville de Tours,
dès le portal des Jacoppins (38) en aval », pour l'année du
1er novembre 1378 au 31 octobre 1379, se trouve mentionné, à la recette « des restes des festages de maisons estans en
laditte ville de Tours depuis le portal des Jacobins en aval »,
une somme de 12 livres tournois payée par un Jean Dupuy
demeurant en cette paroisse de Saint-Pierre-le-Puellier (39).
Rien ne prouve que le Jean Dupuy de 1378 et celui de 1429
soient un même personnage ; eeîa paraît fort douteux,
puisque le dernier vivait encore en 1452 et peut-être en 1463,
comme on vient de le voir. Bien plus, on n'a jamais pu établir qu'il y ait entre eux la moindre parenté ; le nom de Dupuy était assez répandu alors en Touraine (40). Du reste, quand
on pourrait faire la preuve de l'identité des deux Jean
Dupuy, comment serait-il possible d'affirmer que, dans
l'espace de cinquante et un ans, il n'ait pas changé de domicile
?
Sans s'arrêter à ces objections, on a affirmé bien gratuitement
que la maison où descendit Jeanne d'Arc était située
en la paroisse de Saint-Pierre-le-Puellier et on a même cru
pouvoir en fixer l'emplacement.
Il existe sur l'ancien territoire de cette paroisse, rue Briçonnet,
appelée autrefois rue des Trois-Pucelles, une antique
demeure de la fin du XVe siècle connue à tort sous le nom de
Maison de Tristan et désignée quelquefois sous celui de Maison de la Cordelière. Dans la cour intérieure de cet hôtel se
lit une inscription ainsi conçue : Priez Dieu pur ou Prie Dieu
pur. Le savant et ingénieux érudit qu'était notre maître
Anatole de Montaiglon reconnut dans ce texte pieux l'anagramme de Pierre Dupuiz ou Dupui. Il en conclut à bon
droit que le constructeur de ce curieux logis portait ce nom.
Cette opinion fut admise par Charles de Grandmaison dans
son Tours archéologique (41). Pour qui connaît l'usage fréquent fait de l'anagramme aux XVe et XVIe siècles, la conclusion
d'Anatole de Montaiglon ne peut être mise en doute, d'autant plus qu'un « sire Pierre Du Puis » était propriétaire de la maison
en question en 1495, peu après sa construction (42).
Partant de ces faits, qui paraissent bien acquis, plusieurs érudits ont proposé (mais sans apporter la moindre preuve)
de voir dans Pierre Dupuy le descendant, peut-être même le
fils, de Jean Dupuy, seigneur des Roches-Saint-Quentin. Puis, les uns ont laissé entendre, les autres ont affirmé, que cette
maison aurait été construite à la fin du XVe siècle sur l'emplacement
de celle où Jeanne d'Arc avait reçu l'hospitalité
en 1429.
En si bon chemin, pourquoi ne pas aller plus loin ? Dans le
pieux désir de posséder l'hôtel même habité par la Pucelle,
on a voulu voir dans la Maison de la Cordelière une construction élevée plutôt au commencement qu'à la fin du
XVe siècle et seulement remaniée à cette dernière époque.
Dès lors, rien n'est plus simple ; on suppose que Pierre Dupuy,
son constructeur, est le père de Jean, mari d'Éléonore de
Paul, et on ajoute : « Nous aurions donc ici l'hôtel où descendit
Jeanne d'Arc. La chose est possible, et même probable. »
Des hypothèses qui viennent d'être brièvement résumées,
il n'y a en somme rien à retenir, tant qu'un document ne
viendra pas les étayer. De l'exposé qui précède, il est donc
légitime de conclure qu'aucun des textes signalés jusqu'à ce
jour ne permet de connaître où était située la maison qui
abrita la Pucelle lors de son séjour à Tours en avril 1429,
et qu'on n'est même pas en droit d'affirmer que Jean Dupuy
habitât alors en la paroisse Saint-Pierre-le-Puellier.
Maintenant que le terrain est déblayé, il devient loisible
d'examiner si, à l'aide de renseignements nouveaux, il ne
serait pas possible de retrouver, sinon la maison de Jean
Dupuy, du moins son emplacement.
L'inventaire dressé en février et mars 1561 (n. st.), après
les décès d'un riche bourgeois de Tours, François Lopin, contrôleur au grenier à sel, sieur de la Guittonnière (43), et de Michelle
Burdelot, son épouse (44), indique qu'ils sont morts dans
leur maison, sise à Tours, rue des Carmes, aujourd'hui rue
Paul-Louis-Courier. Parmi les titres analysés dans cet inventaire
est un acte du 17 avril 1437, après Pâques, par lequel Me Jean Dupuy, conseiller et maître des comptes du
Roi, seigneur de la Roche-Saint-Quentin, vend à Jean Burdelot,
apothicaire de la Reine et valet de chambre de Mgr le
Dauphin, la maison même où sont décédés les dits défunts
Lopin et Burdelot (45). D'après un autre titre mentionné également
dans cet inventaire, cette maison était chargée de
25 livres tournois envers Me Jean Méon, qui avait acheté
cette rente de défunte Madame l'élue Gallocheau, Jeanne Briçonnet, au profit de laquelle elle avait été constituée en
1536 (46).
A l'aide des renseignements qui précèdent, est-il possible
de fixer l'emplacement de la maison vendue en 1437 par
Jean Dupuy? Oui, et d'une façon absolument certaine, grâce à deux actes de vente la concernant sans aucun doute,
puisque dans l'un comme dans l'autre la rente constituée au
profit de Jeanne Briçonnet, épouse de Jean Gallocheau, et
acquise par Jean Méon, est mentionnée.
Par le premier acte, François Lopin, un des fils du précédent,
receveur du taillon de la ville de Tours, et Aimée Marbault,
son épouse, vendent, en 1565, à Nicolas Girault, contrôleur
d'office de la reine d'Écosse, douairière de France,
Marie Stuart, et à Françoise Péquineau, son épouse, les deux
tierces parties par indivis d'une maison et ses dépendances,
rue des Carmes, paroisse Saint-Saturnin, au fief de l'abbé de
Saint-Julien de Tours. Cette maison était chargée de 12 deniers
tournois de cens envers ce fief et de 25 livres tournois de
rente envers Me Jean Méon, procureur à Tours ; elle joignait d'un long à celle de Jean Mornay et sa femme, qui fut au feu
Juste, d'autre à celle de Jean Lussault, par le devant à la rue
des Carmes et par le derrière à la maison du vendeur, avec
une sortie sur la rue de la Poissonnerie (47), aujourd'hui rue
Littré. Cette dernière indication montre que la maison vendue était à l'ouest de la rue des Carmes. Par un autre passage
du même acte on voit que la maison de Jean Mornay était
située du côté opposé au couvent des Carmes, par conséquent
au sud de celle qui était vendue. Or, la maison Mornay a déjà été identifiée ; c'est un petit édifice du XVIe siècle orné de gracieuses
sculptures et portant aujourd'hui le n° 17 de la rue
Paul-Louis-Courier. Mon père a prouvé qu'elle fut construite
par Juste de Juste, l'un des membres de la célèbre famille des
sculpteurs italiens, dont les armes, coupé de sable et d'or au
lion de l'un en l'autre, se voient encore au-dessus de l'ancienne porte (48).
Quelques années plus tard, la maison qui avait appartenu
successivement à Jean Dupuy, Jean Burdelot, François
Lopin père et fils et Nicolas Girault, était devenue, par un
acte qui n'a pas été retrouvé, la propriété de Jean Bellodeau,
seigneur de La Loge, bourgeois et échevin de Tours ; le 27 novembre
1578, ses gendres, munis de sa procuration, la
vendent à diverses personnes, parmi lesquelles Claude Robin,
sieur du Plessis, bourgeois de Tours, et Martine Lempereur,
son épouse. Dans cet acte se retrouvent en partie les mêmes
indications que dans la précédente vente : la maison joint
par le devant le pavé de la rue des Carmes et par le derrière
celui de la rue de la Poissonnerie et la maison des héritiers
de feu François Lopin, receveur du taillon ; elle doit le même cens à l'abbaye de Saint-Julien et la même rente à Jean
Méon (49).
Claude Robin appartenait à une famille de maîtres ouvriers
en soie et fut échevin de Tours ; de son mariage avec
Martine Lempereur, il eut plusieurs enfants, parmi lesquels
Charles Robin, sieur de Courçay, qui épousa, vers 1590 Marie Quantin (50). Ce dernier, décédé, ainsi que sa femme, avant
1640, avait démoli au commencement du XVIIe siècle la maison
acquise par son père et construit sur son emplacement
le bel hôtel encore subsistant rue Paul-Louis-Gourier, n° 15,
qui, comme celui qui l'a précédé, donne sur les deux rues
appelées anciennement des Carmes et de la Poissonnerie et
joint au sud la maison construite par Juste de Juste (51).
Les faits dûment établis par la présente note sont les suivants
:
Jean Dupuy, seigneur des Roches-Saint-Quentin, hôte de
Jeanne d'Arc en 1429, possédait huit ans après une maison
située rue des Carmes.
C'est sur l'emplacement de cette maison que fut construit,
au XVIIe siècle, l'hôtel Robin-Quantin (52).
N'est-on pas en droit d'ajouter que, selon toute vraisemblance,
c'est là que séjourna, en avril 1429, la libératrice de la
France ?
En terminant, nous exprimerons le voeu qu'une inscription
soit placée sur l'hôtel Robin-Quantin 3 et que cet édifice
soit classé parmi les monuments historiques ; il le mérite
tant par sa valeur artistique que par le souvenir de Jeanne
d'Arc. Il y aurait lieu également de classer la maison Juste de Juste et d'y apposer la plaque déjà demandée par mon père
en 1903 (53).
LOUIS DE GRANDMAISON
PIÈCES JUSTIFICATIVES
I
LETTRE ÉCRITE AU NOM D'YOLANDE D'ARAGON,
REINE DE SICILE, AUX HABITANTS DE TOURS
(1418 ? Peut-être plutôt 1428 ?)
Très chers et bien amez, nous avons enchargié à nostre bien
amé escuier Antonnet de La Sale vous parler de nostre part sur ce
que aucuns vins qui estoint pour nostre provision, lesquelx nostre
bien amé conseiller Maistre Jehan Dupuy fist jà piéça venir par
deçà, furent arrestez par delà, et pour yceulx laisser passer eustes
obligacion de Robin de Beaumont et Guillaume Bouhalle de la
somme de iij° livres tournois, et aussi sur ce que les meubles
dudict Jehan Dupuy, qui estoint à son hostel par delà, ont esté
prins. Si vous prions très affectueusement que vueillez croire ledict
Antonnet de ce qu'il vous dira de nostre part touchant ceste matière
et y faire ainsi que vouldriez que feissions pour vous et en manière que vous en doyons savoir gré. Et sur ce nous faictes responce par
ledict Antonnet.
(Signé :) N. HALLOYS.
(Archives municipales de Tours, EE. 2. Original en papier, sans
adresse. — Au dos, de la main de Ch.-Fr. Gerbault, chanoine de
Saint-Pierre le-Puellier, chargé en 1735 du classement des
archives de l'hôtel de ville : « Hôtel de ville de Tours. Guerre civile et des Anglois. 1418. Lettre de la reine de Sicile, qui se
plaint qu'on n'a pas voulu laisser passer les vins de sa provision
sans une obligation de Jean Dupuy, son conseiller, de la somme
de 300 livres. »)
II
PRISE DE POSSESSION DU DUCHÉ DE TOURAINE ET DU CHÂTEAU DE
TOURS, AU NOM DE LOUIS III, ROI DE JÉRUSALEM ET DE SICILE,
DUC D'ANJOU, PAR BERTRAND DE BEAUVAU, ÉVÊQUE D'ANGERS,
ET JEAN DUPUT, COMMIS À CE PAR YOLANDE D'ARAGON,
REINE DE SICILE.
(5 et 7 janvier 1425, n. st.)
Pour la possession du duché de Touraine et ville de Tours prinse
pour la royne de Sécille.
Le cinqme jour de janvier mil iiijc xxiiij, au lieu de la Massequière,
en la présence de Jehan Simon, lieutenant, etc., se sont
assemblez : Gillet de Brion, Pierre Bonnart et Jehan Suau, esleuz
de ladicte ville ; maistres Jehan Sauvestre, doyen de l'église de
Tours, Giraut Barrière, JehanChevrier, Gieffroy Gobin et Pierre Dubois,
chanoines de ladicte église pour chappictre d'icelle ; maistres
Pierre Bonafos, prévost de Réthigné, Jourdan Morin, Bertran
Plaisant, Jehan Deslandes dit Boucaudry et Jehan Tenegot, chanoines
de l'église de Mons. Saint-Martin pour chappictre de ladicte église ; le sire de Mouy, cappitaine des ville et chastel de Tours ;
maistre Pierre Sohier, Jehan Godeau, Jehan de Brion, Guion Farineau,
Jamet Lopin, Jehan Peslieu, Berthelot Lopin, maistre
Jehan Farineau, Guillaume Rousseau, Macé de La Bretonnière,
Jehan Innocent, Jehan Gobin, Macé Aveline, maistre Jehan Lopin,
Jehan Poissonnet, Jehan Bordeau, Michau Charbonneau,
Guillemot Toreau, Colas de Montbason, Jehan Barrière, Roulet
Lemoine, André Gorges, Jehan Rogon, Jehan Lesaintier, Jehan
Meloain (?), Jehan Garnier, Richart de Fougerais, Bertran Mosnier,
Jehan Berthelot, Pierre Binet, Henry de Douay, Pierre Mesangière,
Poul Amil, Estienne Gaultier, Pierre Baillie, Jehan Berruer,
Estienne Bouchart, Anthoine Decours, Estienne Garnier,
Estienne Langloys, Jehan Cartau, Jenson Loisel, Jehan Boulier,
Pierre Fumée (?), Pierre Richart et plusieurs autres bourgeois
et habitans de ladicte ville en grant nombre ;
Pour conseiller et adviser entr'eulx se on baillerait la possession
du duché de Touraine, ville et chastel de Tours à très haulte et
excellente princesse la royne de Sécille, pour et ou nom de très
hault et excerlant prince le roi de Jherusalem et de Sécille, duc d'Anjou, son filz, auquel le Roy nostre sire a taillé ledict duché
non compris les ville, chastel et chastellenie de Chinon, comme
est appareu par lectres du Roy nostre dict seigneur ;
Ont touz esté d'acort et d'oppinion que on obbéisse aux lectres
du Roy nostre dict seigneur et que, selon leur contenu, on baille
ladicte possession dudict duché de Touraine à ladicte princesse ;
Et, avec ce, par lesdis bourgeois et habitans a esté appointé et
délibré que à Révérend Père en Dieu l'évesque d'Angers, Bertran
de Beauvau et sire Jehan Dupuy, embasseurs et commis par
ladicte princesse à prandre ladicte possession, lesquelx sont venuz
en ceste dicte ville pour celle prandre pour et ou nom de ladicte
princesse ou nom qu'elle procède, sera fait présent et donné du vin
et poisson bien et honnorablement, ainsi que parlesdis esleuz sera
esgardé estre à faire.
Et, après ce, celui cinquiesme de janvier, sont venuz audict
lieu de la Massequière lesdis embasseurs et comis à prandre
ladicte possession par ladicte princesse ; en la présence desquelx
et de touz les gens d'esglise, bourgeois et habitans dessus nommez,
lesdictes lectres du Roy nostre dit sire du bail dudict duché, avec
l'estache de Messieurs de (sic) et la commission et procuration
d'iceulx embasseurs ont esté leues et publiées ; après
laquelle publication par ledict lieutenant à ce comis par lectres du
Roy aussi leues et publiées, ont les dessus nommés embasseurs,
pour et ou nom de ladicte princesse oudict nom, esté mis en possession
et saisine dudict duché de Touraine, en faisant commandement
auxdis esleuz de obbéir par tout où il appartiendra (?) et
audict cappitaine et de (sic) bailler la possession dudict chastel,
lequel a respondu qu'il se gardera de mesprandre.
Et ce fait, en la présence dudict lieutenant sont alez lesdis
Bertran de Beauvau et sire Jehan Dupuy, embasseurs dessusdis,
lesdis esleuz de ladicte ville, présens plusieurs des bourgeois et
habitans d'icelle ville, à la porte de Nostre-Dame de la Riche,
l'une des principalles portes de ladicte ville, pour avoir et prandre
la possession d'icelle.
En prenant laquelle possession d'icelle ville, par lesdis esleuz
ont esté baillées les clefs d'icelle ausdis embasseurs, en les maintenant
et gardant en leurs privillèges, franchises et libertés, lesquelles
clefs ils ont rendues et baillées ausdis esleuz comme la
garde d'icelles appartenant à ladicte ville, en recevant d'eulx le serment en ce acoustumé ; et de ce ont lesdis esleuz requis lectre,
qui leur a esté octroiée (54).
Item, le vije jour dudict mois de janvier, celui an, par lesdis
embasseurs, en la présence dudict lieutenant, fut prinse la possession
dudict chastel, à eulx baillée par ledit de Mouy, cappitaine
dessusdict, et leur bailla les clefs d'icelui, entrèrent en la sale et
autres lieux dudict chastel, icelui ouvrirent et fermèrent. Et
après ce, pour ce que ledict cappitaine n'estoit pas encore pourveu
requist aux dessusdicts embasseurs qu'il eust délay de faire oster
ses biens et choses dudict chastel jusques à la fin dudict mois de
janvier ; ce que lui fut octroié, pour ce qu'il promist et jura que, à la fin dudict mois, il le bailleroit et rendroit à ladicte princesse
ou à ses commis ; et cependant le garderoit pour et ou nom d'elle.
(Archives municipales de Tours, Délibérations, t. III, fol. 9.)
III
INVENTAIRE DES SUCCESSIONS DE FRANÇOIS LOPIN, CONTRÔLEUR
POUR LE ROI AU GRENIER À SEL DE TOURS, ET DE MICHELLE
BURDELOT, SON ÉPOUSE, DÉCÉDÉS À TOURS, RUE DES CARMES.
EXTRAIT DE L'INVENTAIRE DES TITRES.
(Février et mars 1561, n. st.)
A
Rente de 25 livres tournois sur la maison Lopin-Burdelot, à Tours,
constituée au profit de Jeanne Briçonnet, dame de Champgrimon, épouse de Jean Gallocheau, élu de Tours (7 mars 1536, n. st.)
et acquise par Jean Méon (25 mai 1556).
Plus une autre lyasse de quictances de la somme de vingt-cinq
livres tournois de rente deue et assignée sur la maison desdis deffunctz
Lopin et Burdelot, en ceste ville de Tours, qui a cydevant
apartenue à deffuncte l'esleue Gallocheau (55) et de présent appartient à Me Jehan Méon par achapt qu'il en a faict des héritiers de ladicte deffuncte Gallocheau par deux contractz dont les coppies
sont attachées ausdictes quictances en dabte du xxve jour de
may mil Ve cinquante-six passés par Pierre Couraudeau, notaire
du pallais archiépiscopal ; lesdictes quictances, qui sont en nombre
de vingt-six, sont signées les unes Briçonnet, les autres M. de
Beaulne, les autres Ruzé, les autres Berthelemy, les autres Marie
Sapin, les autres P. Brocet (?) et les autres Méon, dont la dernière
est pour une année escheue au terme de Nouel mil Ve LIX, en
dabte du xije jour de juillet mil Ve soixante, signée Méon ; ausquelles
quictances est, en oultre, attaché le contract de la constitution
de ladicte rente faicte par ledict deffunct François Lopin à noble dame Jehanne Briçonnet, dame de Champgrimon, en dabte
du septme jour de mars mil Ve XXXV, signé Portays ; lesdictes
pièces sont demourées attachées ensemble et cothées... XIX.
B
Vente d'une maison, rue des Carmes, par Michelle Burdelot à François
Lopin (17 janvier 1558, n. st.).
Ung autre contract en parchemin aussi passé en ladicte court
de Chasteauneuf, le dix-septiesme jour de janvier mil Vc cinquantesept,
signé Bastart et seellé en queue double de cire verte, par
lequel ladicte damoiselle Michelle Burdelot, pour demeurer quicte
de la somme de xijc escus par elle deuez audict Lopin en faveur de
leur mariage, luy cedde et délaisse deux corps de maison séans en
ladicte paroisse Sainct Saturnyn, rue des Carmes, comme apert
par ledict contract... cothé au doz III.
Vente d'une maison, à Tours, par Jean Dupuy, conseiller et maître
des Comptes du Roi, à Jean Burdelot, apothicaire de la Reine
(17 avril 1437).
Item, ung contract en parchemyn passé en la court du Roy à
Tours, le dix-septiesme jour d'apvril l'an mil quatre cent trente sept
après Pasques, signé Gregault et Berthelot, et seellé, par lequel
il apert honnorable homme Jehan Burdelot, appothicaire de la
Reyne et vallet de chambre de Monseigneur le Daulphin, avoyr
acquis de honnorable homme et saige Me Jehan Dupuy, conseiller
et maistre des Comptes du Roy, seigneur de la Roche-Saint-Quentin, une maison avec les caves et vergiers, qui est la maison et jardin où sont décédez lesdis deffuncts Lopin et Burdelot, en
ceste ville de Tours, avec lequel est attaché ung acte portant
quictance et payement des ventes faict à Messieurs de Sainct-
Jullien de Tours, seigneurs de fief, signé Gregault ; lequel contract
avons cothé LXXVII.
(Archives d'Indre-et-Loire, dépôt de Me Fontaine, minutes de
Robert Lefebvre, février-mars 1561, n. st.)
IV
VENTE DE PARTIE D'UNE MAISON À TOURS, RUE DES CARMES,
CHARGÉE DE 25 LIVRES TOURNOIS DE RENTE ENVERS JEAN
MÉON, PAR FRANÇOIS LOPIN, RECEVEUR DU TAILLON À TOURS,
ET AIMÉE MARBAULT, SA FEMME, À NICOLAS GIRAULT, CONTRÔLEUR
ET CLERC DES OFFICES DE LA REINE D'ÉCOSSE, DOUAIRIÈRE
DE FRANCE, ET FRANÇOISE PÉQUINEAU, SON ÉPOUSE.
(13 mai 1565.)
Le treizeiesme jour de may l'an mil cinq cens soixante-cinq, en
la court du Roy nostre sire à Tours, en droict, etc., fut présent et
soubzmis, etc., Me François Lopin, recepveur du taillon de ceste
ville de Tours, au nom et comme soy faisant fort de Aymée Marbault,
sa femme, à laquelle, de luy présentement auctorisée pour
faire et passer ce qui s'ensuit, il a promis faire ratiffier ces présentes,...
lequel audict nom... a confessé avoir vendu, cédé,
quicté, délaissé et transporté, et par ces présentes vend, cède,
quicte, délaisse et transporte... perpétuellement à héritage et
promet garantir de tous troubles, ypothecques et empeschemens
quelzconques, à honnorable homme Me Nicollas Girault, controlleur
et clerc des offices de la royne d'Escosse, douairière de France,
demeurant aud. Tours, présent et achaptant à gré pour luy et Françoise
Pequineau, sa femme, leurs hoirs et aians cause, les deux
tierces parties par indivis au total d'un corps de maison, courtz,
jardrin, estables, galleries et apartenances d'iceulx en ung tenant,
séans en ceste ville de Tours, paroisse Sainct-Saturnin, au fief de
l'abbé Sainct-Jullian de Tours, et chargé envers ledict fief icelles
deux tierces parties de huict deniers tournois de cens, au terme
accoustumé, faisant les deux tierces parties de douze deniers tournois,
et envers Me Jehan Méon, procureur à Tours, comme aiant
les droictz des héritiers de deffuncte dame (sic) Briçonnet, des deulx tierces parties de vingt-cinq livres tournois de rente, au
jour acoustumé, le tout pour tous debvoirs quelzconques... joignant
le total d'un long à la maison de Jehan Mornay et sa femme,
qui fut au feu Juste, d'autre à la maison de Me Nicollas Lussault,
par devant au pavé de la rue des Carmes, et par le derrière à la maison
que tient à présent et possède ledit vendeur, qui n'est comprinse
en ceste vendition. Et l'une desquelles galleries desdictes
choses vendues, qui est du costé des Carmes, aura sa longueur par
le hault jusques à la demie creuzée des latrines et clouaizon qui y
est, laquelle demie creuzée sera obstaclée et bouchée par le bas
et le hault d'icelle demourera pour veue morte... et quant à
l'autre gallerye du costé de la maison de Mornay est comprinse
en ceste vendition tout le bas d'icelle... et le hault et comble
d'icelle jusques à la clouaizon de collumbaige...
Aussi vend, cedde et transporte ledict vendeur comme dessus
tous les droictz et actions qui luy pourraient apartenir sur les
allées, entrées et yssues, mesmement par la porte de derrière pour
aller en ladicte rue de la Poissonnerie...
Faict pour demourer par ledict vendeur quicte vers ledict acquéreur
de la somme de mil livres tournois qu'il luy debvoit et
pour laquelle somme il faisoit par chacun an audict acquéreur
rente constituée sur lesdis droictz venduz et autres ses biens,
asçavoir par contract passé en ceste mesme court par devant Terreau
le premier jour de septembre dernier passé, la somme de six
centz livres tournois, pour lesquelz il faisoit cinquante livres de
rente; par autre contract du vingt-septiesme octobre... aussi
dernier passé, cent livres tournois, pour lesquelz il faisoit huict
livres six solz huict deniers tournois de rente ; et par autre du
dixiesme jour de mars aussi dernier passé la somme de troys centz
livres tournois, pour lesquelz faisoit aussi de rente chacun an
vingt-cinq livres tournois, aussi signé Terreau ; tous lesquelz dis
contractz de constitution de rente demourent nulz moyennant
ces présentes...
Et oultre pour la somme de sept centz cinquante livres tournois,
qui est en son total dix sept centz cinquante livres tournois...
(Signé :) GIRAULT, LOPIN, BRETHE pour présent, ALYNANT
[notaire].
(Archives d'Indre-et-Loire, dépôt de Me Chauvin, minutes
d'Alynant, n° 71.)
V
VENTE D'UNE MAISON À TOURS, RUE DES CARMES, CHARGÉE DE
25 LIVRES TOURNOIS DE RENTE ENVERS JEAN MÉON, PAR JEAN
BELLODEAU, SEIGNEUR DE LA LOGE, BOURGEOIS ET ÉCHEVIN DE
TOURS, À CLAUDE ROBIN, SIEUR DU PLESSIS, BOURGEOIS DE
TOURS, MARTINE LEMPEREUR, SA FEMME, ET AUTRES.
(27 novembre 1578.)
Le xxvije jour de novembre l'an mil cinq cens soixante et dixhuit,
en la court du Roy nostre sire à Tours et de Monseigneur,
par devant nous notaire royal audict Tours soussigné et des tesmoings
cy après nommez, furent présens en leurs personnes deuement
establiz et soubmiz chascun de Philippes et Martin Guestons
et Pierre Houdry, marchans et bourgeois de ceste ville de
Tours et y demourans, tous gendres et procureurs spéciaux conjointement
et séparément de noble homme Jehan Bellodeau, seigneur
de La Loge, bourgeois et eschevin de ceste ville de Tours,
leur beau-père, et y demourant, à présent absent, par procuration
spécialle passée en ceste court par devant nous Foucher, notaire
royal, le premier jour d'apvril dernier passé (56), auquel d'abondant
ils ont promis faire ratifier et accepter pour agréables ces présentes
dedans le premier jour de janvier prochainement venant,
si jusques audict temps est vivant ledict sieur Bellodeau, sans
que, en cas de décez au-dedans dudict temps, ils puissent estre
tenuz de faire faire ladicte ratification à ses héritiers ; lesquelz
establiz et chaseuns d'eulx audict nom de procureurs spéciaux dudict
sieur de La Loge, soubzmettant tous et chascuns les biens
meubles et immeubles d'icelluy présens et advenir, ont congneu
et confessé avoir vendu, ceddé, dellaissé et transporté, et par ces
présentes vendent, ceddent, dellaissent et transportent perpétuellement
et par héritaige, à honnorable homme sire Claude Robin,
sieur du Plessis, bourgeois de ceste ville de Tours, et Martine
Lempereur, sa femme, et à dame Catherine Quettier, dame de
Launay (57), et noble Calais Rogier, conseiller du Roy et de Monseigneur, lieutenant particulier et magistrat au bailliage de Touraine et siège présidial de Tours, et dame Claude Malhaire, sa
femme, gendre et fille de ladicte Quétier, tous fors ladicte dame
Claude Malhaire présens, stipullans et acceptans pour leurs hoirs
et ayans cause, c'est assavoir une maison avec ses appartenances,
tant hault que bas, composée de deulx corps de logis joignans
l'un l'aultre, court, jardin, galleryes, estables et aultres, et tout
ainsi que lesdictes choses se poursuivent et comportent, de cave,
cellier, chambre basse, cuisine, contouers, chambres haultes, greniers
et combles dessus, issues et entrées par deulx rues des Carmes
et de la Poissonnerye, avecques les droitz et libertez d'icelles, et le
tout, ainsi que lesdictes maisons, sont de présent et sans rien en
réserver ni retenir.
Icelles maisons contigues, scituées et assises en la paroisse
Saint-Saturnin de ceste ville de Tours, joignans le davant au pavé
de ladicte rue des Carmes et par derrière au pavé de ladicte rue
de la Poissonnerye et à la maison des héritiers feu Me Françoys
Loppin, vivant recepveur du taillon à Tours, d'ung bout et par
ung costé aulx maisons de Baltazar Papillon et aultres, et par
aultre costé aulx maisons de René Regnault, marchant maistre
ouvrier en soye et aultres, ou fief des religieux, abbé et couvent
de Saint-Jullien de ceste ville de Tours et tenues de ladicte seigneurye
et fief à douze deniers de censif par chascun an, au jour
et feste de (sic), payables à la recepte de ladicte abbaye
audit jour et terme ; et oultre lesdictes choses vendues chargées
de huit escuz ung tiers, au lieu de vingt-cinq livres, par chascun an
de rente constituée envers Me Jehan Méon, procureur au siège
présidial de Tours, pour la somme de cent escus soleil revenant à
trois cens livres ou telle aultre somme qu'il se trouvera icelle
rente avoir esté constituée, payable par chascun an audict Méon
par les demies années, admortissable toutes foiz et quantes que
bon semblera ausdis acquéreurs; franches et quites lesdictes
choses vendues de tous arrérages desdis devoir et rente jusques
au jour de Noël prochainement venant, et sans aultres charges,
rentes, debvoirs ou hipotecques, libres et franches de toutes
aultres choses et tout ainsi que ledict sieur de La Loge en a joy et
joist encores à présent. Desquelles maisons et choses vendus lesdis
vendeur oudict nom ont réservé et réservent, pour ledict
sieur de La Loge, sa femme et héritiers, la demeure et habitation
pour une année seullement commencent au jour et feste de Noël prochainement venant, et sans en paier aulcun louage, qui leur
a esté accordé par lesdis acquéreurs, à la charge toutesfoiz qu'il
ne sera rien démoly, rompu et osté des appartenances desdictes
maisons vendues
Item, vendent és noms que dessus ausdis acquéreurs les lieus
et mestairies de la Grange, composée de maisons, grange, estables,
court, jardin, yssues, terres labourables, prez, pastures, saullaies,
hayes et foussés, appartenances et dépendances, le tout contenant
vingt-neuf arpens, situés et assis ès parroisses de La Riche et
Saint-Genoux près ceste ville de Tours (58), au fief des vénérables
doyen, trésorier, chanoines et chapitre de l'église Monsieur Sainct
Martin de Tours.
Ladicte présente vendition faicte pour la somme de quatre mil
cinq cens escuz d'or soleil paiés comptant, scavoir est trois mil
deux cens quatre-vingts-deux escus soleil, huit cens escus pistolles,
six cens francs vallans deux cens escus, cent doubles ducatz
palmes, quatorze double ducatz Henry, quatre testons et deux
solz, le tout au poids et pris de l'ordonnance du Roy
[A la suite extrait de la ratification de la dite vente par Jean
Bellodeau faite à Rouen, le 22 décembre 1578.]
(Étude de Me Viot, notaire à Tours, minutes de Jean Foucher.)
Source : "La maison de Jeanne d'Arc à Tours" - Louis de Grandmaison, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, Tome XC de la coll. - 1929.
Nota : publication sans aucune garantie d'exactitude parfaite avec le texte original.
Notes
:
1 Rien ne prouve que cet armurier fut, comme on l'a affirmé gratuitement,
Colas de Montbazon plutôt qu'un autre de ses collègues, Macé Angibault, Pierre
Chastellain, Thomas et Geoffroy Dubrueil, Jean Merveilles, etc.
2 Une plaque commémorative et une statue de Jeanne d'Arc ont été placées
sur cet immeuble lors des fêtes tourangelles du cinquième centenaire, le 23 juin
1929.
3 Voir notamment : chanoine Louis Bosseboeuf, Jeanne d'Arc en Touraine,
dans Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XII, lre partie, 1899, p. 37 et suiv. ; chanoine H. Boissonnot, Jeanne d'Arc à Tours (Tours, T. Tridon, [1909], in-12) ; H. Destréguil, dans Touraine républicaine, nos du 25 au 30 mars
1929. Nous avons fait à ces diverses études de nombreux emprunts.
4 Et non de Contes ; il signait Coustes.
5 « In eadem villa Turonensi, ipsa Johanna pro tunc erat hospitata in domo
Johannis Dupuy, burgensis Turonensis » (J. Quicherat, Procès, t. III, p. 101 ; cf.
Procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc, trad. de Joseph Fabre, t. I, p. 217).
6 « Ipsa Johanna... reducta ad villam Turonensem, in domo cujusdam vocatae
Lapau » (J. Quicherat, Ibid., t. III, p. 66 ; traduction Fabre, t.I, p. 208).
7 Charles VII, t. II (1882), p. 184.
8 Cabinet historique, 1859, t. V, 2e partie, p. 113, note.
9 La date de 1418, attribuée par un archiviste du XVIIIe siècle à la pièce
justificative n° 1, est trop incertaine pour qu'on puisse en faire état.
10 Ce mariage n'eut, du reste, pas lieu et Louis III épousa, en juillet 1431, Marguerite
de Savoie. — Voir les lettres du 21 octobre 1424, Archives nationales,
X1A 8604, fol. 65 et 69 v° ; il en existe aux archives municipales de Tours,
EE, 2, un vidimus du 6 janvier 1425 (n. st.). Yolande administra le duché de Touraine pendant les absences de son flls, et les registres des délibérations du corps
de ville de Tours l'appellent souvent duchesse de Touraine (cl. notamment
t. IV, fol. 9 r°, 66 r°, 79 r°, 85 r°, etc.). Elle-même prend ce titre dans une lettre
de créance pour son conseiller Jean Bonin, adressée aux habitants de Tours,
datée de Mehun-sur-Yèvre (Cher) le 27 novembre d'une année non indiquée,
mais qui est certainement 1425. Cette lettre a été publiée par Victor Luzarche,
Lettres historiques des archives communales de Tours (Tours, Marne, 1861, in-8°,
Société des bibliophiles de Touraine), p. 32-33, qui lui attribue la date de 1418,
impossible à admettre, car, avant octobre 1424, Yolande ne pouvait à aucun
titre se dire duchesse de Touraine. Du reste, Pierre Bonin présenta cette lettre
au corps de ville le 1er décembre 1425 (Registre des délibérations, t. III, fol. 64).
11 Pièce justificative n° II.
12 Voir notamment les assemblées du corps de ville de Tours des 6 et 9 décembre
1426, 22 octobre 1428, auxquelles il assiste (Délibérations, t. IV, fol. 9 r°,
13 r°, 88 v°, etc.).
13 Pièce justificative n° I. Un archiviste de la ville au XVIIIe siècle a daté cette
lettre de 1418, mais cette date paraît fort douteuse.
14 Archives municipales de Tours, Délibérations, t. IV, fol. 249 v°. Ce texte a été souvent publié, la première fois, croyons-nous, par Vallet de Viriville, Un épisode de la vie de Jeanne Darc (sic), dans la Bibliothèque de l'École des chartes, lre série, t. IV, 1842-1843, p. 488 ; puis de nouveau par le même, avec d'autres
documents des archives municipales de Tours, dans le Cabinet historique, 1859,
t. V, 2e partie, p. 112-115.
15 Bouzay, comm. d'Athée-sur-Cher, cant. de Bléré, arr. de Tours.
16 Archives d'Indre-et-Loire, G. 432.
17 Ancienne paroisse et commune réunie à celle de Rochecorbon, cant. de
Vouvray, arr. de Tours. D'après Carré de Busserolle, Dictionnaire d'Indre-et-Loire, t. III (Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. XXIX), p. 187,
Jean Dupuy était seigneur de Saint-Georges depuis 1411. Raoulin Le Boucher
possédait le même fief, en 1477, à cause de sa femme, Aliénor Dupuy (Archives
d'Indre-et-Loire, G. 102) ; d"après son prénom, cette dernière paraîtrait être une
descendante de Jean Dupuy et d'Éléonore de Paul.
18 Abbaye bénédictine, comm. de Sainte-Radegonde-de-Touraine, cant. de
Tours-Nord, arr. de Tours.
19 Mauny, comm. de Rochecorbon.
20 Archives d'Indre-et-Loire, H. 100.
21 Les Roches-Saint-Quentin ou la Roche-Saint-Quentin, comm. de Saint-Quentin-sur-Indrois, cant. et arr. de Loches, Indre-et-Loire. Nous n'avons pu
trouver l'acte où Charles VII aurait appelé Dupuy « son amé et principal conseiller » (Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XII, lre partie, p. 61) ; il doit certainement falloir lire « amé et féal ».
22 Voir les lettres de 1429, Bibliothèque de Tours, ms. 1364, fol. 192-193,
d'après Bibliothèque nationale, dom Housseau, t. XXI, 2° partie, fol. 102 ; elles
ont été imprimées, d'après le manuscrit de Tours, dans Carré de Busserolle, Dictionnaire
d'Indre-et-Loire, t. V (Mémoires de la Société archéologique de Touraine,
t. XXXI), p. 399-400.
23 Chef-lieu de canton, arr. de Tours.
24 Aymar de La Rochefoucauld († 21 août 1455) était fils de Guy de La Rochefoucauld,
conseiller et chambellan du Roi, gouverneur d'Angoumois, devenu
seigneur de Montbazon, Sainte-Maure, Nouâtre, etc., par son mariage avec
Marguerite de Craon. Cf. Carré ds Busserolle, Dictionnaire, t. IV (Mémoires de
la Société archéologique de Touraine, t. XXX), p. 299.
25 Beaucout, Charles VII, t. V. p. 78.
26 Chênaie ou la Chênaie, comm. d'Athée-sur-Cher, cant. de Bléré, arr. de
Tours.
27 Analyses de cet acte, Archives d'Indre-et-Loire, G, 421, fol. 63 bis, et
G. 423, fol. 31.
28 Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XII, lre partie, p. 62.
29 Ibid., on lit, par suite d'une faute d'impression, 7 octobre 1468.
30 Georges Collon, Pierre Bérart et la réforme municipale de Tours en 1462,
t. LIII des Mémoires de la Société archéologique de Touraine, p. 207, note 3, 275
et passim.
31 Bibliothèque nationale, fonds français 25710 (Chartes royales, XIV), n° 2.
32 Beaucourt, Charles VII, t. II (1882), p. 181, 183-184.
33 British Museum, Additional charters, n° 4352, article 462 du Catalogue de
Joursanvault, pièce publiée par Vallet de Viriville, Notices et extraits de chartes
et de manuscrits appartenant au British Museum de Londres, dans Bibliothèque de
l'Ecole des Chartes, t. VIII, 2e série, t. III, 1847-1848, p. 139-140, n° 6. Le marquis
de Beaucourt, loc. cit., repousse les insinuations malveillantes de Vallet de Viriville
au sujet des rapports entre Charles VII et Éléonore de Paul.
34 Comm. de Vellèches, cant. de Leigne-sur-Usseau, arr. de Loudun (Vienne).
35 Sainte-Julitte, ancienne paroisse et commune réunie à la comm. de Saint-Flovier, cant. du Grand-Pressigny, arr. de Tours.
36 Tucé, aujourd'hui Lavardin, cant. de Conlie, arr. du Mans (Sarthe).
37 Histoire généalogique de la maison de Castelnau, dans Mémoires de Michel
de Castelnau, édition Le Laboureur (Bruxelles, 1731, in-fol.), t. III, p. 99 ;
H. Lambron de Lignim, Joutes et tournois, dans Mémoires de la Société archéologique
de Touraine, t. XI, 1859, p. 285.
38 Le portail des Jacobins était situé près de leur couvent, dont la chapelle
existe encore dans la manutention militaire, quai d'Orléans, 13 bis.
39 J. Delaville-Le-Roulx, Comptes municipaux de la ville de Tours, t. II, p. 190,
n° 795. Dans le Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XII, 2° partie,
p. 63-64, ce texte unique est considéré à tort comme formant deux documents
distincts.
40 A la même époque, on trouve un chanoine de Saint-Martin de Tours nommé
aussi Jean Dupuy (cf. notamment Régime des délibérations du corps de ville,
t. IV, fol. 79 r° et 80 v°).
41 Paris, Champion, 1879, in-8°, p. 240, et Bulletin de la Société archéologique
de Touraine, t. IV, p. 391, séance du 28 mai 1879. M. Destréguil, après avoir établi que la Maison de la Cordelière fut habitée, au commencement du XIXe siècle, par le saint et charitable curé de la cathédrale de Tours, Nicolas Simon, croit qu'il y aurait lieu de lui attribuer l'inscription : Priez Dieu pur. Celle-ci nous parait remonter incontestablement à la construction de la maison (fin du XVe siècle). Le nom de la femme de Pierre Dupuy ne se dissimulerait-il pas derrière la seconde inscription signalée sur cette maison : Assez aurons, peu vivrons ?
Il y a là un petit problème que la sagacité de quelque chercheur arrivera peutêtre un jour à résoudre.
42 Lambron de Lignim, dans Mémoires de la Société archéologique de Touraine,
t. XVII, p. XX, séance du 4 avril 1861.
43 La Gitonière ou la Guittonière, comm. d'Azay-sur-Cher, cant. de Bléré, arr.
de Tours.
44 Michelle Burdelot quand elle épousa, le 22 décembre 1528, François Lopin,était veuve de Jean Fournier. Elle avait au moins deux frères : Jean Burdelot,
sœur de Montfermeil et du Plessis conseiller du Roi en sa cour de Parlement
de Paris, et Pierre Burdelot, sieur de Montfermeil, secrétaire du Roi,
maire de Tours de 1485 à 1487.
45 Pièce justificative n° III, § C.
46 Pièce justificative n° III, § A.
47 Pièce justificative n° IV.
48 Cf. Bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XIV, p. 89-90, et
t. XXII, p. 157-158, 161, 185, et une note sur la Maison de Juste de Juste qui
sera publiée prochainement.
49 Pièce justificative n° V.
50 X... [Louis Bosseboeuf], l'Hôtel Robin-Quantin, dans Bulletin de la Société
archéologique de Touraine, t. XII, 2e partie, p. 233-244.
51 Les façades de ces deux maisons sont reproduites page 85 du livre de
M. H. Malorey, Du Vieux-Tours aux châteaux de la Loire (Paris, 1924). Voir aussi
planches 45, 60 et 79-80 de Guéritte, le Vieux-Tours, et Paul Vitry, Tours et les
châteaux de Touraine, 3° édit. (1912), p. 115.
52 Cette inscription pourrait être ainsi conçue :
HÔTEL ROBIN-QUANTIN
construit au début du XVIIe siècle
sur l'emplacement
de la maison de
JEAN DUPUY.
JEANNE D'ARC
reçut en 1429 l'hospitalité chez
JEAN DUPUY
conseiller de la reine de Sicile
Yolande d'Aragon, duchesse d'Anjou et de Touraine.
53 Ces vœux, concernant le classement de l'hôtel Robin-Quantin et de la maison
Juste de Juste, ont été adoptés par la Société archéologique de Touraine
dans sa séance du 24 avril 1929.
54 En marge de cet article, on lit : « De ce est lectre faicte. »
55 Mme l'élue Gallocheau est Jeanne Briçonnet, épouse de Jean Gallocheau,élu de Tours, dame de Champgrimont (comm. de Saint-Cyr-sur-Loire) et de
Gruais (comm. de Mettray), fille d'André Briçonnet, secrétaire de Charles VII, et
de Nicole Bonard. Cf. Spont, Semblançay, tableau généalogique de la famille Briçonnet,
et Georges Collon, Pierre Bérart, op. cit., p. 197, note et passim.
56 La procuration fait connaître que Jean Bellodeau avait un quatrième
gendre, Philippe de Garence, sieur du Pavillon, aussi marchand bourgeois de
Tours.
57 Un acte du même jour l'appelle : « Dame Catherine Quétier, veuve de Guillaume
Malhaire, dame de Launay » (même notaire).
58 La Riche et Saint-Genouph, communes du canton de Tours-Sud.
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