" La maison de Jeanne d'Arc à Orléans "
par Eugène Jarry - 1909 |
vant-propos
Il semble désormais certain que rien ne nous reste de Jeanne d'Arc, rien de ses cendres jetées au vent par la rage des ennemis, rien même des vêtements ou des armes (1) que toucha son corps virginal. Sur le sol de la France délivrée, on peut vénérer seulement la trace de ses pas, et la moindre bourgade en recherche avec passion les vestiges.
Quelques villes pourtant sont plus fortunées. Parmi elles, Domremy garde la maison où naquit et grandit la Pucelle ; Chinon, les murs ruinés du château où brillèrent les premiers signes de sa mission; Reims, sa cathédrale splendide où Jeanne, radieuse, vit sacrer le roi ; Rouen, la sombre tour où elle fut mise en présence des instruments de torture, et les fondations de celle qui vit sa captivité : émouvants souvenirs de l'épopée merveilleuse qui restaura la France, en la replaçant dans les conditions politiques nécessaires à son existence nationale et à son développement.
A Orléans, nous possédons encore l'abside de notre cathédrale et ses charmantes chapelles, où vinrent s'engouffrer en ondes formidables les harmonies d'un enthousiaste Te Deum.
Récemment, reparurent à nos yeux les bases des tours de la bastille des Tourelles, ou se joua le dernier acte de la délivrance.
Nous avons enfin, de science certaine, la maison du trésorier Jacques Boucher et une portion notable de l'apparlement où Jeanne reçut asile pour accomplir l'un des grands actes de sa mission : la levée du siège d'Orléans, Cette salle sacrée d'une maison vénérable va presque entièrement disparaître par l'élargissement de la rue du Tabour. On tentera d'en conserver la façade remise en alignement. Mais l'oeuvre sacrilège sera commise, le souvenir errant encore sous les délicates solives qui ont vu la Pucelle pour jamais envolé, notre antique réputation de fidélité au souvenir de Jeanne entamée par un acte irréparable, une précieuse relique nationale mise à néant.
Car relique ne signifie pas joie des yeux, satisfaction du sens esthétique, oeuvre d'art ; toutes choses qu'évoque l'idée du reliquaire. La relique, fragment infime mainte lois, dépourvue la plupart du temps de tout attrait physique, relève d'un domaine plus élevé et plus immatériel. A ne la considérer même que dans l'ordre naturel, elle atteint au cœur de l'homme les régions profondes et, à son contact, surgit un inonde d'impressions et de pensées qui surpassent de haut la plus délicate des émotions artistiques. Devant sa laideur même, l'âme est ravie hors du cercle habituel où elle se débat. Tel fragment d'os appartient au corps qui fut le compagnon d'une âme héroïque ; tel morceau d'étoffe a revêtu ce corps et s'est teint du sang versé en témoignage de la vérité ou pour la défense du droit ; tel monument gardé dans sa splendeur, telle muraille branlante, ruinée même, évoquent des gestes grandioses ou des vies humblement héroïques, arrachant l'homme extasié à la poursuite de ses intérêts ou de ses plaisirs actuels pour le rappeler,
ne fût-ce qu'une minute, à la contemplation de hautes pensées et de sublimes vertus.
Religieuse, historique, familiale, la relique a droit à toute notre vénération, Si son langage parfois est âpre aux égoïsmes humains, il est celui d'un témoin éclairé des temps révolus, d'une aïeule vénérable nous parlant de la vie que nous avons à vivre, vie que certains proclament nouvelle parce qu'ils y sont novices, au mépris de cette voix maternelle qui en possède l'expérience. La relique n'a d'attrait que pour les coeurs haut placés et pour les âmes simples ; elle est le scandale des âmes vulgaires.
Au seul point de vue artistique, la partie occidentale de la rue du Tabour présentait un aspect pittoresque. De la rue Royale on l'apercevait resserrée, dominée par la haute maison à pignon, et l'œil, amusé de cet aspect si différent de l'uniforme ennui de nos villes modernes, s'y arrêtait, séduit bientôt par les charmantes ornementations qu'affectionnaient nos pères.
Là s'élèvent côte à côte, dans un libre mépris de l'alignement, pour quelques semaines encore, une vieille maison du XVe siècle, défigurée dans sa façade, une porte de la même époque, un délicieux logis de la Renaissance, aussi curieux par sa disposition architecturale oblique qu'élégamment artistique dans les détails de sa décoration. En face, une série de maisons du XVIe siècle, d'un moindre intérêt, mais qui achèvent cet ensemble pittoresque, dernier vestige d'une ville autrefois célèbre par ses vieilles demeures, mais que commencent à traverser sans s'y arrêter les touristes de goût, se hâtant vers des régions plus attachées aux témoignages de leur grandeur passée et aux souvenirs laissés par les aïeux.
La postérité ne comprendra pas, à l'égard de la maison qui reçut Jeanne d'Arc et de la part d'une ville réputée fidèle à son souvenir, l'acte d'ingratitude qui va se commettre. Mais elle ne pourra nier sa conformité avec l'ordre révolutionnaire qui se déroule sous nos yeux, depuis qu'un pouvoir antifrançais, trouvant des complicités dans la nation même, s'est emparé de ce pays dont il dissout toutes les forces, instituant le vol légal et dressant la loi contre le droit.
Le but polilique de la mission de Jeanne d'Arc fut précisément la restauration du droit, du droit national vis-à-vis des lois de l'étranger, de la légitimité à l'encontre de la légalité. C'est contre celle-ci, et contre les mauvais Français, tant qu'ils y furent, ralliés, qu'eut à s'exercer l'action victorieuse de la Libératrice. En 1429, en effet, le pouvoir légal, c'est le roi d'Angleterre, qui s'intitule roi d'Angleterre et de France. Le traité de Troyes, acte juridique, a donné à ce pouvoir de fait une base légale qui manque à bien des pouvoirs semblables. Le consentement populaire, celui de la capitale même, y joignait une apparence de définitive consécration.
Mais Dieu intervint. Au moyen d'une paysanne, instruite par ses soins, il rétablit d'abord parmi les vrais Français, et en l'héritier de la couronne lui-même, la notion dangereusement ébranlée du pouvoir légitime. En face de la légalité, représentative d'intérêts étrangers, qui avait su gagner, en exploitant ses passions, la complicité du parti bourguignon, — de purs Français, pourtant, — Jeanne d'Arc restaura de par Dieu le pouvoir légitime, organe traditionnel de l'intérêt général de la nation française, grâce auquel notre patrie allait connaître des grandeurs et des gloires sans égales.
L'écrin usé, qui contint quelques jours un si rare et si précieux instrument de la Providence, méritait tous les respects et toutes les vénérations. Faux Orléanais, triste Français qui ne l'a pas senti.
Je livre au public, sans aucune illusion, les résultats de longues et pénibles recherches. Si l'on juge — à bon droit — mon travail ennuyeux, j'espère qu'on puisera quelque indulgence au sentiment de la persévérance qui lut nécessaire pour le mener iusqu'au bout. Ou plutôt, que l'idée qui m'a soutenu moi-même dans ces austères recherches, celle d'éclaircir définitivement un point de l'histoire de Jeanne d'Arc, donne aux lecteurs la patience de lire ces quelques pages. Que la mémoire radieuse, à laquelle j'ai osé dédier cet aride travail, en colore, des richesses de son rayonnement, la lecture pénible, comme elle en a si souvent pour moi doré l'ingrat labeur.
Je nai pas entrepris, en effet, un hymne poétique au vieil édifice qui abrita notre Pucelle. J'ai voulu appuyer de preuves documentaires les assertions présentées naguère d'une plume un peu moins embarrassée (2). Après de nombreuses hésitations, je me suis astreint, pour atteindre le but, à ce procédé peu séduisant : exposer, parfois dans les termes mêmes, les documents probants, puis tirer de leurs données les conclusions nécessaires. C'est un mode d'exposition logique et loyal. Pour ceux que la vérification rebute, ma première note est suffisante, ou, à son défaut, la conclusion que le présente
aujourd'hui.
Mon père avait commencé ce travail et fait les premières recherches. De lui je tiens la conviction que les documents nouveaux par moi recueillis n'ont fait que corroborer. Il en aurait sûrement présenté les résultats sous une forme plus attrayante. Je n'achève pas sans émotion le travail qu'il avait conçu. Je dois les plus cordiaux remerciements aux notaires Orléanais dont la libéralité m'a ouvert les précieuses archives et la bonne grâce facilité toutes recherches. Leurs noms se pressent au bas de toutes les pages de ce travail. Sans eux il aurait été impossible. Qu'ils croient à ma vive gratitude.
Orléans, 25 mars 1909.

CHAPITRE PREMIER
LA MAISON DE JACQUES BOUCHER AU XVe SIECLE
Le 3 septembre 1415, cinquante-deux jours avant le désastre d'Azincourt, des lettres furent passées sous le sceau de la prévôté d'Orléans, « contenans Thevenyn de Mondidier et sa femme et Jehan Le Bourrellier avoir vendu pour tousjours à Jacques Boucher, receveur pour le roy des aydes à Chasteaudun, une maison et aisances assise en la ville d'Orléans, sur la grand rue de la porte Regnard, paroisse Saint-Pol. » Le 25 mars suivant, Jacques Boucher rachetait à Etienne Ladmirault une rente de 4 livres parisis qui grevait cette maison.
Telles sont les deux plus anciennes mentions actuellement connues et qui se rapportent clairement à l'objet de notre étude (3), puisqu'elles résument des titres qui suivront cette maison chez les nouveaux acquéreurs.
Jacques Boucher se fixait à Orléans. On le trouve, dès janvier 1422, qualifié « commis à l'office de trésorier général des finances de Mgr le duc d'Orléans (4) ». Il eut peu après le titre officiel de trésorier général du duc, à la place de Pierre Renier, et exerça cet office jusqu'à sa
mort survenue vers 1443 (5).
La femme de Jacques Boucher, Jeanne Luillier, d'une vieille famille bourgeoise orléanaise, lui survécut peu d'années. Elle mourut en 1449 (6).
Le 12 novembre 1449, eut lieu le partage de l'important patrimoine entre les quatre enfants des défunts (7) : Antoine Boucher, Charlotte, femme de Guillaume Hanet, Madeleine, femme de Jean Le Cesne, et Marie, femme de Simon Chenu. Dans ce partage (8), il fut décidé que la maison de Jacques Boucher resterait momentanément indivise : « Et demeure à partir entre lesdiz frères et seurs le grant hostel (9) de la porte Renart, ainsi qu'il se comporte de touz coustez, ou lesdiz deffuntz faisoient leur demourance, et demourra commun à chacun desdiz enffanz pour la quarte partie, lequel hostel doit tenir à tiltre de loier ledit Anthoine Boucher jusques a certain temps et pour certain pris declairé en certains autres accords, aujourd'ui passez entre eulx... (10) ». Ce dernier accord (11) précisait : « Item par cedit appoinctement la grant maison de la porte Renart, ou ledict deffunct faisoit sa demourance, ainsi comme ladite maison se comporte et poursuit de tous coustez, sera et demourra commune ausdictes parties pour en prandre chascun son quart jusques ad ce que autrement y soit pourveu, sans ce que a present aucun d'eulx la puisse faire lotir ne diviser. Et par ce dit mesme appoinctement ledit Anthoine tendra (12) et exploictera a tittre de loier ledit grand hostel et toutes ses appartenances entierement des maintenant jusques a la Sainct Jehan Baptiste prouchaine, et d'icelle festes jusques a quatre ans prouchains apres ensuivans, pour le pris de quarante escuz d'or par chascun des quatre ans, a paier par porcion aux termes acoustumez a Orléans, le premier terme et paiement commançant de Noël prouchain venant en ung an, par ainsi que (13) ledit Anthoine sera tenu de délivrer audit Guillaume Hanet des maintenant le petit hostel qui est joignant de la porte Renart, ainsi qu'il se poursuit et comporte, estant des appartenances dudit grand hostel, pour icellui exploicter audit tiltre de louage des maintenant jusques audit terme de St Jehan advenir, et d'icelle feste jusques a quatre ans ensuivans, pour la somme de six escuz d'or de loier chascun an ». Antoine, payant 10 écus de retour à ses autres soeurs, ne devra donc à Charlotte que 4 écus (14).
Peu après, le 11 août 1450, le fils de Jacques Boucher, Antoine, marchand drapier (15), faisant dresser son contrat de mariage avec Guillemette Le Charron, fille de Guillaume Le Charron, marchand épicier à Orléans, y fait insérer la clause suivante : « Pour ce que l'ostel ou a present demeure ledit Anthoine, que son dit feu pere a fait ediffier, joignant la porte Renart à Orléans, est a partir entre lui et ses seurs, » ce qu'il aura du fait de ce futur partage sera considéré comme propre dudit Anthoine et non conquêt de la communauté (16). Avec cette garantie de maintien de l'hôtel familial dans la famille, garantie plus tard accrue d'un acte personnel des parents de sa femme (17), Antoine Boucher ne néglige aucune occasion
de sortir de l'indivision.
Le 10 mars 1463, Marion Boucher, veuve de Simon Chenu, échange avec son frère le quart indivis auquel elle a droit (18).
Le 9 janvier 1464 (19), Jean Le Cesne et Madeleine Boucher, sa femme, considérant que « feu Jacques Bouchier, en son vivant trésorier de Mgr le duc d'Orléans, et Jehanne sa femme eussent et aient déclairé, dit, voullu et ordonné un grant hostel et appartenances, séant à Orléans joignant de la porte Renart en la parroisse Sainct Pol, estre et demourer, apres leur trespas, a Anthoine Boucher, leur fils, marchant bourgeois d'Orleans, en récompensant icellui Anthoine ses seurs de la valleur des porcions », échangent avec Antoine Boucher, pour le manoir d'Apoigny (20), leur quart indivis « dudit grant hostel et appartenances, dont a present on fait deux demeures, en l'un desquelx, qui est la plus grant porcion, demeure a present ledit Anthoine Bouchier, et en l'autre porcion plus petite, joingnant de ladite porte Renart, demoure a present Olivier Moireau, couturier, auquel icelluy Anthoine l'a baillée a tiltre de loier, ainsi que ledit grant hostel se comporte en ediffices, caves, celiers, court et autres aisances, appartenances et deppendances quelconques, ouvrant esdites deux porcions et demeures sur la grant rue de la porte Renart, et tenant, d'une part, depuis le portail de ladite porte Renart, aux murs de la ville d'Orléans, par derriere à l'ostel et appartenances du Cheval Roige, et d'autre part tenant a l'ostel des héritiers de la femme feu Alain le Breton et a l'ostel de Perrinet Hue, ou sieult pendre pour enseigne l'ymage Saint Julien, en la censive des hoirs feu Estienne Turpin, chargé tout ledit hostel et appartenances de trois deniers parisis de cens deu chascun an le jour Saincte Croix en may, et a relevoisons du denier douze deniers parisis quant le cas y eschiet, sanz autres charges... » Voilà le premier acte indiquant clairement et complètement les tenants et aboutissants de la maison qui nous occupe.
Enfin, le 12 avril 1483 (21), se fait le partage de la succession de Charlotte Boucher, femme de Guillaume Hanet, entre son frère et ses deux soeurs. Dans la part d'Antoine Boucher se trouve : « Item la quarte partie par indivis d'un hostel et ses appartenances, dont on fait a present deux demeures, partissant a icellui Anthoine Boucher qui y a les trois autres quartes parties indivisées, tenant aux murs de la ville d'Orléans d'un cousté, a Pierre Le Long (22) a cause de sa femme, fille de feu Berthier Chauvreux, et a l'ostel de la vefve feu Estienne Maulevault tout d'un autre cousté, par derrière à l'ostel du Cheval Rouge, appartenant aux hoirs feu Michel Richer, et pardevant abutant sur la grant rue, joignans la porte Renart ».
Antoine Boucher était donc désormais seul possesseur de la totalité de l'hôtel de ses parents.
Les documents qui viennent d'être exposés en détail permettent de préciser dès maintenant l'état de la maison de Jacques Boucher au XVe siècle. Achetée en 1415, cette maison fut réédifîée par le propriétaire à une époque qui sera discutée plus loin (23). Telle qu'il la laisse à ses enfants, elle se compose de deux demeures : la plus grande (A), celle qu'il habitait, plus éloignée de la porte Renard; la plus petite (B) touchant, « joignant », la porte Renard, — et, au moyen âge, cette expression « joignant » est de sens strict. L'immeuble comprend édifices, caves, celliers, cour et dépendances (24). Il est limité au nord par la rue, sur laquelle s'ouvrent les deux demeures ; à l'est, par deux maisons de la rue du Cheval-Rouge, alors appelée rue de la Foulerie; au sud, par l'hôtel du Cheval-Rouge.
Par conséquent, ce dernier hôtel, qui limite au sud la maison de Jacques Boucher, s'étend jusqu'aux murs. Et, en effet, on donne, même à la fin du XVe siècle, comme limite postérieure à l'hôtel du Cheval Rouge, les vieux murs de la ville d'Orléans (25). L'hôtel de Jacques Boucher est, par suite, nécessairement borné à l'ouest par les murs de ville et la porte Renard, qu'il touche complètement (26).
Il y a lieu de déterminer sur le terrain la place exacte de ces murs et de cette porte, seul tenant imprécis de la maison qui nous intéresse.


CHAPITRE II
L' EMPLACEMENT DE LA PORTE RENARD
On pourrait dire, dès l'abord, que les murs de la ville ont un tracé connu en cette partie. Pour la portion qui s'étendait de l'ancienne porte Bannier (27) à la porte Renard, les plans terriers (28), malgré leur imperfection, donnent assez de points de repère pour qu'on en saisisse la direction ; et, au midi, où ces plans font défaut, la présence reconnaissable presque partout (29) de l'ancien mur de ville, la certitude que la maison du Cheval-Rouge était limitée à l'ouest par ces murs suffiraient à prouver bien des choses. Mais c'est précisément au point le plus délicat, l'arrivée des murs à la porte Renard et l'emplacement même de cette porte, que les renseignements directs font défaut. Cependant, la suppression de cette enceinte à la fin du XVe siècle et le lotissement, au début du XVIe, des terrains qu'elle occupait ont laissé de nombreux documents, où nous allons chercher des précisions.
On sait que le premier quart du XIVe siècle vit un agrandissement considérable d'Orléans à l'ouest. La réunion du vieux bourg d'Avenum à l'antique « cité » forma la nouvelle ville. L'enceinte occidentale avant cette annexion, le mur de la « cité », montait en ligne droite du Châtelet, par la porte Dunoise, au coin actuel de la rue Sainte-Catherine et de la rue Saint-Pierre-du-Martroi.
L'enceinte nouvelle, le mur de « ville », gagna, au N.-N.-O., une tour dite tour du Heaume, dans le prolongement du mur septentrional de Saint-Pierre-du-Martroi, pour de là descendre à la porte Bannier, suivant un tracé est-ouest légèrement infléchi vers le sud-ouest (30).
De la porte Bannier, le nouveau mur prenait la direction du sud, puis du sud-ouest, gagnait la tour Michau-Quanteau (31), puis la porte Renard. De là, il allait passer entre la tour Saint-Paul et le coin nord-ouest de cette église ; on le reconnaît en nature dans le jardin des Petites-Soeurs dominicaines, et surtout sur sa face orientale, au fond des cours de toutes les maisons de cette partie de la rue du Cheval-Rouge, particulièrement du n° 33. Dans le voisinage de Saint-Paul se trouvait l'eschif de Saint-Paul, qui n'était point une tour, comme on l'a dit trop souvent, mais une petite construction carrée à cheval sur le mur pour faire le guet (32).
Dans le prolongement du mur méridional de l'église Saint-Paul, près de la chapelle des catéchismes, le mur de ville est encore visible : il s'incline brusquement vers le midi et gagne la Loire par une courbe de rayon très étendu, traversant la rue de la Chèvre-qui-Danse, où on le voit parfaitement avec son chemin de ronde, et passant au travers du chœur actuel de Notre-Dame-de-Recouvrance,d'où il gagnait la Barre Flambert. Dans ce trajet de 400 mètres à peine, en comptant de la porte Renard, il était flanqué, outre l'eschif Saint-Paul, d'une tour située un peu au nord de la rue de la Chèvre-qui-Danse et, plus bas, de la tour André (33). Il y eut certainement là, comme dans le reste de l'enceinte que je viens de décrire, d'autres tours ; mais on n'en a pas de trace sûre.
Suivent les terribles années de la guerre de Cent Ans, coupées de quelques périodes plus calmes sous une partie du règne de Charles V et pendant les vingt-cinq premières années du règne de Charles VI. Avec la prospérité renaissante du règne de Charles VII, grâce au rétablissement de la monarchie nationale sur la plus grande partie du territoire, la population et le commerce d'Orléans s'accroissent dans une grande proportion. Ses importants faubourgs, de plus en plus habités, forment une nouvelle ville, deux fois plus étendue que l'ancienne.
Sous le règne de Louis XI, le faubourg de la porte Bourgogne, comprenant la collégiale de Saint-Aignan et l'abbaye de Saint-Euverte, fut réuni à l'enceinte, malgré une opposition momentanée du corps de ville (34). La communication de l'ancienne avec la nouvelle clôture fut établie en vertu de lettres royales de novembre 1475. Au cours de l'été 1476, on commença la démolition du boulevard de la porte Bourgogne (35).
Pour les faubourgs des portes Bannier et Renard, l'initiative paraît, au contraire, venir des habitants qui ont reconnu leur erreur. Le procès-verbal nous est resté (36) d'une assemblée du 3 août 1472 ; les Bourguignons, y est-il dit, sont en armes en Normandie et en Beauvaisis, et peuvent inopinément « delogier, venir et entrer es forsbours des portes Banier et Renart... qui estoient beaulx, notables et de grant et somptueux edifices, et les bruler ou eux y loger, et par ce moyen subjuguer et détruire ladite ville », si lesdits faubourgs ne sont enclos dans l'enceinte fortifiée. Une précédente assemblée des bourgeois au Châtelet avait été de cet avis. L'assemblée du 3 août 1472, sauf trois oppositions, émet une délibération favorable et demande un rapport sur lequel l'assemblée générale des habitants (37), réunie aux halles, aura à se prononcer.
Une assemblée du 27 juillet 1475 conclut à enclore ces faubourgs (38).
On n'attend plus que des ressources. Par lettres du 22 juillet 1484, Charles VIII, exécutant les intentions de son père, affecte à la construction de la nouvelle enceinte un octroi de 5 deniers tournois par minot de sel vendu dans les greniers de Languedoc et de Languedoil pendant 8 ans (39).
Louis II, duc d'Orléans, — le futur Louis XII, — bon administrateur de ses domaines, dès qu'il eut du roi les autorisations nécessaires à l'exécution du projet, s'empressa de bailler à cens à quelques-uns de ses plus dévoués serviteurs les places qui devenaient disponibles. Le bénéliciaire des places voisines de la porte Renard fut Denis le Mercier, chancelier et gouverneur des finances de Louis II, qui avait autrefois sacrifié sa carrière parlementaire pour se dévouer au duc. Par des lettres du mois de décembre 1485, le chancelier reçut pour sa part les places, murailles et fossés « depuis la première bute (40) du costé de la porte Bannier, icelle bute incluse, jusques a ladite porte Regnard, et depuis ladite porte Regnard dix toises en tirant vers la Barre Flambert, avec lesdiz portail et boullevart de la porte Regnard (41). » Si l'on rétrécissait la rue des Buttes, le bénéficiaire jouirait du surplus.
Dix ans plus tard, avant de livrer ces places à Denis le Mercier, le lieutenant général les fait mesurer (42) : elles contiennent « sur rue, c'est assavoir a prendre depuis les premieres buttes jusques au coing de la porte Renart, cinquante-sept thoises ; item, depuis le dehors d'icelle porte jusques hors le boullevart (43), compris l'espesseur du mur d'icelluy boullevart du cousté devers lesdites buttes, qui est la rue yssant de la grant rue de ladite porte Renart tirant en la grant rue des forsbourgs, vint thoises ; et du cousté devers la rivière en ladite rue, autres vint thoises ; et depuis ladite porte Regnart en tirant vers ladite Barre Flambert, dix thoises » : le tout à 2 sous parisis de cens par toise.
En février 1497, Denis le Mercier tira parti des places qui lui avaient été attribuées. Au nord de la porte Renard, il bailla à rente perpétuelle à Hervé de la Couste, seigneur de Chanteau, et à Simon Jacquet, propriétaire de la maison attenante à la porte du côté du nord, « vint thoises de long à prendre depuis le pié du portail de ladite porte Renart en tirant au long de la grant rue des anciens forsbours d'icelle porte, et de largeur sur la rue a descendre des anciens forsbours de ladite porte Bannier a ladite porte Renart, a prendre depuis la grant rue des forsbours de la porte Renart jusques a la clousture qui estoit faite au bout des buttes des arbalestiers, tirant droit a ligne jusques aux vieux murs de laditte ville, tenant d'un long à ladite grant rue, d'autre costé audit bailleur (44), par derrière auxdiz vieux murs, compris en ce tel droit que ledit bailleur pouvoit avoir en iceulx murs a l'endroit de ladite place, et abutant sur ladite rue a aller de ladite porte Bannier a ladite porte Renart ». (10 février 1497) (45).

Or on sait, par un acte postérieur (46), que la largeur des buttes, des vieux murs à la rue, était de vingt-quatre toises. Cette donnée justifie absolument le tracé des murailles supposé par le plan terrier, où, d'ailleurs, il s'appuie de deux témoins irrécusables, les restes A et B ; la portion A surtout, avec la tour Michau-Quanteau (47), que vit et dessina Pensée (48).
Simon Jacquet, l'un des preneurs d'Hervé de la Couste, avait épousé Jeanne, fille d'Aubry Boillève, et sa bellemère, Catherine Martin, déjà veuve en 1469, avait à bail de la duchesse d'Orléans le portail et la tour septentrionale de la porte Renard (49). Simon Jacquet habitait une maison contiguë à la tour et au portail (50). Maison, tour et portail échurent à la femme de Simon Jacquet dans la succession de ses parents, le 3 juin 1492 (51). Les places acquises par lui de Le Mercier n'étaient donc séparées de sa maison que par le mur de ville.
Mais la possession de ces places donna lieu à de nombreux débats entre la ville, les bénéficiaires et les représentants du roi et du duc.
Dès le 23 février 1497 (52), le chancelier avait déclaré son intention de commencer le jour même la démolition du boulevard et l'appropriation à leur nouvel usage des places voisines. Les procureurs aux causes de la ville vinrent le sommer de n'en rien faire, sous peine d'appel en Parlement. La ville venait, en effet, de conclure un marché pour abattre le boulevard de la porte Renard et l'ouvrir comme celui de la porte Bannier (53) Ce fut l'origine d'un long procès dans lequel fut débattue la question de propriété de la zone fortifiée des villes (54). Mais ce n'est pas le lieu de traiter ce sujet, non plus que d'insister sur un autre procès intenté par la ville aux acquéreurs, qui, une fois les fossés comblés (55), s'étaient empressés de clore de planches leurs places respectives.
Les procureurs échevins les firent abattre de leur propre autorité (56) ce qui leur valut l'emprisonnement ; on n'avait pas encore inventé l'administrateur irresponsable.
Un procès nouveau s'ensuivit en Parlement.
Lorsque, plus tard, en 1517, on décide d'abattre le portail de la porte Renard, les échevins proposent aux héritiers de Simon Jacquet, qui soutenaient leur droit de propriété sur le portail (57) et sur les places de Le Mercier, de l'abandonner « moyennant que, pour et au lieu d'icelluy, leur sera transporté et délaissé par ladite ville autant de largeur de la place appartenant à ladite ville, que en comporte la tour du portail du cousté de la porte Bannier (58) en la profondeur et à prendre depuis ladite tour jusque et le long de la maison dudit feu Symon Jacquet et l'ostel des Barbeaulx (59), en ce qui appartient aux héritiers d'icelluy deffunt » (60). Vingt jours plus tard (61), jugeant indispensable d'abattre le portail, « parce que ledit portail d'un costé et d'autre s'extendait et extend sur rue oultre les maisons des rues dudit portail, — tellement que lesdites maisons estoient et sont cachées et obfusquées au moien des joues dudit portail, — empeschoit et empesche les veues desdites rues, avecques ce que la rue a l'endroit dudict portail estoit et est trop estroicte, tellement que souventesfoiz est advenu que, quand le charroy s'est trouvé a l'endroit et soubz icelluy, les gens et personnes estant illec s'y sont trouvez et ont esté en danger d'estre blecez et tuez... », les échevins accordent aux Jacquet les compensations suivantes : 1° la place du portail « a la raison et autant que la maison desdits maistres Paule et François les Jacquetz en comporte seullement, allant admortir depuis ladicte maison et a Heur de la seulle d'icelle droit à la première canonnière basse respondant sur les fausbours de la porte Regnard (62) » ; 2° « une place et espace d'heritage de la largeur et autant que comporte la tour dudit portail joignant a ladite maison, et de longueur autant que la maison desdits Jacquetz et porcion qu'ilz ont en l'ostel des Barbeaulx en comportent, tenant d'un long aux anciennes murailles de ladite ville, d'autre long et par derrière à l'outreplus des places de ladite ville », avec les murailles dans cette longueur ; 3° les échevins devront « faire réparer le tremeau de ladite maison joignant dudit portail et le mettre en bonne seureté ; » 4° les Jacquet reçoivent une toise sur rue de largeur joignant ladite tour et de la longueur et profondeur de la place dessus déclarée. »
Le 9 octobre suivant (63) on toise la longueur de la place d'héritage accordée et on lui trouve la largeur, « depuis le bout des anciennes murailles de ladite ville joignant à la tour du portail de ladite porte Regnart, compris la largeur de ladite tour, de deux toises quatre piedz et demy, et par l'autre bout finissant a leurdite porcion d'ostel des Barbeaulx, de deux toises quatre pieds dix poulces », légère plus-value qu'on leur abandonne « pour la recompense de ce que en aucuns endroiz lesdites anciennes murailles boutent sur et au dedans de ladite place. »
Les places des Jacquet s'accrurent considérablement dans la suite (64) ; mais ce n'est pas le lieu d'en parler.
De tout cela retenons seulement que la tour nord de la porte Renard restait pour moitié aux Jacquet : jusqu'à la canonnière donnant sur le faubourg. La maison 31 du plan terrier, maison de Simon Jacquet, était jointe à cette tour : il fallait la réparer une fois la tour détruite (65). La place de cette tour était donc le n° 32.
Et, en effet, en 1543, la maison qui fut construite à cette place, habitée par le receveur Jean Jacquet, est désignée comme étant celle « ou soulloit estre l'un des coustez du portail de la vielle porte Regnart » (66); on dit bien qu'elle tient d'un long à la maison de la Croix d'Or (n° 34) (67) et derrière à la cour de ladite maison.
Une preuve matérielle en a été trouvée. « Le 12 avril 1838, en plaçant les tuyaux pour le gaz de houille rue du Tabourg, on met à découvert sous le pavé, à 3 pieds environ de distance des maisons 32 et 34 (68) le soubassement du pilier nord de l'ancienne porte Renard, que l'on avait à tort supposé plus près du petit marché » (69).
C'est sans doute le même vestige qui fut de nouveau mis au jour en 1883, lors de travaux d'égouts. Un relevé exact de sa position et de sa forme a été fait par la ville. Un croquis de ce relevé m'a été gracieusement communiqué par mon érudit collègue M. Dumuys, et le morceau qui nous intéresse a pris place dans le plan de restitution en X : c'était un segment du talus de la tour (70).
La place de la tour septentrionale du portail de la porte Renard se trouvait donc partie sur les nos 32 et 34 actuels (32 et 33 du plan terrier), partie sur la rue (à partir de la canonnière), comme l'indique le plan de
restitution.
Il est évident que la tour méridionale était au n° 39 actuel. Mais, ici, il nous faut des précisions, et nous devons reprendre l'examen commencé au nord.
On a vu plus haut que la portion orientale, la plus petite, de l'hôtel de Jacques Boucher, « joignant de ladite porte Renart », tenait, « depuis le portail de ladite porte Renart aux murs de la ville d'Orléans. » Elle avait donc, au midi, la situation exacte de la maison de Simon Jacquet au nord. Antoine Boucher avait même loué la jouissance de la tour méridionale du portail (71) : autre similitude. On a vu aussi que Denis le Mercier avait reçu du duc d'Orléans dix toises de murailles et 20 toises sur la rue sortant de la porte Renard. Comme ses places du nord, il les bailla à rente perpétuelle, le 9 février 1497. Les preneurs étaient quatre marchands Orléanais : Etienne Mestivat, Philippot Rabeuf, Jean Meslier et Amy Hanappier. Cette place était « assise ou est a present le boullevart de ladite porte Regnart d'Orléans, contenant par le devant sur ladite rue de ladite porte Regnart 20 toises, et de profondeur, la tour et le boulevard francs, dix toises, et tenant d'ung long aux murs de la ville et a ladite tour de la porte Regnart, d'autre long sur le frou (72) et rue à aller de ladite porte Regnart à la rivière de Loire, abutant par derrière à une autre place qu'on dit appartenir à la veuve Estienne de Mareau (73), et pardevant sur ladite rue ou est de présent Je boulevart de ladite porte Regnart ; laquelle rue lesdits preneurs seront tenuz souffrir estre faite de telle largeur convenable qui sera advisé qu'elle doit estre faite au proffit de la chose publique. » Est cédée en même temps la communauté (74) des murs et tour « pour en user par lesdiz preneurs pour eulx en appuyer en faisant leurs ediffices, sans rien comprendre du dedans de ladite tour. » Si, la rue faite, il y avait plus de 10 toises de profondeur, les preneurs en profiteraient ; c'est ce qui arriva. Mais, s'il y avait plus de 20 toises sur rue, ils devraient un supplément de rente (75).
Ces distances se sont trouvées vérifiées sur le terrain et donnent la place exacte de la porte Renard au midi (76).
CHAPITRE III.
LES TRANSFORMATIONS DE L'HOTEL DE JACQUES BOUCHER AU DEBUT DU XVIe SIECLE.
Il ressort avec évidence de ce qui a été exposé jusqu'ici que la maison de Jacques Boucher, y compris le petit hôtel (n° 37. dans son état du xve siècle, était limitée à l'ouest par le mur de la ville (77) ; que ce mur de ville, quittant la porte Renard entre les maisons 37 et 39 de la rue du Tabour, allait gagner la portion encore existante qui borde à l'ouest le jardin des Petites Soeurs Dominicaines, laissant à l'est, par conséquent hors de la ville du XVe siècle, dans les fossés, l'emplacement du pavillon connu sous le nom de pavillon de Jeanne d'Arc (78).
La connaissance des transformations subies par la maison de Jacques Boucher au début du XVIe siècle jettera plus de lumière encore sur ces constatations. Malheureusement, ici nous manquent des documents qui, à en juger par leurs analogues du xve siècle, auraient apporté des renseignements intéressants. Je veux parler des actes de partage des successions d'Antoine Boucher, fils de Jacques, et de Jean, son petit-fils, et du contrat de mariage de Michel, fils de Jean (79). La recherche de ces actes, qui a retardé de plusieurs années le présent travail, est restée infructueuse. Force est donc de passer outre en utilisant les documents qui ont été retrouvés.
Les places que laissait libre la suppression des fossés donnèrent, sans doute, lieu à des contestations nouvelles, car nous voyons les prises de 1497 rester lettres mortes pour la partie voisine des murs, et le roi Louis XII, en janvier 1504, faire bail à cens à Jean Boucher, receveur de son domaine et petit-fils de Jacques, de toute la place actuelle des maisons nos 39 et 41 (80). Le 7 août 1514, Jacques Ragueneau, gendre de Jean Boucher, fit élever un mur pour enclore ces héritages. Mais, le jour même, il trouva Thibaut Picault, clerc de la ville, « hors et près la porte Renart, ou estoient avecques lui plusieurs maneuvres qui abatoient ung mur que ledit Ragueneau avoit fait faire ce jourd'hui pour clourre l'eritaige de lui à cause de sa femme, et de ses frères et seurs ; auquel Picault il a demandé pourquoy il faisoit abatre ledit mur, lequel a faict response que par l'adveu et charge des eschevins de ladicte ville en joissant de leur droit il faisoit faire ladite démolition. » Ragueneau fit opposition et protestation, déclarant que le roi avait fait don de cette place à son beau-père (81).
Les choses s'arrangèrent, car, le 30 mai 1516, eut lieu le toisage de cette « place appartenant aux enffans de feu maistre Jehan Boucher, près et joignant les anciens murs de la ville d'Orléans contiguz à la maison que lesdiz enffans ont assise à la porte Regnart, ou soulloit demourer ledit deffunt leur père. » Les 4 toises de large sur 10 toises de profondeur de cette place sont « a prendre joignant lesdites anciennes murailles et le coin de la tour du portail de ladite porte Regnart, laquelle tour demourera entierement franche ; et icelle a ledit Ragueneau (82) pour lesdiz enffans, ses nepveuz, consenty estre desmolye et abatue toutes et quantes foiz que bon semblera ausdiz eschevins », à condition que sa place demeure « en frou et rue publique » ; sinon, « et que ce ne feust le domage de la chose publique », « ladite tour et portail demourera entierement ausdiz enffans, ainsi qu'ilz en jouissent de présent, et s'en pourront iceulx enffans ayder comme de leur propre chose. »
Le même jour, les échevins décidaient que la rue aurait 5 toises de large (83), qu'on délivrerait trois autres places de 2 toises 5 pieds 8 pouces chacune aux autres preneurs, et que le reste des 20 toises de Denis le Mercier resterait en « frou et lieu public » (84).
En conséquence, les 9 et 23 juillet, Michel Doulcet, gendre de feu Amy Hanappier, recevait la place voisine de celle des Boucher, Jean Meslée la suivante, et la veuve de Philippot Rabeuf la dernière, faisant le coin de la place réservée, à charge d'y édifier une maison dans l'année (85).
Les maisons qu'ils élevèrent, depuis longtemps disparues, étaient peut-être de petits chefs-d'oeuvre comparables à la maison de la Vieille Porte Renard. L'architecte de l'une d'elles fut Pierre Biart ou Viart, maçon et tailleur de pierres à Orléans (86), l'un des meilleurs de l'époque, qui déploya son talent à Orléans, Beaugency, Châteaudun, Marchenoir et autres lieux.
Le 23 octobre 1517 (87), remplacement de la tour méridionale et ses matériaux furent donnés aux enfants Boucher. C'en était dès lors fini, pour près de quatre siècles, de l'alignement décidé l'année précédente (88). La porte Renard était désormais inutile : sur requête de plusieurs habitants, les échevins avaient décidé d'abattre les anciens portails et d'unir ainsi la vieille enceinte à la nouvelle, qui fermait suffisamment la ville (89).
L'abandon de l'alignement primitivement adopté accroissait la quantité de terrain accordée aux Boucher et à leurs voisins. En ce qui concerne les Boucher, au lieu d'avoir dix toises de profondeur le long des murs, ils en avaient douze du portail aux murailles commencées (90).
Vers cette époque (91) voici comment un registre des relevoisons ou mutations décrivait la place occupée par Michel Boucher, arrière petit-fils de Jacques. J'en souligne les termes significatifs (92) : « Michel Boucher, recepveur du domaine d'Orléans, pour une place assise joignant
et de l'autre cousté (93) dudict portail de la vieille [porte] Regnart, ou a sur le devant une petite maison et une grande porte a aller aux jardins et court de la maison ancienne dudit Boucher, laquelle petite maison, qui est édiffié de neuf, et une autre vieille maison joignant à icelle maison Nicolas Courtin, notaire, tient a présent a titre de loyer dudict Boucher ; tenant toute ladicte place d'un long aux anciens murs de ceste ville d'Orléans, en partie desquelz ladicte petite maison a esté ediffiée, autre partie (94) qui est rompue a l'endroict de la maison dudict Boucher, et l'aultre partie desdictz
murs qui encores est en nature (95) jusques au cemetière de Sainct-Pol ; d'autre cousté, en tirant audict cemetière de vers le frou de la porte Regnart, au derriere des maisons de Michel Doulcet, les vefve et enffans feu Richard de la Mare, et des vefve et enffans feu Phelipot Rabeuf (96), audict frou de la porte Regnart (97) et sur les derrières des hostelz des Quatre-Filz-Aymon... jusques audit cemetière ; par derrière audict cemetière, et pardevant sur ladicte rue a aller de la vieille ville au frou de la porte Regnart. Laquelle place fut baillée a feu maistre Jehan Boucher, père dudict Pierre (98) (sic) Boucher, par le roy nostre sire, au mois de janvier l'an mil V c troys, a II s. p. de cens pour chascune toise sur rue, et au roy les rellevoisons par la mort dudict maistre Jehan Boucher, et par le mariage des deux seurs premièrement mariées et à moy (?) par le mariage de l'autre seur au lieutenant général Bongars et par le transport à luy fait par l'une de ses seurs qui y avoit la moictié (99). »
L'acte qui suit va donner des précisions plus intéressantes encore. Le 16 janvier 1528 (100), Michel Boucher, alors contrôleur du domaine d'Orléans, baille à rente à Philippe de Mainteterne, dit Lendormy, marchand drapier, « ung corps d'ostel ainsi qu'il se poursuit et comporte en ouvrouer, cave, chambre haulte, grenier et appentilz, assis en ladite parroisse Saint-Pol sur la grant rue près le frou de la porte Regnart, contenant ladicte maison par le hault d'icelle. .. depuis la muraille ou est assize la chemynée de ladite chambre, soubz le plancher de laquelle est l'allée servant à la maison dudict bailleur jusques à une autre muraille ou y a huisserie pour entrer audit appentilz, estant partie des appartenances de ladicte maison et autre partie des appartenances d'une place joignant ledict appentilz audict bailleur appartenant, de longueur trois toises cinq piez entre lesdictes murailles, et de profondeur, depuis le pan de bois respondant sur le devant jusques a la muraille faisant sepparacion de ladicte maison et des autres portions de la maison ou demeure ledict bailleur, trois toises deux piez avecques le lieu ou souloit estre la tour a present servant pour aisance, et toutes les autres appartenances de ladicte maison, tenant des trois pars à l'ostel et places dudict bailleur, et ouvrant pardevant sur la grant rue ». Lendormy devra tenir la maison en bon état et « souffrir et endurer a touzjoursmes audit pan de bois respondant sur le devant de ladicte maison l'assiette de l'Anuntiation Nostre-Dame (101), en la sorte qu'elle est de present, soit en bastissant par ledict preneur ou autre ».
Le même jour, Michel Boucher vend à Lendormy « une place et espasse sur la grant rue pres le frou de la porte Regnard en la parroisse Saint-Pol, respondant sur la grant rue, resnant jusques à l'hostel Michel Doulcet et tenant d'une part audit hostel, d'autre à la maison et appentil par ledit Lendormy prise a rente dudit Boucher, contenant... trois toises un pie et demy deux poulces de largueur sur le devant de ladicte place, à prandre depuis ledict appentilz jusques à la maison dessus declarée (102), de profondeur et longueur depuis le devant de ladicte place jusques a une marque qui est au dela de l'uisserie par ou on fait saillie d'un corps (l'hostel estant sur le derrière de la maison dudict Michel Boucher sur ladicte place et jardins retenus par ledict Boucher, douze toises quatre piez huict poulces du cousté dudict vendeur, c'est assavoir depuis le devant de ladicte maisons jusques a une muraille neufve des galleries de corps de maison dudit Boucher, cinq toises quatre piez cinq poulces, en laquelle longueur y a ung bouge (103), et depuis ladicte muraille construite de nouvel, qui est droict et alignée, jusques a ladicte marque au-dela de ladicte huisserie, sept toises troys poulces, laquelle muraille, en l'estat qu'elle est montée et dressée, demeure commune et mestaire (104) aux parties et leurs hoirs, ayant ladicte place de largeur sur le derrière, a l'endroict de ladicte marque, jusques au coing de pignon de muraille d'un petit corps d'ostel assis sur le derrière dudict hostel Michel Doulcet, quatre toises trois piez et demy » tenant ladite place à l'hôtel du vendeur baillé à rente ce jour par le devant, et à ladite nouvelle muraille, par derrière au vendeur, d'autre part à Michel Doulcet, par devant à la rue. Cet achat se fait pour la somme de 400 livres tournois ; et Lendormy, déclarant effectuer le paiement avec les fonds communs de son association commerciale avec sa belle-mère, Marie Sevin, veuve de Simon d'Yonvillier, déclare celle-ci propriétaire pour moitié. Entre autres charges, l'acquéreur devra prendre la muraille sur son héritage et « fera remener et asseoir l'huisserie saillant de la salle du CORPS NEUF de l'hostel du vendeur ou jardin d'icelluy vendeur, et la mettre au dela de ladicte marque, et faire autres bes (105) pour ladicte huisserie, et la bes ou a present est ladicte huisserie faire boucher et clorre (106) ».
Revenons sur les modifications que nous décèlent les documents qui précèdent et que le plan des lieux seul peut faire comprendre, et plaçons-en les données sur le terrain. Elles éclairent à la fois l'emplacement de la vieille enceinte et les états successifs de la maison de Jacques Boucher.
En se basant sur deux lignes non douteuses, — la limite orientale du terrain donné à Michel Doucet et la limite méridionale de toutes les places concédées autrefois à Denis le Mercier, — on voit que le vieux mur de ville suivait, sur la place des Boucher vendue à Lendormy, la direction L M (7m 796 de Doucet sur le devant et 9m 528 par derrière). La tour occupait, sans doute possible, la place de la maison n° 39.
Quant à l'ancien hôtel de Jacques Boucher, il se transforme et s'agrandit considérablement. Nous l'avions laissé habité par Antoine, fils du trésorier, et divisé en deux parties : la plus vaste (n° 33) habitée par lui, la plus petite (n° 37) contiguë à la porte Renard, louée, en 1460, à un couturier, Olivier Moireau.
En 1503, Antoine Boucher meurt. Son fils Jean, qui habite la vieille maison de ses ancêtres, reçoit du roi une longue place, extérieure aux murailles (107). Cette place, anciens murs compris, a sur la rue la largeur des maisons 39 et 41 ; elle se prolonge jusqu'au cimetière Saint-Paul (108). La maison 43 est la maison de Michel Doucet.

Sur la rue, la place octroyée à Jean Boucher, et mesurée en 1516 après sa mort, était située en arrière de la tour méridionale, la rue devant avoir 5 toises de largeur. L'oncle des enfants de Jean, lors du toisage, stipulait avec soin que cette tour, si elle était conservée, reviendrait à ses neveux, ou que son emplacement, si elle était abattue, demeurerait voie publique. Nous avons vu qu'une troisième solution intervint : la tour fut abattue et son emplacement donné aux Boucher. De tout cela résulte que la tour méridionale du portail se détachait bien des murs de la ville sur remplacement de l'immeuble n° 39, dans la partie contiguë à la rue. Vers 1518, le projet d'élargissement de la rue ayant été abandonné et la tour donnée aux enfants Boucher, s'élevait sur l'emplacement de cette dernière, une petite maison neuve bâtie en partie sur le mur de ville ; le reste du devant de la place était clos d'une muraille dans laquelle s'ouvrait une grande porte conduisant, à travers cette place (n° 41 jusqu'au jardin) (109), aux jardins et à la cour de la maison ancienne de Michel Boucher, Et, en effet, le mur de ville était rompu à l'endroit de la cour pour la construction du corps d'hôtel D, qualifié corps neuf en 1528 ; cette construction était commencée en 1518, et c'est pour elle qu'on avait rompu le mur de ville : les matériaux de construction étaient approchés par la grande porte en question. En même temps se construisait, dans l'alignement de la façade de la nouvelle salle donnant sur le jardin et sur l'emplacement des murs rompus, une muraille destinée à appuyer des galeries, évidemment pour relier l'ancienne maison aux constructions nouvelles (110). Cette expression de maison ancienne, qui désigne la maison 33 et ses dépendances sur la cour, prouve bien qu'on construit une autre maison, que l'acte 1528 qualifiera de corps neuf : la grande salle du fond de la cour (D), où viendra s'appuyer plus tard le cabinet dit de Jeanne d'Arc.
Ces constructions achevées, ayant suivi la mode qui poussait les riches bourgeois et les nobles habitant les villes à faire leur demeure sur cour et non plus sur rue, Michel Boucher fit argent des places qui lui devenaient inutiles. Le 16 janvier 1528, il conclut avec Philippe Lendormy un double contrat. Par l'un il lui baillait à rente perpétuelle la vieille maison n° 37, comprenant le dessus de l'allée et la petite maison élevée sur l'emplacement de la tour (partie du n° 39), servant alors d'appentis à la première, avec laquelle elle communiquait intérieurement : en somme, ce qui était loué au notaire Nicolas Courtin vers 1518. Par l'autre, il lui vendait tout le reste de la place qui lui avait été baillée entre le jardin et la rue : le reste du n° 39, tout 41 avec la partie voisine du jardin. Dans ce dernier acte, il stipule que le tout a été payé des deniers de la société commerciale existant entre lui et sa bellemère, qui devient, par suite, propriétaire de la moitié indivise des nouvelles acquisitions (111). Dix ans plus tard, en avril 1538 (112), l'indivision prend fin par un tirage au sort de deux lots formés par des experts. Lendormy reçoit les nos 37 et 39, et la veuve d'Yonvillier le n° 41 jusqu'au jardin (113). Alors fut convenue la séparation qui subsiste encore entre les nos 37 et 39, et, sans doute, fut construite la jolie maison du n° 39 que Lendormy habitait dès 1543, tandis qu'il avait loué le n° 37 à Pierre Le Fachu (114).
Il y a lieu de remarquer ici la première mention, dans l'acte de 1528, d'une Annonciation Notre-Dame, sculptée dans la façade du n° 37, probablement au-dessus de l'allée. De là viendra plus tard à ces habitations le nom de maison de l'Annonciade (115).
En résumé (116) par les travaux du premier quart du XVIe siècle, le vieil hôtel de Jacques Boucher présente les dispositions suivantes : autour de la cour, au nord le bâtiment du grand hôtel de la porte Renard (n° 33 et derrière) l'allée et le corps qui est derrière le n° 37 ; à l'ouest une galerie joignant ce corps à la salle du fond ; à l'est une tourelle avec vis de pierre, partant du fond des caves et desservant tout l'immeuble 33 et, à côté,
quelque construction servant de communs ; au midi enfin, la salle et la chambre d'habitation ayant, à chaque étage, trois fenêtres sur la cour et deux sur le jardin. Il est probable qu'à cette époque la sortie sur le jardin se faisait par la porte qui va actuellement de cette salle à l'escalier (c)
La maison n° 33 paraît avoir été séparée momentanément de la portion donnant sur la cour dès 1511. Le 4 juin 1511 (117), en effet, fut conclu un compromis entre Drouin Jacquet, notaire, et Amy Hanappier (118), marchand bourgeois, ayant droit de Regnault Petau, au sujet des « sepparacions, cloustures et cloisons des porcions que ledit Petau a naguere baillées audict Jacquet d'une maison assise a Orléans, pres la porte Regnart, qui fut a feu maistre Jehan Bouchier, tant en l'ouvrouer et cave dudit houstel... (119) » Cela ferait supposer qu'après la mort de Jean Boucher, ses enfants, tous mineurs, furent recueillis par leur oncle Ragueneau, leur tuteur, et qu'on loua ou vendit à réméré la vieille maison de famille à Regnaut Petau, qui la sous-loua à Jacquet et à Hanappier.
Plus tard, Michel Boucher s'installa dans la partie donnant sur la cour et continua de louer la maison n° 33. Elle était occupée par la veuve d'Yonvillier, pendant la construction de sa demeure sur le terrain acquis de Boucher (n° 41), lorsque, le 22 avril 1539, elle fut prise à loyer par Nicole Luillier (120). Nicole Luillier, seigneur de Lamothe, licencié en lois, d'une famille de vieille bourgeoisie orléanaise, venait d'épouser une des filles de Michel Boucher, Charlotte, sa cousine éloignée (121). Le bail, conclu pour quatre ans de la Saint-Jean 1539, pour le prix de 34 livres tournois, fut renouvelé par le beaupère à son gendre, le 12 mars 1543, pour trois ans (122). Mais, au cours de ce dernier bail, la maison allait changer de « seigneur » (123).
suite à venir 37/90
Source : Eugène JARRY - Paru aux librairies Jeanne d'Arc - Orléans - 1909.
Nota : publication sans aucune garantie d'exactitude parfaite avec le texte original.
Notes
:
1 M. le chanoine Cochard traite cette question des reliques dans une série de mémoires profondément étudiés.
2 La Maison de Jeanne d'Arc à Orléans. Extrait du Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, t. XIIIs pp. 461-466. Cette note a passé presque tout entière dans le présent travail. Sauf en ce qui concerne la chambre même de la Pucelle, les conclusions sont identiques.
3 Mentions à la suite du contrat de vente du 30 octobre 1543 (Min. Provenchère, étude Gillet). Pièce justificative I. Il y a cependant une sentence mentionnée dans le même acte, et que j' ai retrouvée assez endommagée aux Archives du Loiret, A 1887. Elle se rapporte évidemment à la maison de Jacques Boucher. Mais son style embarrassé, joint aux nombreuses lacunes du parchemin, la rend peu intelligible et inutilisable. Une chose, cependant, parait en ressortir, c'est que la maison, en 1392, n'avait pas la disposition actuelle.
4 Bib. Nat. Pièces orig. 431, doss. 9799 :7.
5 Boucher de Molandon, p. 415. — Nous désignerons désormais par le seul nom de son auteur le travail de M. Boucher de Molandon, contenu dans le t. XXII des Mémoires de la Société Archéologique et Historique de l'Orléanais.
6 Entre le 29 avril et le 12 novembre, Ibid., p. 423.
7 V. pour tous les détails de filiation, le tableau des possesseurs anciens de la maison de Jeanne d'Arc, à l'appendice I.
8 Boucher de Molandon, p. 442.
9 Bien entendu, ici, comme dans tout le présent travail, hôtel conserve son vieux sens de maison particulière.
10 Ibid., p. 444, corrigé ici d'après l'original.
11 Ibid., p. 445.
12 Tiendra.
13 En sorte que...
14 Minutes Arnoul Sarre. Etude Fauchon.
15 L'arbitrage du 12 novembre 1449 contient, au sujet du commerce d'Antoine, le curieux article que voici : « Item, et en tant que touche ce que ledit Anthoine fait question de ce qu'il s'est ocuppé a servir en la marchandise commune par l'espasse de cinq ans, et dont il requiert estre sallarié par chascun an de XXX 11. t., dient les dessus dizesleuz que ledit Anthoine, en ce faisant, a fait son devoir et son prouffit et le prouflit de sesdiz freres et seurs qui le lui desserviront, se Dieu plaist, le temps advenir. » Min. Sarre. Et. Fauchon.
16 Minutes A. Sarre. Et. Fauchon.
17 Le 29 mai 1459, les beaux-parents d'Antoine reconnaissent que, si leur gendre acquiert de ses soeurs des portions de l'hôtel de la porte Renard, suivant son contrat de mariage ces portions seront comptées comme propres, sans que leur fille y puisse rien prétendre. — Min. Prévost, Et. Fauchon.
18 Simple mention parmi les titres donnés lors de la vente de 1543. Ce volume manque dans les minutes de Jean Prévost, étude Fauchon.
19 Jean Le Cesne et sa femme avaient, le 18 mars 1489, loué leur portion indivise de l'hôtel pour 25 ans, au prix de 10 livres tournois de rente annuelle. Cet acte fut annulé le 9 janvier 1464, — Min. J. Prévost. Et. Fauchon.
20 Paroisse de Coinces, en Beauce.
21 Minutes Prévost. Etude Fauchon.
22 La maison des Lelong faisait le coin de la rue de la Foulerie (actuellement rue du Cheval-Rouge).
23 V. chapitre V.
24 Cette dernière expression, à cette époque surtout, est de pur protocole ; elle arrive pour clore l'énumération même complète.
25 27 mai 1495. Hôtel du Cheval-Rouge, tenant « derrière, aux vielsmurs de la ville d'Orléans». Min. Chenu. Et. Gaullier, 3 décembre 1533. Maison à laquelle pend l'enseigne du Cheval-Rouge, rue de la Foulerie, tenant d'un bout derrière « aux anciennes murailles de l'enclousture ». Min. Rousseau. Et. Baron.
26 V. le plan de restitution ci-contre.
27 Il s'agit, bien entendu, de la vieille porte Bannier, qui occupait sur le Martroi actuel un emplacement situé au sud-est de la statue équestre de Jeanne d'Arc (plan terrier no 1-2). La rue de la Vieilla-Poterie y conduisait en suivant une légère courbe.
28 V. la reproduction p. 15. (Arch. du Loiret, A 614).
29 Du haut de la tour de Saint-Paul, on distingue parfaitement la ligne de ces murailles jusqu'à l'église de Recouvrance.
30 Bulletin de la Soc. archéol. et hist.de l'Orléanais, t. VIII, p. 329.
31 Michau Quanteau, sur la maison duquel fut sans doute prise la tour lors de la construction de la deuxième enceinte, était un bourgeois d'Orléans, vivant en 1343. Il mourut avant le 22 mars l358. — Arch. du Loiret, G. 416 et 427.
32 V. Viollet-le-Duc, Dict. d'architecture, au mot ESCHIF. — Les Comptes de Forteresse justifient absolument cette interprétation du savant architecte. En 1441, on met à point « le quarré où on fait le guet au droit de Saint-Pol » (Arch. d'Orléans, CG. 553 : 28 v°) ; en 1445 (CC 554 : f° 67), on fait « ung plancher et ung quarré encontre l'église de Saint-Pol ou l'on fait le guet par nuit » ; en 1447 (CG. 555 : 44), il est question de l' « eschiffle » du cloître Saint-Pol, qu'on appareille et dont on met à point le garde-fou, le 10 mars 1448 (ibid : f° 50). Le 13 novembre 1449, on appareille « le plancher de l'eschiffre qui est sur les murs de la ville près de l'église Saint-Pol et le garde-fou du degré par où on monte en ladite eschiffre. (GG. 556 : f° 66). Enfin on démolit cet édicule avec l'enceinte : le 23 février 1516 (n. st.), deux journées de deux pionniers pour « abattre et descouvrir une loge estant sur les vieilz murs de la ville près de l'église Saint-Pol à l'endroit de la maison des Galiots, appelée icelle loge la chiffle, ou l'on souloit faire le guet ». Quatre voitures emmènent à l'Hôtel de ville la tuile et le vieux bois. (CC. 567 : f° 47).
33 La première a été retrouvée par notre savant collègue M. Dumuys, au n° 32 de la rue de Recouvrance ; la seconde, d'après lui, devait être au n° 22. — Journal du Loiret, 6 mars 1907.
34 Des échevins, parmi lesquels figurait Antoine Boucher, furent envoyés aux Montils représenter au roi les inconvénients de cet agrandissement (24 février-10 mars 1468. — Arch. d'Orléans, CG. 560 : fo 137 v°).
35 Ibid. GG. 562 : P 45 et 49 v°.
36 Ibid., EE. 39. — Dès 1470, une assemblée des gens de la justice et des notables habitants, réunis à l'Hôtel-de-ville, avait donné son opinion « touchant les clostures des forsbours des portes Banier et Renart. » Ibid. GG. 561 : f° 128).
37 Ces assemblées se composaient de tous les chefs de famille résidant, une personne par maison, et une amende de 20 sous était encourue par ceux qui s'en dispensaient sans excuse valable.
38 Arch. d'Orléans, CG. 562 : f° 43 v°.
39 Arch. d'Orléans, EE. 39.
40 Les buttes des arbalétriers étaient, à cette époque, dans les fossés situés entre la porte Bannier et la porte Renard.
41 ... ensemble toute la vieille muraille, la tour qui est à l'endroit desdites buttes, appelée la tour Regnault, avec toutes autres appartenances et appendances, en y comprenant les fossez, douves, jardins, edifices, murs, cloustures et aultres choses quelconques. La tour Renaut est la même que la tour Michau Quanteau.
42 20 juin 1495. Min. Courtin. Et. Berlencourt.
43 La porte Renard avait été munie, comme toutes les autres portes de la ville, d'un boulevard après Azincourt. On se hâta d'abord de faire un boulevard en terre et en bois, en 1417. (Arch. d'Orléans, CC. 546 : 50, 51 v°, 53, etc.) En 1447, on le refit en pierre. Cette construction fut autorisée par le gouverneur le 28 juillet de ladite année (Ibid. GC. 555 : f° 59).
44 Le reste des 57 toises qu'il avait au nord de la porte Renard.
45 Arch. du Loiret. A 1861, f° 125 v°. — Le texte ci-joint est pris à un acte du 30 avril 1528. Min. Sevin. Et. Gaullier.
46 29 juin 1516 (Délibérations de ville).
47 Cf. la reproduction du plan terrier ci-contre.
48 Elle figure en plan et en élévation dans la planche 62 de l'album destiné à illustrer l' Histoire architecturale d'Orléans, de M. de Buzonnière.
49 Arch. du Loiret, A 1903, — Pour 28 sous parisis de rente annuelle.
50 Arch. du Loiret, A 554 : 128.
51 Partage par-devant Courtin. Etude Berlencourt.
52 Délibérations de ville.
53 Ibid. 27 janvier 1497.
54 J'espère pouvoir un jour traiter ces intéressantes questions en publiant les délibérations de ville, que j'ai eu la bonne fortune de retrouver pour cette époque.
55 C'était fait dès 1505.
56 Délibérations. - CG. 565: 20.
57 La tour et le portail figurent, — nous l'avons dit, — dans les partages de famille. Le 3 juin 1492, on reconnaissait qu'au lot échu à Simon Jacquet, à cause de sa femme, en la succession d'Aubry Boilleve et de Catherine, était « une maison couverte d'ardoises, ou demourent lesdits Simon Jaquet et sa femme, avec la tour et portail de la porte Regnard, joignant de ladite maison. » Cette maison devait 8 deniers parisis de cens au duc; la tour et le portail, 28 deniers. — Min Courtin. Et. Berlencourt.
58 Tour septentrionale de la porte Renard.
59 N° 18 du plan terrier.
60 3 septembre 1517. Délibérations de ville.
61 23 septembre 1517. Ibid.
62 Cf. le plan de restitution p. 8.
63 Ibid.
64 Par achat des échevins. Sur cette place « joignant et oultre la vieille porte Regnard » commençaient à s'élever, en 1520, des murailles édifiées par Jean Jacquet. Elles avaient la direction actuelle (cf. le plan de restitution où cette direction est figurée) ; car des experts ayant été envoyés pour vérifier l'alignement, ils le prirent du coin de la rue de la Hallebarde (alors des Arbalétriers), « droit et en tirant vers une canonnière estant en ladite vieille muraille de la ville. » On autorisa Jacquet à continuer. — Min. N. Gourtin. Et. Berlencourt.
65 Les comptes de forteresse (CC. 564: 64) témoignent que la maison de Simon Jacquet était juste devant la porte.
31 janvier 1480 : « faict, taillé et assis une barre neufve à quoy fermer les portes de la porte Renart, près de l'ostel Simon Jacquet, et icelle avoir aydé à ferrer. »
66 Archives du Loiret, A. 1861: 46 v°.
67 Cf. Archives du Loiret, plan O. 20.
68 Ces numéros n'ont pas changé.
69 Annotation de Vergnaud-Romagnési à son exemplaire interfolié de son Histoire de la Ville d'Orléans. — Coll. Jarry.
70 V. l'appendice II.
71 23 juin 1449. — Ph. Aguiétart, écuyer, sr d'Amerville en Beauce, procureur de Jeanne de la Roche, sa mère, baille à loyer à Antoine Boucher, marchand à Orléans, « une cave estant en ung hostel joingnant de la porte Renart d'Orleans » — sans doute la cave du petit hôtel — « avec la tourelle du portail d'abas. » — Min. G. Bureau. Étude Berlencourt.
72 Terrain vague.
73 Rosette Le Prestre, fille de Jean le Prestre, conseiller du roi, chancelier du duc Charles d'Orléans.
74 Mitoyenneté.
75 Min. Jean Courtin l'aîné. Et. Berlencourt.
76 V. le plan de restitution p. 8.
77 Nous venons de voir qu'en 1497, il n'est pas question de propriété appartenant aux Boucher à l'ouest de ce mur. Nous allons voir, encore en 1516, que les anciens murs sont « contiguz » à la maison Boucher.
78 V. le plan de restitution, p. 8.
79 Le contrat du mariage de Jean avec Louise Morin dut être passé devant un notaire de Tours ou d'Amboise. Mon confrère et ami de Grandmaison ne m'a laissé aucun espoir de retrouver ce document.
80 Arch. du Loiret, A 1856 : 287 v°.
81 Min. Drouin Jacquet. Et. Giliet.
82 René Ragueneau, mari d'Anne Boucher.
83 Environ 9m 75.
84 Délibérations de ville. — Le 5 avril, on avait mesuré cette place laissée en lieu public, elle avait 15 toises du pavé de la rue au coin de la maison des Quatre-Fils-Aymon. Cette maison était la troisième après la grande porte qui s'ouvre dans le coin de la place.
85 Ibid.
86 4 février 1518. Viart donne quittance à la veuve Rabeuf du solde de ce qui lui est dû pour ses travaux « es maisons qu'elle a fait ediffier de neuf au boullevart de la porte Regnart. » Min. Dr. Jacquet. Et. Gillet.
87 Ibid.
88 Il n'avait jamais été question d'aligner que la partie à construire, extérieure à la porte Renard ; et l'on jugea dangereux pour la sécurité publique de former là deux encoignures propices aux embuscades. C'est ce qu'exprime l'expertise du 4 août 1520 pour la partie septentrionale de la rue. Elle constate que « encores, ainsi que ledit alignement a esté fait et que lesdites murailles sont assises, y aura coing et triangle qui sera difforme a regarder desdites murailles en ladite ville ; et si plus arrière estoient lesdites murailles recullées, y auroit plus grant prejudice de ladite ville et chose publique, et se y pourroient retirer, cacher et mettre plusieurs gens qui vouldroient mal faire. » — Min. N.Courtin. Et. Berlencourt.
89 5 novembre 1516. — Délibérations.
90 Quant à la largeur de cette place, elle est ainsi toisée, ce même 23 octobre 1517 : « Et aussi avons mesuré la largeur des places baillées à Ragueneau et ses consors, qui est de quatre toises de largeur sur la grant rue de la porte Regnard, à joindre depuis les vieilles murailles au pignon de la maison Michel Doulcet, marchand d'Orléans, nouvelment ediffiée. Et pour le derrière avons toisé et mesuré, et trouvé qu'il y a quatre toises cinq piez quatre poulces ou environ de largeur a venir droit a ligne depuis le devant et coing du pignon de la maison dudict Doulcet jusques au derrière des murailles encommancées, joignant les murailles et bouts des maisons de la Rabeufve et Richard de la Mare, qui est cinq piedz quatre poulces oultre les quatre toises par le derrière de la place desdiz Ragueneau et sesdiz consors plus que par devant, laquelle espasse demourra audit Ragueneau et ses consors. » V. les limites ponctuées de ce terrain dans le plan de restitution. La maison Doucet était le n° 43.
91 Le passage est difficile à dater. Il ne semble guère pouvoir être postérieur à 1518.
92 Voir le plan.
93 Le paragraphe précédent a trait aux places données aux Jacquet, au nord.
94 Des anciens murs.
95 C'est encore vrai aujourd'hui : voir le fond des cours de la rue du Cheval-Rouge.
96 Nos 43 à 47 de la rue du Tabour.
97 Où est la porte cochère. V. le plan général, p. 32.
98 Au début aussi on avait écrit Pierre. On a rayé pour mettre Michel, oubliant de corriger dans le corps du paragraphe.
99 Ceci vise les partages qui n'ont pas été retrouvés.
100 Par-devant N. Sevin et Et. Péguy. — Et. Gaullier.
101 Dans sa Notice sur le cabinet de Jeanne d'Arc à Orléans (extrait du t. XI des Annales de la Société d'émulation des Vosges, p. 6), M. Vergnaud-Romagnesi écrit, sans doute d'après la tradition orale : « Ce bas-relief, qui était d'une passable exécution, offrait la Sainte-Vierge filant dans l'angle d'une chambre, près d'une cheminée rustique ; un ange apparaissait par une croisée entrouverte en face et présentait à la Vierge une branche de lis. Un troisième personnage était indiqué derrière l'image. Ce bas-relief n'a disparu totalement qu'en 1792. »
102 Celle de Doucet. Ainsi corrigé dans Arch. du Loiret, A. 1861, f° l32.
103 Partie convexe. Cf. Sainte-Palaye, à ce mot.
104 Mitoyenne.
105 Baies.
106 Min. Sevin. Et. Gaullier. — Arch. du Loiret A. 1861 :132-145.
107 V. le plan de restitution, p. 8.
108 Une partie de cette place, où est le jardin, resta quelques années litigieuse entre Boucher et les héritiers d'Etienne de Mareau (V. p. 22). Le 26 mars 1522, un partage, que nous n'avons pas, semble avoir mis fin au litige (mention de la pièce justificative I).
109 Tel que le montre le plan de restitution, p. 8.
110 Le partage de 1599 mentionne ces galeries. (V. P. Just. II.)
111 Une sentence favorable à l'action en retrait lignager exercée contre Lendormy par Claude Bongars et Michelle Boucher, sa femme (7 octobre 1530. Min. Gasté. Et. Gaullier), donna évidemment lieu à la transaction entre Claude Bongars et Philippe Lendormy, mentionnée à la date du 13 juin 1532, dans un répertoire de G. Herpin (Et. Berlencourt). Le registre qui la contenait manque.
112 Acte endommagé et incomplet du notaire Provenchère. Etude Giliet.
113 Voici quel était avant le partage l'état des immeubles : Au fond, tenant au jardin, une grange contenant des presses de drapier profonde de 10m 70, large entre oeuvres de 9m 25 ; sur le devant, place et cour, large de 8m 12 sur le devant de la grange et de 6m 50 sur rue, longue de 13m 65 (n° 41 jusqu'au jardin et partie derrière le 39). Quant au n° 39, il se compose alors d'une étable avec une garde-robe et grenier, et derrière, petite cour et puits devant la grange.
114 Arch. du Loiret A. 1861 : f° 2 v. — V. la gravure, p. 48.
115 On a vu, par tout ce qui précède, qu'il n'y a nulle place, en cette maison, pour un couvent de religieuses, qui n'auraient pu être, en tout cas, que les Annonciades de Lombardie, fondées en 1439, Les Annonciades de Bourges, fondées par la reine Jeanne, femme de Louis XII. ne furent approuvées qu'en 1502 et aucun couvent n'en existait avant cette approbation. Le nom vint, sans doute possible, de l'enseigne que nous trouvons en 1528 déjà existante et qui demeure jusqu'au xviiie siècle. A cette dernière époque, tout au moins, elle est en pierre (acte de 1729). Elle ne fut détruite qu'en 1792. V. plus haut, p. 29, n. 1, sa description. On peut se demander si cette enseigne n'était pas un souvenir du pennon de la Pucelle, où « estoit painte comme une Anonciacion, c'est [asçavoir] l'image de Nostre Dame ayant devant elle ung ange luy présentant ung liz ». — Journal du Siège (éd. Charpentier et Cuissard), p. 76.
116 V. le plan général, p. 32.
117 Min. J. Courtin ; Et. Berlencourt.
118 Amy Hanappier attendait la solution des difficultés qui retardaient sa mise en possession des terrains auxquels il avait droit. Il mourut avant de les avoir et ce fut son gendre, Michel Doucet, qui prit possession à sa place, nous l'avons vu.
119 Ce membre de phrase n'a pas été fini, il devait être ; « qu'es chambres et greniers...»
120 Min. F Stuart ; Et. Gillet.
121 Jeannette Luillier, femme de Jacques Boucher, était de la même souche ; son père était le trisaïeul de Nicole.
122 Min. P. Stuart ; Et. Gillet.
123 Entre temps, un acte passé chez Cl. Marchand (étude Fauchon), le 10 janvier 1541, montre bien que notre identification n'est pas erronée. C'est une cession par Nicole Luillier à son beau-père d'une portion de grenier située dans la partie louée par lui et régnant « depuis la fenêtre étant prochaine du costé de Nicolas Lelong ». Ce dernier était propriétaire de la maison n° 31, et nous voyons, d'autre part, que la maison louée par Luillier était celle où se trouvait (murée plus tard) l'entrée des caves de la maison Boucher. Tout cela désigne bien le n° 33 actuel, A1.
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