" Première expédition de Jeanne d'Arc
Le ravitaillement d'Orléans "
par M. Boucher de Molandon
- 1874 |
- Avant-propos
- PREMIÈRE EXPÉDITION DE JEANNE D'ARC. BLOIS, CHÉCY, ORLÉANS (27, 28, 29 AVRIL 1429).
I
- Observations préliminaires
II - L'investissement d'Orléans au moment où survint la Pucelle
III - Les îles de la Loire au XV° siècle entre Orléans et Chécy
IV - Blois. le convoi de ravitaillement
V - De Blois à Chécy
§1 - Le trajet par la Sologne et l'arrivée à Chécy
§2 - Les incidents du trajet
VI - De Chécy à Orléans
§1 - L'entrée du convoi à Orléans par bateaux
§2 - Jeanne d'Arc à Chécy - Son entrée à Orléans
VII - Conclusion
Notes et éclaircissements
Pièces justificatives
Carte siège d'Orléans
Avant-propos
Le siège d'Orléans en 1429 et ses émouvants épisodes ; le formidable blocus entrepris et poursuivi par
l'Angleterre, pour réduire par la famine ce dernier
boulevart de la nationalité française ; l'héroïque résistance
des assiégés; la merveilleuse intervention enfin
de la vierge de Domremy : tous ces faits mémorables,
dont quelques-uns sont sans exemple dans l'histoire, s'appuient sur un tel ensemble de témoignages,
que l'authenticité n'en peut même être suspectée.
Cette lutte patriotique et glorieuse, soutenue au seuil
des graves modifications que les découvertes modernes
imprimaient à l'art de la guerre, mérite donc, à bien
des titres, d'être étudiée en ses moindres détails.
Or, quelque lumière que les travaux d'auteurs éminents
aient projetée sur les lignes principales de ce
grand événement historique, personne n'ignore que
des faits d'un réel intérêt sont, aujourd'hui encore,
enveloppés d'obscurités et d'incertitudes.
En ce qui concerne, par exemple, la première expédition
de la Pucelle, pour ravitailler la généreuse
cité qu'elle avait, disait-elle, mission spéciale d'affranchir,
un grave dissentiment se manifeste, tout d'abord,
sur un point essentiel.
L'investissement d'Orléans était-il hermétiquement
accompli ? n'était-il achevé qu'aux trois quarts encore,
quand, le 27 avril, Jeanne, avec un petit corps d'armée,
partit de Blois pour secourir la ville ?
Sur cette question, qui touche de si près au caractère
providentiel de sa mission libératrice, les appréciations
sont loin d'être d'accord.
Un ingénieur honorable et distingué, M. Jollois,
dans son Histoire du siège d'Orléans, a soutenu formellement,
et plusieurs, sur l'autorité de son nom, ont
redit après lui que toutes les avenues de la place
n'étaient pas encore entièrement interceptées au moment
où survint la Pucelle, et que, dans une longueur
de près d'une lieue, au nord-est, aucun obstacle
n'existait qui pût empêcher l'entrée des munitions et
des vivres.
Quelques autres historiens maintiennent énergiquement
le contraire.
Ils se demandent, non sans raison, comment les
généraux de Charles VII pouvaient trouver tant d'obstacles
au ravitaillement de la place (1); pourquoi tant
de cris de détresse appelaient la Pucelle, comme
l'unique et dernier espoir de salut ; à quel titre une
si vive explosion de reconnaissance et de joie saluait son entrée dans les murs ; si toute la dificulté se réduisait à pénétrer dans une ville, assiégée sans
doute, mais en laquelle une large brèche de quatre
kilomètres, attenant à la forêt, laissait si facile encore l'introduction des convois et des vivres.
La récente découverte, au centre de cette lacune
apparente, d'un ouvrage militaire signalé en 1857 à
la Société archéologique de l'Orléanais, doit, semble-t-il,
modifier, au moins, l'état de la question. Le remarquable
rapport présenté à la Société archéologique par
M. A. Collin, aujourd'hui inspecteur général des ponts
et chaussées, au nom de la commission chargée de
visiter cette redoute, a victorieusement combattu l'opinion de M. Jollois et corroboré la thèse du complet
investissement, par des considérations de la plus haute
gravité.
Une seconde question qui, par bien des liens, se
rattache à la première, soulève d'égales divergences.
Fidèle à son système de l'inachèvement du blocus,
M. Jollois, et d'après lui encore de graves historiens
modernes, veulent que le convoi de ravitaillement
amené de Blois par la Pucelle ait pénétré dans la ville par la voie de terre, à travers les forteresses d'investissement.
Une étude attentive des témoignages contemporains
et des lieux, appuyée de quelques textes jusqu'à présent
inédits, me semblent démontrer, au contraire, que le
convoi du 27 avril, arrivé de Blois aux îles de Chécy,
descendit, par bateaux, des îles de Chécy aux fossés de
la porte de Bourgogne.
Sur plusieurs points, non moins dignes d'intérêt,
régnent de semblables incertitudes.
Quelle était la force numérique du petit corps d'armée
qui escortait le convoi de ravitaillement ?
Quel rang, quelle autorité Jeanne d'Arc avait-elle en
cette expédition, la première à laquelle elle ait pris part ?
Un plan fut-il arrêté, dès le départ, pour le trajet
du convoi, et ce plan, quel était-il ?
Pourquoi, malgré les instances de Jeanne, voulut-on
marcher par la rive gauche ?
Pourquoi l'escorte, au lieu d'entrer avec Jeanne à
Orléans, retourna-t-elle à Blois ? etc., etc.
Sur ces questions et quelques autres encore, les interprétations
diffèrent.
Je n'ai pas la présomptueuse pensée d'apporter des
solutions certaines et incontestées à ces problèmes historiques
sur lesquels sont divisés mes éminents prédécesseurs
; je viens seulement offrir à leur appréciation
l'humble tribut de mes laborieuses études.
Un invincible attrait, né de circonstances personnelles
et d'un culte d'admiration et de gratitude pour
l'incomparable enfant en qui semble se personnifier
l'idéale figure du génie de la France, m'a soutenu dans
de longues investigations sur le siège d'Orléans et la
mystérieuse intervention de la Pucelle.
J'ai, de plus, passé ma vie aux lieux où se sont
accomplis ces grands faits historiques; et peut-être me
sera-t-il permis de dire que l'examen attentif et journalier
des localités a parfois, pour les plus modestes observateurs, des révélations que les plus savantes théories
ne suppléent pas toujours.
Je dois beaucoup, c'est un devoir et un bonheur
pour moi de le reconnaître, aux savants historiens mes
modèles et mes maîtres en ces études; c'est d'eux
surtout que j'ai appris à demander aux documents originaux et contemporains l'exacte révélation du
passé (2).
Je n'ai pas à justifier ici les nouvelles appréciations
que je soumets, sans réserve, à la critique du lecteur.
A elles de se détendre, si elles méritent d'être défendues.
Je dois me borner à dire à quelles sources j'ai puisé
les éléments de mes convictions et quel degré de confiance
ils m'ont respectivement paru mériter (3).
Les faits relatifs au siége et à la délivrance d'Orléans
sont consignés, pour la plupart, dans les documents
officiels; beaucoup ont été recueillis dans les chroniques
et écrits du temps.
DOCUMENTS AUTHENTIQUES.
Trois sources officielles possèdent à cet égard une
autorité que rien ne saurait surpasser : les Comptes de ville d'Orléans: les Documents de l'ancien duché conservés
aux archives du Loiret, enfin les Procès-verbaux
judiciaires de la condamnation et de la réhabilitation
de la Pucelle.
1° Les Comptes de ville. —De la fin du XIV° siècle,
jusque vers le milieu du XVI° la gestion des affaires
et des revenus d'Orléans était confiée à douze notables
bourgeois portant le nom de procureurs de la ville,
que, tous les deux ans, les habitants, réunis en la
place des halles, nommaient par une élection à deux
degrés.
Ces douze magistrats, dès leur entrée en charge,
choisissaient l'un d'eux, qui prenait le titre de receveur
des deniers communs, pour percevoir les revenus
et acquitter les dépenses.
Nulle somme, si minime qu'elle fût, n'était payée
qu'après vérification et sur mandement écrit des procureurs,
autorisé par le bailli ou son prévôt, contresigné
par le notaire de la ville. Les comptes bisannuels
de gestion étaient rendus avec les mêmes formalités.
Les états de recettes et les mandements de dépenses étaient ensuite transcrits sur un registre de parchemin,
qui portait le nom du receveur.
Dans un sentiment d'indépendance et de fierté municipale,
la ville d'Orléans attachait un grand prix à se
garder et à se défendre elle-même; elle consacrait chaque
année les trois quarts de ses revenus à l'entretien de ses
remparts et de son armement; l'autre quart appartenait
aux dépenses de commune.
De là, pour chaque gestion bisannuelle, deux sortes de registres : les comptes de commune et ceux de forteresse.
Un grand nombre de ces registres, heureusement
conservés, source inépuisable des plus précieux renseignements,
constituent l'inappréciable trésor des archives municipales d'Orléans. Plusieurs, et notamment
les comptes de commune de 1429 et 1430, ont malheureusement
disparu. C'est, pour l'histoire de la
cité, une perte irréparable. Elle est toutefois un peu
atténuée par la conservation d'un certain nombre de
mandements originaux de paiement de ces mêmes
années, inscrits sur feuilles volantes de parchemin et
contresignés de Jehan Cailly, notaire de la ville.
Il serait superflu de faire remarquer l'irrécusable authenticité
des faits puisés à cette source officielle.
Je suis heureux d'acquitter, à cette occasion, une
dette de reconnaissance envers l'un des plus laborieux
et plus érudits explorateurs de ces documents historiques, le vénérable abbé Dubois, théologal de l'Eglise
d'Orléans, mort en 1854, dans un âge avancé.
Doué d'une rare aptitude au travail, l'abbé Dubois
consacra la meilleure partie de sa vie à rechercher
avec un zèle infatigable, dans nos registres de comptes de ville et dans les archives de nos principaux étabhssements
religieux et civils, des détails authentiques sur
l'Orléanais et spécialement sur les mémorables événements
du XV° siècle. Les faits multipliés qu'il y avait
recueillis, et ses savantes dissertations sur le siège de
1429, dont il préparait une histoire complète que la mort ne lui a pas permis d'achever, sont déposés en ses manuscrits, conservés à la bibliothèque publique de
la ville.
2° Archives départementales du Loiret. — Le riche
dépôt de ces archives départementales contient de nombreux
et intéressants documents sur les hommes, les
choses, les établissements publics et la topographie locale de l'ancien duché d'Orléans dont, à l'époque du
siège, le duc Charles était seigneur apanagiste.
J'ai beaucoup puisé à cette source certaine et féconde;
mais je manquerais au premier et au plus cher de mes
devoirs, si je ne disais que le talent, le désintéressement
et l'inépuisable obligeance de notre savant archiviste
M. Maupré, mon collègue et ami, ont, en toutes circonstances,
guidé et facilité mes recherches.
3° Procès de condamnation et de réhabilitation de
Jeanne d'Arc, publiés, pour la première fois, d'après
les manuscrits de la Bibliothèque nationale, par M. Jules Quicherat. — Cinq vol. in-8o.— 1841-1849.
Il n'y a plus d'éloges à faire de cette magistrale publication.
En révélant au grand jour les procès-verbaux authentiques,
officiels, de l'inique procès et du jugement
réparateur que Jeanne d'Arc illumine, les uns comme les autres, de l'incomparable éclat de sa personnalité,
M. Quicherat a élevé à la mémoire de la Pucelle un
monument digne d'elle, et mis en lumière les plus précieux détails sur notre siège d'Orléans. Je ne saurais
assez dire combien je dois à M. Quicherat; je n'ai
pu m'acquitter envers lui qu'en puisant dans son savant recueil la plupart de mes citations, et m'appuyant, en
toutes circonstances, de sa haute autorité.
ÉCRITS ET RÉCITS CONTEMPORAINS.
Il n'est pas de chronique du XV° siècle dans laquelle
le siège et la délivrance d'Orléans ne soient racontés
avec plus ou moins de développement; mais quelques
écrits du temps nous ont spécialement transmis des
renseignements détaillés sur ce grand épisode historique.
Ce sont eux que j'indique sommairement ici.
1° Histoire et discours au vray ou Journal du
siège. — De tous les documents relatifs au siège d'Orléans
et à la providentielle intervention de la Pucelle,
le plus complet et le plus autorisé, sans nul doute, est
la précieuse chronique locale imprimée pour la première
fois en cette ville, en 1576, sous ce titre : Histoire et discours au vray du siège qui fut mis devant la ville
d'Orléans, par les Anglois, le mardi XII jour d'octobre
MCCCCXXVIII...
Contenant toutes les saillies, assauts, escarmouches
et autres 'particularités notables qui de jour en jour y
furent faites, avec la venue de Jeanne la Pucelle, et comment par grâce divine et force d'armes, elle fist lever
le siège de devant aux Anglois...
Prise de mot à mot, sans aucun changement de langage,
d'un vieil exemplaire escrit à la main, en parchemin, et trouvé en la maison de ladicte ville d'Orléans, illustrée de belles annotations en marge.
L'abbé Dubois, dans le 1° volume de ses manuscrits
(pages 45 et suiv.), s'est livré à une étude approfondie de cette intéressante chronique et, le premier, lui a
donné le nom caractéristique de Journal du siège qui,
depuis, lui a été conservé. MM. Quicherat et Vallet de Viriville l'ont soumise, à
leur tour, à de savantes critiques.
D'après ces appréciations, le Journal du siège se
composerait de deux parties d'origine distincte : d'abord
d'un récit, écrit jour par jour, en présence, et pour ainsi dire sous la dictée des faits ; puis de quelques
additions ou modifications effectuées, à une époque un
peu ultérieure, mais presque contemporaine encore.
Un texte précieux, recueilli par un de nos concitoyens
les plus consciencieusement érudits, et les plus versés
dans la science de nos antiquités locales (4), nous
apprend, en effet, qu'en 1467 — « 11 sols parisis furent payés par la ville à maître Sousdan, clerc, pour avoir escript, en parchemin, la manière du siège tenu par les Anglois devant la ville d'Orléans, en 1428 et 1429... »
Ainsi, trente-sept ans à peine après les événements
du siège, alors que bien des témoins oculaires existaient
encore, et que le souvenir des faits vivait dans toute sa
netteté au sein des familles, ce récit glorieux pour la
cité était, par les soins et aux frais des procureurs de la ville, transcrit sur parchemin, pour être conservé dans les archives municipales.
Si quelque inexactitude eût pu, à l'origine, se glisser en
ce journal, il est contraire à toute vraisemblance qu'on
l'eût laissé subsister en cette transcription officielle.
Quelques lacunes existent en effet dans le Journal du
siège, mais aucune de ses affirmations n'a jusqu'à présent été ni démentie ni seulement contestée.
2° Chronique de la Pucelle. — Publiée sous ce titre
et sans nom d'auteur, en 1661, par Denys Godefroy,
dans son recueil des historiens de Charles VII, cette chronique a joui, dès l'origine, d'une grande et légitime
autorité.
M. Vallet de Viriville l'a publiée de nouveau, en 1859,
minutieusement révisée sur les manuscrits, et l'a, de
plus, accompagnée de notices du plus grand intérêt.
M. Quicherat avait remarqué le premier (t. IV, p. 203)
que si une notable portion de la Chronique de la Pucelle
semble appartenir en propre à l'auteur, de nombreux passages reproduisent textuellement des extraits
d'un autre récit également anonyme, écrit en
1429 ou 1430, pour le duc Charles d'Orléans, prisonnier
en Angleterre, sous le titre de : La Geste des
nobles François... jusques au noble Charles fils du
Roy Charles le sixième... Un manuscrit de la Geste
est conservé à la Bibliothèque nationale.
Dans un mémoire d'une haute érudition, lu en 1855 à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, M. Vallet
de Viriville, complétant les appréciations de M. Quicherat, établit, avec la plus grande vraisemblance, que l'auteur du manuscrit : La Geste des nobles François....
transcrit, en ses parties essentielles, dans la Chronique de la Pucelle, n'est autre que Guillaume Cousinot,
chancelier du duc d'Orléans.
Investi avec le trésorier général, Jacques Boucher,
de la confiance et des pouvoirs du prince durant sa
captivité et particulièrement pendant le siège de la
ville ducale, Guillaume Cousinot eut, à ce titre, un rôle
considérable dans la défense de la place assiégée (5).
Quant au texte, propremeni dit, de la Chronique de la
Pucelle, il aurait pour auteur, d'après les curieuses recherches
de M. Vallet de Viriville, Guillaume Cousinot,
deuxième du nom, dit Cousinot de Montreuil, neveu et
filleul du chancelier, mort vers 1484, après avoir successivement
rempli les fonctions de maître des requêtes de
l'hôtel du Roi, de bailli de Rouen, d'ambassadeur près la cour d'Ecosse, etc.
En sa qualité de maître des requêtes de l'hôtel, Cousinot
de Montreuil avait pu voir Jeanne d'Arc, pendant
ses interrogatoires à Poitiers.
Les récits de la Chronique de la Pucelle, si ces inductions
sont exactes, comme tout semble l'indiquer,
seraient donc puisés aux sources les plus directes et les plus hautement autorisées.
3° Chronique de l'établissement de la fête du 8 mai. — Un jeune savant français, M. André Salmon, ancien élève de l'Ecole des Chartes, compulsant à Rome, vers 1847, en la bibliothèque du Vatican, les manuscrits du
fonds dit de la reine Christine de Suède, y remarqua, en
tête d'une copie des indulgences accordées, au XV° siècle,
en faveur de la fête annuelle de la délivrance d'Orléans
une intéressante notice qu'il s'empressa de publier dans
la Bibliothèque de l'école des Chartes (tome III de la
2° série, août 1847).
M. Quicherat la reproduisit peu après, au tome V de
son recueil (page 285).
L'auteur de cet écrit du XV° siècle ne s'est pas fait
connaître, bien qu'en un passage il semble s'être mis en
scène et presque désigné lui-môme, suivant un usage
assez commun chez les chroniqueurs de cette époque.
Ce récit, selon M. Quicherat, est celui d'un vieillard qui
parle de choses dont il a été témoin dans sa jeunesse,
et contient, sur les détails du siège et la coopération de
la Pucelle, des particularités très-précieuses qui ne se
retrouvent pas ailleurs. C'est à lui, entre autres choses,
que nous devons de savoir que, le 28 avril, la Loire coulait à plein chantier, contrairement à ce que, vingt-cinq
ans après, Pasquerel déclarait dans sa déposition à l'enquête;
c'est à lui que nous devons de connaître aussi le
lieu précis où s'arrêta le convoi amené par Jeanne d'Arc :
l'Ile aux Bourdons, en la paroisse de Chécy : affirmations
conformes d'ailleurs à celles du Journal du siège
et du Bâtard d'Orléans.
La Bibliothèque de Saint-Benoît-sur-Loire, d'où
provient originairement ce manuscrit, fut, pendant de
longs siècles, une des plus riches de l'Europe. Les religieux
de ce célèbre monastère tenaient à honneur de
l'enrichir et de la conserver comme leur plus précieux
trésor.
Mais ce que le temps avait respecté, les passions
humaines vinrent le disperser et le détruire.
Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, abbé de Saint-Benoît-sur-Loire, embrassa en 1561 le calvinisme. En
1562, par une lettre datée du château de l'Isle, en la paroisse de Chécy, près Orléans, il livra lui-même au
pillage le monastère confié à ses soins.
Les manuscrits dont se composait la bibliothèque
furent vendus à vil prix.
Pierre Daniel, avocat à Orléans et bailli de Saint-Benoît, parvint heureusement à en racheter une
partie.
A la mort de Pierre Daniel, sa bibliothèque fut partagée
entre deux savants Orléanais, ses amis : Paul Petau, conseiller
au Parlement de Paris, et Jacques de Bongars.
La part échue à Bongars, emmenée par lui à Strasbourg,
y fut achetée après sa mort par l'électeur palatin
et transportée à Heidelberg.
En 1622, Heidelberg était pris par l'empereur Ferdinand.
Le vainqueur s'empara de la bibliothèque et en
fit don au Pape Grégoire XV, qui en enrichit sa collection
du Vatican.
La seconde part, échue à Paul Petau, fut, après sa
mort, vendue par Alexandre Petau, son fils, à la reine
Christine de Suède. Peu d'années après, Christine se
rendait à Rome; elle y mourut en 1689.
Sa bibliothèque, mise en vente, fut achetée par Innocent
XI et déposée également au Vatican.
Ainsi, par un singulier concours de circonstances,
les manuscrits de Saint-Benoît-sur-Loire, dispersés par
le calviniste Odet de Châtillon, sont venus trouver un
commun asile en la bibliothèque des Souverains-Pontifes.
C'est là qu'ont été récemment découverts, puis mis
au jour, deux documents d'un grand prix pour la cité de Jeanne d'Arc: — en 1847, la Chronique de l'établissement de la fête du 8 mai, — en 1862, le Mystère
du siège d'Orléans, dont j'aurai à parler plus loin, avec
quelques détails.
4° La note de Guillaume Giraut. — Guillaume Giraut,
notaire au Châtelet d'Orléans, deux fois investi,
avant et depuis le siège, des fondions de Procureur de la ville, frappé des merveilles de la délivrance qui
venaient de s'accomplir sous ses yeux, eut l'heureuse
pensée de consigner sur son registre de minutes, le 9 mai 1429, le récit sommaire des glorieuses journées
des 4, 7 et 8 mai, et l'expression de sa religieuse admiration
pour la Pucelle.
Rapidement écrit, comme l'indiquent les abréviations,
les ratures et les surcharges, ce résumé, malheureusement
trop succinct, est précédé, sur le registre, de
plusieurs minutes à la date du 28 avril. Un acte daté
du 9 mai le suit sur la même page.
La note de Guillaume Giraut, émanée d'un témoin
oculaire, sur le lieu, au moment même et sous l'impression
des événements, ne se recommande pas seulement
par de précieux détails sur les faits dont elle confirme
l'exactitude, et sur le nom et la construction des forteresses
anglaises d'investissement; oeuvre d'un homme
honorable et éclairé, les pensées qu'elle exprime
peuvent être considérées, à juste litre, comme l'écho
fidèle des sentiments qu'éprouvaient, alors, les classes
supérieures de la cité.
Le registre de Guillaume Giraut, retrouvé en 1818, après quatre siècles d'oubli, existe encore à Orléans,
en l'étude de Me Mallet, son successeur. Une expédition authentique de la note historique fut, le 30 mai 1818,
délivrée sur la demande de M. le comte de Rocheplatte,
alors maire de la ville.
Cette expédition contenait malheureusement de graves
erreurs de lecture. M. Jollois, dans son Histoire du
siège d'Orléans, la publia, avec ses inexactitudes (p. 25).
Sur la foi de cette apparente authenticité, M. Quicherat, à qui elle fut transmise, la reproduisit à son
tour au tome IV, page 282, de son recueil.
Grâce à l'affectueux concours de mon regretté collègue
et ami, M. de Vassal, président de la Société archéologique
de l'Orléanais, j'ai inséré, en 1858, dans le tome IV des Mémoires de la Société, une lecture
exactement rectifiée de cette note d'un si grand prix,
accompagnée d'une notice et d'un fac simile complet
du manuscrit.
5° Histoire de Charles VII, par Jean Chartier. —
Bien que cet ouvrage appartienne plus spécialement à
l'histoire générale, les détails circonstanciés qu'il donne sur le siège d'Orléans et sur la coopération de Jeanne
d'Arc sont d'un réel intérêt.
Jean Chartier, sous chantre de l'abbaye de Saint-Denis, historiographe de France, sous le règne de Charles
VII, était frère, pense-t-on généralement, de Guillaume
Chartier, évêque de Paris, l'un des juges du procès
de réhabilitation, et vraisemblablement aussi du
poète Alain Chartier, secrétaire et familier du prince.
L'histoire de Charles VII, écrite, selon toute apparence,
entre les années 1440 et 1450, a été publiée en
1661 par Denys Godefroy, dans son recueil des historiens de ce règne.
ORLÉANS, LA LOIRE ET SES ILES, EN 1429.
(Plan topographique annexé à ce travail.)
L'étude attentive des localités m'avait été d'un si
grand secours pour apprécier diverses questions historiques,
obscures ou indécises, qu'il m'a semblé qu'une carte topographique, dressée avec soin, pourrait offrir
quelque intérêt et donner plus de clarté à la discussion.
Le plan annexé à ce travail n'est autre que la carte
du Dépôt de la guerre, sur laquelle a été reporté, avec
le désir d'une sincère exactitude, ce qui existait en 1429
et n'existe plus aujourd'hui.
En ce qui concerne l'ancienne enceinte fortifiée d'Orléans,
et les ouvrages militaires d'investissement construits
par les Anglais, à peu de distance de la ville, je
me fais un devoir de dire que, sauf quelques modifications
qui m'appartiennent, je dois presque tous ces
détails aux recherches approfondies du consciencieux
abbé Dubois, vérifiées et complétées par l'honorable et
savant ingénieur, M. Jollois, dans son Histoire du siège
d' Orléans.
Du surplus, la responsabilité doit peser sur moi
seul.
Aidé d'un habile dessinateur, je me suis efforcé de reporter fidèlement sur ce plan les résultats de mes
longues études. Deux lignes conjointes et unies durant le trajet, divergentes à l'arrivée, indiquent la marche
que Jeanne d'Arc et le convoi de ravitaillement me
semblent avoir suivie, de Blois à Chécy, puis de
Chécy à Orléans.
Si, comme je dois le craindre, quelques erreurs me
sont échappées en ce travail rétrospectif, du moins,
aurai-je offert un cadre, où des inexactitudes involontaires
céderont ultérieurement la place à des vérités
constatées.
Je n'ambitionne rien de plus.

PREMIÈRE EXPÉDITION DE JEANNE D'ARC.
BLOIS, CHÉCY, ORLÉANS
(27, 28, 29 AVRIL 1429).
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.
Le ravitaillement d'Orléans par la Pucelle est l'un des
mémorables épisodes de sa mission libératrice. Ce fut
le premier pas de cette héroïque jeune fille dans la voie qu'elle devait si glorieusement parcourir, la solennelle épreuve et la confirmation de ses promesses. Pour les Orléanais
assiégés, au moment où la ruine de leur cité semblait irrévocablement consommée, ce fut comme la
révélation de leur merveilleuse et prochaine délivrance.
Interrogée à Poitiers par l'assemblée des théologiens et
des légistes, Jeanne, avec une inébranlable fermeté, s'était
bornée à répondre : « Je ne suis pas venue à Poitiers pour y faire des miracles, mais conduisez-moi à Orléans, et je vous montreray pourquoi je suis envoyée. »
Un autre docteur l'ayant pressée de questions plus vivement
encore : « Je ne sais ni A ni B, répliqua-t-elle ; mais je viens de la part du Roi des Cieux pour faire lever le siège d'Orléans et conduire le Dauphin à Reims... Les hommes combattront, et Dieu donnera la victoire... »
Ce fier langage d'une enfant de dix-sept ans, sa vie
chaste et pure, sa merveilleuse intelligence, sa piété simple
et modeste, sa hardiesse accompagnée de tant de douceur,
soulevaient en sa faveur l'enthousiaste admiration des foules, et triomphaient, même à la Cour, de l'indécision et des
préventions les plus opiniâtres.
En un si grand péril d'Orléans, disaient au roi ses
meilleurs conseillers, en une si profonde détresse de la
France, il y aurait imprudence à repousser aveuglément un secours inattendu qui peut réellement venir du Ciel.
Il importe toutefois de ne l'accepter qu'avec une prudente
réserve et de le soumettre à de sérieuses épreuves.
Charles VII s'était rendu à ces avis; Jeanne avait reçu de
lui des armes, une bannière, un état de maison à l'égal
d'un chef de guerre (6); et, selon son ardent désir, on
l'adjoignait au petit corps d'armée qui devait essayer de
conduire à Orléans un convoi de munitions et de vivres.
Le récit de cette première expédition de la Pucelle nous
a été transmis par tous les chroniqueurs de l'époque. Vingt-six
ans après, les solennelles enquêtes du procès de réhabilitation
imprimaient à ces faits historiques le sceau
d'une incontestable authenticité.
La conformité de ces témoignages, émanés de sources
si diverses, constate leur exactitude sur tous les points
essentiels; on ne peut toutefois méconnaître, en ce qui
touche quelques détails, des lacunes, des obscurités, des
contradictions plus apparentes que réelles.
On ne doit pas s'en étonner.
Les moyens de contrôle que la publicité moderne offre aux historiens de notre époque, et qui, pourtant encore,
laissent planer tant de nuages sur des événements accomplis
sous nos yeux, manquaient aux écrivains du XV° siècle.
Leurs renseignements puisés généralement à des sources
toutes personnelles, portaient l'empreinte des croyances
et des entraînements populaires, parfois aussi des sentiments
intéressés ou de la position officielle de l'auteur.
Les enquêtes du procès de réhabilitation ont mis, sans
doute, en une éclatante lumière les grandes actions et les
nobles inspirations de la Pucelle; mais leur objet tout spécial était d'opposer une protestation solennelle aux odieuses
iniquités du procès de condamnation. Les détails historiques,
qui ne se rattachaient pas directement à ce but, y sont
dès lors exposés d'une manière peu précise et souvent très sommaire.
Vingt-six années écoulées avaient pu d'ailleurs,
chez plusieurs témoins, affaiblir le souvenir de quelques
faits secondaires.
Les notaires et greffiers écrivaient sous l'influence des
mêmes pensées. Certaines dépositions, dont la reproduction
textuelle serait pour nous d'un si grand intérêt, ontété par eux résumées en quelques mots seulement, et réduites à leur sens essentiel.
L'admirable impulsion qui s'est manifestée de nos jours
envers la vierge de Domremy a dissipé beaucoup d'obscurités
et résolu bien des problèmes. Des critiques éminents,
de graves historiens, ont soumis aux savantes appréciations de l'érudition moderne ce grand et touchant épisode,
qui n'a son égal dans les annales d'aucun peuple. Les princes
de l'éloquence chrétienne l'ont illuminé de religieuses
clartés.
Les textes originaux ont été publiés; les témoignages discutés ; les laits, produits au grand jour ; et, comme
l'or s'échappe du creuset, de ces solennelles épreuves la mémoire de Jeanne d'Arc est sortie plus radieuse et plus
belle.
Assise désormais sur l'inébranlable base de la certitude
historique, couronnée du pur éclat de la vérité, elle
demeure à jamais l'incomparable merveille de l'histoire.
La splendide lumière projetée sur la libératrice d'Orléans
a toutefois, je le répète, laissé dans l'ombre quelques
détails, à l'appréciation desquels peuvent s'essayer de modestes et consciencieux labeurs.
J'ai pu, durant de longues années étudier, aux lieux
mêmes où s'est accomplie la première expédition de la
Pucelle, ce glorieux début de son héroïque carrière ; j'ai consacré bien des jours à rechercher, avec un pieux respect,
la trace oubliée de ses pas sur ce sol orléanais qu'elle
avait mission d'affranchir. Une fortune inattendue m'a
permis de mieux connaître des documents jusqu'ici insuffisamment
appréciés.
Je serais heureux qu'il me fût donné d'éclaircir quelques
doutes, peut-être de rectifier quelques inexactitudes, et
d'acquitter ainsi mon humble dette envers l'admirable
jeune fille qui, dans ses jours de triomphe comme en
ceux de son martyre, ne voulut jamais que la vérité.
Avant d'entrer dans l'étude des faits, il importe d'examiner
d'abord quel était l'état réel du blocus d'Orléans
au moment où parut la Pucelle, puis de préciser quelques
détails de topographie locale, utiles à la clarté du récit.

II
L'INVESTISSEMENT D'ORLÉANS AU MOMENT OU SURVINT LA PUCELLE.
Le siège mis devant Orléans, le 12 octobre 1428, par le
comte de Salisbury, commandant de l'armée anglaise, puis
continué après sa mort par Guillaume de la Pôle, comte de
Suffolk, et par Talbot, semblait, vers la fin d'avril 14-29,
toucher à une décisive et prochaine solution.
L'énergique résistance des Orléanais, aux premières attaques
des troupes assiégeantes, avait fait comprendre aux
habiles généraux d'Henri VI que la prise, de vive force,
d'une ville défendue moins par ses murailles et ses tours
que par le patriotisme résolu de ses habitants, pourrait
leur coûter cher ; modifiant donc leur plan primitif, à
des luttes incertaines et sanglantes, ils avaient substitué un patient et rigoureux blocus (7).
Avec cette persistante ténacité qui caractérise la nation
britannique, l'investissement, commencé le 24 octobre
1428 par la prise d'assaut du fort des Tourelles, tête du
pont sur la rive gauche, avait été continué pas à pas, de proche en proche, de manière à intercepter, l'une après
l'autre, toutes les voies qui conduisaient à la ville (8).
Dans un travail que la Société archéologique de l'Orléanais
a bien voulu, il y a quelques années, accueillir (9),
j'ai essayé, à l'aide des documents contemporains les plus
autorisés, de préciser le nombre et la position des forteresses
qui, sous le nom de bastilles et de boulevarts,
constituaient cette redoutable ceinture (10).
Je reproduis ici quelques passages de l'étude que je
soumettais alors à l'appréciation de cette savante compagnie (11).
« L'occupation du fort des Tourelles privait les assiégés
de leurs principales communications avec les villes du
Midi, restées fidèles à Charles VII.
« Les débris du couvent des Augustins, près et en avant
des Tourelles, avaient été, dès le commencement de
décembre, convertis en une seconde bastille, enclose et
fortifiée d'un boulevart.
« Le 30 décembre, sur les ruines de l'église de Saint-Laurent, démolie par les Orléanais eux-mêmes, les assiégeants établissaient leur principale place d'armes.
« Du ler au 6 janvier 1429, s'élevaient deux nouveaux
forts : l'un dans l'île Charlemagne, qui n'existe plus aujourd'hui,
alors située vers le milieu du fleuve, au bas
du coteau de Saint-Laurent; l'autre, dit boulevart du
champ Saint-Pryvé, assis sur la rive gauche, pour correspondre à l'île Charlemagne et commander, avec elle,
le cours inférieur de la Loire.
« Peu de jours après, une sixième redoute, le boulevart
de la Croix-Boissée, interceptait, à la hauteur de la Croix-Boissée, le faubourg Madeleine et la route de Blois.
« Le 10 mars, les Anglais s'emparaient de la côte escarpée
de Saint-Loup et y construisaient une redoutable
bastille. Cette forte position militaire dominait, à la fois,
le cours supérieur du fleuve et les deux routes de Gien
et de Pithiviers qui convergent à ce point, pour aboutir à
la porte de Bourgogne.
« Le 20 mars, la bastille de Londres ou des Douze-Pierres coupait la route de Châteaudun au point où le
chemin d'Ingré débouche aujourd'hui dans le faubourg
Saint-Jean.
« Du 9 au 15 avril, deux nouvelles forteresses complétaient
l'investissement, à l'occident de la ville et jusqu'au
sommet nord de son périmètre : le boulevart du Pressoir-Ars ou de Rouen, assis à 300 mètres, au levant, de
la bastille àe Londres; et la bastille Saint-Pouair ou de
Paris, à 300 mètres de celle de Rouen et à quelque distance,
au nord, de l'église actuelle de Saint-Paterne.
« Divers passages du Journal du siège et des chroniques
du temps induisent à penser que ces redoutes si étroitement serrées étaient, de plus reliées l'une à l'autre par de larges fossés, de manière à fermer hermétiquement,
de ce côté, les abords de la place (12).
« Les secours expédiés de Blois et de Châteaudun étaient
ainsi contraints de faire, à distance, le tour de cette ceinture
de forteresses éloignée des murs de la ville d'environ
800 métrés, et de gagner, vers le nord-est, par des
chemins écartés, la route de la Croix-de-Fleury, pour
pénétrer en ville par le faubourg Saint-Vincent.
« De petits convois de bestiaux, descendus des coteaux
de la Sologne, parvenaient parfois encore à atteindre le
bord de la Loire, puis, à l'aide de quelques barques, se glissaient furtivement vers la porte de Bourgogne, à travers
les îles qui existaient alors entre Saint-Aignan et Saint-Jean-le-Blanc.
« Pour ôter cette faible ressource aux assiégés, vers le 20 avril, dit le Journal du siège, fortifièrent les Anglois Saint-Jean-le-Blanc, au val de Loire, et y firent un guet pour garder le passage.
« Ainsi, d'après les détails consignés au Journal du
siège, onze forteresses, au moins, commandaient le blocus
au jour de la venue de Jeanne d'Arc :
« Quatre au midi, sur la rive gauche : les Tourelles ;
la bastille des Augustins ; le boulevart du champ Saint-Pryvé; le guet de Saint-Jean-le-Blanc ;
« Cinq au couchant : le boulevart de l'Ile-Charlemagne ;
la bastille Saint-Laurent; le boulevart de la Croix-Boissée ; le boulevart des Douze-Pierres ou de Londres;
le boulevart du Pressoir-Ars ou de Rouen;
« Une au nord : la bastille Saint-Pouair ou de Paris ;
« Une au levant : la bastille Saint-Loup. »
Une étrange lacune, dans l'énumération et la position
de cette série de redoutes, n'aura échappé à aucun
esprit attentif.
Tandis que dans les trois quarts du périmètre de la
ville, au midi, au couchant, au sommet nord, les forteresses,
serrées les unes contre les autres, à quelques centaines de mètres de distance, interceptent tous les
abords ; par une sorte d'inexplicable négligence, un quart
entier de ce périmètre, le côté nord-est compris entre
la bastille Saint-Pouair et celle de Saint-Loup, reste libre
et ouvert, précisément en face de la forêt qui, à cette époque, s'étendait à trois quarts de lieue environ des
fossés et des murs.
Pour justifier, chez des chefs aussi expérimentés que
les généraux d'Henri VI, cet inexplicable oubli des principes élémentaires de l'art militaire, ou, pour mieux dire, de la plus vulgaire prévoyance, plusieurs historiens
modernes posant pour point de départ qu'aucune autre
forteresse ne fut construite par les Anglais que celles
dont les noms nous ont été transmis par les documents
contemporains (13), ont supposé que le temps avait manqué
aux assiégeants pour compléter la ligne d'investissement,
et que dès lors le blocus n'était pas encore achevé
au jour de l'arrivée de la Pucelle.
A cette, supposition il est facile de répondre que si,
dans les mois de mars et d'avril 1429, comme le constate
le Journal du siège, les assiégeants ont trouvé le temps de construire en quelques jours, au couchant de
la ville, des redoutes intermédiaires entre les forteresses
primitives, déjà si serrées entre elles, et de creuser en
outre de larges tranchées pour les relier l'une à l'autre,
ils l'eussent trouvé bien mieux encore pour intercepter, par
un ouvrage quelconque, celle large et béante ouverture
du nord-est qui laissait ouverts au ravitaillement les chemins
de la forêt, et rendait les autres travaux militaires,
quelque multipliés qu'ils fussent, inutiles à l'investissement.
Frappé de cette vérité, un grave historien, M. Berriat
Saint-Prix (14), a émis l'opinion qu'une douzième bastille
avait dû nécessairement exister, au centre de cette lacune
apparente, en deçà de la Croix-de-Fleury, vers le milieu
du faubourg Saint-Vincent; mais cette supposition, dans
les termes formulés par M. Berriat Saint-Prix, n'est pas
seulement gratuite : elle est inadmissible. Le savant abbé Dubois a péremptoirement démontré que l'existence d'une redoute à ce point était inconciliable avec les faits
constatés aux derniers jours du siège (15).
La découverte signalée en 1857 à la Société archéologique,
non plus dans le faubourg Saint-Vincent, comme
l'avait, à tort, soutenu M. Berriat Saint-Prix, mais dans
l'intérieur même de la forêt, à demi-distance de Saint-Pouair à Saint-Loup, d'un ouvrage militaire déjà mentionné
il y a près de deux siècles par un savant Orléanais (16),
sous le nom significatif de camp des Anglais, est venu jeter une nouvelle lumière sur cette question controversée.
A trois kilomètres et demi de la ville, en la commune
de Fleury, entre les deux routes principales qui traversent
la forêt du nord au sud, en convergeant vers le faubourg
Saint-Vincent; dans un terrain déprimé, caché aux regards
des assiégés par les hauteurs voisines et les bois qui
l'environnent, aurait été, paraît-il, mystérieusement construite,
dans les derniers mois du siège, une forteresse importante entourée de son boulevart. Enclose d'une
double enceinte de fossés de sept et dix-huit mètres
d'ouverture, elle était, de plus, flanquée à droite et à gauche de vastes chemins couverts, de quatre cents mètres
de longueur sur trente-quatre mètres de largeur à la crête, et de qnativ mètres cinquante centimètres deprofondeur (17).
Les bois plantés sur la pente des fossés, et dont les
racines séculaires constatent la vétusté, ont protégé cet
ouvrage militaire et l'ont conservé jusqu'à nous. Ses plateformes
et ses tranchées ont, gardé presque intacts leurs
dimensions et leurs reliefs primitifs. Ses larges chemins
couverts s'étendent, aujourd'hui encore, entre la route
de Chanleau et celle de Neuville, conservant, à la fois, le
souvenir des luttes héroïques que nos pères soutinrent
avec tant de courage, et celui des redoutables bastilles
dont les plus renommés capitaines n'avaient pu briser la chaîne, et qui tombèrent, en quelques jours, sous la main
de la vierge de Domremy.
J'ai soumis à la Société archéologique de l'Orléanais les
plans et les profils, minutieusement relevés, de cette
curieuse forteresse, oubliée depuis plusieurs siècles, et
dont l'antique origine ne saurait être contestée. J'ai
appelé son attention sur les conséquences qui me semblaient
en ressortir pour l'exacte appréciation du blocus
de 1429, sur les incidents des 16, 20, 27 avril et 4 mai
1429, consignés au Journal du siège, lesquels, en dehors
de l'existence de cette redoute, ne sauraient régulièrement
s'expliquer (18), et sur les textes significatifs d'auteurs
du temps qui en révèlent implicitement la construction.
J'ai particulièrement signalé deux passages de documents
contemporains, graves et autorisés : l'histoire de
Charles VII, par JeanChartier, historiographe de France,
sous ce règne, — et la Chronique de la Pucelle, dont les
savantes recherches de M. Vallet de Viriville ont, depuis
quelques années, constaté la haute autorité. Jean Chartier s'exprime en ces termes (page 17) :
« Et pouvoient bien toujours entrer et sortir de ladite
ville gens à cheval, pour ce que les Anglois étoient à pied dans leurs bastilles (19), et y avoit grande espace de leur grande bastille (de Saint-Pouair) à celle de Saint-Loup ; combien que, chaque jour, travailloient iceux Anglois à faire fossés doubles, pour empescher icelle entrée... »
Ces fossés doubles, que Jean Chartier dit avoir été construits
par les Anglais dans le grand espace entre Saint-Pouair et Saint-Loup, ressemblent singulièrement, il faut
le reconnaître, aux larges tranchées et fossés retrouvés
précisément à ce point, après un long oubli.
La Chronique de la Pucelle dit à son tour :
« ... Le comte de Suffort, le seigneur de Talbot, etc vinrent à puissance, mettre le siège devant Orléans, et pour enclore la cité fermèrent et fortifièrent plusieurs bastides encloses de fossés et de tranchées sur tous les grands chemins passans, c'est à sçavoir : la bastide Saint-Laurent, la bastide du Colombier, la bastide de la croix-Boissée, la bastide qu'ils nommèrent Londres, au lieu des douze pairs, la bastide Haro, nommé Rouan, la bastide de Saint-Pouair nommée Paris, la bastide Saint-Loup ; et édifièrent dedans la Loire, au droit de Saint-Laurent, en l'isle de Charlemagne, une autre
bastide ...
« Et ainsi appert que la ville fut enclose, tant de la partie de Beausse que de Soulogne, de treize places fortifiées, tant boulevarts comme bastides; dont la cité fut en telle destresse, qu'ils ne peurent avoir secours de vivres par eaue, ny par terre » (Chronique de
la Pucelle, publiée par M. Vallet de Viriville. — Paris, 1859, chap. XXXIX, pag. 265 et 266.)
La Chronique affirme donc l'existence de treize places
fortifiées, bien qu'elle n'en énumère que huit ; le Journal
du siège, plus complet, dans son énumération, que la Chronique n'en nomme toutefois, comme on l'a vu,
que onze. Serait-il invraisemblable de supposer que l'une
des deux forteresses, ainsi passées sous silence, fût précisément
cette bastille de Fleury, que sa position éloignée de la ville et cacliée dans l'épaisseur des bois aurait soustraite à l'attention des chroniqueurs ?
La Société archéologique a bien voulu accorder à la
communication que j'avais l'honneur de lui faire une sérieuse
attention. Une commission spéciale a été nommée :
les lieux, par elle visités, ont été soigneusement étudiés.
Un rapport fortement motivé, plein de science à la fois et
de mesure, a été présenté, au nom de la Commission, par
M. Collin, ingénieur distingué non moins qu'éminent
antiquaire, et, sur les conclusions de ce rapport, la Société
a daigné honorer de son approbation les inductions que
j'avais soumises à son contrôle (20).
Appuyé sur la haute autorité de la Société archéologique,
doublement compétente en une question d'histoire
et de topographie orléanaises, peut-être suis-je aujourd'hui
plus fondé à maintenir, contrairement à l'opinion d'honorables
historiens, pour lesquels je professe d'ailleurs un
légitime respect, qu'au jour de l'avènement de la Pucelle,
l'investissement d'Orléans était complètement achevé, et
que la large brèche laissée ouverte dans la ligne de circonvallation,
avec une imprévoyance affectée, n'était qu'une
de ces ruses de guerre familières au génie britannique.
Dans cette hypothèse, les convois de vivres, trouvant
fermées devant eux toutes les voies qui conduisaient à la
ville, devaient naturellement s'engager du côté où l'accès
semblait encore libre, par les chemins ombreux et détournés
de la forêt. Mais l'ennemi, caché dans la mystérieuse forteresse de Fleury, veillait sur sa proie. Abrité
par ses longs chemins couverts, il pouvait s'élancer sur
les voituriers et les guides et les « destrousser » s'ils n'étaient
secourus à temps.
Plusieurs passages du Journal du siège semblent indiquer,
ainsi que je l'ai dit, que, dans les derniers jours,
les assiégés avaient pleine connaissance du piège à eux
tendu entre Saint-Loup et Saint-Pouair, dans la profondeur
des bois, et qu'ils cherchaient à l'éviter.
Si donc, comme tout induit à le croire, le blocus était
réellement achevé quand, le 27 avril, Jeanne partit de
Blois pour secourir la ville, le péril était imminent, la ruine
inévitable et prochaine. Grâce à l'énergique dévouement
de ses défenseurs, Orléans était libre encore ; mais enfermé
dans un cercle complet de formidables bastilles, atteint déjà
par la famine, il devait infailliblement succomber (21).
Il convient maintenant de préciser, autant que possible,
la topographie des lieux où le convoi amené par la
Pucelle dut naturellement aborder pour franchir cette lione d'investissement.

III
LES ILES DE LA LOIRE AU XV° SIÈCLE
ENTRE ORLÉANS ET CHÉCY.
La Loire et les îles nombreuses dont au XV° siècle était parsemé son cours, ont eu quelque importance dans
les incidents du siège de 1429, et particulièrement dans
l'expédition qui fait l'objet de cette étude.
Un court exposé de cette topographie fera mieux
comprendre le récit des faits.
L'aspect de la Loire, entre Orléans et Chécy, différait
notablement, aux XIV° et XV° siècles, de ce qu'il est aujourd'hui (22).
Au temps où nous sommes, le fleuve, repoussé vers le
sud par la ceinture de levées qui protègent la commune
de Bou, après avoir contourné cette sorte de promontoire,
revient brusquement, vers le nord, au pied de la colline
sur laquelle s'élève la belle église de Chécy. S'infléchissant
alors de nouveau à l'ouest, il reprend son cours sur
Orléans, encaissé d'un côté par ce coteau septentrional, et de l'autre par des terrains d'alluvion portant les noms de :
la Haute île, l'ile, le Bois de l'Ile, etc.
Aux XIV° et XV° siècles, ces terres submersibles, maintenant
unies, dans toute leur étendue, au val de la Sologne,étaient de véritables îles.
A l'issue du promontoire de Bou, la Loire se divisait en
deux bras; l'un, coulant au midi, baignait, à gauche, les
communes de Sandillon et de Saint-Denis-en-Val et côtoyait, à droite, une série de grandes îles séparées entre elles par
de petits ruisseaux; l'autre bras, courant plus au nord, baignait, à gauche, ces mêmes îles, et à droite le coteau septentrional
au pied duquel le fleuve entier passe aujourd'hui.
Le groupe de terres d'alluvion, enserrées de la sorte
entre les deux principaux cours d'eau, se composait alors
ainsi qu'il suit.
Tout au levant, l'ile Chalençois (23), nommée aussi la Haute île, contenant près de trois cents arpents, depuis
l'annexion de quelques autres atterrissements adjacents,
divisait le lit à son point de partage.
Un peu plus bas, l'île aux Bourdons, ainsi appelée,
comme la précédente, du nom de la famille de haute
bourgeoisie orléanaise qui, depuis le XIV° siècle, en jouissait
à titre de cens (24), avait environ 60 arpents d'étendue.
Ce fut vers son extrémité occidentale qu'en 1581, Jacques
Groslot, bailli d'Orléans et chancelier de la reine de Navarre,
fit construire le château de l'île, devenu, quelques
années plus tard, le foyer du protestantisme Orléanais, et
que l'inondation de 1866 a si cruellement mutilé.
Au couchant de l'île aux Bourdons, l'île Gueret ou
Groslot, dont la famille Gueret et plus tard la famille
Groslot eurent longtemps la jouissance, était à peu près d'égale grandeur (25).
Enfin, au point le plus occidental, était située l'île aux Boeufs, contenant alors plus de deux cents arpents,
dont le duc Charles d'Orléans, par lettres-patentes du 28 juillet 1443, donna la jouissance à Pierre du Lis,
frère de la Pucelle.
« En faveur et contemplacion de Jehanne la Pucelle, est-il dit dans ces lettres, soeur germaine de notre bien-aimé messire Pierre du Lis, chevalier, et des granlz haulz et notables services qu'elle et ledict messire Pierre, son frère, ont faiz à mondit sieur le Roy et à nous, à la
compulsion et résistance des ennemis de ce royaume...
« avons donné et donnons, de notre grâce espécialle, par ces présentes, audit messire Pierre.. .. la vie durant de luy et de Jehan du Lis, son fils naturel et légitime, les usfruiz, prouffiz, revenus et émoluments de ladite Ysle aux Boeufs... pour yceulx prendre et percevoir, la vie durant d'eulx deux et de chacun d'eulx, tant comme le survivant d'eulx deux vivra et aura la vie au corps (26) »
En ces lettres patentes, il est dit en outre que « l'ysle aux Boeufs, tenue naguère par Jehan Bourdon et autres, est assise en la rivière de Loire, près de la Salle, au droit de Chécy (27). »
Toutes ces îles, dont les atterrissements et les érosions
du fleuve modifiaient fréquemment l'étendue, étaient, au XV° siècle, livrées en partie à la culture, mais principalement à l'état de pâturages recouverts d'oseraies, de
bouleaux et de buissons de diverse nature.
Elles dépendaient, pour la plupart, de la paroisse de Chécy, dont les séparait un étroit canal (28).
On voit encore dans les basses eaux, entre Chécy et ces
iles, des rangées de gros pieux de chêne, perpendiculaires
au lit de la Loire, qui semblent être des restes d'anciens barrages
ou de passerelles pour communiquer avec la paroisse.
A peu de distance et au couchant de l'île aux Bœufs,
la rive gauche du fleuve, adoucie en forme de rampe,
formait, en 1429, ce qu'on nommait le port du Bouschet,
où abordaient les bateaux pour recevoir ou déposer leur
chargement. Ce petit port a cessé d'exister; mais la maison
du Bouchet, qui lui donnait son nom, subsiste encore, en
la commune de Saint-Denis-en-Val, à un ou deux kilomètres de l'extrémité actuelle de l'île aux Bœufs (29).
C'est à ce point, d'après un document officiel émané et
signé du Bâtard, conservé dans nos archives municipales
et publié, pour la première fois, par M. Mantellier, dans
son Histoire du siège d'Orléans (30), que s'arrêta, le 28 avril,
entre Orléans et Chécy, le petit corps d'armée qui escortait
Jeanne d'Arc et son convoi de ravitaillement (31).
A partir de l'île aux Bœufs et du port du Bouchet, le
fleuve était de nouveau divisé, dans sa largeur, par les
deux îles dites de Saint-Loup, plantées, elles aussi, de
buissons et d'osiers, et dont l'étendue était beaucoup plus
considérable alors qu'elle ne l'est aujourd'hui.
Plus près de la ville encore, entre Saint-Jean-le-Blanc et Saint-Aignan, trois autres îles, l'île-aux Toiles et
celles des Martinets, facilitaient également, à ce point, le
passage du fleuve, en le divisant en plusieurs bras. C'était
là que les Orléanais concentraient leurs troupes quand ils
voulaient combattre les assiégeants sur la rive gauche.
Ces atterrissements ont été détruits lors de la construction
du duit et de la levée de Saint-Jean-le-Blanc.
Enfin, au-delà du pont, appuyé lui-même sur les deux
mottes de Saint-Antoine et des Poissonniers, existaient,
au bas du coteau de Saint-Laurent, deux îles aujourd'hui
disparues : l'île Charlemagne, sur laquelle les Anglais
construisirent une bastille, et l'île de Biche-d'Orge, un
peu au-dessous de la première (32).
Telle était, au XV° siècle, la topographie des îles de la
Loire, entre Orléans et Chécy (33).

IV
BLOIS.
Le convoi de ravitaillement.
Orléans, depuis sept mois assiégé, semblait le suprême
enjeu de la lutte où se débattait le sort de la France.
Pour réduire cette généreuse cité, l'Angleterre ne reculait
devant aucun sacrifice.
L'élite de ses généraux, Suffolk, Talbot, Falstolf, y apportaient, à la fois, la ténacité du caractère national et
l'orgueil de la rivalité militaire.
La ruse venant en aide à la force, l'investissement,
inachevé à l'apparence, était, peut-on dire, réellement accompli.
Les subsides extraordinaires votés par les états de Normandie
pour la continuation de la guerre (34) et les aliénations
domaniales, après l'épuisement des ressources habituelles,
ne suffisant plus aux dépenses, le duc de Bedfort,
régent du royaume pendant la minorité d'Henri VI, eut
recours à une mesure extrême, que des titres authentiques
ne permettent pas de révoquer en doute.
« Par lettres-patentes du 3 mars 1429, Henri, roi de France et d'Angleterre... Considérant les très-grandes et excessives finances... occasionnées par le siège mis devant la ville d'Orléans... ordonna que les gens de quelque estat que ce fût... recevant gaiges du roy à cause de leurs offices... lui prestassent un quartier d'année de leurs dits gaiges, pour la conduite et entretenement dudit siège d'Orléans et non ailleurs... sous peine d'être privés de leurs gaiges pour demy an (35). .. »
Un titre précieux, tombé en mes mains, constate la mise à exécution de cette rigoureuse mesure, et ce qui ajoute quelque intérêt à ce document, c'est que le fonctionnaire aux gaiges de la cour d'Angleterre, auquel est
imposée cette retenue pour la continuation du siège d'Orléans,
Denis Gastinel, chanoine de Rouen, licencié en
droit civil et canon et conseiller du roi, était, deux ans
plus tard, l'un des juges les plus passionnés de la Pucelle (36).
Ce redoublement d'ardeur de l'Angleterre réveilla enfin
la cour de Charles VII de son apathique inaction.
On résolut de faire un dernier effort pour secourir efficacement
une vaillante cité qui s'épuisait de dévouement
et de sacrifices, et dont une coupable insouciance laissait
achever le blocus.
Cette tardive résolution fut, du moins, préparée, dirigée,
accomplie avec une prévoyance peu habituelle aux conseillers
du prince, et qui peut-être n'a pas été assez remarquée
jusqu'ici.
Tout, hormis l'énergie du patriotisme, commençait à
manquer à la défense : les hommes, les munitions, les
vivres.
La belle-mère du roi, Yolande d'Aragon, reine de Sicile,
dont l'intelligente activité s'efforçait de réparer les fatales intrigues de la cour, se rendit à Blois, de sa personne,
avec quelques-uns des plus dévoués serviteurs de
la cause royale, l'amiral de Culan, Ambroise de Loré, etc.,
pour y préparer un convoi de vivres et de munitions de
guerre.
Le duc d'Alençon, gendre de Charles d'Orléans, prisonnier
en Angleterre, ne tarda pas à l'aller rejoindre.
D'après les récits du temps, ce convoi était considérable.
Il semble même, soit en raison de son importance,
soit par mesure de prudence, avoir été, à dessein, divisé
en deux départs successifs. La première expédition, celle
dont il s'agit ici et qu'accompagnait la Pucelle, se composait, dit Eberhard de Windecken, de soixante voitures et
de quatre cents têtes de bétail (37).
Elle portait de plus aux assiégés de l'artillerie, des
armes, et, pour leur compte particulier, du blé, de la
poudre et plusieurs milliers de traits achetés de leurs deniers à Blois et ailleurs.
Un petit corps d'armée se formait en même temps sous
le commandement des plus renommés capitaines : le maréchal
de Boussac, l'amiral de Culan, Raoul de Gaucourt,
etc., pour escorter le convoi durant la route et tâcher
de le faire entrer dans la place.
On manque de renseignements précis sur la force numérique
de cette escorte. Interrogée à cet égard dans la
séance du 20 février 14-31, Jeanne aurait répondu, selon
le texte du procès, « qu'en la mettant en œuvre le roi lui
avait confié dix à douze mille hommes (38)...
Malgré l'excessive élévation de ce chiffre, le témoignage
de Jeanne serait d'une haute gravité s'il ne se trouvait
en contradiction avec la déposition de Dunois qui, témoin oculaire et lieutenant-général du roi pour le fait de
la guerre, devait mieux que personne être bien informé.
Dans l'enquête du procès de réhabilitation, le Bâtard,
ayant à faire connaître pour quels motifs, lors de l'arrivée
du convoi à Saint-Jean-le-Blanc, il s'était, malgré les instances
de la Pucelle, refusé à tenter le passage de la Loire,
déclara formellement « que l'escorte commandée par le
sire de Raiz, le maréchal de Boussac, l'amiral de Culan,
La Hire et Ambroise de Loré, avait paru à ces capitaines et à lui-même trop peu nombreuse pour franchir le fleuve à force ouverte (39), »
Or, les calculs rigoureux du consciencieux abbé Dubois (40) acceptés, avec quelques légères modifications, par MM. Jollois
et Wallon, et par M. Loiseleur, dans son excellent mémoire
sur les dépenses faites par Charles VII pour secourir Orléans pendant le siège de 1429 (41), établissent d'une
manière incontestable qu'à la fin d'avril les Anglais n'avaient
pas, autour d'Orléans, plus de dix à onze mille
hommes, répartis entre les onze forteresses apparentes,
douze en y comprenant celle de Fleury : soit environ
quatre mille combattants pour les quatre redoutes de la
rive gauche.
Admettre, en un tel état de choses, que les chefs d'une
armée de dix à douze mille hommes, secondés, comme
ils l'eussent été, par la garnison et les habitants d'Orléans,
ne se fussent pas crus en nombre suffisant pour forcer un
passage que cinq ou six mille Anglais, tout au plus, leur
eussent disputé, et que huit jours après, Jeanne d'Arc, avec
quatre mille hommes seulement, effectuait victorieusement,
pour attaquer les Tourelles, serait imputer à ces habiles et vaillants capitaines un acte de pusillanimité dont leur
courage éprouvé et leurs noms justement célèbres repoussent
jusqu'au soupçon.
La déposition de Fr. Jean Pasquerel, lui aussi témoin
oculaire, confirme celle de Dunois. Pasquerel déclare « que les troupes anglaises, armées et en nombre bemicoup
plus considérable que la petite armée royale, ne
firent cependant aucune démonstration pour l'attaquer.
Il ajoute que cette inaction parut étrange à tous (42).
Le témoignage formel et si compétent du Bâtard, confirmé
par celui de Jean Pasquerel, et conforme du reste
aux inductions qui ressortent de tous les faits corrélatifs,
autorise donc à ne voir, dans la déclaration de dix à douze
mille hommes attribuée à Jeanne d'Arc, qu'une inexactitude
matérielle, échappée à la plume des greffiers rédacteurs
du procès-verbal. Peut-être serait-il plus vrai d'y reconnaître
une de ces odieuses falsifications contre lesquelles
elle protesta plus d'une fois avec une douloureuse énergie.
Exagérer le nombre de ses soldats, c'était, pour les
juges iniques qui l'interrogeaient, amoindrir d'autant le
prestige de ses victoires.
Le chiffre de dix à douze mille Français, que le
grave et savant M. Wallon (43) semblerait presque
accueillir; celui de sept mille, accepté par Villaret (44),
d'après l'historien bourguignon Monstrelet; celui de cinq à six mille admis par MM. Lenglet-Dufresnoy, Berriat Saint-Prix, Lebrun des Charmettes, Jollois et Villiaumé (45),
me semblent donc dépasser considérablement la vérité.
Eberhard de Windecken qui, à côté de graves inexactitudes,
nous a transmis de précieux renseignements, énonce le nombre précis de trois mille (46). J'incline à croire avec MM. Barthélémy de Beauregard (47) et Mantellier
que cette appréciation est au-dessus encore, plutôt
qu'au-dessous de la réalité.
L'argent manquait pour payer les fournisseurs et remettre
aux hommes d'armes, selon l'usage du temps, un à-compte sur leur solde de campagne. Le duc d'Alençon
quitta Blois pour aller solliciter quelques nouveaux
subsides. Malgré la pénurie du Trésor, le roi lui remit
somme suffisante pour subvenir aux frais de l'expédition.
Le Bâtard d'Orléans, de son côté, donnait ordre aux
commandants des petites garnisons de Châteaudun, de
Gien, de Montargis, de Châteaurenard et autres, de concentrer, dans la place assiégée, leurs troupes disponibles
et de s'y rendre eux-mêmes. Cette sage mesure, que nous a révélée la publication de
la précieuse quittance du Bâtard (48), explique l'arrivée
successive, mentionnée au Journal du siège, dans les dernières
semaines d'avril, de petits détachements commandés par Florent d'Illiers, Le Bourg de Mascaran, le frère de
La Hire, etc. (49)
Quelques bonnes villes restées fidèles à Charles VII s'associaient à la courageuse défense des assiégés en leur envoyant
des secours. Alby expédiait 325 livres de poudre;
Bourges, Blois, Tours, Angers, des vivres et des munitions;
Poitiers, 900 livres tournois ; La Rochelle, 500 livres (50).
Les bourgeois d'Orléans, à leur tour, dans leur admirable
dévouement et la touchante simplicité de leurs
mœurs, ne restaient pas inactifs.
Les comptes de commune et de forteresse, malgré les
lacunes à jamais regrettables que le vandalisme et l'incurie
des révolutions modernes y ont faites, en conservent
l'irrécusable témoignage.
Au prix des plus lourds sacrifices, les Orléanais avaient,
dès le début des hostilités, réparé de leurs deniers leurs
fossés, leurs murs etleurs tours; construit, à quelques centaines
de mètres de l'enceinte, des postes avancés pour
maintenir l'ennemi à distance ; acheté des couleuvrines, des
canons et des bombardes, dont l'usage commençait à se
répandre ; approvisionné la ville de traits pour les archers,
de flèches et d'arbalètes pour la défense des remparts,
de blé, de vin, de bétail pour la nourriture des troupes.
Ils avaient, de leurs propres mains, démoli leurs magnifiques faubourgs, les plus beaux, disait-on, qui fussent
alors dans le royaume, pour que l'ennemi ne put s'y loger.
L'énergie croissant avec le danger, les dévouements se
multipliaient à ce moment suprême, et de nouveaux sacrifices
venaient s'ajouter à ceux si libéralement consentis
depuis les premiers jours du siège.
Des délégués étaient envoyés à Blois pour acheter des
armes, des munitions et des vivres, et concourir à la
prompte organisation du convoi.
« A Geffroy Drion, d'Orliens, disent les comptes de ville, pour avoir vacqué par l'espace de XX jours en deux voyaigos qu'il a faiz d'Orliens à Bloiz pour recevoir et mectre en sauf le blé que la Roine de Cecille avoit fait amener audit lieu de Blois pour la ville d'Orliens... et pour l'achat de certaine quantité de toilles à faire sacz à mettre ledit blé et sallepestre... et desquelles choses ledit Geffroy a baillé ses parties, comme il appert par icelles, LXX l. XIIII s. p. (51).
« A Jehan Le Camus, pour bailler à Denis de la Salle pour trois procureurs envolez à Blois pour le fait des blés, VIII s. p.
« A Jehan Cailly, notaire, pour V seaulx de V procurations envoiées pour la ville à Blois, pour le fait du blé et pouldres, v s. p. (52).
Quelques jours après, le ler mai 1429, le Bâtard reconnaissait avoir reçu des bourgeois, manants et habitants de la ville d'Orléans, six cents livres tournois... (plus de six mille francs de notre monnaie) pour
payer les gens de guerre estant en icelle ville en garnison,
et les cappitaines des forteresses d'environ, venuz par son mandement en ladite ville, jusqu'à ce que l'armée
qui estoit venue avec la Pucelle, jusques au port du
Bouschet et qui est retournée à Blois, fut revenue en cette dicte ville, pour lever le siège (53) »
Plus tard encore, le mai, Dunois reconnaissait « avoir reçu, de nouveau, des bourgeois d'Orléans, cinq cents
livres tournois pour prix de quatorze milliers de traits
d'arbalète, amenés de la ville de Blois en celle d'Orléans,
en ung tonneau, trois traversains et deux casses, pour
bailler aux gens de traits estant en icelle ville, pour lever
le siège des Anglois estant devant (54). »
Et ce n'était là qu'une faible partie des sacrifices que
s'imposait l'inépuisable patriotisme des Orléanais, pour
conserver leur ville à la France.
Cette cité naguères si paisible était devenue comme un
arsenal de guerre. On achetait de nouveaux engins d'artillerie,
on réparait les bombardes, on faisait venir à
grands frais, malgré les difficultés du blocus, du plomb et
de la poudre, puis du soufre et du salpêtre que les femmes
préparaient et finaient pour le service des canons et des
coulevrines.
Des milliers de flèches, de traits, de fûts de viretons étaient, par les artilliers et les habitants eux-mêmes, empennés
de parchemin, aboutés de pointes de fer.
Des présents souvent renouvelés étaient offerts aux chefs;
de fréquentes distributions de deniers et des vivres qui
restaient encore, étaient faites aux soldats de la garnison.
Les blessés étaient soignés aux frais de la ville.
Les citoyens de tout âge et de toutes conditions redoublaient
de zèle pour partager avec les hommes de guerre
les fatigues et les périls du service militaire.
Les femmes elles-mêmes, s'associant à l'honneur de la
défense, apportaient des vivres et des armes aux soldats, et
soutenaient les courages par leurs exhortations et leur
exemple (55).
La patriotique énergie de cette population profondément
religieuse se retrempait incessamment dans le sentiment
d'une vive confiance en Dieu, protecteur de la France.
A chaque nouveau danger, à la veille de chaque prise
d'armes, des prières publiques appelaient les habitants
au pied des autels. Les reliques vénérées des saints patrons
de la cité étaient proeessionnellement portées à travers
les rues et au pied des remparts, précédées du clergé
de toutes les paroisses, suivies des procureurs et des officiers
de la ville. A chacune de ces solennités, dont les
comptes de commune nous ont transmis les moindres détails,
lors de la rentrée du cortège, sur le parvis de la
cathédrale, un religieux choisi par la ville exhortait la foule à la persévérance, au courage, à la foi dans le secours
du ciel.
Au milieu des désastres, des calamités et des défaillances
de cette douloureuse époque de notre histoire,
alors que les plus haut placés, parmi les princes et les seigneurs, oubliaient trop leurs devoirs envers la France,
c'est un beau et consolant spectacle de voir cette fidèle
cité s'arracher à ses paisibles habitudes de commerce
et d'études, pour se dévouer tout entière à la défense de la
patrie.
Quand ces nobles bourgeois d'Orléans, trop oubliés peut-être
par l'histoire, peut-être trop rejetés dans l'ombre
par le splendide rayonnement de leur immortelle Libératrice,
versaient à pleines mains leurs laborieuses épargnes,
pour la défense de leurs remparts, puis, après leur propre
délivrance, pour aider Charles VII à reconquérir les villes
de la Loire (56); quand ils s'imposaient les plus dures privations, supportaient, durant un siège de sept mois,
les périls et les fatigues de la guerre, et dans leur modeste
abnégation préparaient la voie àl'héroïque jeune fille que
la Providence tenait en réserve pour le salut de la France,
ne méritaient-ils pas, eux aussi, quelque place en cette
grande page historique où Jeanne d'Arc resplendit d'un si
pur éclat ?
C'est qu'en effet, la force mystérieuse, la puissance providentielle
et encore inconnue de ce suprême effort pour
sauver Orléans, c'était Jeanne. Son nom, volant de ville en
ville, soutenait le dévouement des assiégés, relevait le
courage des soldats, frappait d'une secrète terreur les
ennemis étonnés. Sur cette douce et pieuse enfant semblaient
déjà reposer les dernières espérances de la patrie.
Elle avait fait faire, à Tours, sa bannière d'étoffe
blanche, sur laquelle était brodée, en soie de couleur,
l'image du Sauveur assis sur l'arc-en-ciel, au milieu des
nuages : devant lui des anses se tenaient agenouillés, surmontés
des saints noms de Jésus et de Marie. Si chère
que lui fût son épée, disait-elle plus tard en son procès,
elle aimait sa bannière quarante fois plus encore, car sa
bannière était, à ses yeux, le symbole de la protection
divine, et son épée lui était moins utile, puisque jamais
elle ne versa le sang d'un ennemi (57).
Depuis trois jours elle était à Blois, accompagnée du
chancelier de France Regnault de Chartres, archevêque de Reims; de Raoul de Gaucourt, gouverneur d'Orléans ; de
Jean de Metz et de Bertrand de Poulengy, qui l'avaient
amenée de Vaucouleurs; de Jean et de Pierre d'Arc, ses
deux frères, et de sa petite maison militaire. Elle y fit
bénir sa bannière.
Par sa mâle beauté, sa noble attitude, sa gracieuse
aisance à manier son cheval et à porter son armure de
fer, elle charmait tous les regards.
« .... Chevaulchant, dit une chronique du temps, elle portait aussi gentilement son harnois (de guerre) que si elle n'eust faict autre chose tout le temps de sa vie, dont plusieurs s'esmerveilloient; mais bien davantage les docteurs, capitaines de guerre et autres, des responses qu'elle faisoit, tant des choses du ciel que de la guerre (58)... »
Pour obéir aux divines écritures (59) et à ses voix,
elle avait, avant toutes hostilités, sommé les Anglais de
faire la paix et de quitter la France, dont le roi Charles,
leur écrivait-elle fièrement, était seul et légitime héritier.
Cette guerre de la délivrance était, à ses yeux, une guerre
sainte, dont Dieu, lui-même, par le faible bras d'une
jeune fille, avait résolu le succès. Elle se préparait à cette
haute mission par le jeime, la communion et la prière.
Le roi, disait-on, avait ordonné qu'on ne fît rien, sans
en appeler à elle, et que tout ce qu'elle requerroit lui
fût baillé (60).
Mais, quoi qu'en aient prétendu plusieurs écrivains
modernes, induits, semble- t-il, en erreur par quelques vagues traditions et quelques expressions mal interprétées
des chroniques, Jeanne, en cette expédition, n'eut réellement
aucun commandement effectif.
Les dépositions du Bâtard d'Orléans, de Gaucourt, du
président Simon Charles, de d'Aulon, etc., sont formelles à cet égard. — Et de fait, au cours de ce premier fait
d'armes, aucun compte ne fut jamais tenu ni de ses désirs
ni de ses avis.
Il en eût trop coûté aux vieux et renommés capitaines
qui dirigeaient l'escorte de subordonner, tout d'abord,
leur expérience de la guerre aux vues d'une jeune paysanne de dix-sept ans, qui, d'ailleurs, n'avait pu
montrer encore les merveilleux instincts militaires qu'elle
ne tarda pas à révéler.
Mais, privée d'autorité réelle, tous subissaient instinctivement
sa mystérieuse influence. Pieuse et modeste,
elle exhortait les chefs et les soldats à mettre ordre à leur conscience, à réformer leurs habitudes, à congédier
les folles femmes que les armées traînaient à leur suite, à placer en Dieu leur espoir; et le patriotisme se ranimait,
les mœurs s'épuraient, la confiance en la victoire,
en la France et en Dieu, tout renaissait à sa voix.
« Les nouvelles de la dicte Pucelle vindrent à Orléans, dit encore la Chronique... que c'estoit une fille de saincte et rehgieuse vie, fille d'un pauvre laboureur de l'élection de Langres près du Barrois, et d'une pauvre femme du mesme pays qui vivoient de leur labeur, qu'elle savait peu de choses mondaines, parloit peu, et le plus de son parler estoit seulement de Dieu, de sa benoiste mère, des anges, des saints et saintes du paradis... disait que par plusieurs fois luy avoient esté dictes aucunes révélations louchant la salvation du roy et piéservation de toute sa seigneurie et estoil chargée de dire et signifier ces choses au roy La dicte Pucelle avoit esté ouye par le roy et en son conseil.... où elle traicta merveilleusement des manières de faire vuider Angloys du royeaume dont le roy et son conseil fust émerveillé, car, en toutes autres matières, fut autant simple comme une pastoure...... » (61)
Quelques jours avant le départ du convoi, on fit prévenir les assiégés par Jean Langlois, bourgeois d'Angers, de sa prochaine arrivée. Ce sont encore nos comptes de ville qui nous apprennent ce détail et la joie que
cette heureuse nouvelle fit éprouver aux habitants d'Orléans.
« A Guillaume Bastien, hoste de l'Escu Saint-Georges, pour despense faicte en son hostel par Jehan Langlois, bourgeois d'Angiers, qui apporta lectres du blé que la roine de Cécille avait donné à la ville d'Orléans, XLIIII sous parisis.
« A Jehan Morchoasne, ledit jour, pour despense faicte à donner à disner audict Jehan Langlois, pour tous, présents les procureurs, IX l, X s. p.
« A Raoulet de Recourt, pour bailler audit Jehan Langlois, pour don que la ville lui fist du consentement des procureurs , X escus d'or qui ont cousté a chacun XLIIII s. p., valent XXII l. p. (62). »
Tout, enfin, étant organisé, le mercredi 27 avril 1429,
le convoi, emmenant une partie des vivres, des munitions et des armes destinés aux assiégés, escorté par les généraux,
les hommes d'armes et la Pucelle, quiltta Blois,
passa la Loire et se dirigea sur Orléans (63).

V
DE BLOIS A CHÉCY.
§1 -
Le trajet par la Sologne et l'arrivée à Chécy.
En toute entreprise militaire, un but précis à atteindre
est la condition première du succès; il semble donc difficile
d'admettre qu'une expédition commandée par de si
habiles chefs, préparée avec tant de soins et à si grands
frais, et dont l'heureuse réussite était pour Orléans d'une
si urgente nécessité, n'ait pas eu, dès avant le départ, un
itinéraire mûrement étudié, définitivement arrêté.
L'active coopération des assiégés pouvait être d'un
puissant secours pour franchir la ligne d'investissement;
il fallait bien qu'ils sussent, à l'avance, sur quel point devaient
se porter leurs efforts.
Dans le mélange un peu confus de récits réellement historiques
et d'incidents légendaires que nous ont transmis
les chroniqueurs contemporains et que plusieurs auteurs
modernes ont trop facilement accueillis, un examen
attentif permet toutefois de dégager, de l'ensemble des
textes et des faits soigneusement étudiés, le plan primitivement
conçu, sagement exécuté de cette expédition.
Dès le premier instant, se révèle la double impulsion
qui s'est perpétuée durant tout le cours de la mission de la Pucelle, et dont ses beaux faits d'armes n'ont pu complètement triompher.
Jeanne, dans son héroïque et religieuse confiance, voulait
brusquer le succès. Elle voulait retremper les cœurs
par la vaillance et l'énergie.
« Marchez résolument, disait-elle à Charles VII, ne
doutez de rien, soyez homme, et vous recouvrerez votre
royaume (64)... Je disais aux soldats, répondait-elle plus
tard à ses juges: Entrez hardiment parmi les Anglais, et
j'entrais la première (65). »
Les conseillers du Prince, au contraire, découragés
par de continuels échecs, n'osant trop compter sur leurs
soldats, fussent-ils quatre contre un, comme le dit le Bâtard
en sa déposition (66), ne voulaient rien laisser au
hasard ; ils ne se décidaient à tenter quoi que ce fût qu'en
nombre supérieur, et comme à coup sûr, sans assez s'apercevoir
que cette circonspection , quelquefois prudente,
souvent trop timide, achevait de débiliter les forces et
d'énerver les courages.
Cette double tendance ne pouvait manquer de se faire
jour, dans le choix de l'itinéraire qu'il fallait tracer
au convoi.
Deux routes, toutes deux libres au départ, l'une à droite,
l'autre à gauche de la Loire, mettaient en communication
Blois et Orléans.
L'investissement de la ville était complet, on l'a vu,
sur chacune des deux rives : au nord, les bastilles plus fortement assises et plus multipliées, abritaient des troupes plus nombreuses ; au midi, le fleuve formait, en
arrière des redoutes, comme une seconde ligne de circonvallalion
dont les Anglais étaient maîtres. Les forteresses
des Tourelles et de l'île Charlemagne commandaient la
Loire au couchant; au levant, c'était la bastille de Saint-Loup, située près des murs, et à cinq lieues plus haut, la
ville de Jargeau dont la garnison avait été récemment accrue et ravitaillée (67).
Dans son impatience de vaincre, Jeanne voulait suivre
la rive droite, où les Anglais avaient leurs plus redoutables
ouvrages militaires, tandis que les généraux, malgré les
difficultés qu'offrait le passage du fleuve aux chariots et au bétail, jugeaient préférable, à tous égards, de marcher
par la Sologne. Cette fois, il faut le reconnaître, leur
résolution s'appuyait sur de graves et légitimes motifs.
Le but spécial de l'expédition n'était pas, en effet, de
faire immédiatement lever le siège, mais de secourir la
place. L'escorte, suffisante pour protéger un convoi de
ravitaillement conduit avec prudence, ne l'était pas, de
l'avis même du Bâtard d'Orléans, pour soutenir, en plaine,
un engagement contre des forces peut-être supérieures.
A partir de quelques lieues de Blois, la Beauce presque
tout entière était soumise à l'Angleterre. Le duc de
Bedford avait garnison à Marchenoir, à Beaugency, à Meung, à Montpipeau, à Saint-Sigismond, à Janville, etc.
De plus, Falsloff était attendu chaque jour avec un
corps de troupes destinées à renforcer l'armée assiégeante
(68). Le général anglais pouvait, par une marche rapide, mettre en une situation périlleuse l'escorte française, embarrassée dans ses mouvements par son attirail
de bagages, et l'acculer aux bastilles commandées par Suffolk
et Talbot.
Le moins qui put arriver alors aux chefs du convoi,
c'était de perdre une partie de leurs provisions, de manquer
le but de l'expédition, et de compromettre gravement
le sort de la ville.
La rive gauche, au contraire, offrait, pour le trajet, une sécurité presque complète. La Sologne et le Berry
obéissaient à Charles VII. En se maintenant à quelque
distance du fleuve, on évitait toute attaque des garnisons
de Beaugency et de Meung, trop peu nombreuses pour
s'éloigner de leurs murs. Il était également loisible, à
l'approche d'Orléans, de suivre les coteaux du val et de rester à l'écart des redoutes du blocus.
Le passage de la Loire, sous les yeux de l'ennemi, offrait,
sans doute, de sérieuses difficultés ; mais ces dangers
pouvaient être évités, en remontant la Loire à deux lieues environ au levant d'Orléans, à demi-distance de
cette ville et des troupes anglaises de Jargeau.
Là se rencontrait, en la paroisse de Chécy, une position
favorable pour le transbordement du convoi : des rives
peu élevées, un vaste réseau d'îles boisées qui divisaient
le lit du fleuve en plusieurs bras faciles à franchir, et se
succédaient sans interruption, depuis ce point jusqu'aux
murs de la cité. Plus près, se trouvait le petit port du
Bouchet où les bateaux avaient coutume d'atterrir pour
recevoir et déposer leurs marchandises.
Des chalands, préparés à l'avance, pouvaient se glisser,
avec précaution, entre les sinuosités de ces iles et
remonter inaperçus jusqu'à Chécy; puis après y avoir effectué leur chargement, sans désordre, à l'abri de l'ennemi,
ils pouvaient redescendre vers la ville en suivant le chenal de la rive gauche qui les avait amenés, protégés à la fois contre les attaques des troupes anglaises d'Orléans et de celles de Jargeau par l'escorte française et par l'utile
diversion que feraient les assiégés, en dirigeant, à ce moment,
une « escarmouche » sur la bastille de Saint-Loup.
Ce plan d'expédition par la rive gauche, avec Chécy
pour objectif, ressort si naturellement de l'élude des lieux,
que Jeanne, si elle fut réellement appelée au conseil,
ce dont il est permis de douter, dut céder aux sages et prévoyantes considérations qui le faisaient préférer.
Il n'était exempt, assurément, ni d'incidents ni de périls,
mais il était incontestablement le meilleur et le plus sur.
Les récits contemporains les plus dignes de foi nous
montrent, par la concordance de leurs témoignages, qu'il
fut suivi jusqu'à sa complète réalisation.
On lit particulièrement dans le Journal du siège, dont
on ne saurait méconnaître la haute autorité :
« Conclurent les seigneurs et cappitaines estans avecques la Pucelle, qu'ilz marcheroyent avant à tous leurs gens d'armes, vivres et artilleries, et passeroient par la Sauloigne, obstant que la plus grant puissance des Angloys estoit du cousté de la Beausse; combien que de ce ne dirent riens à la Pucelle, laquelle tendoit aller et passer par devant eulz, à force d'armes , et en ce point, s'en alèrent et feirent tant que ilz vindrentjusques à ung villaige nommé Checy, là ou ilz geurent (couchèrent) la nuict ensuyvant.
« Le vendredy ensuyvant, vingt-neufviesme du mesme moys, vindrent dedans Orléans les nouvelles certaines comment le roy envoyoit par la Sauloigne vivres, pouldres, canons et autres habillements de guerre, soubz le conduict de la Pucelle, laquelle venoit de par Nostre Seigneur, pour avitailler et reconforter la ville, et faire lever le siège, dont furent moult reconfortez ceulx d'Orléans. Et parce qu'on disoit que les Angloys mectroient peine d'empescher les vivres, fut ordonné que chacun fust armé et bien empoint par la cité; ce qui fut faict.... Celluy mesmes jour, eut moult grousse escarmousche, parceque les Françoys vouloient donner lieu et heure d'entrer aux vivres que on leur amenoit. Et pour donner aux Angloys à entendre ailleurs, saillirent à orant puissance et alèrent courir et escarmouscher devant Saint-Loup d'Orléans, ... Et lorsque celle escarmousche se faisoit, entrèrent dedans la ville les vivres et artillerie que la Pucelle avoit conduicts jusques à Chécy (69). »
Le récit du Journal du siège est confirmé, complété
même en quelques détails, par un autre document Orléanais
et contemporain, découvert en 1848 par M. A. Salmon
dans la bibliothèque du Vatican, parmi les manuscrits
provenant de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire : la Chronique
de l'établissement de la fête du 8 mai, à laquelle
MM. Quicherat et Vallet de Viriville reconnaissent une
valeur historique considérable.
« Et environ la fin d'avril, fut baillé à la dicte Jehanne Monseigneur de Rais, mareschal de France et plusieurs autres capitaines... Etluy fut ordonné d'amener vivres et artillerie, et vindrent par la Sauloigne, et passèrent par Olivet ou près, et arrivèrent jusques à l'lsle aux Bourdons qui est devant Chéci. Et saichans ceulx d'Orléans que elle venoit, furent très joyeulx et firent habiller challans à puissance, et estoit lors la rivière à plain chantier; et aussi le vent qui estoit contraire se tourna d'aval et tellement que un chalen menoit deux ou trois chalens, qui estoit une chose merveilleuse et failloit dire que ce fut miracle de Dieu, et passèrent pardevant les bastilles des Anglois et arrivèrent à leur port, et là chargèrent leurs vivres et puis passa la rivière ladicte Pucelle, etc. (70). »
Simon Beaucroix, témoin oculaire, n'est pas moins
explicite, en sa déposition, au procès de réhabilitation.
« .... Jeanne aurait voulu, dit-il, que les hommes d'armes attaquassent directement la Bastille ou forteresse de Saint-Jean-le-Blanc ; ils ne le firent pas : au contraire, ils remontèrent jusqu'à un lieu sis entre Orléans et Jargeau (71), où les citoyens d'Orléans avaient envoyé des bateaux pour recevoir les vivres et les conduire en la ville. Les vivres furent, en conséquence , déposés dans les bateaux et amenés à Orléans... (72). »
Pour mieux préciser encore l'itinéraire tracé au
convoi, et bien établir que l'arrivée et le transbordement
des vivres à Chécy résultaient d'un plan arrêté à l'avance
et n'ont pas été, comme plusieurs le prétendent, un expédient
résolu à la hâte, sous le coup d'un embarras
imprévu, je pourrais citer, au besoin, un curieux passage d'un document d'un autre ordre. Le Mystère du
Siège d'Orléans, œuvre dramatique, d'origine orléanaise,
contemporaine, ou à peu près, du siège, retrouvée, elle
aussi, en la bibliothèque Vaticane, dans le même fonds de Saint-Benoît-sur-Loire, et qui, selon de savants critiques,
outre son intérêt littéraire, possède au point de
vue historique, une certaine autorité, confirme, à son tour, les faits que je viens de citer.
Dans une des scènes de ce drame de 20,000 vers, les
généraux tiennent conseil sur le chemin que doit suivre
le convoi de ravitaillement, pour aller de Blois à Orléans.
Le sire de Raiz et Ambroise de Loré, membres de ce
conseil, s'expriment ainsi qu'il suit :
LE SIRE DE RAIZ
« Je doubte aller par la Beauce ;
« Le plus fort des Anglois y est,
« Toute leur puissance et force,
« Et tout le pays à eulx est.
« Y nous pourroient donner arrest,
« S'i savoyent nostre venue,
« Et peut-être grand intérest
« Seroit à notre survenue.
« Si me semble que vauldrait mieulx
« Y aller devers la Sauloigne;
« Mieulx vault faire nostre besoigne
« Et le dangier passer ainsi,
« Entrer par la porte Bourgoigne :
« Et yrons passer à Chécy.
AMBROISE DE LORÉ
« Vous avez très bien dévisé,
« A Checy nous y fault aller
« Et est à vous bien advisé,
« Vous ne pourriez mieulx conseiller »
« Lors, ajoute le poète, partiront... et yront du cousté
de la Souloigne droit à Chécy (73). » (Pages 448 et 451).
L'accord et la netteté de ces témoignages semblent complètement infirmer le récit peu vraisemblable, d'ailleurs,
que plusieurs historiens se sont transmis l'un à l'autre, en
ce qui concerne le choix de la rive gauche pour la marche
de l'expédition, malgré le vif désir de Jeanne de suivre
la rive droite, à l'encontre des plus fortes bastilles du
blocus.
Les généraux, selon ces auteurs, pour vaincre la résistance
de la Pucelle, n'auraient rien trouvé de mieux que
d'abuser de sa bonne foi naïve, et lui auraient persuadé
qu'en traversant la Loire sur le pont de Blois, on prenait précisément la route qu'elle désirait.
Mais le lendemain 28, ajoutent-ils, Jeanne, des hauteurs
d'Olivet, voyant le fleuve entre elle et la ville, et l'embarras
momentané occasionné par les vents contraires elle retard
des bateaux, aurait adressé aux chefs de vifs reproches de l'avoir ainsi trompée.
Ceux-ci, disent toujours ces auteurs, comprenant alors
la faute qu'ils avaient commise, l'auraient humblement
reconnue et auraient avoué à la Pucelle qu'elle avait raison
contre eux tous quand elle voulait suivre la rive droite.
Malgré la respectueuse déférence due aux honorables historiens
qui ont reproduit ce récit, il semble bien difficile
d'admettre que Jeanne, avec son intelligence supérieure
et sa constante préoccupation de faire lever le siège d'Orléans,
fût demeurée dans cette incroyable ignorance de ne
pas savoir sur quelle rive de la Loire était située la
ville qu'elle avait, disait-elle, mission de délivrer; qu'aucun renseignement n'ait été pris par elle, soit en allant de Gien à Chinon, soit à Poitiers, soit à Tours, soit à Blois
où elle résilia trois jours pendant les préparatifs du
convoi. Comment croire surtout que de grands officiers
de la couronne, des amiraux, des maréchaux de France,
ayant de si sages raisons pour préférer la rive gauche, au
lieu de les faire loyalement connaître à la Pucelle, aient
mieux aimé recourir à un misérable subterfuge, indigne de
leur caractère et de la gravité de leurs fonctions ?
Le 28 enfin, devant Orléans, un simple retard de quelques
heures, dans l'arrivée des bateaux, pouvait-il suffire à ces éminents personnages, pour leur faire désavouer un plan
mûrement étudié et jusqu'à ce moment couronné de succès; pour les déterminer à exprimer à Jeanne des regrets certainement
peu sincères et à lui avouer humblement une
faute... qui n'existait pas ?
Les paroles adressées par Jeanne au Bâtard : « Vous avez
cru me tromper, et vous vous êtes trompé vous-même »,
s'expliquent d'une manière toute naturelle, comme on le
verra dans la suite de ce récit.
J'ai eu déjà occasion de le remarquer, ce premier fait
d'armes de la Pucelle est l'un des incidents de sa glorieuse
vie où l'exactitude historique se trouve plus fréquemment
entremêlée d'exagération légendaire. La mission de la critique est d'étudier leurs points de contact, de discerner
la légende d'avec l'histoire et d'appliquer ses efforts à
faire ressortir la vérité.
J'ai cru devoir, par ce motif, chercher d'abord, dans
l'étude de cette expédition, à mettre en lumière le plan
suivant lequel elle s'était accomplie et les sages motifs qui
avaient fait adopter ce plan par les chefs.
Je reviens maintenant au point de départ, en essayant de
retracer les principaux incidents du trajet.
§2 -
Les incidents du trajet.
Le mercredi 27 avril, le convoi quittait Blois, pour se
diriger vers Orléans.
Jeanne marchait près des chefs, à cheval, revêtue de son
armure, précédée de son étendard, accompagnée de la petite
maison militaire que le roi avait attachée à sa personne;
mais elle avait voulu que des prêtres et des religieux, portant de pieuses bannières, fissent partie du corlége, qu'on chantât
des cantiques et des hymnes, à la traversée des villages, et
qu'on récitât, plusieurs fois le jour, des prières à haute
voix.
Avec sa vive et pénétrante intelligence, la Pucelle avait
compris que ces capitaines et ces soldats, aux mains desquels était remis le sort de la France, devaient avant tout
retremper en des sentiments meilleurs la discipline et les mœurs, et que raviver, en leurs cœurs, le respect, le patriotisme
et la foi, c'était créer, dans l'armée, l'unité d'action,
sans laquelle il n'y a ni victoire ni salut.
L'aspect, à la fois religieux et militaire, du cortège de
Jeanne était d'ailleurs beaucoup moins contraire aux
habitudes du XV° siècle qu'il ne le paraît aux nôtres.
L'institution des armées permanentes n'existait pas
encore. Les troupes royales se composaient, en grande
partie, de corps particuliers marchant sous les bannières
seigneuriales ou militaires de chefs quasi-indépendants,
qui, soldés eux-mêmes par le roi, payaient à leur tour les
soldats par eux enrôlés (74).
Parfois, des corporations monastiques, des abbayes, des populalions tenues envers le souverain au service de la
guerre, s'acquittaienl de cette redevance féodale, sous les
insignes religieux de la paroisse ou de la communauté.
Le pieux caractère que Jeanne imprimait à son escorte,
ses exhortations et ses exemples tendaient donc à relever
le cœur des soldats, sans toutefois heurter les mœurs de
l'époque.
Le soir de la première journée, on coucha dehors en
pleine campagne, .leanne, avec cette virginale pudeur
qui créait autour d'elle comme une atmosphère de décence
et de respect, seule, au milieu de ces gens de guerre, ne
voulut pas quitter son armure de fer.
Elle en eut le corp meurtri, dit son page Louis de
Contes (75) et toutefois le lendemain matin, ajoute-t-il,
elle communia en présence de l'armée. Plusieurs soldats,
paraît-il, suivirent, dés ce moment, son exemple.
Dans l'après-midi du second jour, le jeudi 28 avril, on arriva près d'Orléans : Jeanne, des hauteurs d'Olivet, put
apercevoir la ville, ohjet de sa mission spéciale et de
ses ardentes préoccupations, où depuis longtemps, elle
le savait, les cœurs et les mains se tendaient vers elle.
La petite armée descendit alors du coteau pour se rapprocher
de la Loire, et, selon la déclaralion du Bâtard, elle
s'arrêta entre Saint-Jean-le-Blanc et le port du Bouschet (76) ,
tandis que les chariots et le bétail continuaient leur
marche, une lieue plus loin, vers les îles de Chécy.
Les assiégés avaient été prévenus par le messager de la reine de Sicile, Jean Langlois, bourgeois d'Angers, d'expédier des bateaux à Chécy, afin d'y recevoir les provisions
de toute sorte qui leur étaient amenées. Pour une cause aujourd'hui peu connue, peut-être uniquement
par suite des vents contraires qui ne leur avaient pas
permis de remonter à la voile, ces bateaux se trouvaient
en retard.
Les sentinelles, qui, nuit et jour, faisaient le guet aux
tours de Saint-Paul et de Saint-Pierre-Empont, avaient à
peine signalé l'arrivée du convoi, que le Bâtard d'Orléans,
accompagné de Thibaut de Termes et de quelques autres
capitaines, se jeta dans une barque , traversa la Loire
et vint, au port du Bouchet, se concerter avec les chefs
de l'expédition.
Le vent continuait à souffler d'amont.
Jeanne, impatiente d'entrer dans la ville, voulait, avec
le peu de bateaux qu'on eût pu se procurer, forcer le
passage du fleuve, comme elle le fit victorieusement, le 7 mai, pour attaquer les Tourelles ; mais ces jours
d'enthousiasme et de victoire n'étaient pas encore venus.
Les généraux et Dunois lui-même, ainsi qu'il le déclara
plus tard dans sa déposition (77), ne se crurent pas
en force suffisante pour cette hardie manoeuvre; ils ne
voulurent pas, si près d'atteindre le but, risquer, en un échec possible, le sort d'une expédition jusqu'à ce moment
préservée de tout revers, et ne jugèrent pas devoir se
départir du plan arrêté en conseil.
Jeanne, s'approchant alors du lieutenant général :
« Est-ce donc vous qui êtes le Bâtard d'Orléans ? lui dit-elle.
— « Moi-même, et bien heureux de votre arrivée.
— « Est-ce vous qui avez donné conseil de nous faire venir par ce côté de la rivière, au lieu d'aller directement où sont Talbot et les Anglais ?
— « Moi sans doute, mais de plus sages que moi ont également émis cet avis, croyant la route que vous avez suivie meilleure et moins périlleuse.
— « En nom Dieu, répliqua Jeanne, le conseil de Dieu Notre Seigneur est plus sage et plus sûr que le vôtre. Vous avez cru me tromper » (en me disant que
sur cette rive gauche de la Loire il y avait moins de
difficultés que sur l'autre), et vous vous êtes trompé vous-même ; car voici que je vous apporte le meilleur secours que ville ou chevalier puisse obtenir, le secours du Roi des cieux, qui, non pour l'amour de moi, mais par sa volonté seule, à la prière de saint Louis et de saint Charlemagne, a eu pitié d'Orléans, et n'a pas voulu souffrir que les ennemis eussent à la fois le corps du duc et sa ville (78). »
Et tout aussitôt, comme si le ciel eut voulu justifier la
confiance de cette pieuse jeune fille, le vent, dont la
direction était contraire et retenait les bateaux inactifs,
changea subitement, dit Dunois, et permit de tendre les
voiles et de se diriger vers Chécy. Le Bâtard les voyant
passer, enrra dans l'un d'eux avec Nicolas de Geresme,
grand prieur de France en l'ordre de Rhodes , et, selon
sa déposition, ce convoi de chalands vides put remonter à voiles par-delà l'église Saint-Loup, malgré les Anglais (79).
Le changement subit de la direction du vent fit, sur les
personnes présentes à cette scène, une impression profonde
qu'on retrouve mentionnée en toutes les chroniques
et dans les principaux témoignages de l'enquête. Le départ
des bateaux pour Chécy mit fin aux inquiétudes que leur
retard avait suscitées d'abord.
Jeanne, à son tour, accompagnée de quelques chefs et
d'une partie de l'escorte, remonta le fleuve en suivant le
littoral, et, comme dit le Journal du siège : « feirent tant que ilz vindrent jnsques à ung villaige nommé Chécy, là où ilz geurent la nuict ensuyvant... »

VI
DE CHÉCY A ORLÉANS.
§1 -
L'entrée du convoi à Orléans par bateaux.
Un dernier effort restait encore à faire, un dernier obstacle à franchir ; ce fut l'œuvre de la journée du 29.
Les bateaux avaient pu, sans être inquiétés, remonter à voiles jusqu'à Chécy.
Le convoi, arrivé au bord du fleuve, le 28 au soir, stationnait
vers l'île aux Bourdons, selon le récit des chroniques.
Jeanne, à Chécy avec quelques troupes, protégeait, contre
toute tentative des Anglais de Jargeau l'embarquement des
vivres et munitions dans les chalands envoyés de la ville.
Que le guet de Saint-Jean-le-Blanc eut été évacué,
comme l'affirment Jean Chartier et la Chronique de la
Pucelle (80), ou, comme le dit Simon Beaucroix, que les Anglais s'y fussent maintenus pour défendre le passage
du fleuve, l'escorte française échelonnée sur le rivage, aux
environs du port du Bouchet, tenait en respect toutes les
garnisons de la rive gauche.
Ainsi protégé, avec une sage prévoyance, en amont
par Jeanne d'Arc et le petit détachement qui l'avait suivie, en aval par le reste de l'armée campée au porl du Bouchet,
le transbordement s'opérait sans inquiétude et
presque sans danger.
Les assiégés n'attendaient que le signal pour attaquer
la bastille Saint-Loup, selon qu'il avait été convenu à
l'avance, afin de paralyser, par cette utile diversion, les
efforts que les ennemis, cantonnés dans cette redoute,
avaient, disait-on, l'intention de faire, pour arrêter au
passage la flottille qui portait les provisions du convoi.
Les chalands, aux bords peu élevés, chargés à l'île aux
Bourdons ou à l'ile aux Boeufs, n'avaient plus ainsi qu'à
descendre le courant, dans le bras méridional qu'ils
avaient remonté sans obstacle à la voile, les larges îles
boisées, de Saint-Loup , qui les séparaient du bras septentrional,
les dérobant aux regards des Anglais, auxquels
d'ailleurs la « grosse escarmouche des Orléanais devait
donner à entendre ailleurs (81). »
Au débouché de ces deux îles, il était loisible à la flottille
de s'engager entre la plage de l'église Saint-Aignan,
sur la rive droite, et les îles aux Toiles et des Martinets
qui protégeaient les bateaux contre l'artillerie des
Tourelles; d'atteindre, sans trop de difficultés, la Tour-Neuve, qui formait l'angle sud-est des murs de la ville,
et de s'abriter en toute sécurité dans les fossés de la porte de Bourgogne, alimentés par les eaux du fleuve auquel ces
fossés venaient aboutir.
Ce plan paraît si clairement indiqué, il ressort si complètement
de l'état des lieux à cette époque et de l'ensemble
des dispositions militaires constatées dans les récits
de l'expédition, qu'on est tenté de s'étonner qu'aucun
doute sérieux ait pu s'élever à cet égard.
Aussi de graves historiens : MM. de Barante, Henri Martin, Lebrun dos Charmettes et M. le président Mantellier,
n'ont-ils pas hésité à admettre, au moins en principe,
ce mode d'entrée du convoi dans la ville assiégée.
Mais je ne dois pas laisser ignorer qu'un savant ingénieur,
M. Jollois, dans son Histoire du siège d'Orléans,
a cru devoir lui substituer une autre hypothèse, que des
auteurs également recommandables : MM. Barthélémy de
Beauregard, Wallon, Abel Desjardins, Villiaumé, etc., ont,
d'après lui, trop facilement, peut-être, accueillie (82).
Selon M. Jollois, la Loire étant basse alors, les bateaux,
qui avaient pu facilement remonter d'Orléans à
vide, eussent manqué d'eau pour dériver à charge. Ils
eussent été, de plus, foudroyés au passage par les bastilles
de Saint-Jean-le-Blanc et de Saint-Loup.
Sous cette double crainte, dit l'honorable ingénieur, le
convoi, au lieu de redescendre le fleuve, dut le traverser
vers Chécy ; puis, par les chemins de la rive droite, atteindre
le faubourg Saint-Vincent, afin d'échapper à la
bastille Saint-Loup, et, se glissant enfin entre les redoutes
des assiégeants, pénétrer dans la ville par la porte de
Bourgogne.
Cette hypothèse de M. Jollois repose, je suis forcé de
le dire, sur de graves inexactitudes.
Pasquerel déclare, il est vrai, que les eaux de la Loire étaient basses ; mais l'auteur, Orléanais et contemporain, de
la Chronique de l'Etablissement de la fête du 8 mai, dit au contraire, on ne l'a pas oublié, que la rivière coulait à plein chantier (83). Entre ces deux affirmations opposées,
la question reste au moins indécise.
Quant à l'artillerie de Saint-Jean-le-Blanc, cet ouvrage
militaire, fût-il encore au pouvoir de l'ennemi, n'était,
d'après le Journal du siège, qu'un simple guet construit
par les Anglais vers le 20 avril. En huit jours ils n'avaient
pu certainement le rendre bien formidable, et c'est pour
ce motif, sans doute, que Jean Chartier, d'accord avec la
Chronique de la Pucelle, affirme que, dès l'arrivée des
troupes françaises, il avait été évacué par les assiégeants.
Les menaces de la bastille Saint-Loup, bien qu'occupée
alors à se défendre elle-même contre l'attaque des Orléanais, étaient assurément plus sérieuses. Mais il ne faut
pas oublier que le chenal navigable était sur la rive gauche
et que dès lors les chalands, qui descendaient à la rame,
se trouvaient préservés de l'artillerie anglaise, par toute
l'étendue du fleuve et par les îles larges et boisées, de
Saint-Loup, qui en occupaient le milieu. C'est ainsi que
la veille, ces bateaux avaient pu, au témoignage de Dunois,
embarqué sur l'un d'eux, remonter vers Chécy, à vide et à pleines voiles, sans être inquiétés par l'ennemi.
Il faut surtout ne pas perdre de vue qu'au commencement
du XV° siècle, l'artillerie naissante était encore à ses débuts.
Sa construction était aussi imparfaite que son tir mal servi ;
un habile pointeur était assez rare pour que l'admiration
des contemporains lui donnât, comme au célèbre artilleur
des assiégés, Jean le Lorrain, une place et un nom dans
l'histoire. Les grosses bombardes de l'époque, reliées par
des cercles de fer à des pièces de charpente, faisaient, en
réalité, d'après les récits du Journal du siège, beaucoup plus de bruit que de mal.
La descente par bateaux était évidemment le mode le moins périlleux de pénétrer dans la place; on ne voit
donc pas pour quel motif on eût voulu, de gaieté de cœur,
braver le danger de faire passer un gros convoi de voitures
et de bétail à travers les redoutes si serrées du
blocus, difficulté considérable qui, précisément, avait
motivé le choix de la rive gauche pour y conduire
l'expédition.
De précieux documents, jusqu'à présent inédits, que j'ai
rencontrés en nos archives municipales d'Orléans, semblent,
au surplus, préciser définitivement de quelle
manière et par quelle voie les vivres, partis de Blois le
27 avril, sont entrés dans la ville.
La déplorable mutilation de nos registres de comptes
communaux, et particulièrement de ceux si précieux de
l'année 1429, a, par bonheur, épargné un certain
nombre de mandements originaux de paiement de cette époque, délivrés par les procureurs de la ville, sous le
sceau de la prévôté et le contre-seing de Jehan Cailly,
leur notaire. Or, sur quelques-unes de ces feuilles volantes de parchemin, si heureusement conservées, se trouve
précisément inscrit le détail des sommes payées par le
receveur des deniers communs, pour le déchargement,
le transport, l'emmagasinage et le mesurage des blés
venus de Blois, le 29 avril 1429; et ces titres constatent
formellement que les blés étaient entrés par chalands, dans
les fossés de la porte de Bourgogne, alimentés par la Loire.
La question paraît donc souverainement résolue par ces
documents officiels.
Le savant abbé Dubois a, le premier, recueilli ces
intéressants détails dans nos archives municipales et en a
transcrit une notable partie dans le second volume de ses
manuscrits. La mort ne lui a pas permis d'en déduire les conséquences, en rectifiant ses premiers écrits, restés malheureusement
inachevés. M. le président Mantellier les a
de nouveau révisés. Je les ai vérifiés et complétés à mon tour avant de les classer en ordre pour les publier ici (84).
Ces mandements, dont sont extraits les articles de paiement
ci-après, sont tous datés du 14 octobre 1429.
Ils m'ont paru mériter d'être textuellement reproduits.
1° Blé, du 29 avril, amené par bateaux.
« A Jehan Le Camus, pour baillera quatre hommes qui couchèrent au chalan au blé, la nuit que on l'amena : VIII sous parisis.
« A Jehan Le Camus, pour bailler à certains compaignons qui apportèrent le blé du chalan à la porte Bourgoigne et qui aidièrent à charger les voittures : XII s. p.
« A Colin Nolet, sergent, et Jehan Caseau,nottaire, pour leur sallaire d'avoir fait informacion, pour la ville, du blé emblé (pris) aux chalans : XLIIII s. p. »
2° Louage de greniers, pour recevoir le blé.
« A Gilet Gueret, pour le louaige de son grenier où a esté mis et distribué partie du blé amené de Blois aux deux fois, par composition faicte avec lui : LXIII s. p.
« A Guiot Boilleve, pour le louaige de son grenier où a esté mis la plus grant partie du blé de la ville et mesuré : IIII l. p. »
3° Portage de ce blé :
« A Jehan le Camus, pour paier deux hommes qui ont aidié à porter le blé derrenièrement amené : III s. VII deniers parisis.
« A Jaquet Compaing, pour bailler aux porteurs de la porte Bourpoigne, pour ce qu'ilz aidièrent à descharger les blez qui derrenièrement furent amenez en cette ville : XVI s. p.
« A Charlot l'Uillier, pour despence faicte en chargeant ledit blé à la porte Bourgoigne, et pour une femme qui couzoit les poiches qui estoient despecées : VII s. VIII d. p.
« A Guillot Toët, porteur, pour le sallaire de lui et de XXIII porteurs qui ont porté le blé de la ville, de la porte Bourgoigne en grenier, par marchié fait avec eulx : VII l. IIII s. p. »
4° Transport par voitures :
« A Colin Gallier, pour huit voictures de ses chevaulx et charrette d'avoir mené de la porte Bourgoigne en l'ostel Guiot Boilleve partie du blé de la ville naguières amenés de Blois : à XVI d. p. la voitture, valent X s. VIII d. p.
« A Bernart du Puy, voicturier, pour trois arres (85) de sa voicture à amener ledit blé : IIII s. p.
« A Caseau, pour deux arres de semblable cause : II s. VIII d. p.
« A Jehan Le Camus, pour bailler au varlet de Saint-Marc pour trois arres, pour semblable cause : un s. p. »
5° Contrôle du transport :
« A Raoulet de Recourt, pour despense faite par lui, Fouquet Rose et autres, qui tailloient (marquaient sur des tailles) les arres dudit blé au long des rues, un s. p. »
6° Mesurage du blé, dans les greniers :
« A Pierre Novion, pour son sallaire de douze journées qu'il a vacquées à mesurer le blé de la ville, à IIII s. p. par jour, valent : XLVIII s. p.
« A Jehan Cailly, notaire, pour plusieurs journées d'avoir vacqué à mesurer le blé, etc. VI l. p.
« A Guiot Boilleve, pour despense faicte en son hostel quand on mesura le blé, par Jehan Marchoasne, Jehan Martin, Cailly et autres : IIII s. p. (86). »
A côté de ces précieux renseignements sur l'entrée par bateaux du convoi du 29 avril, un détail inattendu est
tombé sous mes yeux, lequel, malgré sa brièveté et bien
que se rattachant au convoi du 4 mai, c'est-à-dire à des
faits postérieurs à ceux qui concernent cette étude, m'a
paru mériter d'être particulièrement signalé.
Dans l'un de ces mandements de paiement du 14 octobre
1429, on lit l'énonciation suivante :
« Item payé à Jehan de la Rue pour despense faicte en son hostel par les nottoniers (bateliers) qui amenèrent les blés qui furent amenés de Blois le IIII° jour de may : XIII livres XIII s. p. »
Ce texte est formel, et le chiffre relativement élevé de
la dépense montre que les nottoniers qui transportèrent les blés amenés le 4 mai étaient en grand nombre,
et conséquemment que l'arrivage était considérable.
On a pu déjà remarquer, dans un des paiements ci-dessus
reproduits, que Gilet Guéret avait loué son grenier
pour y mettre partie du blé amené de Blois aux deux fois.
Or, on avait regardé comme certain, jusqu'ici, que le
second convoi, amené de Blois à Orléans sous le commandement
de Dunois, le 4 mai 1429, était entré en ville en suivant
la voie de terre, à travers les bastilles de la rive droite.
La note inscrite dans les comptes publics, et dont
l'affirmation si précise ne peut admettre d'équivoque,
tendrait à prouver, au contraire, que, le 4 mai, de même que le 29 avril, les blés descendirent encore par la Loire.
Ce fait curieux, et jusqu'à présent inconnu, fournirait
au besoin une preuve nouvelle du complet investissement
de la ville, puisque le 4 mai au matin (l'attaque et la
prise de la bastille Saint-Loup n'ayant eu lieu que le
soir) (87), Dunois, lui-même, marchant à la tête d'un corps
de troupes considérables, accompagné du maréchal de Raiz,
du maréchal de Sainte-Sévère, etc., et secondé par une
sortie de cinq cents hommes de la garnison commandés
par La Hire, Villars, Florent d'Illiers et la Pucelle (88),
n'aurait pas osé faire passer à travers les redoutes ennemies
le convoi de b!é qu'il amenait de Blois et l'aurait
expédié par le fleuve.
S'il était vrai, comme le veulent quelques historiens,
qu'au nord-est de la place et à l'entrée de la forêt, précisément
au point par où Dunois arrivait avec ses capitaines
et ses hommes d'armes, une large trouée de presque quatre kilomètres fût demeurée ouverte et inoccupée
par l'ennemi, il faut reconnaître que le Bâtard si bien
accompagné de généraux et de soldats, et si bien soutenu
par la Pucelle, n'osant faire entrer son convoi de blé par
cette béante ouverture et préférant le confier aux hasards
du fleuve, aurait fait preuve d'une timidité qu'on n'est pas accoutumé de rencontrer en lui.
C'était au contraire une sage et prudente prévoyance,
si, comme tout l'indique, le blocus était devenu complet
par la construction de la bastille de Fleury.
Une autre observation pourrait ressortir encore du fait
constaté par les comptes de ville. La première attaque de
la bastille Saint-Loup avait été, le 29 avril, concertée à l'avance, pour favoriser, par une utile diversion, la descente
de la flottille chargée de vivres. Les blés du second
convoi ayant, paraît-il, descendu aussi par le fleuve, la
nouvelle attaque du 4 mai qui débuta par un échec, puis, grâce à l'intervention de la Pucelle, devint la première
de ses victoires, n'aurait-elle pas eu, cette fois encore,
pour but primitif, une simple diversion destinée à faciliter,
comme au 29 avril, le passage de ce second convoi ?
Je me borne à ce rapide aperçu d'une question étrangère,
je le répète, à l'objet de cette étude, et dont l'examen
approfondi m'entraînerait hors du cadre que je me suis
tracé.
§2 -
Jeanne d'Arc à Chécy - Son entrée à Orléans.
Les promesses de Jeanne s'accomplissaient à la lettre. Elle avait dit à Poitiers :
« Nous mettrons les vivres dedans
Orléans, à notre aise, et il n'y aura Angloys qui fasse semblant de l'empescher (89). » Et, selon qu'elle l'avait
annoncé, un convoi considérable venait de franchir, sous
les yeux de l'ennemi, la chaîne de forteresses dont il
croyait avoir scellé les derniers anneaux.
Les assiégés renaissaient à l'espérance; ce succès inattenduétait pour eux comme l'aurore du salut. Ils appelaient
de leurs prières et de leurs voeux la libératrice envoyée du ciel.
Jeanne, non moins impatiente d'achever l'œuvre que lui
avaient confiée ses voix, comptait, pour les combats qu'elle
allait soutenir, sur la petite armée dont elle avait épuré les
mœurs.
Aussi, lorsque les chefs de l'escorte, jugeant leur tâche
accomplie par l'entrée du convoi dans la ville, donnèrent
à leurs troupes l'ordre du retour à Blois, Jeanne se montra-t-elle «émue et courrouchiée, » racontent les chroniques.
Elle ne voulait pas se séparer de ces hommes qui, sur
ses vives instances, avaient mis ordre à leur conscience
(in bono statu) et s'étaient rendus dignes d'accomplir les
desseins de Dieu sur la France. Avec eux, disait-elle,
elle ne craignait rien de la puissance des Anglais ; —
sans eux, elle refusait d'entrer dans la ville.
Mais les ordres étaient formels. Les conseillers du roi,
dans leur circonspection, souvent excessive, ne voulaient
rien tenter pour la levée du siège, avant d'avoir réuni des
forces imposantes (90).
Le Bâtard s'interposa entre Jeanne et les chefs. Il la conjura
de ne pas résister aux vœux des habitants qui la demandaient
avec tant d'ardeur, et fit promettre aux capitaines
de revenir immédiatement, avec un second convoi.
Jeanne se rendit enfin à ces instances. Après avoir obtenu
que les prêtres et son aumônier Pasquerel retournassent
avec l'armée jusqu'à Blois, elle entra dans une barque avec
Dunois, La Hire, ses deux frères, etc., et suivie d'une escorte
d'environ deux cents lances, elle traversa la Loire et
aborda à Chécy.
Des bourgeois d'Orléans, des capitaines, des hommes
d'armes l'y avaient déjà précédée.
«... Au-devant d'elle, alla jusques au village de Chécy,
« dit le Journal du siège, le Bastart d'Orléans, et autres
« chevaliers, escuyers et gens de guerre, tant d'Orléans
« comme d'autre part, moult joyeulx de la venue d'elle,
« qui tous luy feirent grant révérence et belle chière et si
« feist-elle à eulx.... et aussy des bourgoys d'Orléans qui
« luy estoyent allez au devant... (91). »
La route pourtant n'était pas sans danger. Les garnisons
des bastilles de Saint-Loup et de Fleury faisaient dans la
campagne de fréquentes excursions, et destroussaient sans
pitié les vignerons, les marchands et laboureurs qu'elles rencontraient désarmés (92).
Messeigneurs, qui vouldra venir
Droit à Checy, nous y allons :
Mes aussi, pour vous advenir,
A Saint-Loup les Anglois y sont,
Et ung grant bouloart y ont.
Dangier y est, comme je croy,
Pour y passer, ne le ferons.
Mais yrons passer à Semoy (93) :
fait-on dire au Bâtard lui-même, dans le Mystère du siège
d'Orléans (vers 11,616, page 453).
Mais nul obstacle ne pouvait arrêter l'élan qui entraînait
les populations vers la Pucelle.
En touchant le sol de Chécy, commune fort considérable
alors (94), la première pensée de Jeanne, selon sa pieuse
habitude (95), fut, sans doute, d'aller se prosterner au
pied des vénérables sanctuaires consacrés, en cette paroisse,
par le souvenir de saint Germain d'Auxerre et de
saint Louis.
A quelque distance et au nord-est des deux églises,
existait, à Chécy, un antique manoir dont les seigneurs
comptaient, dès le XII° siècle, parmi les chevaliers qui relevaient du roi par son Châtelet d'Orléans (96).
Deux notables Orléanais l'habitaient en 1429 : Guy de
Cailly, dont un des proches, Jehan Cailly, a son nom inscrit à toutes les pages des comptes municipaux de cette époque,
et Robin Boillève, frère de Guiot Boillève, un des douze
procureurs de la ville (97).
Là s'étaient réunis tous ceux qui, d'Orléans, accouraient
au-devant de la Pucelle, « pour lui faire grande révérence
et belle chière, » suivant la naïve expression des chroniques,
et se concerter avec elle sur son entrée dans la ville.
Jeanne, après tant d'épreuves, atteignait donc enfin le but
de ses désirs : elle touchait aux portes d'Orléans ; elle
allait passer, la tête haute, entre les redoutes ennemies, à cheval, la visière levée, sa bannière fièrement portée
devant elle, bravant non-seulement les Anglais de la
bastille Saint-Loup, mais ceux de Fleury et de Saint-Pouair
qui voudraient leur venir en aide.
Les capitaines obtinrent toutefois de Jeanne qu'on
attendrait la fin du jour pour se mettre en marche, afin,
lui dirent-ils, d'éviter l'encombrement du peuple, à son
entrée dans la ville; sans doute, aussi, par une sage
mesure de prudence.
« ... Et là, conclurent tous ensemble qu'elle n'entreroit
« dedans Orléans jusques à la nuict, pour éviter le tumulte
« du peuple, et que le mareschal de Rays, et messire
« Ambroys de Loré, qui, par le commandement du roy,
« l'avoient conduicte jusques là, s'en retourneroyent à
« Bloys, où estoient demourez plusieurs seigneurs et gens
« de guerre Françoys : ce qui fut laict (98)... »
Un grave magistrat, Charles du Lis, avocat général à la
cour des aides, nous a transmis, sur ce séjour de Jeanne d'Arc à Chécy, d'intéressants détails, appuyés sur des
documents qui ne sauraient être contestés.
Charles du Lis était neveu au cinquième degré de la
Pucelle. Il descendait directement de Pierre d'Arc ou
du Lis, frère puîné de l'héroïne, auquel le duc d'Orléans
fit, en1443, donation, en usufruit, de l'Isle-aux-Bœufs
;
et, comme s'il eût voulu retremper son nom aux sources
de son illustration première, Charles du Lis avait pris
pour épouse Catherine de Cailly, arrière-petite-fille de
Guy de Cailly, qui, le 29 avril 1429, eut l'heureuse fortune
de recevoir, sous son toit, la libératrice de la
France (99).
Charles du Lis consacra les longues études d'une
vie laborieuse et honorée aux souvenirs qu'il était fier de
perpétuer. Mieux que personne, il put recueillir, en ses
traditions et ses titres de famille, des renseignements
précieux (100).
Dans son Traité sommaire, tant du nom et des armes que de la naissance et parenté de la Pucelle d'Orléans et
de ses frères, publié en 1628, sous les auspices et presque avec le concours de l'illustre auteur des Recherches
de la France, son commensal et son ami (101), il s'exprime
ainsi qu'il suit :
«... Quand, par l'inspiration de Dieu, la Pucelle vint pour faire lever le siège d'Orléans, elle arriva premièrement au village de Chécy sur Loire, distant de deux lieues de ladite ville, où elle fut logée au fort, qui estoit lors en la terre de Reuilly, qui est le premier et le plus ancien fief de la paroisse dudit Chécy, le seigneur duquel lieu, nommé Guy de Cailly, fut tellement espris des vertus célestes de la dite Pucelle, qu'il s'adonna du tout à la suivre et servir en toutes les saillies, assauts et combats qu'elle fit, jusques au dernier... (102).
« Ce qui fut cause que ladite Pucelle, peu de temps après, en juin 1429, fit donner des lettres de confirmation de l'ancien annoblissement audit Guy de Cailly, avec permission de porter pour armes.... trois têtes de chérubins ailées et barbelées de gueulles en champ d'argent, comme elles se trouvent dès le mesme temps peintes, gravées et conservées jusques aujourd'huy (103). . . »
Ces lettres-patentes, données par Charles VII en faveur
de Guy de Cailly et datées de Sully-sur-Loire, en juin 1429, ont été publiées par M. Quicherat dans son savant
recueil. On y lit :
« ... Informé des loyaux services dudit Guy de Cailly, et sachant qu'il a favorisé de tout son pouvoir le zèle de ladite Jeanne à notre égard, en l'accueillant en son château de Reuilly, près Chécy, avant qu'elle n'entrât dans Orléans... En considération, d'ailleurs, des autres bons et nombreux services qu'il nous a rendus dans le passé et promet de nous rendre à l'avenir, nous lui conferons la noblesse, à lui et à ses descendants, et lui accordons de porter pour armes : d'azur rehaussé d'argent, à trois têtes de chérubins, ailées et barbelées de couleur flamboyante, qui est d'or ombré de gueules (104)... »
Les faits recueillis par Charles du Lis, confirmés, dès
l'origine, par l'assentiment de l'illustre Estienne Pasquier
(105), ont été acceptés et reproduits par Mathieu de Goussancourt (106), Lebrun des Charmettes (107), l'abbé Dubois
(108), Vergnaud-Romagnési (109), Lottin (110), et tout récemment
par M. le président Mantellier, aujourd'hui
membre correspondant de l'Institut, dans son érudit et substantiel ouvrage (111).
D'après ces graves témoignages dont aucun document
historique n'a, jusqu'à ce jour, infirmé l'autorité, ce serait
donc du vieux manoir de Reuilly que, le vendredi 29 avril 1429, Jeanne, à cheval, armée de toutes pièces, accompagnée du Bâtard d'Orléans, du maréchal de Boussac, des
capitaines, des bourgeois et de ses frères, serait partie,
vers six heures du soir, pour entrer à Orléans par le faubourg de Bourgogne. Confiante en sa mission et en
Dieu, elle passait ainsi hardiment au pied de la forte bastille
de Saint-Loup, tandis que les Anglais, frappés d'une
terreur secrète restaient immobiles en leurs remparts,
sans rien oser, pour répondre à ce fier défi.
Le fidèle tableau de l'entrée de Jeanne d'Arc en nos
murs nous a été retracé par le Journal du siège, en
des termes simples et émus, que je craindrais d'affaiblir
en y changeant un seul mot :
«... Ainsi, comme à huyct heures au soir, malgré tous
les Angloys qui oncques n'y mirent empeschement aucun,
elle y entra armée de toutes pièces, montée sur
ung cheval blanc; et faisoit porter devant elle son estandart,
qui estoit pareillement blanc, ouquel avoit deux
anges tenans chacun une fleur de liz en leur main; et
ou panon estoit paincte comme une Annonciacion (c'est
l'image de Nostre-Dame, ayant devant elle ung ange
luy présentant un liz).
« Elle ainsi entrant dedans Orléans, avoir à son cousté
senestre le Bastart d'Orléans, armé et monté moult richement.
Et aprez, venoyent plusieurs autres nobles et
vaillans seigneurs, escuyers, cappitaines et gens de
guerre... et aussy des bourgoys d'Orléans qui luy estoient
allez au-devant. D'autre part la vindrent recevoir
les autres gens de guerre, bourgoys et bourgoyses d'Orléans, portant grand nombre de torches et faisant autel joye comme se ilz veissent Dieu descendre entre eulx, et non sans cause, car ilz avoient plusieurs ennuys, travaux et peines, et qui pis est grant double de non estre secouruz, et perdre tous corps et biens. Mais ilz se sentoyent jà tous reconfortez, et comme désassiégez, par la vertu divine qu'on leur avoit dit estre en ceste simple Pucelle, qu'ilz regardoient moult affectueusement, tant hommes, femmes que petits enfants. Et y avoit moult merveilleuse presse à toucher à elle, ou au cheval sur quoy elle estoit, tellement que l'un de ceulx qui portoienl les torches s'approucha tant de son estandart que le feu se print au panon. Pourquoi elle frappa son cheval des espérons, et le tourna autant gentement jusques au panon, dont elle en estangnit le feu, comme se elle eust longuement suyvy les guerres ; ce que les gens d'armes tindrent à grans merveilles, et les bourgoys de Orléans aussi; lesquelz l'accompaignèrent au long de leur ville et cité, faisant moult grant cliière, et par très grant honneur la conduisrent tous jusques auprez de la porte Regnart, en l'hostel de Jacques Boucher, pour lors thrésorier du duc d'Orléans (112), où elle fut reçeue à très grant joye, avecques ses deux frères, et les deux gentilzhommes et leur varlet, qui estoient venuz avecques eulx du pays de Barroys (113)... »
J'avais dessein de terminer ici le récit de la glorieuse
expédition que je me suis proposé d'étudier ; mais, en cette
page d'un intérêt si touchant, je ne puis passer sous silence un détail que je n'ai vu signalé nulle part, et qui, tout
minime qu'il paraisse, peint au vif, dans leur inconsciente
naïveté, les sentiments des populations d'alors envers l'héroïque
jeune fille pour laquelle battaient tous les cœurs.
« ... Elle ainsi, » venons-nous de lire au Journal du
siège, « entrant dedans Orléans, avoit à son cousté senestre le Bastart d'Orléans, armé et monté moult richement. Et aprez venoyent plusieurs autres nobles et vaillants seigneurs, escuyers, cappitaines, etc., etc. »
Les choses, ce me semble, n'ont pas dû tout à fait se
passer comme les raconte le chroniqueur Orléanais.
Le Bâtard d'Orléans, lieutenant général du roi pour le
fait de la guerre, frère et représentant du prince apanagiste (114), moult richement armé et monté, escorté d'environ
deux cents lances, suivi vraisemblablement des canons
amenés de Blois, s'était bien certainement, comme l'exigeaient
son rang personnel et son commandement militaire,
mis à la tête du cortège, et, par une flatteuse distinction,
il avait placé Jeanne d'Arc à sa droite.
Les nobles et vaillants seigneurs, escuyers et cappitaines
ne venaient qu'après eux.
Mais tel était le prestige qui déjà s'attachait à la Pucelle
que, par une sorte de mirage intellectuel, l'imagination
populaire absorbait instinctivement le chef lui-même et
le héros du siège dans le rayonnement de la vierge de
Domremy.
Jeanne, pour cette foule émue, n'est donc pas à la droite du Bâtard ; c'est le Bâtard qui est à la gauche (au
cousté senestre) de Jeanne ; c'est Jeanne seule que le peuple
voit à la tête du cortège, elle que le Bâtard accompagne,
elle que suivent les seigneurs, capitaines et gens de
guerre; le lieutenant-général du roi n'est plus, aux yeux
de tous, que l'humble lieutenant de la libératrice envoyée
du ciel.
Ce curieux déplacement des rangs et des personnes est
si fortement gravé dans la pensée, qu'il vient naïvement se
retracer sous la plume du narrateur.
Cette transformation de la réalité des choses, dans l'esprit
des populations, n'est pas, d'ailleurs, un fait unique et
isolé; j'en pourrais citer de nombreux exemples.
Ainsi, bien qu'en cette expédition, la Pucelle n'eût réellement
aucun commandement effectif, l'auteur de la Chronique
de l'établissement de la fête du 8 mai n'hésite pas à écrire: «... fut baillé à ladicte Jehanne, Mgr de Raiz,
mareschal de France et plusieurs autres capitaines... »
Eberhard de Windecken dit à son tour : « La Pucelle
partit avec sa bannière, conduisant avec elle le maréchal
de Boussac, le sire de Gaucourt, le sire de Raiz, » etc.
Et le 9 mai 1429, Guillaume Giraut, notaire au Châtelet d'Orléans, écrivait de sa main, pour ses souvenirs personnels, sur son registre de minutes :
« Le samedi après l'Ascension, par miracle le plus évident qui eust été apparent puis la passion de Nostre-Seigneur, fut levé le siège que lesditz Anglois avoient mis ès thorelles du bout du pont d'Orléans »
Ces révélations instinctives des sentiments populaires,
ces formules parfois excessives d'une enthousiaste gratitude,
méritent d'être signalées et recueillies.
Elles constatent, mieux que ne le feraient de longs discours,
un fait sans exemple dans l'histoire : le merveilleux
prestige qui s'attachait à une jeune paysanne de dix-sept
ans, sous l'unique influence de sa vertu, de son patriotisme
et de sa foi ; l'éblouissante auréole dont semblait resplendir
son front virginal, au point de fasciner les regards;
l'action providentielle de cette pure et noble enfant sur les faits, les hommes et les idées de son temps.

VII
CONCLUSION.
J'achève ici la tâche que je m'étais imposée.
J'avais cru rencontrer, en des écrits très-recommandables
d'ailleurs, quelques inexactitudes d'ensemble et de
détail, dans le récit de la première expédition de la Pucelle.
Sans manquer à la juste déférence due à des travaux
dignes de reconnaissance et de respect, j'ai cru pouvoir
déduire d'un examen attentif, appuyé de documents nouveaux,
des appréciations différentes en quelques points de celles émises par leurs honorables auteurs.
J'ai pu me tromper, à mon tour; l'amour de la
vérité, qui m'a seul guidé au cours de cette étude,
sera, du moins, mon excuse.
En ces recherches, qui n'ont pas été sans labeur, j'ai été heureux de retrouver, à chaque pas, l'irrécusable et
glorieux témoignage de la généreuse abnégation des Orléanais,
nos pères, de leur admirable dévouement aux
grands intérêts du pays, de leur modeste et inépuisable
munificence.
Si la Providence a daigné susciter, en leur faveur, la
merveilleuse intervention qui restera l'éternel honneur de
notre cité et le prodige de l'histoire, on peut dire, au
moins, que par leur patriotisme et leur courage, ils
avaient su mériter ce bienfait.
Ce n'est pas non plus sans quelque satisfaction que
j'ai pu rattacher par des liens plus étroits, à l'immortel épisode de Jeanne d'Arc, le nom d'une commune rurale où vivent pour moi de chers et inaltérables souvenirs.
J'ai aimé à rappeler aux laborieux cultivateurs, au
milieu desquels j'ai passé ma vie, que sous un toit de leur
antique paroisse, Jeanne reçut les premiers hommages
de la noble cité qu'elle venait affranchir; que dans leur
belle et vénérable église, agenouillée, pour la première
fois, au pied d'un autel Orléanais, elle y versa, sur la
patrie en danger, ses prières et ses larmes (115).
Notre vieux sol de France est si profondement imprégné
de gloire et d'honneur, qu'il n'est pas un simple
village qui n'ait sa modeste couronne de récits dignes de mémoire, pas un monument oublié qui, religieusement
interrogé, ne redise l'echo lointain de pieux ou patriotiques
souvenirs.

NOTES ET ÉCLAICISSEMENTS
NOTE 1ère
(Page 2).
ÉQUIPEMENT DE LA PUCELLE : COMPOSITION DE SA MAISON
MILITAIRE.
Jeanne, après les interrogatoires de Poitiers, reçut, en don, de
Charles VII, une armure complète et un étendart.
On lit en effet ce qui suit dans le 13e et dernier compte d'Hémon
Raguier, trésorier des guerres, dont l'original était déposé à la
Chambre des Comptes de Paris (1) :
« Ou mois d'avril MCCCCXXIX après Pasques, de l'ordonnance et commandement du Roy notre sire, a été payé et baillé par ledit thresorier (Me Hémon Raguier), c'est assavoir : — à Jehan de Mès pour la despense de la Pucelle, 200 livres tournois. — Au maistre armurier, pour un harnois complet pour ladite Pucelle, 100 livres tournois. — Audit Jehan de Mès et son compaignon pour luy aidier à avoir des harnois, pour eulx armer et habiller, pour estre en la compaignie de ladite Pucelle, 125 livres tournois — Et à Hauves Poulnoir, peintre, demeurant à Tours, pour avoir peint et baillé estoffes pour ung grant estendart et ung petit pour la Pucelle, 25 livres tournois. — Comme il appert par lectres patentes du Roy nostre dit seigneur données à Chinon le X° jour de may oudit an MCCCCXXIX, adressantes à M. Régnier de Boulligny, général conseiller de toutes les finances »
(Quicherat, t. V, p. 257 et 258. — J. Loiseleur, Compte des dépenses
faites par Charles VII pour secourir Orléans pendant le siège de
1428).
Le duc Jean d'Alençon, gendre de Charles d'Orléans, voulut aussi concourir à l'armement de Jeanne en lui faisant présent d'un cheval :
in quo loco (à Tours) dominus dux Alenconii dedit eidem Johannoe
unum equum (Déposition de Louis de Contes. — Quicherat.
t. III, p. 66.)
Quant à son épée, Jeanne déclara elle-même, au cours de son procès,
qu'instruite par ses voix qu'une épée, sur laquelle étaient gravées
cinq croix, se trouvait cachée derrière l'autel de Sainte-Catherine de
Fierbois, elle avait écrit aux prêtres de cette paroisse de vouloir bien
la lui donner ; qu'ils s'étaient empressés de le faire, après avoir enlevé
la rouille dont l'épée était couverte et l'avoir mise dans un fourreau
de velours vermeil.
Cette épée, disait-elle, lui était chère, parce qu'elle avait été trouvée
dans une église dédiée à sainte Catherine, qu'elle vénérait particulièrement.
(Quicherat, t. I, p. 76.)
La maison militaire donnée à Jeanne dArc par Charles VII se
composait :
1° De deux pages, Louis de Contes et Raymond (Déposition de
L. de Contes. — Quicherat, III, p. 66);
2° D'un maître d'hôtel chargé spécialement de veiller à sa personne.
Jean d'Aulon, brave chevalier, renommé entre tous pour sa sagesse
et sa prud'hommie (Déposition de Dunois et de d'Aulon. — Quicherat,
t. III. p. 15 et 210);
3° D'un chapelain, frère Pasquerel, moine augustin, que ses frères
lui avaient présenté et recommandé à Tours, et qui ne la quitta plus,
jusqu'à la fatale journée de Compiègne ;
4° De Jean de Metz et de Bertrand de Poulengy, qui l'avaient amenée
de Vaucouleurs ;
5° De deux hérauts ou messagers, Guienne et d'AmblevilIe. (Quicherat,
t. III, p. 26 et 107.)
6° Ses deux frères, Jean et Pierre d'Arc, qui n'avaient pas tardé à
la rejoindre et raccompagnèrent pendant toute la durée de sa mission,
faisaient également partie de sa maison.
7° Un clerc, nommé Mathelin Raoul, paraît de plus avoir été, sous
le nom de clerc de la Pucelle, attaché à la suite de Jeanne d'Arc,
pour subvenir à ses dépenses. (13° compte dHémon Raguier. — Quicherat. t. V, p. 265 et 267).
NOTE II
(Page 8).
TRANCHÉES INTERMÉDIARES DESTINÉES A RELIER L'UNE A L'AUTRE
LES FORTERESSES DU BLOCUS.
Trois témoignages contemporains constatent rexistence de ces tranchées intermédiaires, construites par les assiégeants pour former autour de la ville une ligne complète d'investissement.
1° On lit dans le Journal du siège, à la date du 3 mars 1429 ;
« Le jeudi, troisième jour de mars, saillirent les Françoys contre les Angloys, faisant pour lors ung fossé pour aler à couvert, de leur boulevart de la Croix Boissée à Saint Ladre d'Orléans, afin que les Français ne les peussent veoir ne grever de canons et bombardes. . . » (Quicherat, t. IV, p ]32.)
Et plus loin, à la date du 9 avril :
«... D'autre part feirent les Angloys, environ ce temps, ung autre boulevart et fossé au droit du Pressouer-ars, pour lequel empêcher saillirent les Françoys et alèrent jusques au boulevert... » (Ibid., page 145).
2° Le notaire d'Orléans, Guillaume Giraut, dans la précieuse note
inscrite par lui sur son registre de minutes, le lendemain de la levée
du siège, s'exprime, à son tour, ainsi qu'il suit :
« ... Et lesdits Anglois s'en alèrent de Saint-Poair où ilz avoient faict une forte bastille qu'ils appeloient Paris; d'une autre bastille emprès qu'ils appeloient la tour de Londres, du Pressoer-ars, ... et toutes ces forteresses et bastilles closes a deux parties (ou en partie) de fossés et d'une forteresse à l'autre. » — (Note de Guillaume Giraut. notaire au Chatelet d'Orléans, inscrite sur son
registre de minutes, le 9 mai 1429 ; — avec fac-similé et notice, par
M. Boucher de Molandon. — Mémoires de la Société archéologique de
l'Orléanais, t. IV, p. 382.
3° Enfin, Jean Chartier, historiographe de Charles VII, auteur comtemporain et presque officiel, confirme formellement l'existence de ces
tranchées intermédiaires par le remarquable passage déjît cité page
13 du texte et ci-après note VI, p. 85.
NOTE III
(Page 11).
PEUT-ON ADMETTRE, AVEC M. BERRIAT SAINT-PRIX, QU'UNE BASTILLE ANGLAISE AIT ÉTÉ CONSTRUITE DANS LE FAUBOURG SAINT-VINCENT, EN DEÇA DE LA CROIX-DE-FLEURY
?
M. Berriat Saint-Prix, érudit et consciencieux historien de la Pucelle, frappé de l'intelligente prévoyance des Anglais dans l'établissement
de leur ligne d'investissement, au midi, au couchant et au
nord de la ville, n'a pu admettre qu'ils eussent, jusqu'à la fin, laissé
subsister au nord-est, et précisément au droit de la forêt, une vaste
brèche toujours ouverte aux tentatives de ravitaillement.
L'affirmation de Jean Chartier que, dans les dernières semaines du
siége, les Anglais travaillaient à faire dans le grand espace, entre
leur grande bastille et celle de Saint-Loup, fossés doubles pour empêcher
l'entrée des secours ; et celle de la Chronique de la Pucelle, que
pour enclore la cité, les Anglois fermèrent et fortifièrent plusieurs
boulevarts et bastides encloses de fossés et de tranchées, sur tous les
grands chemins passans... le déterminèrent à poser en principe qu'un
ouvrage militaire avait du nécessairement exister en quelque point
de cette lacune apparente ; mais une connaissance insuffisante des localités
lui fit placer cette bastille dans le faubourg Saint-Vincent,
entre la ville et la Croix-de-Fleury.
M. l'abbé Dubois, dans le Ier volume de ses manuscrits, a victorieusement combattu l'existence, en ce point, d'un ouvrage militaire.
Les faits d'armes des 16, 20 et 27 avril, observe-t-il avec toute
raison, sont inconciliables avec l'hypothèse de M. Berriat Saint-Prix.
« Le 16 avril, dit en effet le Journal du siège, venoient de Bloys à Orléans, par le chemin de Fleury-aux-Choux, aucun nombre de bestial, et autres vivres que les Angloys cuidèrent destrousser, et leur alèrent au devant, mais trop tard, car la cloche du Beffroy sonna pour secourir les vivres, ce qui fut faict, et tellement qu'ils arrivèrent sauvement dedans la ville. » (Quicherat, t. IV, p. 146)
« Le mercredi 20 avril, dit ce même Journal, se partist d'Orléans ung cappitaine nommé Amade et seize hommes d'armes à cheval avecques luy, qui alèrent courir environ Fleury-aux-Choux où s'estoient logez les Angloys qui avoient amenez les vivres derreniers, et feirent tant quilz en emmenèrent six Angloys prisonnier qu'ilz prindrent, et plusieurs chevaulx, arcs, trousses et autres habillemens de guerre. » (Ibidem, p. 148.)
« Le mercredi ensuyvant (27 avril), dit enfin ce Journal, saillirent les Françoys et alèrent en moult grant haste et belle ordonnance jusques à la croix de Fleury, pour secourir aucuns marchands amenant vivres d'autour Bloys pour les avitailler, parce qu'ils eurent nouvelles qu'ils avoient empeschement ; mais ilz ne passèrent point oultre, obstant ce que on leur vint au devant et leur fut dit qu'ils n'y feroient rien, car les Anglois les avoient jà destroussés. » (Ibid.,
p. 149.)
Si une bastille anglaise, dit l'abbé Dubois, eut intercepté la route
de Fleury dans le faubourg Saint- Vincent, il est clair que, le 16 avril,
les vivres amenés de Bloys à Orléans par le chemin de Fleury-aux-Choux n'eussent pu arriver sauvement dans la ville; — que le
20 avril, le capitaine Amade n'eût pu courir a cheval d'Orléans à
Fleury-aux Choux et en ramener du butin et des prisonniers ; — et que le 27 avril, les Français n'eussent pu aller en moult grand haste
et belle ordonnance jusques à la croix de Fleury, puisque à moitié
chemin cette bastille leur eût barré le passage.
Pour quiconque a étudié les lieux, ces observations sont péremptoires.
L'inexactitude coniniise par M, Berriat Saint-Prix, en ce qui concerne
la fixation topographique du point fortifié, n'infirme en rien
toutefois la valeur stratégique et rationnelle de son appréciation.
Au lieu de placer sa bastille en deçà de la croix de Fleury, il eût
dû seulement la chercher au delà.
NOTE IV
(Page 12).
LA BASTILLE DE FLEURY (2).
Lorsque, sortant d'Orléans par le côté nord est, on remonte le faubourg
Saint-Vincent jusqu'à la Croix-de-Fleury, on voit à ce point
le chemin se bifurquer en deux directions divergentes : à droite, la
route de Chanteau ou pavé de Saint-Marc; à gauche, celle de Saint-Lyé ou de Neuville, ancienne route de Paris par Saclas.
Entre ces deux voies principales, un chemin vicinal intermédiaire
conduisant, comme les deux autres, à la forêt, continue l'axe du faubourg. Il est connu, de temps immémorial, sous le nom de rue des
Fossés.
A un kilomètre et demi au-delà de la Croix-de-Fleury (trois kilomètres
environ d'Orléans), cette rue franchit un petit coteau qui court
de l'est à l'ouest, puis, sur le versant septentrional, elle traverse une
ruelle étroite dite rue de l'Hermitage.
A cinquante mètres plus loin encore, en un terrain déprimé, au
revers du coteau, la rue des Fossés coupe, à angle droit, une énorme
tranchée de 34 mètres d'ouverture à la crêle, sur 15 mètres de largeur
au fond, et 4 mètres et demi de profondeur. Cette tranchée,
toujours à sec et parfaitement rectiligne, mesure 403 mètres de longueur
(163 à l'est de la rue, 240 à l'ouest). Des taillis, entremêlés de beaux et vieux chênes, recouvrent en partie le fond et les pentes. Elle se prolonge, à l'occident, jusquà une faible distance de l'église
de Fleury et de la route de Saint-Lyé; à l'orient, elle vient aboutir à
une enceinte quadrilatérale dont la sépare une chaussée de 7 mètres
de largeur.
Les fossés dont est enclos ce quadrilatère un peu irrégulier, d'une
contenance de 1 hectare 25 ares ou à peu près, ont 7 mètres et
demi d'ouverture sur 2 mètres et demi de profondeur. Leur longueur,
prise au dehors, est de 11b mètres au levant, 106 au couchant, 131 au
nord, 100 au midi ; vers le milieu du côlé sud, une petite chaussée
transversale permet de communiquer avec la rue de l'Hermitage.
A l'intérieur, et à l'angle nord-ouest du quadrilatère, une seconde
enceinte, complèltmeut indépendante de la première, qui l'enveloppe
de toutes parts, quadrangulaire et entourée de fossés comme elle, enferme
un terre-plein exhaussé de 2 mètres 30 au-dessus du sol environnant,
et d'une étendue, entre fossés, de 33 à 34 mètres de l'est à
l'ouest, sur 24 du nord au sud. Ce mamelon intérieur communique,
lui aussi, avec le grand quadrilatère, par une petite chaussée jetée en
travers de la tranchée méridionale, et très-distincte encore, malgré
le nivellement des terrains.
Les fossés de la clôture intérieure, très-rapprochés, au nord et à
l'ouest, de ceux de l'enceinte extérieure, leur sont sensiblement parallèles;
mais leurs dimensions sont beaucoup plus considérables et
donnent les mesures suivantes :
Fossé nord intérieur. — Largeur : 18 mètres ; profondeur actuelle :
4 mètres 50 à 5 mètres.
Fossé ouest intérieur. — Largeur : 12 mètres; profondeur :
3 mètres 20.
Ces deux fossés sont en bon état de conservation. De beaux taillis
couvrent leurs crêtes et leurs pentes. Ceux de l'est et du sud, en
partie comblés, sont livres à la culture : mais la dépression des terres
laisse facilement reconnaître leur direction et leur largeur, qui diffèrent
peu de celles des fossés qui subsistent encore.
A l'intérieur, d'autres excavations à demi-remblayées paraissent
avoir formé l'enclôture d'un second mamelon symétrique au premier:
mais l'étude de leur destination ne donnerait lieu qu'à de vagues conjectures.
Enfin, au dehors, et à l'angle nord-est du quadrilatère, une large
tranchée, symétrique à celle de 403 mètres de longueur, se dirigeait,
au levant, vers la route de Chanteau. Elle a été comblée à une époque inconnue. Sa trace seule est restée apparente.
En cet ensemble de longues et vastes tranchées, qui, parlant d'une
redoute centrale, enclose d'une double ligne de défense, se projettent à droite et à gauche vers les deux grandes routes forestières qui, de
ce côté, conduisent à Orléans, il semble difficile de méconnaître un
ouvrage militaire qu'à dessein on aurait caché dans la profondeur
des bois, en un terrain masqué par le petit coteau méridional.
Les caractères, à peu près constants, des constructions militaires du
moyen âge se retrouvent dans sa forme et ses détails.
Or, aucun fait historique auquel puisse se rattacher, en ce lieu, une
redoute de cette importance, n'est mentionné dans les annales de l'Orléanais,
si ce n'est l'investissement de 1428 1429.
Les traditions locales, bien que fort confuses, ont conservé quelques traces de cette attribution. Selon les anciens du pays, cet ouvrage
daterait des guerres des Anglais et de l'époque de la Pucelle.
Le précieux document conservé à la Bibliothèque d'Orléans, et
déjà cité à la page 11 du texte de cette étude, donne à ces souvenirs
une haute confirmation.
Sous le n° 451 du Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque, est
inscrit, en effet, un ouvrage ayant pour titre : Remarques sur l'Histoire
du siège mis par les Anglais devant la ville d'Orléans, en 1428.
Ce manuscrit, du commencement du XVIIIe siècle et non signé, est écrit en entier de la main de notre savant Orléanais, Daniel Polluche,
qui, selon toute vraisemblance, en est, non le copiste, mais l'auteur.
Il se compose d'observations détachées et intéressantes sur l'histoire et discours au vray... ou Journal du siège d'Orléans (3).
Or, au folio 46, et à l'occasion de l'expédition du 16 avril, à Fleury-aux-Choux, on lit en ce manuscrit l'annatation suivante : Fleury-aux-Choux est une paroisse de campagne à une lieue d'Orléans.
Dans une maison de cette paroisse, appelée l'Hermitage, on
voit de grands fossés en manière de retranchements, qu'on appelle
encore aujourd'hui le Camp-des- Anglais.
Cette tradition, recueillie, il y a plus d'un siècle et demi, et acceptée
par un de nos plus éminents antiquaires Orléanais, donne à mes
déductions l'appui d'une autorité considérable.
J'en ai signalé l'importance dans le mémoire, sur les ouvrages militaires
de Fleury, que je soumettais, en 1857, à l'appréciation de la
Société archéologique.
NOTE V
(Page 12).
LES ASSIÉGÉS PARAISSENT AVOIR CONNU L'EXISTENCE
DE LA BASTILLE DE FLEURY.
Les faits d'armes des 16, 20 et 27 avril 1429, déjà mentionnés à la note III ci-dessus, semblent clairement indiquer que l'espace
compris entre les bastilles Saint-Pouair et Saint-Loup recelait,
aux environs du village de Fleury, quelque poste fortifié, dont les
assiégés connaissaient ou, tout au moins, soupçonnaient l'existence.
Un autre épisode, à la date du 4 mai suivant, rapporté, avec une
grande similitude de détails, par le Journal du siège et par la Chronique de l'établissement de la fête du 8 mai, vient encore corroborer
ces inductions :
« Le mercredy quatriesme jour d'icelluy moys de may, dit le Journal du siège, saillit aux champs la Pacelle ayant en sa compaignie le seigneur de Villars et Messire Fleurens d'illiers, La Hire... et plusieurs autres escuiers et gens de guerre, estant en tout cinq cens combattans, et s en alla au devant du Bastart d'Orléans, du mareschal de Rays, du mareschal de Saincte Sévère... et de plusieurs autres chevaliers et escuiers avecques autres gens de guerre qui amenoyent vivres que ceux de Bourges, Angers, Tours, Bloys, envoyoient à ceulx d'Orléans, lesquels receurent en très grant joye en leur ville, en laquelle ilz entrèrent par devant la bastille des Angloys, qui n'osèrent oncques saillir... » (Quicherat. t. IV,
p. 156.)
Ce même fait est rapporté en ces termes par la Chronique de l'établissement
de la fête : « . . . Partit la dicte Pucelle pour aller au-devant des vivres que amenoit le sire de Raiz, et allèrent avec elle tous les capitaines... jusques en la forest, et failloit passer au plus près de la Bastille desdits Anglais nommée Paris... » (Quicherat,
t. V. p. 29.)
Si la traversée de la forêt eût été réellement libre, dans l'intervalle
de la bastille Saint-Pouair à celle de Saint-Loup, pourquoi les chefs
expérimentés qui escortaient le convoi, de Blois à Orléans, au lieu de
suivre les voies boisées el complètement ouvertes, en ce large espace,
qui leur étiient certainement connues, eussent-ils voulu passer tout
près de la bastille Saint-Pouair, s'exposant ainsi, par une inutile
témérité, aux chances périlleuses d'un engagement ?
N'est-il pas vraisemblable qu'ils savaient ou soupçonnaient au
moins quelque péril, dans l'intérieur des bois, et préféraient, aux
risques d'une surprise, une lutte ouverte, dont ils pouvaient prévoir
et mesurer le danger ?
Un détail curieux que j'ignorais en 1857 et que j'ai signalé en cette
nouvelle étude (page 58) vient encore fortifier ces inductions : les
capitaines, paraît-il, d'après les comptes de ville, redoutaient tellement
une attaque, en la traversée de la forêt, qu'ils avaient, le
4 mai, détaché de leur convoi les provisions de blé et les avaient fait
dériver en bateaux, par la Loire.
NOTE VI
(Page 14).
EXTRAITS DU RAPPORT FAIT LE 16 AVRIL 1858, A LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE L'ORLÉANAIS, PAR M. A. COLLIN, INGÉNIEUR EN CHEF, AUJOURD'HUI INSPECTEUR GÉNÉRAL DES PONTS ET CHAUSSÉES, AU NOM DE LA COMMISSION CHARGÉE DE VISITER LES OUVRAGES, EN TERRE, SIGNALÉS A FLEURY, COMME AYANT VRAISEMBLABLEMENT FAIT PARTIE DES TRAVAUX D'INVESTISSEMENT DE 1428-1429.
C'est pour moi un inappréciable honneur de pouvoir appuyer mes
humbles convictions, en ce qui concerne la destination probable de
la bastille de Fleury, et l'état complet du blocus, au jour de l'arrivée
de la Pucelle, sur le savant rapport présenté à la Société archéologique
par M. Collin, au nom de la commission chargée de visiter et
d'étudier ces ouvrages militaires.
L'importance de la question, pour l'histoire du siège de 1429, et le
mérite de ce remarquable travail, dont je regrette de ne reproduire ici
que quelques fragments, ont déterminé la Société à statuer, en sa
séance du 30 avril 1858, selon le voeu de la commission des publications,
que le rapport de M. Collin serait, par exception, publié in
extenso dans le volume des Mémoires, conjointement avec la notice
qu'il avait pour objet d'apprécier.
« M. Boucher de Molandon, dit l'honorable rapporteur, ayant,
dans une notice lue à la séance du 14 août 1857, signalé à l'attention
de la Société, des ouvrages en terre situés au nord de la Croix-de-Fleury, près d'Orléans, et n'ayant pas hésité à déclarer que, dans son
opinion, ces ouvrages avaient eu, à l'époque de leur établissement,
une destination militaire, et que cette époque lui semblait ne pouvoir être que celle du siège mémorable soutenu contre les Anglais en
1428-1429, la Société exprima le désir qu'une commission, prise dans
son sein, se transportât sur les lieux pour étudier ces ouvrages et lui
rendre compte de ses impressions (4).
« En présence des docaments authentiques, mais incomplets, que
l'histoire nous a transmis sur le siège d'Orléans, la commission a dû
renoncer à résoudre le problème par la discussion a priori des documents...
et des lieux. Pour atteindre son but, elle s'est proposé de
répondre aux questions suivantes :
« PREMIÈRE QUESTION. — Les bastilles et boulevarts dont les Anglais avaient enveloppé la ville d'Orléans sont-ils assez clairement désignés,
de nom, de nombre et de position dans les documents authentiques,
pour qu'il ne soit pas possible que quelque omission ou quelque
erreur ait eu lieu, dans les diverses énumérations de ces ouvrages
? »
Sur celle première question, le savant rapporteur de la commission, après avoir successivement examiné les principaux documents contemporains
: le Journal du siège, la Chronique de la Pucelle, la Chronique
de l'établissement de la fête du 8 mai, et la Note du notaire
Orléanais Guillaume Giraut, dans lesquels sont énumérés, plus ou
moins complètement, les ouvrages militaires construits par les Anglais, conclut de cet examen que ces diverses énumérations différent
entre elles, soit pour le nombre, soit pour la dénomination, soit même
pour la position précise des redoutes, et que dès lors il n'est nullement
impossible que quelques bastilles n'y soient pas nommées , bien
qu'elles aient très-réellement existé.
« SECONDE QUESTION. — Se passa-t-il, aux environs de Fleury, pendant le siège, des événements desquels il soit permis d'inférer quelques
inductions en faveur de l'hypothèse de l'existence en ce lieu,
d'un boulevart ou d'ouvrages analogues ? »
« Le Journal du siège rapporte que, le 16 avril, un convoi, venant de
Blois, pénétra dans la ville par le chemin de Fleury, et que les Anglais
se portèrent à sa rencontre pour l'enlever, mais que la cloche du Beffroi
ayant sonné l'alarme, le convoi fut secouru et entra dans Orléans.
« Le même document atteste que, le 20 avril, les Français sortirent
d'Orléans et se portèrent sur Fleury, où les Anglais s'étaient logés, et
y firent six prisonniers qu'ils ramenèrent dans la ville avec plusieurs
chevaux.
« Ce Journal ajoute que, le 27 avril, les Français sortirent d'Orléans
et s'avancèrent jusqu'à la Croix-de-Fleury, pour secourir un convoi
venant de Blois, mais qu'ils arrivèrent trop tard, les Anglais l'ayant
déjà enlevé.
« Ces trois épisodes authentiques démontrent qu'à cette époque de
l'investissement les Anglais avaient pris des dispositions quelconques
pour compléter le blocus au nord. Le Journal du siège déclarant, le
20 avril, que les Anglais s'étaient logés aux environs de Fleury, établit
implicitement l'existence d'ouvrages propres à intercepter l'entrée
des convois dans la ville.
« Cela paraît hors de doute ; tel est l'avis de la commission.
« Plusieurs auteurs (et particulièrement M. Jollois, dans son Histoire
du siège d'Orléans) ont prétendu que l'investissement n'était pas
complet, et que l'espace qui s'étend de la bastille Saint-Pouair à celle
de Saint-Loup était ouvert à tous venants.
« Les faits rapportés sont contraires à celte opinion, et les motifs invoqués
spécialement par Jollois sont loin d'être concluants aux yeux
de la commission. L'opinion opposée, appuyée sur les faits cités, lui
semble surtout confirmée par le passage suivant de Jean Chartier (cité
par M. Boucher de Molandon) :
« Et pouvaient bien toujours entrer et sortir de ladite ville gens à cheval, parce que les Anglais étaient à pied dans leurs bastilles. Et il y avait grant espace de leur grande bastille (celle de Saint-Pouair) à celle de Saint-Loup, combien que chaque jour travaillassent iceux Anglais à faire fossés doubles pour empêcher icelle entrée, ainsi qu'ils avaient fait depuis la bastille Saint-Laurent jusqu'à la première bastille nommée Londres » (Histoire de Charles VII. — Recueil de Godefroy, page 17.)
« La commission a été frappée de la netteté et de la précision de ce
texte émané d'un auteur contemporain du siège, et dont la position
presque officielle à la cour du roi donne à son témoignage un caractère
d'authenticité qu'il est bien difficile de contester aujourd'hui.
« L'on voit donc, à n'en guère douter, que les Anglais avaient établi
ou commencé à établir, au nord d'Orléans, des boulevarts, bastilles
et fossés doubles pour en compléter le blocus, comme ils l'avaient fait à l'est, au sud et particulièrement à l'ouest de la ville, car c'était de
ce dernier côté que les secours arrivaient plus abondants....
« La commission n'hésite donc pas à répondre sur la deuxième
question :
« Des documents authentiques parvenus jusqu'à nous, il est permis
d'inférer qu'il existait au temps du siège, dans les environs
de Fleury, des ouvrages militaires établis par les Anglais, pour
compléter le blocus et l'investissement du côté du nord.
« TROISIÈME QUESTION. — La position de Fleury est-elle une position stratégique au point de vue de rinvestissement et du blocus de
la place ? — En d'autres termes, étant donnée la place d'Orléans à investir et à bloquer, les assiégeants ont-ils dû établir dans les
environs de Fleury un boulevart ou d'autres ouvrages ?
« La commission se croit autorisée à admettre l'indispensable nécessité, au point de vue stratégique, de l'établissement d'une bastille
ou d'un boulevart au nord de la ville
« Tout le monde reconnaît la nécessité, pour les assiégeants, de
bloquer la ville de la manière la plus complète, et de fermer conséquemment
la large trouée du nord-est L'oeuvre était consommée à l'est, au sud et à l'ouest d'Orléans ; le bon sens et la plus vulgaire
intelligence nous montrent que les assiégeants ne pouvaient
atteindre leur but, sans élever, sur la ligne du nord, des bastilles et
des boulevarts, et y creuser des fossés comme ils l'avaient fait sur
le reste de l'enceinte.
« Cette nécessité, une fois admise, où devait-on s'établir ? Devait-on continuer de faire, dans l'intervalle de Saint-Pouair à Saint-Loup,
des ouvrages à faible distance des murs de la ville, ou bien était-il
plus prudent à la fois et plus babile d'agrandir le rayon de la
circonférence enveloppante ?
« Le plan joint par M. Boucher de Molandon, à son mémoire, nous
montre que la position des ouvrages signalés à Fleury, très-éloignée
de la place, forme une sorte d'anomalie avec les bastilles et boulevarts
du sud et de l'ouest et la bastille de l'est, à Saint-Loup.
« La commission s'est fortement occupée de cette exception à la
règle, et elle croit avoir trouvé quelques-unes des raisons qui ont
poussé les assiégeants à étendre leur ligne de blocus et à la reporter
jusqu'à Fleury.
« Si les Anglais n'ont résolu que dans les derniers temps du siège...
de faire des ouvrages au nord, l'on comprend qu'ils aient voulu
les éloigner de la ville pour ne pas exposer les travailleurs aux coups
et aux sorties des assiégés ; c'était d'autant plus important que la
retraite des Bourguignons avait réduit le nombre des assiégeants
d'une manière notable, et que la prudence commandait de les ménager
davantage. En s'établissant loin de la ville, les Anglais
n'avaient plus rien à redouter, et ils pouvaient travailler avec
sécurité.
« Si, comme le pense M. de Molandon, les assiégeants ont voulu
tendre un piége, dresser ue embuscade aux Français et particulièrement
aux convois qui voudraient pénétrer dans la ville, la disposition
de cette embuscade sur le bord de la forêt, de manière à
mettre les assiégés dans l'impossibilité de faire des sorties sérieuses
pour attaquer l'ennemi à une aussi grande distance de la place, sur un terrain pour ainsi dire inconnu et masqué, était très-habile. Cette
grande trouée du nord-est paraissait inviter naturellement les convois
extérieurs à s'y diriger pour s'introduire dans la ville, et comme
les routes et chemins du nord étaient désormais commandés par les
ouvrages de Fleury, par la bastille de Saint-Pouair et par celle de
Saint-Loup, le blocus était définitivement complété, et la ville réduite
aux dernières extrémités.
« Les chroniques nous apprennent que les choses se sont passées
de manière à justifier ces hypothèses ; la commission pense donc, sur
la troisième question :
« Que la position de Fleury était une excellente portion stratégique
au point de vue de l'investissement et du blocus de la place, et qu'en
d'autres termes, étant donnée la place d'Orléans à investir et à bloquer,
les assiégeants ont dû établir, dans les environs de Fleury, un
boulevart ou d'autres ouvrages.
« QUATRIÈME QUESTION. — Les ouvrages signalés à Fleury ont-ils
pu aider au blocus de la ville, en 1428-1429 ?
« Le plan que M. de Molandon a joint à sa notice fait comprendre très-facilement la disposition relative des diverses parties des ouvrages.
« A ne considérer que leur ensemble, il est aisé d'en saisir l'idée:
l'on peut même reconstituer par la synthèse l'unité de cette combinaison
; mais il faut se mettre en garde contre cette tendance et ses
entraînements... car nous ignorons, en-définitive, les véritables formes
des ouvrages militaires que les Anglais avaient établis pour assiéger
Orléans.
« En essayant toutefois, sous le bénéfice de ces réserves, de reconstituer
les ouvrages de Fleury, tels que l'on peut supposer qu'ils existaient à l'époque du siège, l'on voit :
« Que le mamelon central était entouré d'une double enceinte de
fossés
« Que cette redoute satisferait ainsi aux conditions énoncées par les chroniques, qui déclarent que quelques-uues au moins des forteresses établies par les Anglais étaient entourées d'une double enceinte
de fossés.
« Que la forme quadrilatère de la redoute de Fleury, enveloppée d'une
double enceinte de fossés, peut s'appliquer à l'un des ouvrages du siège
désignés par le nom de boulevarts
« Au sujet de la grande tranchée de 403 mètres, qui court de l'est à
l'ouest, la commission pense que cette excavation, large, au fond, de
15 mètres, et, au niveau du sol, de 34 mètres, sur une profondeur de
4 mètres 50 centimètres, était destinée à couper les chemins transversaux, à arrêter les convois, et à permettre aux Anglais de se porter, à couvert, d'un point à l'autre.
« La commission ajoute que cette tranchée, qui paraît se rattacher
si naturellement au système des ouvrages de ces localités, a été implicitement
signalée par les chroniqueurs, et particulièrement par
Jean Chartier, dans le passage si décisif précédemment rapporté.
« La commission n'hésite donc pas à déclarer, sur la quatrième
question :
« Que les ouvrages signalés à Fleury ont pu aider au blocus de la
ville, en 1428-1429.
« En résumé, la commisssion ne prétend pas démontrer que les
ouvrages signalés par M. de Molandon, au nord de Fleury, font nécessairement
partie des ouvrages militaires construits par les Anglais
en 1428-1429...
« Elle n'affirme pas, elle ne peut pas affirmer... les contemporains
du siège ne nous ayant légué que des documents incomplets... Mais de ces documents, tout incomplets qu'ils soient, il est toutefois
possible d'induire avec vraisemblance... que les Anglais ont dû
construire, sur la ligne du nord, aux environs de Fleury, des ouvrages
militaires pour compléter le blocus de la ville.
« La commission pense donc qu'il est permis d'admettre, comme
elle l'admet elle-même, que, si les ouvrages militaires, élevés par les
Anglais au nord de Fleury, n'étaient pas ceux dont M. de Molandon a
signalé à la Société archéologique l'existence, la position et la forme,
ils devaient avoir avec ceux-ci une telle ressemblance, qu'il est raisonnable
de croire, au moins jusqu'à preuve contraire, à leur identité
etc., etc. »
(Voir ce rapport, en son entier, aux Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais, t. IV, p. 366 et suiv.)
NOTE VII
(Page 16).
DÉTRESSE DE LA VILLE ASSIÉGÉE.
«... Après la journée des Harens, dit Perceval de Cagny, les Anglois des bastilles devant Orliens gardèrent que nulz vivres ne pussent venir à ceulx de dedens, et tant que ilz avoient très-grans deffaults de pain et pour y pourvoir envoyèrent plusieurs fois devers le roy qui assembla ses capitaines pour adviser par quelle manière on leur pourrait mener des blés et autres vivres. Nulz d'iceux n'osa entreprendre la charge, pour la double desditz Anglois qui estoient, d'un costé et d'autres, à bien grand nombre en leurs bastilles et, avecques ce, tenoient les villes et places au dessus de la rivière et au dessoubz. »
(Perceval de Cagny, Chron. du duc d'Alençon.—Quicherat, IV, p. 4.)
Un notable habitant d'Orléans, Jehan Luillier, entendu dans l'enquête du procès de réhabilitation, s'exprime en termes semblables :
« Les Orléanais, dit-il, et tous ceux qui s'étaient venus joindre à eux étaient réduits par les assiégeans à de telles extrémités qu'ils ne savaient plus de qui attendre du secours, sinon de Dieu seul... ...ipsi autem cives et omnes habitantes erant in tantâ necessitate positi, per adversarios tenentes dictam obsidionem, quod nesciebant ad quem recurrere pro remedio, nisi solum ad Deum. » (Déposition
de Jehan Luillier, bourgeois d'Orléans — Quicherat, t. III, p. 23).
On a pu remarquer également le passage, ci-dessus cité, de la Chronique
de la Pucelle (édition Vallet de Viriville, page 266) :
« ... Et ainsi appert que la ville fut enclose, tant de la partie de Beauce que de Soulongne, de treize places fortifiées, tant boulevarts comme bastides, dont la cité fut en telle destresse qu'il ne peurent avoir secours de vivres par eaue ny par terre »
Jean Chartier, historiographe de France et contemporain du siège,
dit à son tour :
« Après que ledit siège eust esté tenu par iceux Anglois, devant icelle ville d'Orléans, par l'espace de sept mois, et qu'il y eust esté fait plusieurs grandes vaillances d'un costé et d'autre, ladite ville estoit en si grande nécessité, que bonnement ne pouvoit plus durer, pour la grande nécessité de vivres qui là estoit... » (Jean Chartier. —
Histoire de Charles VII — Édition de 1661, page 18.)
Cette extrême détresse des assiégés constatée par tant de témoignages; l'impossibilité à laquelle ils se trouvaient réduits, d'avoir
secours de vivres par eau ni par terre; le refus des capitaines de
Charles VII d' entreprendre d'y mener des blés et autres vivres , ne
suffiraient-ils pas à prouver que l'investissement de la ville était complètement
achevé lorsque survint la Pucelle, et que la large lacune de
quatre kilomètres laissée libre, à l'apparence, entre Saint-Pouair et
Saint-Loup, était, en réalité, interceptée par l'armée assiégeante ?
NOTE VIII
(Page 19).
L'ILE AUX BOEUFS.
L'Ile aux Bœufs subsiste encore aujourd'hui; mais, par suite du
changement survenu dans le cours de la Loire, elle est, comme beaucoup
d'autres atterrissements, soudée au val de la rive gauche. Située
en aval de l'ancien château de l'Ile dont elle dépend, elle est presque
entièrement plantée en bois et habituellement connue sous le nom de
Bois de l'ile.
Quelques personnes ont confondu, à tort, l'île aux Bœufs dont il s'agit
ici, assise, d'après les lettres-patentes de 1443, près de la Salle, au
droit de Chécy, avec une autre île du même nom située beaucoup plus
près d'Orléans, presque en face de l'ancien couvent de Saint-Loup. Ces
deux îles n'ont de commun que la dénomination.
Aucune équivoque n'est possible à cet égard : non-seulement l'île
aux Bœufs est constamment désignée sous ce nom dans les titres du
château de l'Ile; mais l'ancien fief de la Salle, situé sur la rive droite
de la Loire, vis-à-vis l'île aux Bœufs, existe actuellement encore en la
commune de Chécy. Il a pris, depuis la création du canal, le nom de
Pont-Tournant, en souvenir d'un pont, sur le canal, construit à cet
endroit vers 1720.
L'île aux Bœufs, donnée en jouissance au frère de Jeanne d'Arc,
avec droit de survivance en faveur de son fils, Jean du Lis, resta en
leurs mains jusqu'à la mort de Jean du Lis, en 1501. Elle fit alors retour
au domaine.
En 1526, François 1er la donna de nouveau en usufruit à Raoul et
François Burgensis, ses sommeliers, à charge d'une minime redevance
de 6 l. tournois par an, envers le domaine.
Trois ans après, Jacques Groslot, bailli d'Orléans, désirant annexer
j'île aux Bœufs aux dépendances du château de l'Ile, qu'il se préparait à construire, obtint des Burgensis la cession de leur usufruit; puis,
en 1539, il acquit la propriété même de lile aux Bœufs, par échange
avec le domaine, moyennant l'abandon de cent quarante arpents de
bois qai lui appartenaient en la forêt d'Orléans (garde de Neuville).
L'île aux Boeufs contenait, en 1443, plus de deux cents arpents. Dans
un des titres relatifs à l'échange de 1539, conservés aux archives du
Loiret, Jacques Groslot affirme que cette contenance avait été notablement
diminuée, du côté du nord, par les érosions du fleuve. (Archives du Loiret, série A, 462. — Et titres particuliers du château de
l'isle.)
NOTE IX
(Page 21).
LES ILES DE LA LOIRE AUX XIVe ET XVe SIÈCLES.
Les détails relatifs à la topographie fluviale de la Loire durant les
XIVe et XVe siècles, aux noms, à l'étendue et à la situation respective
des îles existant alors entre Orléans et Chécy ont été puisés, pour la
plupart, dans les dossiers, déposés aux archives nationales et à celles
du Loiret (fonds du domaine), d'une série de longs procès commencés
en 1667, et non terminés encore en 1756, entre l'administration du
domaine, représentée à cette époque par le duc d'Orléans, prince apanagiste,
et divers particuliers. Ces procès concernaient la mouvance féodale tant du château de l'Isle, construit en 1531 par Jacques Groslot,
bailli d'Orléans, que des îles attenantes, qu'il avait successivement
acquises et dont la contenance dépassait alors huit cents arpents.
J'ai pu compléter ces notions authentiques par d'autres éléments
recueillis dans les manustrits de l'abbé Dubois et dans les titres privés
de quelques propriétés riveraines de la Loire, particulièrement dans
ceux du château de l'Isle, que son propriétaire actuel, M. de Terrouenne,
a bien voulu me communiquer avec une obligeance dont je
suis heureux de le remercier ici.
Des renseignements puisés aux mêmes sources m'ont autorisé à
dire qu'au XVe siècle ces îles étaient en partie couvertes de bois et
de buissons. Entre autres faits, et plusieurs existent du même genre,
un mandement du prévôt d'Orléans, en date du 8 juin 1435, conservé aux archives du Loiret, prescrit au receveur du domaine de percevoir
le prix des bois coupés en une île sise près de Saint-Loup.
Le changement de lit de la Loire et son report sur la rive droite, aux
dépens des terres riveraines, est constaté d'ailleurs : 1° par la diminution
d'étendue des vastes terrains submersibles connus sous le nom de
pâtures, attenants à cette rive, communes de Chécy et de Combleux,
lesquels n'ont plus aujourd'hui la contenance déclarée il y a
trois siècles dans les lettres-patentes de Charles IX en faveur de la
commune de Chécy (Archives départementales); 2» par la disparition
complète, en la commune de Saint-Jean-de-Braye, de prairies arrosées
par un petit ruisseau et d'allées d'arbres dans lesquelles l'abbé Dubois déclare s'être souvent promené dans sa jeunesse, et qui s'étendaient
alors au pied du coteau que le fleuve baigne aujourd'hui de ses eaux
(Manuscrits de l'abbé Dubois, t. I, p. 72); 3° par la différence de
contenance de l'île aux Boeufs, en 1443, lors des lettres-patentes du
duc d'Orléans, et en 1539, lors de l'acquisition faite par Jacques
Groslot, etc., etc.
NOTE X
(Page 37).
DATES DU DÉPART DE BLOIS ET DE L'ARRIVÉE DU CONVOI A CHÉCY.
L'affirmation formelle du Journal du siège, que Jeanne arriva à
Chécy le jeudi 28 avril, qu'elle y passa la nuit du 28 au 29, et qu'elle
entra dans Orléans le vendredi 29 à huit heures du soir, paraît fixer
d'une manière incontestable au mercredi 27 la date de son départ de
Blois, que plusieurs historiens, sur la foi du chroniqueur allemand,
Eberhard de Windecken, voudraient retarder au jeudi 28.
Les dates des 28 et 29, précisées par le Journal du siège, ne peuvent être mises en doute. L'arrivée de la Pucelle, que, du haut de
leurs murs, les Orléanais pouvaient facilement apercevoir, était pour
eux un événement de si haute importance, qu'ils n'ont pu se tromper
de jour, dans le récit qu'ils nous ont transmis de son trajet d'Olivet à
Chécy, et de Chécy à Orléans.
Il semble donc acquis que Jeanne arriva à Chécy le jeudi 28 au soir.
Or, la distance de Blois à Chécy est de 17 lieues (67 kilomètres). Quelle
qu'ait été, à cette époque, la célérité de certaines marches militaires, il paraît impossible d'admettre que ces 17 lieues aient pu être franchies
dans la seule journée du 28, par un convoi de voitures et de bétail,
dont la marche était ralentie par l'appareil religieux déployé à
la traversée des villages et par le mauvais état des chemins, fort
mal entretenus en ces temps de désordre administratif.
Un retard d'une durée quelconque eut lieu, de plus, devant Saint-Jean-le-Blanc, pour attendre le changement de vent, et faire remonter
les bateaux à la voile.
Pour arriver le 28 au soir à Chécy, le convoi dut donc nécessairement
partir de Blois le 27.
L'aumônier, Fr. Jean Pasquerel, qui faisait partie de l'expédition,
déclare d'ailleurs d'une manière précise, dans sa déposition au procès
de réhabilitation, qu'on coucha deux nuits en route : Et jacuerunt
illa die in campis, et etiam aliâ die sequente, et tertiâ die applicuerunt
propè villam Aurelianensem... (Quicherat, t. III.)
Le témoignage de Louis de Contes et le récit de Jean Chartier confirment
implicitement la déclaration de Jean Pasquerel.
NOTE XI
(Page 45).
LE MYSTÈRE DU SIÈGE D'ORLÉANS.
L'unique manuscrit, qui nous soit parvenu, de ce drame Orléanais
du XVe siècle est conservé à Rome dans la bibliothèque Vaticane (fonds
dit de la reine Christine de Suède).
Tout indique qu'il provient originairement de la célèbre abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire.
Il forme un volume grand in-4°, de 509 feuilles, contenant 20,529
vers français écrits en cursivo gothique du milieu du XV° siècle.
Nulle indication de lieu, de date, ni de nom d'auteur. Seulement, au
bas du premier feuillet, se lit la signature autographe d'Alexandre Petau
(d'origine orléanaise), conseiller au Parlement de Paris, à qui ce
manuscrit a appartenu. (A. Pelavius, sen. Par. 1636.)
Alexandre Petau l'avait recueilli dans la succession de son père Paul
Petau, qui, selon toute vraisemblance, l'avait acheté de Pierre Daniel,
bailli de Saint-Benoît-sur-Loire, lequel l'avait sauvé, avec beaucoup
d'autres manuscrits, de la dévastation protestante de 1562.
Le P. Montfaucon, au cours du dernier siècle, signala le premier
l'existence de ce manuscrit en la bibliothèque Vaticane ; mais c'est en
ces dernières années seulement qu'il a fixé l'attention des savants.
Des extraits, de plus en plus étendus, en ont été publiés en France,
en 1839, 1844 et 1849.
M. J. Quicherat en a inséré quelques fragments dans son précieux
recueil, t. V, p. 79.
Enfin, en 1855, par décision de M. le ministre de l'instruction publique,
M. Guessard et M. de Certain (ce dernier rattaché par bien des
liens à Orléans et à la Société archéologique), reçurent mission de
l'aller copier intégralement. Un volume entier de la collection des
Documents inédits relatifs à l'histoire de France fut, en 1862, consacré à sa publication.
De savantes études ont été faites sur l'appréciation des questions
historiques et littéraires qui se rattachent à ce poème.
En ce qui concerne le nom de l'auteur, des inductions très-ingénieuses
d'ailleurs n'ont abouti jusqu'à présent qu'à des conjectures
plus ou moins vraisemblables ; mais de nombreux idiotismes de langage,
des détails de topographie locale, bien d'autres considérations
encore permettent de regarder comme certain que l'auteur du poème était Orléanais, contemporain et probablement témoin du siège, et que
la date de la composition n'est que d'un petit nombre d'années postérieure
aux grands événements qu'il retrace.
On admet généralement encore que ce Mystère, évidemment destiné à être mis en scène, a pu être représenté dans une des fêtes commémoratives
de la délivrance d'Orléans, soit en 1439 (diverses notes de
paiement des comptes de ville pouvant induire à le croire), soit vers
1456, à l'occasion des solennités de la réhabilitation.
Quoi qu'il en puisse être, ce poème Orléanais, en l'honneur de la
Pucelle, se recommande à la fois par son intérêt littéraire et par quelques
détails historiques et locaux qu'il nous a conservés.
(Voir l'introduction au texte du poème, dans le volume des Documents
inédits, par MM. Guessard et de Certain : — la notice de M. Quicherat,
Recueil, t. V, p. 79; — l'Examen critique du Mystère du Siège d'Orléans, par M. Vallet de Viriville. Bibliothèque de l'Ecole des
Chartes, 25e année, t. V, 5e série, 1864, p. 1; — l'Étude sur le Mystère
du Siège d'Orléans, par M. Henri Tivier (d'Orléans), docteur ès-lettres,
alors professeur de rhétorique au lycée d'Amiens. Paris, 1868.)
NOTE XII
(Page 50).
RECTIFICATION D'UNE INEXACTITUDE VRAISEMBLABLEMENT COMMISE PAR
LES GREFFIERS DE L'ENQUÊTE, DANS LA DÉPOSITION DE DUNOIS.
La déposition du Bàtard, à l'enquête d'Orléans, pour le procès de réhabilitation, contient, au texte latin, le passage suivant :
«... Statim et quasi in momento, ventus qui erat contrarius et valde impediens ne ascenderent raves in quibus erant victualia ad civitatem
Aurelianensem, mutatus est et factus ei propitius ; quare statim
tensa sunt vela et dictus deponens intravit bastellos seu naves et eum
eo frater Nicolaus de Geresme nunc magnus prior Franciae et transiverunt
ultrà ecclesiam Sancti Lupi invitis Anglicis » (Déposition
de Dunois. — Quicherat, t. IV, p. 6).
Ce passage peut se traduire ainsi :
«... Aussitôt le vent, dont la direction était contraire et empêchait que
les bateaux dans lesquels étaient les vivres destinés à la ville assiégée
ne pussent remonter le fleuve, changea tout à coup et devint favorable.
On tendit donc immédiatement les voiles et ledit déposant, entrant
dans ces bateaux ou chalands, avec frère Nicolas de Geresme, alors
grand-prieur de France, ils se dirigèrent par-delà l'église de Saint-Loup, malgré les Anglais... »
Le point topographique, dont il s'agit ici, est nettement déterminé
par la Déposition de Dunois, à l'enquête, et par sa quittance du
1er mai 1429 ; c'était le port du Bouchet, dont il est facile de reconnaître
aujourd'hui l'emplacement, la maison du Bouchet, qui lui donnait
son nom existant encore en ce moment.
Or, quiconque aura visité les lieux et étudié, sur place, les documents
contemporains relatifs à cet incident, sera forcé de reconnaître que
les mots du texte ci-dessus cités : naves in quibus erant victualia ad
civitalem Aurelianensem... les bateaux dans lesquels étaient les vivres
destinés à la ville assiégée, contiennent une grave inexactitude échappée
au rédacteur du procès-verbal, et contredite d'ailleurs par l'ensemble
des documents les plus précis et les plus dignes de foi.
Au lieu de : les bateaux dans lesquels étaient les vivres... Dunois
avait dit certainement, et les greffiers auraient dû écrire : les bateaux
destinés à recevoir les vivres...
Il suffit, en effet, de jeter les yeux sur une carte topographique
des environs d'Orléans ou sur le plan ci-annexé, pour reconnaître que
si les bateaux avaient pris leur chargement de vivres au port du
Bouchet, ils auraient immédiatement descendu, du port du Bouchet à
Orléans, par la même voie qu'ils avaient suivie en venant, à vide,
d'Orléans à ce petit port, au lieu de remonter inutilement, à charge,
vers Chécy (ultra ecclesiam Sancti Lupi) pour en redescendre ensuite.
C'est donc évidemment à vide, et non à charge, comme l'ont écrit par
erreur les greffiers, que les bateaux, sur lesquels le Bâtard et Nicolas de
Geresme avaient pris place, ont remonté du Bouchet à Chécy,
où les vivres étaient réellement déposés.
Le Journal du siège, qui n'a pu se tromper sur ce fait matériel, se
dit en termes formels : ... Les vivres et artillerie que la Pucelle avait
conduicts jusques à Checy... (Quicherat, t. IV, p. 152.)
La Chronique de l'Établissement de la fête du 8 mai est plus explicite
encore : ... Les vivres et artillerie vindrent par la Sauloigne
et arrivèrent jusques à l'isle aux Bourdons, qui est devant Checy...
(Quicherat, t. V, p. 290.)
Simon Beaucroix dit à son tour que. . les habitants d'Orléans envoyèrent
des bateaux en un lieu sis entre Orléans et Jargeau, pour
y recevoir les vivres et les amener en la ville... (Déposition de Simon
Beaucroix. — Quicherat, t. III, p. 78.)
Quelques auteurs, interprétant isolément et à la lettre ce passage
de la déposition de Dunois, ont voulu en conclure que les bateaux
venus de la ville, après avoir pris leur chargement de vivres
au port du Bouchet, auraient immédiatement traversé la Loire et atteint
la rive droite, un peu au-dessus de la bastille Saint-Loup.
Mais cette interprétation est complètement inconciliable, d'abord
avec les trois témoignages ci-dessus, identiquement conformes entre
eux, bien qu'émanés de sources très-diverses, lesquels déclarent que
c'est à Chécy, et non au port du Bouchet, que furent conduits par
Jeanne d'Arc les munitions et les vivres.
Elle n'est pas moins inconciliable avec les autres parties de la déposition
du Bâtard, dans lesquelles il atteste que, précisément à ce point
(...juxta ecclesiam Sancti Lupi, in quâ erant multi anglid et fortes),
tous les capitaines et lui-même avaient jugé que l'escorte qui accompagnait
le convoi n'était pas assez forte pour tenter, de haute lutte, le
passage du fleuve, comme l'aurait voulu la Pucelle.
Elle est inconciliable, enfin, avec l'ensemble des témoignages qui
constatent que Jeanne remonta jusqu'à Chécy, et que le Bâtard, les
bourgeois et les capitaines s'y rendirent à sa rencontre.
Si les vivres eussent été déposés au port du Bouchet et s ils eussent
passé sur la rive droite, un peu au-dessus de Saint-Loup, quel besoin,
pour la Pucelle, de remonter jusqu'à Chécy ? Quel besoin pour le Bâtard,
les capitaines et les bourgeois, de s'y rendre à leur tour ?
Il ressort donc clairement de l'étude des localités et de l'unanime
affirmation des témoins oculaires et autorisés que les vivres ont été
déposés dans les îles de Chécy et non au port du Bouchet ; et l'on est
forcément induit à conclure que renonciation contraire exprimée dans
la déposition du Bâtard n'est autre chose qu'une inexactitude commise
dans la reproduction de ses paroles par les greffiers rédacteurs du
procès-verbal, erreur qu'une connaissance exacte des lieux suffit à rectifier.
Cette rectification une fois effectuée, tout s'explique avec la plus
grande lucidité.
Mais si, au lieu de puiser des éléments naturels d'appréciation dans
l'étude de la topographie locale et dans l'ensemble des documents, on
veut, par un respect trop servile pour un passage isolé du texte,
concilier, à toute force, des énonciations matériellement inconciliables,
on s'expose à créer une confusion regrettable et d'inextricables difficultés
autour de cet incident.
NOTE XIII
(Page 63).
SEMOY.
L'indication mentionnée dans le Mystère du Siège d'Orléans, qu'on
passait, durant le blocus, par la petite commune de Semoy, pour communiquer
d'Orléans avec Chécy, mérite d'être remarquée.
Ce détail secondaire et tout local, qui ne se retrouve dans aucun
autre document contemporain, et qui ne pouvait être relevé que par
un auteur très-familiarisé avec la topographie des environs d'Orléans,
est en effet d'une parfaite exactitude.
Les larges vallées sises au midi de Semoy, sur les confins des paroisses
de Saint-Marc et de Saint-Jean-de-Braye, étaient réellement, comme ou peut s'en rendre compte sur les cartes topographiques et sur
le plan ci-annexé. le véritable et plus sûr chemin pour se tenir, autant
que possible, en allant de Reuilly ou de Chécy à Orléans, à l'abri des
bastilles anglaises de Fleury et de Saint-Loup.
Dans le poème du Mystère du Siège d'Orléans, fidèle écho de l'histoire,
Jeanne rejette dédaigneusement cette timide précaution, qu'elle
trouve indigne de son courage. Aussi quand le Bâtard lui dit :
... Anglois ont une bastille
Sur nostre chemin, sans mentir,
A Saint-Loup, auprès de la ville;
Mes nous yrons autre cousté.
De doubte avoir encombrement ;
Que s'i savoyent de vérité,
Nostre venue aucunement
Nous donroyent empeschement....
Jeanne lui répond, avec une rude énergie :
Ne vous en chaille nullement;
Passons hardiment devant eux...
(Vers 11672, page 456.)
« Adonc partiront [pour Orléans], ajoute le poète, et viennent le chemin tout droit... et passeront par devant Saint-Loup, où seront les
Anglois en leur bastille, desquels nul d'eulx ne sauldra... »
L'énonciation de ces petits détails locaux, dans le Mystère du Siège
d'Orléans, tend à confirmer l'opinion des savants critiques, qui reconnaissent,
en ce drame du XV siècle, une œuvre contemporaine et
orléanaise, ayant, à ce titre, pour l'histoire d'Orléans à cette époque,
un double et précieux intérêt.
NOTE XIV
(Page 63).
CHÉCY.
Chécy, aujourd'hui simple chef-lieu de canton, était un centre de
population fort important au moyen âge.
Il fut nommément assigné en douaire, par Philippe-Auguste, à la
reine Ingelburge, et à Marguerite de Provence par saint Louis.
Le cartulaire de Philippe-Auguste nous a transmis les noms des
nombreux seigneurs qui, au XIIe siècle, possédaient, en cette commune,
des fiefs relevant du Châtelet d'Orléans.
On remarque parmi eux : Hervé de Reuilly (Herveus de Ruello),
Payen Bourdon (Paganus Bordon), Landry de la Cicogne (Landricus
de Ciconia), etc. (Manuscrits de R. Huben, à la Bibliothèque d Orléans)
Aux XIIIe et XIVe siècles, la haute justice s'exerçait à Chécy.
Dans un acte conservé aux archives du Loiret (fiefs mouvans du
Châtelet d'Orléans), et scellé du scel de la prévôté, en date du 23 novembre
1389, on lit que « Guillaume Guerin, dit de Ceuvre, recognut et confessa tenir, en fié et hommage, du Roy nostre seigneur à cause du Chastel d'Orliens sexante arpens de désert, poy plus, poy moins, assis en la paroisse de Chécy, au lieu appelé Brandalon, où solait jadis être assise la Justice (lieu d'exécution des criminels) dudit lieu de Chécy »
Chécy posséda longtemps un Hôtel-Dieu, une léproserie et deux églises : l'église Saint-Germain, aujourd'hui détruite, élevée en mémoire d'un miracle opéré en ce lieu par saint Germain-d'Auxerre, lors
de son passage à Orléans, vers l'an 435 (5), et la belle église de Saint-Pierre, que tout fait présumer avoir été construite sous les auspices de
saint Louis.
Le saint roi avait en effet, à Chécy, un vignoble directement exploité
par les officiers de sa maison, et dont les dépenses sont consignées
dans les comptes du domaine; il y avait, de plus, un cellier, pour y
recueillir et y conserver une partie de ses vins de l'Orléanais.
NOTE XV
(Page 65).
LES CAILLY.
La famille de Cailly, alliée aux noms les plus recommandables de
l'Orléanais, conserva, durant plusieurs siècles, avec une sorte de religieux
respect, l'antique manoir, à ses yeux consacré par le séjour de
la libératrice de la France.
Les troubles religieux et civils des XVIe et XVII° siècles la retrouvèrent inébranlablement fidèle aux nobles traditions dont Jeanne d'Arc personnifiait le pur et glorieux symbole.
Le nom des Cailly, mêlé à celui des du Lis, se rencontre fréquemment dans les anciens registres paroissiaux de Chécy.
Charles du Lis en son Traité sommaire tant du nom et des armes que de la naissance et parenté de la Pucelle d'Orléans et de ses frères,
a consacré un chapitre spécial à la descendance des Cailly, associant
ainsi, dans ses souvenirs historiques, ces deux familles d'une illustration
très-inégale assurément, mais que tant de liens rattachaient
l'une à l'autre.
Jacques de Cailly, gentilhomme ordinaire de la maison du roi, père
du chevalier d'Aceilly et frère de Catherine de Cailly, épouse de Charles
du Lis, fut, de ce nom, le dernier possesseur du domaine de Reuilly.
II fut, en son temps, l'un des plus chaleureux admirateurs de Jeanne
d'Arc.
Dans le Recueil d'inscriptions publié par Charles du Lis en l'honneur
de la Pucelle (Paris, 1628, in-4°), sorte de joute patriotique et littéraire à laquelle tous les beaux esprits d'alors tinrent à honneur de
prendre part, à l'occasion de la restauration du monument de l'héroïne, élevé sur le pont d'Orléans au XV° siècle, et mutilé par les protestants
en 1567, l'enthousiaste dévouement de Jacques de Cailly s'épancha
en de nombreuses pièces de poésie, françaises, latines, et même espagnoles.
Si, dans ces vers, l'heureux choix des expressions laisse parfois à
désirer, la noblesse et l'élévation de la pensée y sont toujours irréprochables.
Jacques de Cailly a laissé, en l'église même de Chécy, un autre témoignage de ses généreux sentiments et de son goût littéraire.
Au mur intérieur du transept nord (ancienne chapelle des Cailly), une
inscription lapidaire, élégamment gravée en caractères du XVIIe siècle, sur une dalle de pierre de 58 centimètres de hauteur et de 10 de large,
est consacrée au souvenir de sa femme et de ses jeunes enfants.
Bien que ce monument funéraire s'écarte beaucoup de l'objet de cette étude, j'ai pensé qu'il me serait pardonné de recueillir en ces pages, où
les noms des Cailly et de Chécy se trouvent fréquemment rappelés, une
inscription précieuse et peu connue, placée dans l'église paroissiale de
cette commune, par le descendant de Guy de Cailly, à quelques pas de l'autel où la vierge de Domremy vint s'agenouiller et prier pour Orléans
et pour la France.
A. LA. MEMOIRE. DE. TROIS. FRANCO[ISES]
DE. DAMOISELLE. FRACOISE. DE. CAI[LLY]
AAGEE. d'VN. MOIS. 26. LORS. QVI. MO[VRVT]
ET. FVT. ICY. INHVMEE. LE. 23. NOVEBRE. 1607
DAVTRE. DAMOISELLE. FRANÇOISE D[E] .
CAILLY. SA. SEVR. PVIS. NEE. MORTE. EN. L'AAGE
DE. 14. MOIS. 18. JOVRS. QVI. FVT. AVSSI
ENTERREE. AVEC. ELLE. LE. 20. JVIN. 1[610]
ET. DE. DAMOISELLE. FRANÇOISE. ACARIE
LEVR. MERE. FEME. DE JACQUES. [DE CAILLY.]
ESCVYER. SIEVR. DE. LA. MOTTE. CHECY. ET REVILLY.
GENTILHOE. ORDIN. DE. LA. MAISON. DV. ROY.
LAQUELLE. LEVR. A. LAISSE. LAFFECTION
MATERNRLLE. EN MOURAT. COME. EN. VIVANT
SON. COEUR. BIEN QUE. SON. CORPS. AYE. ETE
MIS. AU. SEPVLCRE. DE. SES. ANCESTRES. EN
L'EGLISE. ST MICHEL. D'ORLEANS
PAROISSE. DV. ROY. LE 21. JVILLET. 1612
LEDICT. JACQVES. DE. CAILLY. PERE. ET
MARV. AVTANT. VRAY. FRACOIS. EN. EFFECT
QVELLES. LESTOIENT. TOUTES. TROIS
DE. NOM. LAISSE. CE. MONVMENT
ACCOMPAGNE. DE. LARMES. POVR. VOVS
INVITER. EN. LE. LISANT. DE. JOINDRE
VOS. PRIERES. AVX. SIENNES.
Cette touchante inscription, un peu altérée dans quelques parties, sera prochainement, s'il plaît à Dieu, remise en honneur ot rfispectueusement restaurée (6).
NOTE XVI
(Page 69).
LE TRÉSORIER GÉNÉRAL JACQUES BOUCHER.
Jacques Boucher, trésorier général, et Guillaume Cousinot, chancelier
du duché, investis l'un et l'autre de la confiance du duc
Charles d'Orléans, prisonnier en Angleterre, unis d'ailleurs entre eux, paraît-il, par des liens de parenté ou d'alliance (7), s'enfermèrent en
la ville, aux premiers indices d'investissement, et y demeurèrent
pendant toute la durée du siège (8).
Jacques Boucher, disent nos vieux historiens, avait épousé la fille
d'un des plus notables bourgeois de la cité; il habitait l'hôtel de l'Annonciade, situé dans la partie de la grande rue alors appelée rue des
Talmelliers, aujourd'hui rue du Tabour, à l'angle intérieur des
murs de ville et de la porte Renart.
Guillaume Cousinot demeurait rue de la Rose ou de la Chevrie,
en l'hôtel de la Herse, qu'il tenait à bail du chapitre de Sainte-Croix,
moyennant 26 livres parisis par an, et qu'il délaissa en 1433 (9).
Le chancelier et sa famille, peu de temps après le siège, se retirèrent aux environs de Compiègne.
Jacques Boucher, au contraire, se fixa définitivement à Orléans,
ses descendants continuèrent d'y résider.
Le trésorier général prit une part considérable à la défense de la
ville ; c'était en son hôtel et en celui du chancelier que se tenaient
les conseils de guerre.
Son nom se lit fréquemment dans les comptes de commune et de
forteresse et dans les mandements de paiement de 1429 et 1430,
pour dons de blé, d'avoine et de vin, pour avances de deniers, pour
achats de poudres, d'armes, de bois de construction, d'instruments
de travail. Un mandement de paiement du 24 mars 1429 (10),
consacré tout entier aux travaux par lui ordonnés et aux avances par lui faites pour la défense de la porte Renart, semblerait indiquer qu'il était spécialement chargé de veiller à cette entrée de la ville, l'une des plus importantes et la plus menacée par l'ennemi.
Ce fut sans doute à tous ces titres que Jacques Boucher dut l'honneur d'être choisi par ses concitoyens pour recevoir, en sa maison, la libératrice attendue du ciel. Les registres de comptes et le Journal du siège conservent le souvenir du touchant accueil que
l'héroïque et pieuse enfant, ainsi que plusieurs de ceux qui l'accompagnaient, trouvèrent près du trésorier généi'al et de sa famille.
Chaque fois qu'après ses premiers triomphes, Jeanne passa de nouveau par Orléans, ce fut toujours en l'hôtel du trésorier qu'elle voulut recevoir l'hospitalité.
Des documents originaux relatifs au siège d'Orléans et aux principaux
acteurs de ce grand épisode historique, qu'une heureuse fortune
a fait venir en mes mains, permettent de fixer très-approximativement
l'époque où Jacques Boucher fut investi, par la confiance du
prince, des fonctions de son trésorier général.
Par une cédule sur parchemin signée de sa main et datée du 30 mai
1424, Jacques Boucher, trésorier général de Monseigneur le duc d'Orléans,
reconnaît avoir reçu de Jean Haquin, fermier du bail de Chasteaudun,
vingt livres tournois pour le terme de ladite ferme échu à
Pasques derrenier passé...
Jacques Boucher, très-dévoué à son prince, paraît avoir concouru
avec un grand zèle à recueillir la somme considérable exigée par les
Anglais pour sa rançon.
La quittance H, textuellement reproduite aux pièces justificatives,
constate, en effet, que le 2 janvier 1442 Jacques Boucher, en sa
qualité de trésorier général, recevait du duc d'Orléans un don de cent écus d'or, en reconnaissance des services à lui rendus pour l'acquit de
son eslargissement (11).
Enfin, le 4 juin 1444, Estienne Le Fuzelier, conseiller et auditeur
des comptes du duc, par un acte également reproduit aux pièces
justificatives, L, signé de sa main et scellé de ses armes, reconnaît
avoir reçu de Guillaume Doulce, secrétaire de mondit seigneur le duc
et commis à l'office de trésorier général de ses finances, la somme
de cinquante escus d'or qui lui était due par ledit seigneur, à cause du prest à lui fait, ès mains de feu Jacques Boucher, jadis son trésorier,
au mois d'août derrenier passé (1443) (12).
Jacques Boucher était donc investi de ses hautes fonctions dès avant
le 30 mai 1424; il les occupait encore en 1442 et les conserva jusqu'à
sa mort, dont la date s'établit entre les derniers mois de 1443 et les
premiers de 1444
.
Il avait ainsi cessé de vivre lors de l'enquête solennelle, pour la
réhabilitation, faite à Orléans en 1456. Sa fille Charlotte qui, durant le siège, avait partagé la chambre et le lit de Janne d'Arc et qui,
depuis, avait épousé un notable Orléanais, Guillaume Havet, put
seule rendre témoignage de la douce simplicité, de la virginale pudeur,
de la patriotique et fervente piété de la Pucelle (13).
L'hôtel de l'Annonciade, que le séjour de Jeanne d'Arc rend si
cher, et à juste titre, aux souvenirs Orléanais, passa, un siècle environ
après le siège, des mains des enfants du trésorier en celles des
Sevin, puis des Colas des Francs. Un des membres de cette dernière
et honorable famille, dans un sentiment de respect, louable sans doute
en ses intentions, mais malheureusement peu réfléchi, eut, vers la fin
du XVIe siècle, la regrettable pensée de remplacer la chambre qu'avait occupée la Pucelle par le petit pavillon monumental construit et conservé
dans le jardin du vieil hôtel.
Quelques auteurs modernes, par une inexactitude qu'il leur eût été
facile d'éviter, désignent parfois le trésorier général sous le nom de
Jacques Bouchier. C'est une erreur. Tous les actes officiels émanés
ou signés du trésorier, et ils sont eu fort grand nombre dans les dépôts
publics , portent invariablement le nom et la signature de
Jacques Boucher. Au XVe siècle, dans le langage vulgaire, on confondait habituellement la syllabe terminale er avec la diphtongue ier.
On disait ainsi : chier fils pour cher fils, — la ville d'Angiers pour
Angers,— les bouchiers pour les bouchers, — aidier pour aider, —
marchié pour marché, etc. Cette altération, fréquente alors, se reproduisait,
naturellement, dans les écrits usuels; mais la sévère exactitude
de la critique moderne doit aujourd'hui la rectifier.
Le sceau du trésorier général, conservé intact dans plusieurs actes émanés de lui, permet d'en reconnaître toutes les pièces héraldiques.
Jacques Boucher portait : d'azur au chevron d'or, accompagné, au
chef, de deux têtes de maures d'argent et, en pointe, d'une syréne
aussi d'argent, soutenue d'une mer de même.

PIÈCES JUSTIFICATIVES
A
RETENUE FAITE PAR LE ROI d'ANGLETERRE,
POUR LA CONTINUATION DU SIEGE D'ORLÉANS,
DE LA QUARTE-PARTIE DES GAGES DES GENS TENANS GAGES DE LUI.
Henry, par la grâce de Dieu, Roy d'Angleterre. A nos amés et
feaulx trésoriers et generaulx gouverneurs de nos finances de France
et Normandie, salut et dilection. Nous vous mandons et enjoignons
que par notre amé Pierre Surreau, receveur general de Normandie,
vous faittes recevoir de notre amé et féal conseiller maistre Denis
Gastinel la somme de vint cincq livres tournois qui est la quarte-partie
pour ung an des gaiges ordinaires de conseiller, montant à la somme
de cent l. ts que nous avons voulu ja pieca et voulons être à lui paiés pour chacun an tant qu'il nous plaira, en lui baillant lettres de récépissé
sur ce. Laquelle quarte-partie nostre dit conseiller nous a
octroiée prester pour la continuation du siège que faisons tenir à
Orléans, et des deniers de ladite recepte faictes par ledit receveur faire à notre dit conseiller sur ce plain paiement et satisfacion. Et tout ce
que paie aura esté à la cause dessus dicte par rapportant ces présentes
ou vidimus d'icelles fait soubz scel royal avecques quittance de nostre dit conseiller et lesdites lettres de récépissé, nous voulons être aloué ès
comptes dudit receveur et rabatu de sa recepte par nos amés et
feaulx les gens de nos comptes à Paris, sans aucun contredit ou difficulté. Donné à Paris le IIIe jour de mars, l'an de grâce mil CCCC vint
et huit [1429 nouveau style] et de notre règne le VIIe.
Par le Roy, à la relation du conseil tenu par monseigneur le Régent
Duc de Bedford.
Jn Millet.
(Original sur parchemin, ayant été scellé sur simple queue de parchemin. — Collection particulière de l'auteur.)
A ces lettres est attaché le mandement suivant du trésorier et gouverneur
général des finances du Roy en France et en Normandie, à Pierre Surreau, receveur général desdites finances.
De par le trésorier et gouverneur des finances du Roy nostre sire,
en France et en Normandie, Pierre Surreau, receveur général des dites finances en Normandie, accomplissez le contenu ès lettres du
Roy, nostre dit seigneur, auxquelles ces présentes sont attachées sous
nostre signet, en recevant de maistre Denis Gastinel, conseiller du
Roy, nostre dit seigneur, la somme de vint cincq livres tournois, qui
est la quarte-partie pour un an de ses gaiges dudit office, laquelle quarte-partie il a octroie prester à iceluy seigneur pour convertir en
la continuation du siège d'Orléans, et des deniers de vostre dite recepte
lui faites paiement et restitucion d'icelle somme, tout ainsi et
par la forme et manière que le Roy, nostre dit seigneur le veult et
mande par icelles.— Donné à Paris le XXIIIIe jour de janvier, l'an mil
quatre cent et vingt-neuf [1430, nouveau style].
Gente.
(Original sur parchemin, sceau en cire rouge. — Collection particulière
de l'auteur.)
B
QUITTANCE DU BASTART D'ORLÉANS (ler MAI 1429).
Nous, Jehan Bastart d'Orléans, comte de Porcien et de Mortaing,
grant chambellan de France et lieutenant de Monseigneur le Roy sur
le fait de la guerre ès duchié d'Orléans, contez de Blois et de Dunois,
confessons avoir eu et reçeu des bourgeois, manans et habitants
de la ville d'Orléans, par la main de Jehan Hilaire, receveur des deniers
appartenans à icelle, la somme de six cens livres tournois, laquelle
somme lesdiz bourgeois, manans et habitans nous ont baillée pour paier les gens de guerre estans en icelle ville en garnison, et les
cappitaines des forteresses d'environ ce pais, venuz de par nostre
mandement en lad. ville, ad ce que on les entretensist jusques ad
ce que l'armée qui estoit venue avec la Pucelle, jusques au port du
Bouschet, qui est retournée à Blois, fut revenue en ceste dicte ville
pour lever le siège. De laquelle somme de vj° l. t. Nous nous tenons
content et en quictons lesd. bourgeois et habitans, et led. receveur.
Nous avons en tesmoing noz seel et saing manuel ci mis, le premier
jour de may, l'an mil iiijc vingt-neuf. — Signé : LE BASTART D'ORLEANS.
Original sur parchemin. — Sceau et contre-sceau du Bâtard eu cire
rouge, sur simple queue de parchemin. (Archives de la ville d'Orléans.)
C
QUITTANCE DU BASTART D'ORLÉANS (6 MAI 1429).
Nous, Jehan Bastart d'Orléans, conte de Porcieu et de Mortaing,
grand chambellan de France et lieutenant de Monseigneur le Roy
sur le fait de la guerre ès duchié d'Orliens, contez de Blois et de Dunois,
confessons avoir eu et receu des bourgeois, manans ethabitans de
la ville d'Orliens, par la main de Jehan Hilaire, receveur des deniers
appartenans à icelle ville, la somme de cinq cens livres tournois à
nous deue pour quatorze milliers de traits d'arbaleste ou environ, que avons faict amener de la ville de Blois en ceste dicte ville d'Orliens, en ung tonneau, trois traversains et deux casses, pour bailler aux gens de trait estans en icelle ville, pour lever le siège des Anglois estans devant. De laquelle somme de Vc l. t. Nous nous tenons à contentement,
et en quictons ladite ville et ledit receveur. Nous avons en
tesmoing noz seel et saing manuel ci mis, le VIe jour de may, l'an mil
iiijc vingt-neuf. Signé : LE BASTART D'ORLEANS.
Quittance sur parchemin. — Signature d'une autre écriture que la
quittance. — Sceau appliqué sur double queue de parchemin, aujourd'hui
coupée. — (Archives municipales d'Orléans.)
D
EXTRAIT DES LETTRES D'ANOBLISSEMENT DE GUY DE CAILLY
(DATEES DE SULLY-SUR-LOIRE. — JUIN 1429).
Notum facimus universis praesentibus et futuris, quod nos, certiores
facti servitiorum egregiorum dicti Guidonis de Cailly, et quantum
omni suâ potestate bonam erga nos praememoratoe Johannse
voluntatem secundaverit, eam in arce Rulliacâ, prope Checiacum,
excipiendo, quum primum in urbem Aureliam induceretur... quorum
consideratione et aliorura multorum servitiorum quoe per longa tempera
nobis multipliciter impendit et in posterum impendere continue
promittit.
Nos eumdem praenominatum Guidonem de Cailly, jam olim inter
nobiles et pro nobili se gerentem, ac ejus familiam masculinam et
foeminimam in legitime matrimonio natam et nascituram, nobilitamus.
Ac ipsi denique et praedictae posteritati.... tria capita superionim angelorum ignei coloris et splendoris, alata et barbata in
scuto cœruleo et deargentato... ad perpetuae nobilitatis insignia gestare...
concedimus...
.... Datum Sulliaci, mense junio, anno Domini m cccc xxix, regni
vero nostri VII. (Quicherat, t. V. p. 342 et suiv.)
E
LE BASTART D'ORLEANS REÇOIT, PAR LES MAINS DE JACQUES BOUCHER, CINQUANTE LIVRES TOURNOIS A VALOIR SUR LA PENSION DE MILLE LIVRES TOURNOIS QUE LE DUC D'ORLÉANS, SON FRÈRE, A ORDONNÉ LUI ÊTRE PAYÉE CHAQUE ANNEE (18 JUILLET 1432).
Saichent tuit que je Jacques Boucher, trésorier général de Monseigneur le duc d'Orliens, confesse avoir eu et receu de Jean de Lorme,
commis à la recepte du domaine de mondit sieur le duc, en ses conté
de Dunois et viconté de Chasteaudun, la somme de cinquante livres
tournois par assignation faicte à Monseigneur le Bastart d'Orliens à
les avoir et prendre sur ce que ledit commis pourra devoir à mondit
seigneur le duc à cause de sa dite recepte, des deniers du terme de
Noël prouchain venant, sur et en acquit de la somme de Vc l. tournois pour demi an eschéant à ladicte feste de Noël, des gaiges ou pension
montant à la somme de mil livres tournois par an, que mondit seigneur
le duc a pieça ordonné à mondit seigneur le Bastart avoir et
prendre chacun an, des deniers des finances dudit Monseigneur le duc.
De laquelle somme de cinquante livres tournois je me tiens pour bien
content et en quitte ledit commis et tous autres. Tesmoing mon seel et
seing manuel cy mis. Le XVIIIe jour de juillet l'an cccc trente et deux.
Contresigné G. Cousinot. Signé J. Boucher.
Original sur parchemin, scellé eu cire rouge, aux armes de Jacques
Boucher, sur simple queue de parchemin. — Collection particulière
de l'auteur.)
H
JACQUES BOUCHER, TRÉSORIER GENERAL DU DUCHÉ , REÇOIT DU DUC D'ORLÉANS UN DON DE CENT ESCUS D'OR, POUR LES SERVICES PAR LUI RENDUS AU DUC, POUR L'ACQUIT DE SA RANÇON (2 JANVIER 1442).
Je Jacques Boucher, trésorier général de Monseigneur le duc d'Orléans, confesse avoir reçeu de Maistre Estienne Le Fuzelier, conseiller de mondit seigneur et commis à recevoir les deniers venans et yssans
des dons, aides et emprunts fais et à faire pour l'acquit de l'eslargissement
d'icelluy seigneur, la somme de cent escus d'or que mondit
seigneur m'a donné pour les services que lui ay faiz tant en mon office
que autrement. De laquelle somme de cent escus je me tiens pour content et en quitte ledit maistre Estienne et tous aultres. Tesmoing
mon seing manuel cy mis. Le second jour de janvier l'an mil cccc
quarante et ung (1442, nouveau style).
Signé J. BOUCHET
(Original sur parchemin. — Collection particulière de l'auteur.)
L
ESTIENNE, LE FUZELIER, CONSEILLER DE MONSEIGNEUR. LE DUC D'ORLÉANS, RECOIT DE GUILLAUME DOULCE, SECRETAIRE DUDIT SEIGNEUR ET COMMIS A L'OFFICE TRÉSORIER GENERAL DE SES FINANCES, CINQUANTE ESCUS
D'OR QU'IL AVAIT PRÊTÉS A MONSEIGNEUR LE DUC, AU MOIS d'AOUT 1443,
ÈS MAINS DE FEU JACQUES BOUCHER, JADIS SON TRÉSORIER (4 JUIN 1444).
Je Estienne Le Fuzelier, conseiller et auditeur des comptes de Monseigneur
le duc d'Orléans, confesse avoir eu et reçeu de Guillaume
Doulce, secrétaire de mondit seigneur le duc et commis à l'office de
trésorier général de ses finances, la somme de cinquante escus d'or,
par assignacion à moy aujourdui faicte sur le grenetier du grenier à sel de la Ferté-Millon, laquelle somme m'estoit deue par mondit seigneur à cause de prest à lui fait et délivré es mains de feu Jaques
Boucher jadis son trésorier, pour le fait de sa place de Coucy
ou mois d'aoust derrenier passé, par ses lettres obligatoires que
j'ay baillées et rendues audict commis moyennant la dicte assignacion.
De laquelle somme de cinquante escus d'or dessusdicte je me tiens pour bien content et en quicte mondit seigneur le duc, le
dit commis à sa trésorerie et tous autres. Tesmoing mes seing
manuel et signet cy mis. Le IIIIe jour de juing l'an mil cccc quarante
et quatre.
Signé : LE FUZELIER.
(Original sur parchemin, scellé en cire rouge aux armes de Le Fuzelier. — Collection particulière de l'auteur.)
M
INSCRIPTION COMMÉMORATIVE DE l'ÉGLISE DE CHÉCY.
Pour honorer et perpétuer le souvenir du passage et du séjour de Jeanne d'Arc à Chécy, une inscription, sur dalle de marbre blanc, de
1m 80 de hauteur sur lm 06 de large, a été, le dimanche 5 mai 1867,
solennellement posée en l'Eglise de cette commune, au mur intérieur
du transept nord, chapelle des anciens seigneurs de Reuilly.
Cette inscription est ainsi conçue :
A DOMINO FACTUM EST ISTUD.
L'an de N.-S. m.cccc.xxix,
JEANNE D'ARC
Agée de XVII ans, venue
d'inspiration divine
Pour faire lever le siège
d'Orléans,
Amenant de Blois un convoi d'armes et de vivres,
Arriva par le côté de la Sologne,
A l'Ile aux Bourdons, en cette paroisse de Chécy.
Et le vendredi XXIXe jour d'avril,
Jean Bâtard d'Orléans, lieutenant général du roi,
Les bourgeois et les capitaines de la garnison
S'étant portés à sa rencontre,
Elle embarqua les vivres
Dans les chalands envoyés de la ville,
Et traversant la Loire
Vint au château de Reuilly où la reçut Guy de Cailly.
Le soir, vers six heures.
A cheval, armée de toutes pièces, précédée de son étendard,
Le lieutenant général du roi, les seigneurs, les bourgeois
Et ses frères
Marchant à ses côtés.
Elle partit de Chécy,
Passa devant la bastille anglaise de Saint-Loup
Et entra dans Orléans par la porte de Bourgogne,
Tous rendant grâces à Dieu et croyant voir en elle
Un ange envoyé du Ciel.
Source : publié chez Herluison - Orléans - 1874
Nota : publication sans aucune garantie d'exactitude parfaite avec le texte original.
Notes
:
1 "Le roy assembla ses capitaines pour adviser par quelle manière on pourrait mener à ceux d'Orléans des
blez et autres vivres. Nulz d'iceux n'osa entreprendre la charge, pour le doubte desditz Anglois qui estoient d'un costé et d'autres, à bien grand nombre en leurs bastilles."
(Perceval de Cagny. 'Chronique du duc d'Alençon'.)
2 Les excellents ouvrages de MM. Quicherat, Vallet de Viriville, Wallon, Desjardins, Mantellier, etc., que j'ai consultés avec tant de fruit, n'ont pas besoin de mes éloges.
3 Pour moins interrompre la suite du récit, j'ai souvent reporté aux notes la discussion des questions controversées.
4 M. Daniel Polluche. — Bibl. publ. d'Orléans, manuscrit 451
5 Un précieux document dont je possède un des textes originaux, et qui paraît avoir échappé aux savantes recherches de M. Vallet de Viriville, montre, par le chiffre élevé de la pension que Guillaume Cousinot recevait annuellement du duc d'Orléans, pour son office de chancelier, de quelle confiance et de quelle affection ce prince l'honorait.
Ce document est ainsi conçu :
" Saichent tuit que je Guillaume Gousinot, conseiller du roy notre seigneur et chambellan de monseigneur le duc d'Orléans, confesse avoir eu et reçeu de Jacques Boucher, trésorier général de mondit seigneur le duc, la somme de cent livres tournois, monnoie ayant de présent cours, par la main de Pierre Taillebois, commis à la Recepte de Blois, qui deue m'estoit pour le paiement du moys d'octobre derrenier passé de mes gaiges ou pension ordinaires au
« feur de xii c. 1. tournois par an, à moy pieça ordonnez par mondit seigneur le duc prendre et avoir des deniers de ses finances à cause de mondit office de chancelier, de laquelle somme de cent livres tournois je me tiens pour contant et bien paie et en quicte mondit seigneur le duc, son dit trésorier et tous autres. Tesmoing mon signet et seing manuel cy mis. Le second jour de novembre l'an mil cccc et vint deux.
Cousinot. »
(Original sur parchemin, scellé, en cire rouge, sur simple queue de parchemin. — Collection particulière de Vauteur.)
Une pension annuelle, de douze cents livres tournois, était très-considérable pour l'époque. On verra plus loin (Pièces justificatives, E, p. 108) que le Baslart d'Orléans, grand chambellan de France, lieutenant général du roy pour le fait de la guerre au duché d'Orléans, etc, ne recevait, en ce même
temps, du duc Charles, son frère naturel, que mille livres tournois de gages ou pension par an.
6 Voir, pour la maison militaire et l'armement de Jeanne d'Arc, la note I, p. 76, aux Notes et éclaircissements.
7 L'enceinte d'Orléans, à l'époque du siège, était beaucoup moins étendue qu'elle ne l'est aujourd'hui. Elle ne dépassait pas : au levant, les rues actuelles de la Tour-Neuve et du Bourdon-Blanc ; au nord, la rue de l'Évêché prolongée jusqu'à la place du Marlroi ; au couchant, les rues de la Hallebarde et de Recouvrance. La Loire, au sud, baignait le pied des murs.
8 Ce n'est pas le lieu de redire ici les généreux efforts des assiégés, leurs vaillantes sorties, leurs combats corps à corps, pour lutter contre ce menaçant investissement. Peut-être me sera-t-il donné quelque jour de rappeler ces héroïques souvenirs, éternel honneur de notre cité.
9 Études sur une bastille anglaise du XVe siècle, retrouvée en la commune de Fleury, près Orléans — avec cartes du siège, et plan de la bastille — par M. Boucher de Molandon. — Rapport a la Société archéologique de l'Orléanais, par M. Collin, ingénieur et chef des ponts et chaussées, etc., au nom de la Commission chargée de visiter les ouvrages signalés à Fleury, — Mémoires de la Société archéologique, t. IV. — Orléans, A. Jacob, 1858.
10 Les documents contemporains dans lesquels sont précisés, avec plus de détails, les faits relatifs au siège, à la construction des ouvrages militaires d'investissement, et à l'intervention de la Pucelle, sont indiqués à l'Avant-Propos.
11 Voir, pour l'intelligence de ces détails, le plan ci-annexé d'Orléans, de la Loire et de ses îles en 1429, et particulièrement les articles 1 à 12 de la légende.
12 Voir, pour ce qui concerne l'existence de ces fossés intermédiaires de circonvallalion, la note II. page 76, aux Notes et éclaircissements. — Voir aussi, au plan annexé, la ligne Z, Z, Z.
13 Cette opinion émise par plusieurs historiens est en désaccord avec le texte même des chroniques. Aucune, en effet, ne donne comme complète l'énumération qu'elle fait des redoutes du blocus ; de plus, le nombre des noms, que chaque chronique nous transmet, n'est jamais conforme au nombre des forteresses
qu'elle déclare avoir existé. Ainsi le Journal du siège précise la date de construction de onze forteresses, mais il ne dit aucunement qu'il n'en existât pas d'autres.
La Chronique de la Pucelle affirme que le nombre des bastilles s'élevait à treize. Elle n'en nomme toutefois que huit.
La Chronique de l'établissement de la fête du 8 mai dit que dix à onze bastilles ont été construites, et elle n'en nomme que dix.
Le notaire G|raut en nomme seulement quatre, mais déclare, - sans rien préciser, qu'il y en avait un plus grand nombre.
Ces diverses énumérations, loin d'être rigoureuses et exclusives, sont donc évidemment incomplètes et dénotent implicitement l'existence de quelques ouvrages militaires non dénommés dans ces listes.
14 Jeanne d'Arc, par M. Berriat Saint-Prix, p. 216. — Paris. 1817.
15 Manuscrits de M. l'abbé Dubois. — Bibliothèque d'Orléans, M 451 (bis], T, I. p. 225.
Voir aussi, sur cette question, la note III, page 77, aux Notes et éclaircissements.
16 Daniel Polluche, manuscrit 451, f° 46, Bibl. publ. d"Orléans. - Ce manuscrit, attribué par erreur, sur le catalogue imprimé des manuscrits de la Bibliothèque, au jurisconsulte Jousse, est réellement de M. Daniel Polluche.
17 Voir, au plan annexé, la bastille de Fleury, n" 12, et sa légende particulière.
Voir aussi, pour cette bastille, la note IV, page 78, aux Notes et éclaircissements.
18 Voir, sur les incidents des 16, 20, 27 avril et 4 mai 1429, la note V, page 81, aux Notes et éclaircissements.
19 On remarque, en effet, dans tous les récits du siège, que les Anglais, dont le but était moins de combattre que d'affamer la ville, laissaient assez facilement les soldats entrer et sortir, mais s'attachaient surtout à intercepter les convois.
20 Voir, note VI, page 83. quelques fragments de ce rapport.
On ne saurait trop recommander la lecture de ce remarquable travail, publié en son entier, par décision de la Société, au IV° volume de ses Mémoires, pages 366 et suiv.
Dans sa lumineuse et complète discussion, le savant rapporteur avec sa compétence toute spéciale d'ingénieur et d'antiquaire, apprécie sous ses divers aspects la question de l'achèvement du blocus et du rôle que la bastille signalée à Fleury a pu occuper dans cet investissement.
Sans rien affirmer dogmatiquement, en des termes d'une modération qui double la force de son argumentation, M. Collin éclaire toutes difficultés, ne laisse aucune objection sans réponse, et, pas à pas, conduit le lecteur à conclure presque invinciblement :
" Que les Anglais durent nécessairement, en 1429, construire quelque ouvrage militaire dans la grande trouée de 4,000 mètres entre Saint-Pouair et Saint-Loup;
2° Que l'ensemble des redoutes et des tranchées signalées à Fleury remplit complètement les conditions que cet ouvrage militaire dut avoir, s'il fut réellement construit ;
3° Que les observations formulées par M. Jollois en son Histoire du siège d'Orléans, et reproduites après lui par divers auteurs, pour établir que le blocus était encore inachevé au jour de l'arrivée de la Pucelle, ne reposent que sur des bases fragiles et sont en désaccord avec les documents contemporains et les faits sainement interprétés;
4° Enfin que tout indique que le blocus était réellement achevé quand intervint la Pucelle, et que la bastille de Fleury semble avoir été le dernier anneau de cette chaîne complète d'investissement.
21 Voir, en ce qui concerne la détresse à laquelle étaient réduits les assiégés, la note VII, page 89, aux Notes et éclaircissements.
22 Voir, au plan annexe, les îles de la Loire aux XIV° et XV° siècles et leur légende.
23 Aveu et port de foi de Guillaume Chalençois qui possédait celle île en 1349. — Archives du Loiret. (A. 462.)
24 Aveu de Pierre Bourdon en 1348. Liquidalion et partage de Jehan Bourdon, l'aisnel, son fils, et de Jehan Bourdon, le jeune, son petit-fils, à cause de Jacquette de Champferré, sa femme (26 juillet 1421). - Archives du Loiret. (A. 462.)
25 Ports de foi de Gueret et de Jean Groslot ou Groslet en 1507 et de Jacques Groslot en 1532 et 1535. Aveu et dénombrement de Hierosme Groslot, 12 juin 1546... — (Ibid.)
26 Vidiinus de la charte, de donalion de l'île aux Boeufs. — Archives du Loiret. A. 274. et Bulletin n° 35 de la Société archéologique.— Janvier 1860.
27 Voir, sur l'ile aux Boeufs, la note VIII, page 90, aux Notes et éclaircissements.
28 Malgré la difficulté des communications occasionnée par le changement de cours du fleuve, presque toutes ces îles continuèrent jusqu'en ces derniers temps de dépendre de la commune de Chécy. Elles en ont été distraites administrativement et annexées aux communes de Sandillon et de Saint-Denis-en-Val, par ordonnance royale du 4 février 1829.
29 Le port du Houchet, situé vis-à-vis Saint-Loup, s'appelait aussi port Saint-Loup.
30 Histoire du siège d'Orléans, par M. le président Mantellier, pag. 230. — Orléans, 1867. — Cette excellente histoire du siège ne se recommande pas moins par l'exacte appréciation des faits que par les nombreux et intéressants documents quelle a fait connaître.
31 Voir le reçu du Bâtard aux pièces justificatives, B, page 106.
32 Par décision de la Chambre des comptes du duché, en date du 28 mars 1429, dont une expédition est conservée en nos archives départementales, remise fut faite de deux années de fermage à Robin de Boisvilie, boucher du grand bourg d'Orléans, locataire des îles Charlemagne et Biche-d'Orge, en raison de ce que la bastille construite par les Anglais sur l'une d'elles l'avait privé d'y mener son bestial.
33 Voir, pour ce qui regarde les îles entre Orléans et Chécy, la note IX, page 91, aux Notes et éclaircissements.
34 Voir le mémoire de M. Vallet de Viriville sur les Institutions de Charles VII, couronné par l'Académie des sciences morales et politiques et publié dans la Bibliothèque de VEcole des Charles, — XXXIV, année 1872, 1e et 2e livraisons.
35 Un vidimus de ces lettres-patentes, malheureusement altéré, existe au département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale (pièces provenant de la Cour des Comptes). Il a été publié par M. le président Mantellier dans son Histoire du siège d'Orléans, page 220 et suiv.
36 Voir le texte de ce document aux pièces justificatives : A, page 105.
Je dois à l'afTectueuse obligeance du savant abbé Cochet, correspondant de l'Institut, vice-président de la Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure, quelques détails sur la sépulture, en la cathédrale de Rouen, de ce Denis Gastinel, nommé en 1431, par le Roi d'Angleterre, à une prébende, comme chanoine, en l'église Notre-Damp-la-Ronde de Rouen.
« La pierre tombale de Denis Gastinel. usée et foulée chaque jour par les pieds des fidèles, existe encore dans le transsept nord de la cathédrale.
« C'est une belle tombe du XV° siècle, de 1m 72 de longueur sur 1m 35 de largeur. — Elle est un peu cassée à sa partie inférieure.
« Denis Gastinel est représenté à la surface, en costume ecclésiastique, sous une arcade dans le style du temps.
« L'inscription suivante est gravée sur les deux longs cotés de la dalle (les deux bouts ne sont pas écrits) :
« Cy gist vénérable et discrète personne, Maistre Denis Gastinel, prestre, maître es sciences, licencié en droit civil et en droit canon, chanoine de Rouen et conseiller du Roy, notre Sire, lequel trespassa l'an de grâce mil CCCCXL, le XIII jour de décembre. Priez Dieu pour l'âme de luy. Amen. »
M. Deville a décrit cette sépulture dans ses Tombes de la cathédrale de Rouen, mais paraît avoir ignoré que Denis Gastinel eût été juge de Jeanne d'Arc. M. l'abbé Cochet l'a également mentionné, mais en rappelant ce souvenir, dans son Répertoire archéologique de la Seine-Inférieure.
« J'avais eu la pensée de relever cette tombe, m'écrivait M. l'abbé Cochet, m'étant imaginé d'abord que Denis Gastinel avait été favorable à Jeanne d'Arc; quand j'eus vérifié son verdict, je l'ai laissé où il est. »
37 Eberhard de Windecken, chroniqueur contemporain, trésorier de l'empereur Sigismond. — Quicherat, t. IV, pag. 491.
38 Interrogata qualem comitivam tradidit sibi rex suus quando posuit eam in opus. respondit quod tradidit X vel XII millia hominum. (Procès de condamnation. Quicherat, t. I, p. 78.)
39 Exercitus regis seu armatorum victualia conducentium non videbatur dicto domino deponenti et aliis dominis capitaneis (domino de Raiz et de Boussac marescallo Franciae, de Culan, La Hire, etc.) sufficiens ad resistendum et conducendum ipsa victualia infra civitatem... (Déposition du comte de Dunois, au procès de réhahllitalion. — Quicherat, t. III, p. 5.)
40 Manuscrits de l'abbé Dubois, à la Bibliothèque publique d'Orléans.
41 Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais, t. XI.
42 Et mirum erat quia omnes Anglici cum multiludine magnâ et potentiâ, armati et parati ad bellum, videbant armâtes regis in comitivâ modicâ respectu Anglicorum... Et tamen nullus Anglicus commotus est, nec in eosdem armatos et presbyteres nullam fecerunt invasionem. (Déposition de Fr. Jean Pasquerel. — Quicherat, t. III, p. 405.
43 Jeanne d'Arc, par M. Wallon, de l'Institut, t. I, pages 42 et 272. — Ce remarquable ouvrage a été honoré du grand prix Gobert.
44 Villaret, Histoire de France, t. XIV. p. 385.
45 Lenglet-Dufresnoy, Jeanne d'Arc, t. 1, p. 51. — Berriat Saint-Prix, Jeanne d'Arc, p. 63. — Lebrun des Charmettes, Histoire de Jeanne d'Arc, 1817, t. II, p. 3. — Jollois, Histoire du siège d'Orléans, 1833, p. 72 — Villiaumé, Histoire de Jeanne d'Arc, 1864, p. 84.
46 Quicherat, t. IV. p. 491.
47 Abbé Barthélémy de Beauregard, Histoire de Jeanne d'Arc, t. Ier, p. l5O.
48 Voir aux pièces justificatives, le document B, p. 106.
49 Journal du siège, Quicherat, t. IV, p, 146, 1-19, 151. — Chronique de la Pucelle, ibidem, t. IV, p. 222. — Mantellier, Histoire du siège d'Orléans, p. 230.
50 Comptes de ville et Journal du siège.
51 Comptes de forteresse, 1428-1430, § XXIX. — Archives municipales d'Orléans.
52 Mandements et quittances des dépenses de commune en 1429 et 1430. — Ibidem.
53 Voir pièce justificative B, page 106.
54 Voir pièce justiticative C, page 107.
55 Ces actes si honorables de dévouement et de patriotisme, que je
rappelle sommairement ici, sont relatés dans les comptes de ville en
leurs touchants détails.
56 Orléans, après sa délivrance, continua généreusement de fournir à l'armée royale des subsides considérables, de l'artillerie, des munitions, et des vivres pour les sièges de Jargeau, Meung, Beaugency,
Saint-Pierre-le-Moustier, la Charité, etc.
(Voir les comptes de ville et les mandements de paiements.)
57 Quicherat, Procès de condamnation, t. 1er, pag. 78 et 300. — Procès de réhabilitation. Déposition de Fr . Seguin, l. III,
p. 205. — Johanna interrogata quare ferebat vexillum: respondit quod
nolebat uti ense suo, nec volebat quemquam interficere...
58 Chronique de la Pucelle, publiée par M. Vallet de Viriville,
chap. 12, pag.278.
59 Deutéronome, XX, 10, 12. — « Quand vous vous approcherez
d'une ville pour l'attaquer, offrez-lui d'abord la paix, etc. »
60 Chronique de la Pucelle, chap. 43, p. 281.
61 Chronique de la Pucelle, publiée par M. Vallet de Viriville,
chap. 43, p. 278 et suiv.
.
62 Mandements et quittances des dépenses de la ville d' Orléans en
1429. — Archives municipales d'Orléans.
63 Voir, pour le jour précis du départ de Blois, la note X, page 92,
aux Notes et éclaircissements.
64 Dicebat ipsa Johanna regi, quod audacter procederet, et quod de
nullo dubitaret, quia si vellet procedere viriliter, tolum regnum suum
obtineret. (Déposition de Simon Charles. — Quicherat, t. III, p. 118.)
65 Procès de condamnation. — Quicherat, t. I. p. 97.
66 Déposition de Dunois. — Quicherat, t. III, p. 4 et suiv.
67 Chronique de la Pucelle, p. 259, et Journal du siège, p. 102.
68 Déposition de d'Aulon. — Quicherat, t. III, p. 212.
69 Journal du siège. — Quicherat, t. IV, pag. 150 et suiv.
70 Chronique de l'établissement de la fête du 8 mai. — Quicherat,
t. V, pag. 289, 290.
71 C'est précisément la situation topographique de Chécy, sur la
Loire, à égale distance d'Orléans et de Jargeau.
72 ... Et erat ipsa Johanna pro tunc intentionis quod gentes armorum
deberent ire, de directo, apud fortalitium seu bastildam sancti
Johannis Albi ; quod non fecerunt, imo iverunt, inter [civitatem) Aurelianensem et Jargeau, in quodam loco, ubi cives Aurelianenses
miserant naves ad recipiendum victualia et conducendum in villa
Aurelianensi. Et fuerunt posita victualia in navibus et ducta ad villam
Aurelianensem... {Déposition de Simon Beaucroix. — Quicherat,
t. III, p. 78.)
73 Voir sur le Mystère du siège d'Orléans, publié en 1862 dans la
colleclion des documents inédits de l' Histoire de France, la note XI,
page 93, aux Notes et éclaircissements.
74 M. J. Loiseleur, Compte des dépenses faites par Charles VII pour secourir Orléans. — Le P. Daniel, Histoire de la milice française.— M. Boutaric. Institutions militaires de la France.
75 Déposition de L. de Contes. — Quicherat, t. III, p. 67.
76 Voir la pièce justificative B. page 106.
77 Déposition de Dunois. — Quicherat, t. IV, p. 3 et suiv.
78 Déposition de Dunois. — Quicherat, III, p. 4 et suiv.
79 Ibidem, p. 6. — Voir, sur ce point, la rectification proposée au
texte de la déposition de Dunois, note XII, page 95.
80 Jean Chartier, Hist. de Charles VII, édit. 1661, p. 20. — Chronique
de la Pucelle, édition Vallet de Viriville, pag. 283.
81 Journal du Siège. — Quicherat, t IV, pag. 151.
82 Jollois, Histoire du siège d'Orléans, 1833, p. 74.
83 « Le dimanche 27 février, dit le Journal du siège, creut la rivière
tant et si grandement, jusques aux canonnières des boulevers que les François d'Orléans cuidèrent fermement que les deux boulevers
faiz par les Angloys sur celle rivière au droict de Sainct-Laurent et aussi celluy des Tourelles, fussent tous mynés et abattus... »
84 Chacun de ces mandements de paiement, inscrit sur une feuille
séparée, comprend une longue série de créances véiifiées et ordonnancées
par les procureurs de la ville pour être acquittées par le receveur
des deniers communs.
Ces diverses créances ne sont pas inscrites, en ces mandemenis, selon
l'ordre chronologique des faits auxquels elles se rapportent, mais,
d'ordinaire, à la date de leur vérification.
Il arrive donc souvent que le détail des paiements d'un même acte
administratif se trouve scindé en plusieurs mandements, soit du même
jour, soit de dates rapprochées. Il faut les y recueillir, puis les classer
méthodiquement, pour connaître l'ensemble des faits et le total de la
dépense.
85 Arres, arroy. du mot latin arraiare. harnacher un cheval. — Voir Du Cange. Glossaire. aux mois arraiare, arrayamentum, arrer.
86 Mandements de paiement du 14 octobre 1429. — Archives municipales
d'Orléans.
87 Journal du siège, et lettre de Charles VII aux habitants de
Narbonne. — Quicherat, t. IV, p. 156, et t. V, p. 101.
88 Journal du siège. — Ibid.
89 Chronique de la Pucelle, publiée par M. Vallet de Viriville. —
Chap. 42, pag. 278.
90 On lit dans plusieurs historiens modernes que le retour de l'armée à Blois avait pour but d'y trouver un pont qui lui permît de traverser
la Loire, les ponts d'Orléans, de Meung, de Beaugency et de
Jargeau étant au pouvoir de l'ennemi. Cette explication semble, il faut l'avouer, assez peu vraisemblable. Si l'escorle française eut réellement voulu traverser la Loire près d'Orléans, il lui eût suffi, pour
effectuer ce passage à Chécy, d'installer quelques bateaux, en va-et-vient, sur les deux bras du fleuve.
La petite armée qui escortait le convoi n'avait vraisemblablement
pour mission que de le protéger jusqu'à son entrée dans la ville. Ce
but atteint, elle retournait à Blois pour y recevoir de nouveaux
ordres.
91 Journal du siège. — Quicherat, t. IV, p. 152.
92 Ibid., pag. 136 et 149.
93 Semoy, commune à cinq kilom. N.-E. d'Orléans.
Voir, sur le trajet par Semoy, la note XIII, page 97, aux Notes et éclaircissements.
94 Voir, sur la commune de Chécy et ses deux églises, la note XIV,
page 98, aux Notes et éclaircissements.
95 Déposition de Jean d'Aulon. — Quicherat, t. III, page 218.
96 Dès le XII° siècle, Hervé de Reuilly (Herveus de Ruello) figure
dans le cartulaire de Philippe Auguste au nombre des seigneurs
qui, à Chécy, « tenaient du Roi, à cause de son Chastelet d'Orléans. »
{Manuscrits d'Hubert à la Bibliothèque d'Orléans, t. Ier, p. 101 ).
97 Titres particuliers du domaine de Reuilly.
98 Journal du siège. — Quicherat, t. IV, p. 152.
99 Catherine de Cailly était sœur de Jacques de Cailly, seigneur de
Reuilly et de la Motte-Chécy, gentilhomme ordinaire de la maison
du Roi, père du chevalier de Cailly, l'aimable et gracieux poète du
XVII° siècle, plus connu, dans le monde littéraire, sous le pseudonyme
de chevalier d'Aceilly.
Voir, sur la famille de Cailly, la note XV, page 99, aux Notes et éclaircissements.
100 « ...On peut mettre les écrits de Charles du Lis au rang des « plus instructifs et des plus précieux pour l'histoire de la Pucelle. Les renseignements qu'il a réunis sont d'un ordre sérieux, positifs et puisés, pour la plupart, aux sources les plus respectables et les plus pures. La manière dont l'auteur les met en œuvre atteste de sa part un esprit droit, méthodique, éclairé, animé d'un amour sincère de la vérité » (Notice sur Charles du Lis et ses écrits, par
M. Vallet de Viriville, professeur à l'Ecole des Chartes. — Paris,
Aubry, 1856.)
101 Lettres d'Estienne Pasquier à Charles du Lys et à Catherine de
Cailly. — OEuvres d'Est. Pasquier, t. II, p. 643, 667, etc.
102 Traité sommaire tant, du nom, etc., que de la naissance et parenté
de la Pucelle... parCh. du Lis, in-4*. Paris 1628, p. 50 et 51, —
et p. 90 et 91 de la nouvelle édition, avec notice sur Ch. du Lis, par
M. Vallet de Viriville. Paris, Aubry, 1856.
103 Ces armes, en effet, ont toujours été celles des diverses branches
de la famille de Cailly.
104 Quicherat, t. V, p. 342 et suiv. — Voir aux pièces justificatives,
D, page 107, le texte latin de ce passage des lettres-patentes.
105 Oeuvres d'Estienne Pasquier, t. II, p. 643.
106 Mathieu de Goussancourt : Martyrologe des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
107 Lebrun des Charmettes : Histoire de Jeanne d Arc, t. II, p. 17.
108 Manuscrits de l'abbé Dubois à la Bibliothèque dOrléans.
109 Vergnaud-Romagnési : Histoire de la ville d'Orléans, p. 628.
110 Lottin : Recherches historiques sur la ville d'Orléans, t. Ier,
p. 229.
111 Mantellier : Histoire du siège d'Orléans, page 86.
112 Voir, sur le trésorier général Jacques Boucher, la note XVI,
page 101, — et les pièces justificatives H et L, pages 108 et 109.
113 Journal du siège. — Quicherat, t. IV, p. 152 et 153.
114 Le Bâtard d Orléans recevait, à l'époque du siège, du duc
Charles d'Orléans son frère, une pension annuelle de mille livres
tournois, somme considérable pour le temps. — Voir pièce justificative E, page 108.
115 Voir la pièce justificative M, page 110.
1
Une copie manuscrite de ce document existe à la Bibliothèque d'Orléans; une
autre a été récemment retrouvée et recueillie par M. le Vte Maxime de Beaucorps au
département des manuscrits de la Bibliothèque nationale; un fragment de ce compte a été publié par de La Roque au chapitre 43 de son Traité sur la noblesse.
2 Voir, au plan ci-annexé, la bastille de Fleury n° 12 et sa légende.
3 J'ai déjà fait remarquer que les indications relatives à cet ouvrage, dans le catalogue
des manuscrits de la Bibliothèque publique, contiennent quelques erreurs
4 La commission était composée de MM. Dupuis, président; Desnoyers, Duleau,
Imbault, Mantellier, Rocher, de Torquat, Boucher de Molandon et Collin, rapporteur.
Elle a visité et étudié les lieux ; quelques-uns de ses membres s'y sont transportés
plusieurs fois.
5 Héric, Mirac. S. Germani. — Abbé Lebeuf, Évêques d'Auxerre, t. Ier, p. 59.
6 Voir, pour ce qui concerne la famille de Cailly : Charles du Lis, édition Vallet
de Viriville, 1819; le cabinet des titres à la Bibliothèque nationale, les titres particuliers
du domaine de Reuilly, etc.
7 Notice historique sur Guillaume Cousinot et la Chronique de la Pucelte, par
M. Vallet de Viriville, 1859.
8 Voir, sur Guilljumc Cousinot, l'Avant-Propos, page XI.
9 Archives du Loiret. — Fonds du Chapitre de Sainte-Croix.
10 Comptes de forteresse, 14-28-1430, ch. XXXIX.
11 Voir, aux Pièces justificatives, le document H, page 108.
12 Voir, aux Pièces justificatives, le document L, page 109.
13 Procès de réhabililation. — Déposition de Charlotte Boucher, femme de Guillaume
llavet. — Quiclierat, t. 111, p. 34.
|