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Préface - p. XI à XV |
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U SERAS DÉLIVRÉE PAR GRANDE VICTOIRE ; NE T'INQUIETE
PAS DE TON MARTYRE ; TU VIENDRAS ENFIN AVEC NOUS EN
ROYAUME DE PARADIS. Les Saintes parlaient ainsi à leur
disciple de la partie du divin poème qu'il nous reste à parcourir. C'est un champ de bataille, mais bien différent de celui
de Patay ; c'est une suite d'assauts que la Vénérable doit non
pas tenter, mais repousser. Ils ne portent pas seulement sur
toutes les parties extérieures de l'existence mortelle de la
Vierge ; les assaillants veulent pénétrer dans les replis les
plus secrets de son âme et de son coeur ; ils y pénétreront, et
nous avec eux, et rien n'est plus beau dans son histoire.
Certes, la Libératrice était belle lorsqu'elle se révélait soudain
guerrier et capitaine accompli; et que, laissant quenouille
et fuseau, elle conduisait ses hommes d'armes au
sommet des Tourelles, anéantissait l'armée anglaise et conquérait
villes et provinces avec la rapidité du vainqueur
d'Arbèles ou de Marengo ; plus belle, lorsqu'elle, qui ne
sait ni a ni b, tient tête à la meute des théologiens qui, pour
justifier la sentence déjà arrêtée, la promènent sur les questions
les plus ardues de la science sacrée, faisant de leurs
questions autant de pièges, scrutant ses réponses pour y
trouver un prétexte de condamnation. Vains efforts. Ses
réponses sont resplendissantes d'inspiration, tant elles sont
empreintes de justesse, de piété, de sagesse, de candeur et de
profondeur tout ensemble.
L'admiration qu'elles provoquent est mêlée d'indignation
contre ceux qui les travestissent et les altèrent, de pitié pour
la Martyre, tourmentée à la fois dans son âme et dans son
corps. Ce sont les sentiments qui naissent des documents
qu'il nous reste à produire. Ces documents sont empruntés
presque exclusivement au double procès. L'on ne comprend
bien le procès de condamnation qu'en ayant présent à la
mémoire ce que, à la réhabilitation, les témoins des diverses
scènes qui le composent, nous révélèrent de la manière dont
il fut conduit. Trente-cinq furent interrogés. Ecclésiastiques,
laïques, ils déposent de ce qu'ils ont vu et entendu. Qui pouvait
mieux entendre et voir que les greffiers chargés de consigner, par écrit, questions et réponses, ou l'appariteur, l'huissier,
chargé d'amener et de reconduire l'accusée, et se tenant
sans cesse à ses côtés durant les interrogatoires ? Ils ont
déposé deux, trois, jusqu'à quatre fois.
Il faudra apprécier la valeur du double instrument judiciaire,
faire voir les astuces du juge prévaricateur, les fraudes
et les violences par lesquelles il s'est donné des complices
qui, en réalité, ne le sont pas. Le greffier qui tenait la plume
a plié plus d'une fois devant ces violences. Le procès de condamnation
est entaché d'omissions capitales.
Le procès de réhabilitation avait pour but de mettre en
lumière l'innocence de la victime ; les preuves surabondent.
Grand était le nombre de ceux qui avaient trempé dans le
forfait; ils étaient puissants. Tous les atteindre était impossible
; il était dangereux de le tenter ; on aurait suscité des
oppositions qui auraient empêché d'obtenir le but premier :
la réhabilitation de la mémoire de la sainte fille. L'on restreignait
le plus possible le nombre des coupables mis en cause.
La justice humaine est nécessairement courte de bien des
manières. Combien souvent les plus criminels lui échappent ! Disposition providentielle, pour nous convaincre que la justice humaine n'est que l'ombre de la justice éternelle,
aux yeux de laquelle aucun coupable ne se dérobe, qui ne
recule ni devant le nombre ni devant la puissance, que le
crédit ne désarme pas : « J'ai vu, dit l'auteur inspiré, l'iniquité
s'asseoir à la place de la justice, et j'ai dit : Dieu
jugera le juste et l'impie, et alors chaque chose sera mise à
sa place (1). » « Malheur à vous qui faites de l'iniquité une
parure pour votre orgueil (2) », est-il écrit ailleurs.
Le double procès est la meilleure source, presque l'unique
de la vie de Domrémy ; nous lui devons les détails les plus
intimes sur la guerrière ; mais il est tout pour le martyre,
les chroniques se contentant de nous indiquer le dénouement. Aucune partie de la céleste histoire n'a été plus pervertie;
sur aucune il n'est plus nécessaire de faire la lumière.
De là la nécessité de l'étudier de près, de rapprocher les
textes, de se rendre compte de la marche du drame, de voir
la portée de certains actes sur lesquels glisse le procès-verbal, à raison même de leur importance. Aussi, sans apporter, comme dans les précédents volumes, des textes inédits ou
peu connus, il n'est pas impossible que l'on nous trouve
nouveau. L'on verra la raison des assertions qui pourront
surprendre.
Le présent volume, comme les précédents, est divisé en
sept livres d'une ampleur bien différente.
Le premier renferme
les préliminaires du procès jusqu'à la comparution de
l'inculpée devant le prétendu tribunal, le 21 février 1431.
Le second reproduit les dépositions des trente-cinq témoins
entendus à la réhabilitation sur ce qui s'était passé à Rouen.
Quatre enquêtes eurent lieu à ce sujet, et, comme il vient
d'être dit, certains témoins furent entendus jusqu'à quatre fois. Après avoir rapporté la déposition la plus juridique, on a cherché dans les autres les particularités qui n'y auront
pas été renfermées.
Le troisième est consacré à ce que nous appelons l'instruction
du procès. Par ordre de Cauchon, une enquête avait été
faite au lieu d'origine. Elle avait été confiée au prévôt d'Andelot,
Gérard Petit ; il avait eu pour greffier Nicolas Bailly.
La déposition de ce dernier a été rapportée dans le volume de La Paysanne et l'Inspirée : il nous a dit comment il
avait été molesté, parce que le rapport n'avait pas été ce que
l'aurait voulu l'accusateur (3). Nous aurons, par un intermédiaire,
le résumé fait par Gérard lui-même. Tout ce qu'il
avait recueilli, il aurait voulu le savoir sur le compte de sa
sœur. Grand fut le mécontentement de l'évêque de Beauvais.
Il fallait tirer de l'accusée de quoi échafauder une sentence
de condamnation. De là les interrogatoires qui commencent
le 21 février et se prolongent jusqu'au 24 mars. Il y eut dix-sept
séances. C'est le troisième livre.
L'objet du quatrième est le procès proprement dit. Il est
double. Le premier se termine à Saint-Ouen par la condamnation,
après l'abjuration prétendue, à la prison perpétuelle.
Le second, un simulacre de procès, est intitulé procès de
rechute. Sous prétexte que l'accusée est retombée dans les
crimes abjurés, elle est abandonnée au pouvoir séculier.
Les bourreaux, par des pièces menteuses, ont essayé de
tromper les contemporains et la postérité. Leurs artifices et
les pièces par lesquelles ils ont essayé de les ourdir sont la
matière du cinquième livre.
La libre-pensée a essayé de travestir cette troisième partie,
comme elle a fait pour les deux autres. Quicherat, dans ses
Aperçus nouveaux, s'est constitué l'avocat de Cauchon. Il faut le réfuter avec d'autant plus de soin que certains catholiques,
entraînés par le renom mérité que la collection
intitulée Double Procès de Jeanne d'Arc a valu au paléographe,
ont trop facilement admis plusieurs de ses idées. Il
sera fait aussi une rapide réfutation des autres chefs de la
libre-pensée. C'est le sixième livre.
Dans le septième sont produits les titres que la Vénérable
nous semble avoir à être honorée comme martyre.
Outre la table du présent volume, deux autres viendront à la suite. La première renfermera la liste alphabétique des
documents reproduits ou analysés dans la Vraie Jeanne
d'Arc; la seconde, la table alphabétique et analytique des
matières plus importantes des quatre derniers volumes, une table semblable ayant déjà été donnée à la suite du premier.

Source : Edition de la Librairie catholique Em. Vitte - 1901.
Nota : publication sans aucune garantie d'exactitude parfaite avec le texte original.
Notes :
1 Vidi... in loco justitiæ iniquitatem, et dixi in corde meo : Justum et iniquum
judicabit Deus, et tempus omnis rei tunc erit. » (Eccl., III, 16.)
2 Væ qui trahitis iniquitatem in funiculis vanitatis. (Is., v, 18.)
3 La Paysanne et l'Inspirée, p. 218.
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