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07 décembre 2019  

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Histoire de Charles VII - index
L.II-XV- Siège de Compiègne par les Anglais et les Bourguignons - Jeanne la Pucelle sortant de la place pour courir sus aux ennemis, est prise par un bourguignon et vendue aux ennemis.

um autem Compendium supra Ysaram flumen cum Burgundionibus eciam diu obsedissent essetque in opido cum multis strennuis Francorum ducibus atque militibus Johanna Puella, eidem Johanne infaustum omen atque infelix valde contigit. Nam, cum certo die cum multis armatis opidum exiens in hostes impetum faceret, ab uno milite Burgundione capta fuit et ab An-glicis, qui ejus perdicionem atque extinccionem magnopere exoptabant, multo auro redempta. De quare Anglici, qui tociens ejus nominis solius terrore cesi fugatique fuerant, valde letificati et exhylarati fuerunt. Duxerunt autem eam ad urbem Rothomagensem, in qua dictus Henricus juvenis tunc erat cum suo comitatu et consilio. Ubi, postquam quidnam de ea statueretur diu consiliatum fuisset, in ea sentencia resederunt ut, ea studiosissime in quodam satis aspero carcere arcis Rothomagensis asservata, coram domino Petro Cauchon, Belvacensi episcopo (qui ex consiliariis regis Anglie unus de primioribus erat), eo quod infra limites sue diocesis apprehensa fuisset, contra eam inquisicio et negocium fidei ageretur.
  Quod diu deductum agitatumque fuit, et per multorum mensium decursum, variis diebus ac vicibus, assidentibus inquisitoribus heretice pravitatis et multis sacre theologie et divini atque humani juris professoribus, propter hujuscemodi causam ex Parisius accersitis, mul-tipliciter interrogata fuit. Fueruntque interrogaciones eidem facte, cum suis singulis responsionibus, per publicos tabelliones diligentissime excepte et in publica munimenta redacte. Mirabantur omnes ferme quod ad inter-rogaciones de fide et fidei capitulis, eciam doctis et litteratis viris satis difficiles, talis rusticana juvencula tam prudenter et caute responderet. Et cum assessorum, qui acrius atque fervencius Anglorum querele fautores atque defensores existebant, tota ad hoc versaretur intencio, ut callidis et capciosis interrogacionibus capta, criminis hereseos adjudicaretur rea et per hoc de medio tolleretur, nichil tamen validum aut efhcax ad hoc ex ipsius dictis aut assercionibus extrahere potuerunt.
  Fuerat enim revera, ut ab hiis qui ejus conversacionem et mores cognoverant testabatur, priusquam ad regem accessisset atque eciam postquam inter armatorum cohortes obversata fuit, multum devota, quociens poterat, ecclesias et oratoria Deo sacrata frequentans. Ubi autem in rure pascendo pecori insisteret, si audiret campane sonum pro elevacione corporis Dominici et sanguinis vel pro salutacione beate Marie, cum magno devocionis fervore solita erat genua flectere et Deum exorare.
  Sed et Deo se suam virginitatem vovisse affirmabat. De cujus violacione, licet diu inter armatorum greges et impudicorum ac moribus perditissimorum virorum fuisset conversata, nunquam tamen aliquam infamiam pertulit. Quinymmo, cum eciam per mulieres expertas, inter Anglorum existens manus, super sua integritate examinata inspectaque fuisset, non aliud de ea experiri potuerunt nec referre, nisi quod intemerata virginalia claustra servaret. Excusabat ipsa virilis vestis habitum atque tegumentum, preceptum de assumendo et utendo eo atque armis divinitus sibi factum asserens, ne viros, inter quos die noctuque in expedicionibus bellicis obversari haberet, ad illicitam sui illiceret concupiscenciam, quod si amictum muliebrem portasset, quod vix profecto inhiberi potuisset. Sed certe, cujuscumque in ea seu simulachrum seu specimen virtutis elucere potuisset, vix erat ut apud quos tenebatur se potuisset justificare, cum nichil ferventius aut propensius quam ipsam perditum iri et extingui affectarent atque prosequerentur. Una enim omnium Anglorum sentencia voxque communis erat se nunquam posse cum Francis feliciter dimicare, aut de eis reportare victoriam, quamdiu illa Puella, quam sortilegam ac maleficam diffamabant, vitam ageret in humanis. Atqui quomodo innocencia secura evadere posset, quidve prodesse, inter tot acerbissimorum inimicorum et calumpniatorum manus, quales eidem puelie ipsi Anglici erant atque alii permulti qui animosius eorum partes defensabant et judicio assidebant, qui eam toto annisu quacumque via perditum iri cupiebant ?
  Cum autem super hiis, quas asserebat sibi sanctarum virginum appariciones factas, in una eademque confessione perseveranter maneret, diuque et multociens iteratis examinacionibus fatigata, simul eciam squalore et media diutini carceris macerata et confecta fuisset (in quo quidem ab Anglicis militibus, tam intus carcerem quam a foris, juxta hostium jugiter excubantibus asservabatur), ferunt, judicibus sibi, si id faceret, impunitatem liberacionemque pollicentibus, aliquando eam abnegasse se habuisse veras hujusmodi appariciones aut divinas reve-laciones ad hocque tandem inductam ut coram assidentibus in judicio ea ulterius se dicturam asserturamve abjuraret. Quod cum ita factum fuisset nec minus propter hoc a duricia et asperitate carceris laxaretur, aliquot post decursis diebus, vulgatum extitit eam dixisse graviter se propterea fuisse correptam quod hujusmodi appariciones et revelaciones se abnegasset habuisse denuoque sanctas easdem sibi in carcere apparuisse, que de hoc ipsam dire increparant.

                                                         

  Or Compiègne, sur la rivière d'Oise, était assiégé depuis déjà longtemps par les Anglais et par les Bourguignons, et Jeanne la Pucelle, avec beaucoup d'autres vaillants capitaines et gens d'armes français, se trouvait dans la place. Et voici le fâcheux et malheureux accident qui lui arriva certain jour : comme elle faisait avec un grand nombre de gens d'armes une sortie contre les ennemis, elle fut prise par un homme d'armes bourguignon et rachetée à prix d'or par les Anglais, qui désiraient ardemment sa perte et sa disparition. De quoi les Anglais, qui tant de fois, par l'effroi de son seul nom, avaient été battus et mis en fuite, furent grandement heureux et réjouis. Ils l'emmenèrent à Rouen, où Henri le Jeune se trouvait avec sa suite et son conseil. Là, après avoir longuement discuté sur ce que l'on ferait d'elle, ils s'arrêtèrent à cet avis qu'après l'avoir gardée avec la plus grande vigilance dans une prison très rude de la citadelle de Rouen, on ferait contre elle information et procès en matière de foi par-devant messire Pierre Cauchon, évêque de Beauvais (1) et l'un des principaux conseillers du roi d'Angleterre, pour cette raison qu'elle avait été prise dans les limites de son diocèse.
  Il y eut là-dessus de nombreuses discussions, et, pendant des mois, à différents jours et séances, devant les inquisiteurs de l'hérésie, devant plusieurs professeurs de théologie et de droit divin et humain mandés de Paris à cet effet, elle fut interrogée à maintes reprises. Les questions qui lui étaient posées, ainsi que les réponses qu'elle faisait à chacune, furent recueillies avec le plus grand soin par des notaires et rédigées en forme d'actes publics. Et l'on s'émerveillait presque unanimement de ce que, à des questions sur la foi ou des articles de foi, ardues même pour des hommes doctes et lettrés, cette petite paysanne répondît avec tant de sagesse et d'à-propos. Les assesseurs, chauds et vifs promoteurs et défenseurs du parti anglais, ne songeaient qu'à s'arranger de telle sorte que, prise au piège d'interrogations habiles et captieuses, elle fût mise en accusation comme coupable d'hérésie. Mais de ses propos et assertions ils ne purent rien tirer dans ce sens de sérieux ni de valable.
  Elle avait été en fait (comme en témoignaient ceux qui connaissaient sa vie et ses mœurs avant qu'elle fût venue vers le roi et même après qu'elle eut vécu parmi les hommes d'armes) pleine de piété, fréquentant autant qu'elle le pouvait les églises et les oratoires consacrés à Dieu. Et quand, se trouvant aux champs et gardant son troupeau, elle entendait les cloches sonner, à l'élévation du corps et du sang du Seigneur ou à la salutation de la bienheureuse Marie, elle avait coutume de s'agenouiller et de prier Dieu avec grande dévotion et ferveur.
  Mais elle affirmait avoir consacré à Dieu sa virginité. Et qu'elle eût transgressé son vœu, bien qu'elle eût vécu longtemps au milieu de soldats et d'hommes dissolus et perdus de mœurs, jamais on n'a pu lui en faire reproche. Bien plus, des matrones l'examinèrent et l'inspectèrent sur son intégrité, quand elle était aux mains des Anglais ; elles ne purent reconnaître ni rapporter autre chose, sinon qu'elle était restée absolument intacte. Elle excusait le port de l'habit masculin en disant que Dieu lui avait commandé d'y recourir et de revêtir une armure, de peur d'inciter à de coupables désirs les hommes avec qui elle serait obligée de demeurer jour et nuit au cours des expéditions guerrières, ce qu'elle aurait pu malaisément éviter si elle eût porté un vêtement de femme. Mais évidemment, quelle que fût la vertu dont l'image ou le portrait pût briller en elle, il était bien difficile qu'elle pût se justifier auprès de ceux qui la tenaient prisonnière, alors qu'ils ne cherchaient et ne poursuivaient rien avec plus de chaleur et d'inclination que son malheur et sa perte. Car les Anglais pensaient d'un même avis et proclamaient d'une seule voix qu'ils ne pourraient jamais combattre heureusement les Français ni remporter sur eux la victoire tant que la Pucelle, qu'ils traitaient de sorcière et de malfaisante, serait en vie. Et comment son innocence pouvait-elle triompher, à quoi même pouvait-elle lui servir entre les mains de tant d'ennemis acharnés et de calomniateurs comme étaient vis-à-vis d'elle les Anglais et tant d'autres qui prenaient leur parti avec zèle et siégeaient au tribunal, de tant d'autres qui, de tout leur effort et par tous les moyens, ne cherchaient qu'à la perdre ?
  Comme, touchant l'apparition des saintes dont elle assurait avoir été témoin, elle s'en tenait avec persévérance à une seule et même déclaration et que, déjà fatiguée par les interrogatoires répétés et prolongés qu'on lui faisait subir, elle était en même temps affaiblie et accablée par la malpropreté et la mauvaise nourriture dont elle avait eu à souffrir au cours de son long emprisonnement (elle était gardée dans sa prison par des soldats anglais veillant continuellement tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, près de la porte), on dit que, les juges lui ayant promis l'impunité et la mise en liberté si elle faisait ce qu'ils demandaient, elle nia un moment qu'elle eût eu de véritables apparitions ou révélations divines. On rapporte enfin qu'elle aurait été induite à abjurer devant les personnes siégeant au tribunal ce qu'elle pourrait dire ou affirmer par la suite. Mais après cela, comme aucun adoucissement n'avait été néanmoins apporté à la dureté et à la rigueur de sa prison, le bruit se répandit quelques jours plus tard qu'on l'avait maltraitée pour la pousser à démentir la réalité de ces apparitions et révélations et que de nouveau les saintes lui étaient apparues dans sa prison, lui reprochant sévèrement sa faiblesse.

                            

            
                                     


Source : "Histoire de Charles VII" par Thomas Basin - éd. et traduction Ch.Samaran - 1933.

Notes :
1 Thomas Basin ne mentionne pas que Pierre Cauchon fut son prédécesseur sur le siège de Lisieux.




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