La chronique normande du British Museum
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allet de Viriville a trouvé au British Museum (n°1542) un manuscrit
du XVe siècle, renfermant une histoire incomplète de la Normandie. On
y lit sur la Pucelle un passage que l'auteur de la découverte a imprimé
dans ses Historiens de Charles VII, à la suite de la Chronique de Jean
Chartier.
Ce passage ne renferme rien que les chroniqueurs déjà cités ne nous
aient dit bien souvent, et d'une manière beaucoup moins inexacte. Qu'il
suffise donc d'en citer la fin, à partir de l'attaque contre Paris. Après
avoir dit que le roi entra à Saint-Denis sans nul contredit, le chroniqueur
continue en ces termes :
L'an mil IIIIC XXX, après ce que le roy fut retourné
de son couronnement et arivé en Touraine, la Pucelle
retourna au pays de France où estoient demourez
grant partie des gens du roy, tant à Compiengne que
ez placez qu'il avoit conquises. Et après ce qu'elle
eust tournyé et veu partie du païs, se retira audit lieu
de Compiengne. Et elle estant dedens, les Bourgoignons vindrent courir devant ; et à l'entour avoient mis plusieurs embusches. Et à l'escarmuce yessit icelle
Pucelle avec plusieurs de ses gens ; et se lancha avant
tant qu'elle se trouva entre lesdictes embucez, où
elle fut prinxe et emmenée d'iceux Bourgoignons.
Et aprez qu'ilz l'eurent longuement gardée, la vendirent
as Englez qui l'achatèrent bien chièrement, et
après ce, la menèrent en la ville de Rouen où elle fut
emprisonnée l'espace de long temps et questionnée
par les plus grans hommes, et sages et grignours clers
de tout leur party pour savoir ses (1) vittores, qu'elle
avoit euez sur eulz, estoient faictes par enchantemens, caraulx (2) ou aultrement. Laquelle il trouvèrent de
si belle response, en leur baillant solucions si raisonnables,
qu'il n'y eut onques nul qui par long temps
l'osast jugier à mort selon droit. Mais finablement
la firent ardre publiquement, ou autre femme eu semblable d'elle. De quoy moult de gens ont esté et encore
sont de diverses oppinions (3).

* un extrait supplémentaire donné par Ayroles :
*La Pucelle, Mgr d'Alençon, et partie des gens du roi allèrent devant
Paris, et incontinent qu'ils furent arrivés, ils firent saillir leurs
gens ès fossés pour donner l'assaut. A quoi ceux de la place firent grande
résistance, en tirant fort de canons et grosses arbalètes, qui firent peu de
de mal, si ce n'est à la Pucelle qui fut blessée d'un vireton à son
harnais des jambes ; par quoi elle et ses gens se tirèrent à
Saint-Denis devers le roi, lequel bientôt après se partit et vint passer la
Seine et se rafraîchir à Tours et à Chinon.*
L'an mil quatre cent trente, après que le roi fut retourné de son couronnement
et arrivé en Touraine, la Pucelle retourna au pays de France, où étaient demeurés grande partie des gens du roi, tant à Compiègne
qu'ès places qu'il avait conquises. Et après qu'elle eut tourné et vu une
partie du pays, elle se retira audit lieu de Compiègne. Elle étant dedans,
les Bourguignons vinrent courir devant, et ils avaient mis plusieurs embûches
tout autour. Icelle Pucelle sortit à l'escarmouche avec plusieurs
de ses gens, elle se lança si avant qu'elle se trouva entre lesdites embûches,
où elle fut prise et amenée par iceux Bourguignons.
Et après qu'ils
l'eurent longuement gardée ils la vendirent ès Anglais qui l'achetèrent
bien chèrement. Et après ce, ils la menèrent à la ville de Rouen, où elle fut emprisonnée
l'espace de long temps. Elle fut questionnée par les plus grands
hommes, sages et plus élevés de leur parti, pour savoir si les victoires
qu'elle avait eues sur eux étaient faites par enchantements, par carraulx,
ou autrement. Ils la trouvèrent de si belle réponse, et elle leur bailla
solutions si raisonnables que par longtemps il n'y eut nul d'entre eux qui, selon le droit, osât la juger à mort ; mais finalement ils la firent brûler publiquement, ou une autre femme semblable à elle ; de quoi
moult de gens ont été et sont encore de diverses opinions.
Source
:
- Texte original : Quicherat, t.IV p.343 et suiv.
-
Présentation et mise en Français plus moderne : "La vraie Jeanne d'Arc - t.III : La libératrice" - J.-B.-J. Ayroles - 1897, p.382 et suiv.
Notes :
1 Si les.
2 Danses magiques.
3 Ce doute se trouve exprimé par plusieurs autres auteurs ; entre autres
par celui d'une chronique abrégée, exécutée en Bretagne en 1440, dont le manuscrit
se trouve à la bibliothèque Sainte-Geneviève (n. 1155 , olim L. 2). On
y lit : « L'an mil cccc xxxi, la veille du Sacrement, fut la Pucelle bruslée à « Rouen ou condampnée à l'estre. » Symphorien Champier, dans La nef des
Dames, imprimée à Lyon en 1503, écrit encore : « Ceste pucelle fut femme de grant esperit, tant par prouesse et noblesse d'armes comme par subtilité d'entendement ; et ressembloit plus estre chose spirituelle que corporelle par les armes et prouesses qu'elle fit ; car elle se porta si vaillamment contre lesditz Angloys, qu'elle les chassa vertueusement de plusieurs villes de France, comme de Paris, de devant Orléans et plusieurs autres lieux. Et à la parfin, fut en trayson prinse et baillée aux Angloys qui, en despit des Françoys, la bruslèrent à Rouen; ce disent-ilz neanmoins : que les François le nyent. Pourquoy l'on la compare proprement à Penthasilée.»
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