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Chronique de la Pucelle - index
53 - Comment Mehung fut recouvré par la fuite des seigneurs de Scalles, de Talbort et Messire Jehan Fastoll chevaliers anglois

n la ville de Meun, entrérent une nuictéc les sires de Tallebot, de Scales et Fastot, qui ne peurent avoir entrée au chastel de Baugency, par l'empeschement du siége. Et eux cuidans faire désemparer le siége, ils assaillirent, la nuict de la composition, le pont de Meun ; mais ledict dix-huictiesme jour de juin, tantost que Anglois furent departis de Baugency, vint l'avantgarde des François devant Meun, et incontinent toute leur puissance en batailles très bien ordonnées. Alors Anglois cessèrent l'assault du pont ; si issirent aux champs à toute leur puissance, et se misrent en batailles, tant à pied comme à cheval. Mais ils se commencèrent à retraire tout soubdain, délaissans Meun avec leurs vivres et habillemens, et prindrent leur chemin par la Beausse, du costé par devers Patay. Si partirent hastivement le duc d'Alençon, la Pucelle, le comte de Vendosme, le connestable de France, le sire de Saincte-Sévère et de Boussac, mareschal, messire Louys de Culant, admiral de France, le sire d'Albret, le sire de Laval, le sire de Lohéac, le sire de Chauvigny, et autres grans seigneurs, qui chevauchèrent en batailles ordonnées, et poursuivirent tant asprement les Anglois, qu'ils les aconsuirent près Patay, au lieu dict Coynces.
  Et lors le duc d'Alençon dist à la Pucelle : "Jeanne, voilà les Anglois en bataille, combatrons-nous ?" Et elle demanda audict duc : "Avez vous vos esperons ?" Lors le duc luy dist : "Comment dà, nous en fauldra il retirer, ou fuir ?" Et elle dist : "Nenny, en nom Dieu, allez sur eulx, car ils s'enfuiront, et n'arresteront point, et seront desconfits, sans guères de perte de vos gens ; et pour ce fault il vos esperons pour les suivre."

  Si
furent ordonnez coureurs, par manière d'avantgarde, le seigneur de Beaumanoir, Poton et La Hire, Messire Ambroise de Loré, Thiébault de Termes, et plusieurs autres.
  Lesquels embesongnèrent tant les Anglois, qu'ils ne peurent plus entendre à eux ordonner, et mettre en bataille. Si s'assemblèrent contre eux les François en bataille, tant que les Anglois furent desconfits en peu d'heures, dont l'occision fut nombrée sur le champ par les héraults d'Angleterre, à plus de deux mille deux cent Anglois. En ceste bataille, qui fut le dix-huictiesme jour de juin mille quatre cent vingt-neuf, furent prins les seigneurs de Tallebot et de Scales, messire Thomas Rameston, et Hougue Foie (1), ,avec plusieurs chefs de guerre, et autres nobles du pays d'Angleterre ; et furent bien nombrez en tout à cinq mille hommes. Si commença la chasse des fuyans, et fut poursuivie jusque près des portes d'Yenville ; en laquelle chasse plusieurs Anglois furent occis. Les bonnes gens d'Yenville fermèrent leurs portes contre les Anglois qui fuyoient, et montèrent sur la muraille à leurs deffenses. Pour lors estoit au chastel, à peu de compaignée, un escuyer anglois, lieutenant du capitaine, qui avoit le chastel en garde ; lequel, cognoissant la desconfiture des Anglois, traicta avec les bonnes gens de rendre ledict chasteau, sa vie saulve, et fist serment d'être bon et loyal François : à quoy ils le receurent. Il demeura grand avoir en icelle ville qui y avoit esté laissé par les Anglois à leur partir, pour aller à la bataille, avec grand quantité de traict, de canons, et autres habillemens de guerre, de vivres et marchandises. Et tantost ceux de ladicte ville d'Yenville se réduirent en l'obéissance du roy.

  

  Après la fuite des Anglois, les François entrèrent dedans Meun, et pillèrent toute la ville ; et s'enfuit Messire Jehan Fastot et autres, jusques à Corbueil. Quand Anglois, qui estoient en plusieurs autres places du pays de Beausse, comme à Mont-Pipeau, Saint-Symon, et autres forteresses, ouyrent nouvelles de cette desconfiture, ils prindrent hastivement la fuite, et boutèrent le feu dedans. Après lesquelles glorieuses victoires et recouvrement de villes et chasteaux, toute l'armée retourna dedans Orléans, ledict dix-huictiesme jour de juin, où ils furent receus à grand joye par les gens d'église, bourgeois et commun peuple, qui en rendirent grâces et louanges à Dieu. Les gens d'église et bourgeois d'Orléans cuidèrent bien que le roy deust là venir, pour lequel recepvoir, ils feirent tendre les rues à ciel, et grand appareil voulurent faire pour l'honorer à sa joyeuse venue. Mais il se tint dedans Sully, sans venir à Orléans : dont aucuns qui estoient entour le roy ne furent mie contents. Et atant demeura la chose à celle fois : par quoy la Pucelle alla devers le roy et fist tant, que le vingt-deuxiesme jour de juin, iceluy an, il vint au Chasteau-Neuf sur Loire auquel lieu se tirèrent par devers luy, les seigneurs et chefs de guerre. Et là tint aucuns conseils, après lesquels il retourna à Sully. Et à Orléans la Pucelle vint, et fist tirer par devers le roy tous les gens d'armes avec habillemens, vivres et charroy. Après se partit la Pucelle d'Orléans et alla à Gien, où le roy vint à puissance, et manda par hérauts aux capitaines et autres qui tenoient les villes et forteresses de Bonny, Cosne et La Charité, qu'ils se rendissent en son obéissance : dont ils furent refusans.

                                                         

  En la ville de Meung entrèrent une nuitée les sires de Talbot, de Scales, et Fastolf, qui n'avaient pu avoir entrée au château de Baugency, empêchés qu'ils avaient été par le siège. Et, dans la pensée où ils étaient de le faire lever, ils assaillirent le pont de Meung la nuit même de la composition de Baugency ; mais le dix-huitième jour de juin, aussitôt que les Anglais furent partis de Baugency, l'avant-garde des Français vint devant Meung, et incontinent toutes leurs forces furent rangées en bataille bien ordonnée. Alors les Anglais cessèrent l'assaut du pont, et saillirent aux champs avec toute leur armée, et ils se mirent aussi en ordre de bataille, tant ceux qui étaient à pied que ceux qui étaient à cheval, mais tout soudainement ils se mirent à se retirer, délaissant avec Meung leurs vivres et préparatifs de guerre ; et ils prirent leur chemin par la Beauce du côté de Patay. Aussitôt partirent à la hâte le duc d'Alençon, la Pucelle, le comte de Vendôme, le connétable de France, le sire de Sainte-Sévère et Boussac, maréchal, messire Louis de Culan, amiral de France, le sire d'Albret, le sire de Laval, le sire de Lohéac, le sire de Chauvigny, et d'autres grands seigneurs qui chevauchèrent ordonnés en bataille. Ils poursuivirent si âprement les Anglais qu'ils les joignirent près de Patay, au lieu appelé Coinces.
  Le duc d'Alençon dit alors à la Pucelle : « Jeanne, voilà les Anglais en bataille, combattrons-nous ? » Et elle répondit au duc : « Avez-vous vos éperons? » et le duc de se récrier : « Comment donc, nous faudra-t-il reculer ou fuir ? » et elle dit : « Nenni, en nom Dieu, allez sur eux, car ils s'enfuiront et ne tiendront pas ; ils seront déconfits, sans presque pas de perte de nos gens ; et pour ce faut-il vos éperons pour les poursuivre. » Et furent ordonnés coureurs en manière d'avant-garde, le seigneur de Beaumanoir, Poton et La Hire, messires Ambroise de Loré, Thibaud de Thermes et plusieurs autres. Ils embarrassèrent tant les Anglais que ceuxci ne purent plus entendre à se mettre en bataille; tandis que les Français se jetèrent sur eux en bon ordre, si bien que les Anglais furent déconfits en peu d'heures ; leurs morts furent nombrés sur le champ de bataille, par les hérauts d'Angleterre, à plus de deux mille deux cents Anglais. Dans cette bataille, qui fut le dix-huitième jour de juin 1429, furent pris les seigneurs de Talbot et de Scales, messire Thomas Rameston et Hungerford, ainsi que plusieurs chefs de guerre, et autres nobles du pays d'Angleterre, et en tout (tués ou prisonniers) le nombre s'éleva bien à cinq mille hommes. Et aussitôt commença la chasse des fuyards qui fut poursuivie jusqu'aux portes de Janville, en laquelle chasse plusieurs Anglais furent tués.
  Les bonnes gens de Janville fermèrent leurs portes aux Anglais qui fuyaient, et montèrent sur leurs murailles pour les défendre. Il y avait alors au château, avec quelques hommes d'armes seulement, un écuyer anglais, lieutenant du capitaine chargé de le garder. Connaissant la déconfiture des Anglais, il traita avec les bons habitants de Janville pour le rendre, en conservant la vie sauve, et en faisant le serment d'être bon et loyal Français ; ce à quoi les habitants le reçurent. Il resta en cette ville grand avoir, laissé à leur départ par les Anglais allant à la bataille, grande quantité de traits, de canons, et autres engins de guerre, quantité de vivres et de marchandises ; et ceux de ladite ville se réduisirent aussitôt en l'obéissance du roi.
  Après la fuite des Anglais, les Français entrèrent dans Meung et pillèrent toute la ville. Messire Jean Fastolf s'enfuit jusques à Corbeil, et d'autres avec lui. Les Anglais, qui étaient en plusieurs autres places de la Beauce, à Mont-Pipeau et à Saint-Simon et autres forteresses, à la nouvelle de la défaite, prirent hâtivement la fuite, après avoir mis le feu aux places qu'ils occupaient.

  Ces glorieuses victoires remportées, ces villes et châteaux recouvrés, toute l'armée rentra à Orléans, ce même dix-huitième jour de juin. Elle y fut reçue à grande joie par les gens d'Église, les bourgeois et le commun peuple, qui en rendirent grâces et louanges à Dieu. Les gens d'Eglise et les bourgeois d'Orléans pensèrent bien que le roi viendrait dans la ville ; et pour le recevoir ils firent tendre les rues à ciel, et firent grand appareil pour honorer sa joyeuse venue ; mais il se tint dedans Sully sans venir à Orléans; ce dont plusieurs de ceux qui étaient autour de lui ne furent pas contents. La chose en demeura là pour cette fois ; ce fut cause que la Pucelle alla devers le roi, et elle fit tant que, le vingt-deuxième jour de juin, il vint à Châteauneuf-sur-Loire, auquel lieu se retirèrent devers lui les seigneurs et les chefs de guerre ; et là furent tenus plusieurs conseils, après lesquels il retourna à Sully. La Pucelle revint à Orléans, et fît tirer vers le roi tous les gens d'armes avec armements, vivres et charrois ; elle partit ensuite elle-même d'Orléans, et alla à Gien, où le roi vint avec des troupes; et d'où il manda par des hérauts aux capitaines et autres qui tenaient les villes et forteresses de Bonny, Cosne et La Charité, de se rendre à son obéissance; ce dont ils furent refusants.


                                                 

Source : édition Vallet de Viriville - 1859

Notes :
1 Hungerford



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