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Journal
du siège d'Orléans
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avril 1429 |
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e vendredy ensuivant, vingt neufviesme du mesmes moys, vinrent dedans
Orléans les nouvelles certaines comment le roy envoyoit par
la
Sauloigne vivres, pouldres, canons et autres habillemens de guerre,
soubz le conduict de la Pucelle, laquelle venoit de par Nostre Seigneur
pour avitailler et reconforter la ville, et faire lever le siège,
dont furent moult reconfortez ceulx d'Orléans. Et parce que
on disoit que les Angloys mectroient peine d'empescher les vivres,
fut ordonné que chacun fust armé et bien empoint
par la cité; ce qui fut faict.
Ce jour aussi y arrivèrent cincquante combatans
à piet, habillez de guisarmes et autres habillemens de guerre
; et venoient du pays de Gastinois, où ilz avoient esté
en garnison.
Cellui mesmes jour eut moult grousse escarmousche, parce
que les Françoys vouloient donner lieu et heure d'entrer
aux vivres que on leur amenoit Et pour donner aux Angloys à
entendre ailleurs, saillirent à grant puissance, et alèrent
courir et escarmouscher devant Sainct Loup d'Orléans. Et
tant les tindrent de prez, qu'il y eut plusieurs mors, blecez et
prins prisonniers d'une part et d'autre, combien que les François
apportèrent dedans leur cité ung des estandars des
Angloys. Et lors que celle escarmousche se faisoit, entrèrent
dedans la ville les vivres et artillerie que la Pucelle avoit conduicts
jusques à Checy (1). Au devant
de laquelle alla jusques à cellui villaige le bastart d'Orléans
et autres chevalliers, escuiers et gens de guerre, tant d'Orléans
comme d'autre part, moult joyeulx de la venue d'elle, qui tous luy
feirent grant reverance et belle chière, et sy feist elle
à eulx. Et là conclurent tous ensemble qu'elle n'enterroit
dedans Orléans jusques à la nuyt, pour éviter
le tumulte du peuple, et que le mareschal de Rays (2)
et messire Ambroise de Loré (3),
qui parle commandement du roy l'avoyent conduicte jusques là,
s'en retourneroyent à Bloys où estoient demourez plusieurs
seigneurs et gens de guerre Françoys : ce qui fut faict ;
car ainsi comme à huyt heures au soir, malgré tous
les Angloys qui oncques n'y mirent empeschement aucun, elle y entra
armée de toutes pièces, montée sur ung cheval
blanc ; et faisoit porter devant elle son estandart, qui estoit
pareillement blanc, ouquel avait deux anges tenans chacun une fleur
de liz en leur main ; et ou panon estoit painte comme une Anonciacion
c'est l'image de Nostre Dame ayant devant elle ung ange luy présentant
ung liz.
Elle ainsi, entrant dedans Orléans, avoit à
son cousté senestre le bastart d'Orléans, armé
et monté moult richement. Et aprez venoyent plusieurs autres
nobles et vaillans seigneurs, escuyers, cappitaines et gens de guerre,
sans aucuns de la garnison, et aussy des bourgoys d'Orléans,
qui luy estoyent allez au devant.

D'autre part, la vindrent recevoir les autres gens de
guerre, bourgoys et bourgoises d'Orléans, portans grant nombre
de torches, et faisans autel joye comme se ilz veissent Dieu descendre
entre eulx, et non sans cause, car ilz avoient plusieurs ennuys,
travaulx et peines, et qui pis est grant double de non estre secouruz,
et perdre tous corps et biens. Mais ilz se sentoyent jà tous
reconfortez, et comme desassiégez, par la vertu divine qu'on
leur avoit dit estre en ceste simple Pucelle, qu'ilz regardoyent
mout affectueusement, tant hommes, femmes, que petis enfans. Et
y avoit moult merveilleuse presse à toucher à elle,
ou au cheval sur quoy elle estoit, tellement que l'un de ceulx qui
portaient les torches s'approucha tant de son estandart que le feu
se print au panon. Pourquoy elle frappa son cheval des esperons,
et le tourna autant gentement jusques au panon, dont elle en estaingnit
le feu, comme se elle eust longuement suyvy les guerres : ce que
les gens d'armes tindrent à grans merveilles, et les bourgois
de Orléans aussi ; lesquelz l'acompaignèrent au long
de leur ville et cité, faisans moult grant chière,
et par très grant honneur la conduisrent tous jusques auprez
de la porte Regnart, en l'ostel de Jacquet Boucher (4),
pour lors trésorier du duc d'Orléans, où elle
fut receue à très grant joye, avecques ses deux frères
(5) et les deux gentilzhommes et leur
varlet, qui estoient venuz avecques eulx du pays de Barroys.
Source
: édition MM. Paul Charpentier et Charles Cuissard - 1896
Notes
:
1 Sur le séjour de la Pucelle à Chécy, voiries
travaux publiés par H. Boucher de Molandon dans le Bulletin
de la Société archéologique de l'Orléanais,
t.IV, p.427 et t.IX, p.73.
2 Gilles de Laval, sire de Retz, conseiller et chambellan du roi,
maréchal de France.
3 Ambroise de Loré, chevalier manceau.
4 Jacques Boucher,
trésorier du duc d'Orléans. (Voir Jacques Boucher,
sieur de Guilleville, sa famille, son monument funéraire,
son hôtel, dans les Mémoires de la Société
archéologique, t.XXII, p.373)
5 Deux de ses frère, Jean et Pierre. Jean, prévôt
de Vaucouleurs, mourut en 1460 ; Pierre fait chevalier par lettres
du 28 juillet 1443, s'établit dans l'Orléanais.
(Cf. Maison de Pierre d'Arc, dans les Mémoires
de la Société archéologique de l'Orléanais
t.XV, p.501, et Famille de Jeanne d'Arc dans l'Orléanais,
Ibid., t. XVII, p.1.)
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