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14 octobre 2019  

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Les mémoires de Le Fèvre de Saint-Rémy - index
Chap.151 - [Comment la Pucelle Jehanne vint en bruit et feut amenée au
siége d'Orléans. Comment elle saillist avec les Franchois sur les Anglois et
fut le siége abandonné.]

r convient il de parler de une adventure quy advint en France, la nompareille que, comme je croy, y advint oncques. Vray est qu'en ung vilaige sur les marches de Lorraine, avoit ung homme et une femme, mariez enssamble, qui eulrent pluiseurs enfans, entre lesquelz eulrent une fille quy de l'eage de sept à huit ans, fu mise à garder les brebis aux champs et longtemps fist ce mestier. Or est vray qu'elle peut dire, du temps qu'elle avoit ou pouvoit avoir dix huict ou vingt ans, qu'elle avoit souvent revelacion de Dieu, et que devers elle venoit la glorieuse Vierge Marie accompaignée de pluiseurs anges, sains et sainctes, entre lesquelz elle nommoit madame saincte Katherine et David le prophète (1), à tout sa harpe, laquelle il sonnoit mélodieusement (2); et enfin elle disoit que entre les aultres choses, elle eult revelacion de Dieu, par la bouche de la Vierge Marie, qu'elle se mist sus en armes, et que par elle, Charles, daulphin de Vienne, seroit remis en sa terre et seignourie et qu'elle le menroit sacrer et couronner à Rains.
  Icelles nouvelles advindrent à ung gentilhomme de la marche, lequel la arma et monta et la mena au siége d'Orléans allencontre des Anglois quy tenoient le siége. Si fist assembler le bastart d'Orléans et aultres
pluiseurs capitaines, ausquelz il compta ce que icelle fille nommée Jehanne la Pucelle disoit. Et de faict fut interroghie de pluiseurs saiges et vaillans hommes, lesquelz se boutèrent en foy de le croire et adjoustèrent en icelle si grant foy qu'ilz habandonnèrent et mirent leurs corps en toute adventure avec elle. Et est vray que ung jour elle leur dist qu'elle vouloit combattre les Anglois, et assembla ses gens et se prinst de assaillir les Anglois par la plus forte bastille que ilz tenoient, que gardoit ung chevalier d'Angleterre nommé Cassedag (3). Icelle bastille fut par ladicte Pucelle et les vaillans hommes assaillie et prinse de bel assault, et là fut Cassedag mort : quy sambla chose miraculeuse, veu la force de la bastille et les gens qui la gardoient.
  Le bruit courut par l'ost des Anglois de la prinse de ladicte bastille, et finablement, quant ilz oyrent dire que ladicte Pucelle avoit faict ceste emprinse, ilz en
furent moult espouventez ; et disoient entre eulx qu'ilz avoient une prophecie qui contenoit que une Pucelle les debvoit debouter hors de France et de tous poins les deffaire. Si levèrent leur siége et se retrayrent en aulcunes places de leur obéissance environ ladicte ville d'Orléans. Entre lesquelz Anglois, le conte de Suffort et le seigneur de La Poulle, son frère, se tindrent à Gergeau ; mais gaires ne y furent que icelle ville fut prinse d'assault, et là fut ledit seigneur de La Poulle mort, et pluiseurs Anglois. La puissance des dessusditz Anglois s'assamblèrent pour retourner à Paris devers le régent ; mais ilz furent de si près suivis des Daulphinois, qu'ilz se trouvèrent en battaille l'un devant l'autre auprès d'ung villaige en Beausse, quy se nomme Patté. Or advint qu'ilz cuidèrent prendre place plus advantageuse que celle où ilz estaient, et partirent de leur place. Mais les Daulphinois frappèrent dedans tellement, qu'ilz les deffirent et de tous poins les desconfirent. Là furent prins le conte de Suffort, le seigneur de Tallebot et tous les capitaines, excepté messire Jehan Fastot, lequel s'en alla : dont il eult depuis grant reproche pour che qu'il estoit chevalier de la Gartière. Touteffois, il s'excusa fort, disant que se on l'eust volu croire, la chose ne fust pas ainsy advenue de leur part. Ainsy furent Anglois desconfis, et se nomma icelle battaille, la battaille de Patté.

                             

                                                         

  Or il convient de parler d'une aventure qui advint en France, la non-pareille, je crois, qui y advint jamais. En un village sur les marches de Lorraine, il y avait un homme et une femme, mariés ensemble, qui eurent plusieurs enfants, parmi lesquels une jeune fille, qui, dès l'âge de sept à huit ans, fut mise à garder les brebis aux champs et fit longtemps ce métier. Or, du temps qu'elle avait ou pouvait avoir dix-huit ou vingt ans, il est vrai qu'elle put dire qu'elle avait souvent des révélations de Dieu ; que vers elle venait la glorieuse Vierge Marie accompagnée de plusieurs anges, saints et saintes, parmi lesquels elle nommait Madame sainte Catherine, et David le prophète, avec sa harpe qu'il sonnait mélodieusement. Elle disait enfin, entre les autres choses, avoir eu révélation de la part de Dieu, par la bouche de la Vierge Marie, de se mettre en armes, et que par elle, Charles, Dauphin du Viennois, serait remis en sa terre et seigneurie, et qu'elle le mènerait sacrer et couronner à Reims.
  Ces nouvelles vinrent à un gentilhomme de la marche qui l'arma, la monta d'un cheval, et la mena à Orléans, à rencontre des Anglais qui y tenaient le siège. Il y fit assembler le bâtard d'Orléans et plusieurs autres capitaines auxquels il conta ce que disait cette fille nommée Jeanne la Pucelle. De fait elle fut interrogée de plusieurs sages et vaillants hommes, qui se boutèrent en voie de la croire, et ajoutèrent en icelle si grande foi qu'ils abandonnèrent et mirent leurs corps à tout hasard avec elle. Il est vrai qu'un jour elle leur dit qu'elle voulait combattre les Anglais; elle assembla ses gens, et se prit à assaillir les Anglais par leur plus forte bastille, que gardait un chevalier d'Angleterre nommé Cassedag. Cette bastille fut assaillie et prise de bel assaut par ladite Pucelle et par ses vaillants hommes, et Cassedas y fut tué ; ce qui sembla chose miraculeuse, vu la force de la bastille et les gens qui la gardaient.
  Le bruit de cette prise courut parmi les Anglais, et finalement quand ils ouïrent que pareille entreprise était l'oeuvre de la Pucelle, ils furent très épouvantés. Ils disaient entre eux avoir une prophétie contenant qu'une Pucelle devait les jeter hors de France et les défaire de tous points. Ils levèrent le siège et se retirèrent dans quelques places de leur obéissance autour d'Orléans. Parmi eux le comte de Suffolk et le seigneur de La Poule, son frère, se tinrent à Jargeau ; mais ils n'y restèrent guère que cette ville ne fût prise d'assaut. Le seigneur de La Poule et plusieurs Anglais y trouvèrent la mort. Les Anglais rassemblèrent leurs forces pour retourner à Paris vers le régent ; mais ils furent suivis de si près par les Dauphinois qu'ils se trouvèrent en ordre de bataille l'un devant l'autre auprès d'un village de la Beauce qui se nomme Patay. Les Anglais, espérant trouver une place plus avantageuse que celle où ils étaient, la quittèrent; mais les Dauphinois fondirent sur eux avec tant d'impétuosité qu'ils les défirent et les déconfirent de tous points. Là furent pris le comte de Suffolk, le seigneur de Talbot et tous les capitaines excepté Messire Jean Fastolf ; ce dont il eut dans la suite de grands reproches étant chevalier de la Jarretière. Cependant il s'excusa fort, disant que si on eût voulu l'en croire, la chose ne fût pas ainsi advenue de leur part. Les Anglais furent ainsi déconfits, et cette bataille se nomma la bataille de Patay.


                                                 


Présentation et texte original - Quicherat, t.IV, p.429 et suiv.
Mise en Français plus moderne : J.B.J. Ayroles, "La vraie Jeanne d'Arc" - t.III, p.504 et suiv.


Notes :
1 Erreur du chroniqueur. Il n'est question de cela ni au procès, ni dans les auteurs français, non plus que de l'apparition de la vierge Marie mentionnée auparavant.

2 Quicherat avait noté "merveilleusement", terme rectifié par François Morand, éditeur de cette chronique.

3 Celui que les chroniqueurs français appellent Classidas (William Glasdale).




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