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06 décembre 2019  

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par Henri Wallon

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Le miroir des femmes vertueuses - index
Comment Jehanne fut interroguée par grans personnaiges et comment elle
congneut le roy entre ses princes et des choses qu'elle luy dit.

ehanne la Pucelle [fut] examinée et bien amplement interroguée par le conseil du roy, auquel elle dit et déclara les advisions et aparitions qui advenues luy avoyent esté, sans aulcunement leur reveler ce qu'elle avoit à dire au roy. Et fut gardée par aulcuns jours, et chascun jour elle estoit interroguée de plusieurs interrogations divines et humaines ; mais finablement on la trouva si constante et si bien moriginée, qu'il fut advisé qu'on la feroit parler au roy. Si fut amenée en une salle où le roy estoit. Lequel elle congneut et aperceut entre les aultres seigneurs qui là estoient, combien qu'on luy cuidast faire entendre que quelque aultre de la compaignie estoit le roy ; mais elle disoit que non et monstra le roy au doyt, disant que c'estoit à luy qu'elle avoit à faire et non à aultre : dont tous ceulx qui là estoyent furent esmerveillez.
  Quant Jehanne la Pucelle eut apperceu le roy, elle se approcha de luy, et luy dist : « Noble seigneur, Dieu le Créateur m'a faict commander par la Vierge Marie, sa mère, et par madame saincte Katherine et madame saincte Agnès, ainsi que j'estoys aux champs, gardant les aygneaulx de mon père, que je laissasse tout là et que en diligence je me retirasse par devers vous pour vous reveller les moyens par lesquelz vous parviendrés à estre roy couronné de la couronne de France, et mettrez vos adversaires hors de vostre royaulme. Et m'a esté commandé de Nostre Seigneur que aultre personne que vous ne sache ce que je vous ay à dire. »
  Et quant elle eut ce dit et remonstré, le roy fist reculer au loing au bas d'icelle salle ceulx qui y estoyent, et à l'autre bout où il estoit assis, fist approcher la Pucelle de luy. Laquelle par l'espace d'ugne heure parla au roy, sans que aultre personne que eulx deux sceut ce qu'elle luy disoit. Et le roy larmoyoit moult tendrement : dont ses chambellans qui veoyent sa contenance, se voudrent approcher pour rompre le propos ; mais le roy leur faisoit signe qu'ilz se reculassent et la laissassent dire. Quelles parolles ilz eurent ensemble, personne n'en a peu riens sçavoir ne congnoistre, si non que on dit que, après que la Pucelle fut morte, le roy, qui moult dolent en fut, dist et revela à quelqu'ung que elle luy avoit dit comment peu de jours paravant qu'elle venist à luy, luy estant par une nuyct couché au lict alors que tous ceulx de sa chambre estoyent endormis, il silogisoit en sa pensée les grans affaires où il estoit ; et comme tout hors d'espérance du secours des hommes, se leva de son lict en sa chemise, et à costé de son lict, hors icelluy, se mist à nudz genoulx et les larmes aux yeulx et les mains joinctes, comme soy reputant miserable pecheur, indigne de adresser sa prière à Dieu, suplia à sa glorieuse Mère qui est royne de miséricorde et consolation des désolez, que, s'il estoit vray filz du roy de France et héritier de sa couronne, il pleust à la dame suplier son filz que il luy donnast ayde et secours contre ses ennemys mortelz et adversaires en manière que il les peust chasser hors de son royaulme et icelluy gouverner en paix ; et s'il n'estoit filz du roy et le royaulme ne luy appartenist, que le bon plaisir de Dieu fut luy donner patience et quelques possessions temporelles pour vivre honnorablement en ce monde. Et dit le roy que à ces parolles que portées luy furent par la Pucelle, il congneut bien que véritablement Dieu avoit revelé ce mistère à ceste jeune pucelle ; car ce qu'elle luy avoit dict estoit vray. Et jamais homme aultre que le roy n'en avoit riens sceu.

                                                         

  Jeanne la Pucelle fut examinée et bien amplement interrogée par le conseil du roi, auquel elle dit et déclara les visions et apparitions qui lui étaient advenues, sans leur révéler aucunement ce qu'elle avait à dire au roi. Elle fut gardée pendant quelques jours, et chaque jour elle était interrogée sur plusieurs questions divines et humaines ; mais finalement on la trouva si constante et si bien morigénée qu'il fut arrêté qu'on la ferait parler au roi. Elle fut amenée en une salle où le roi était ; elle le connut et aperçut entre les autres seigneurs qui là se trouvaient, encore qu'on cherchât à lui faire entendre que quelque autre de la compagnie était le
roi ; mais elle disait que non, et montrant le roi du doigt, elle dit que c'était à lui qu'elle avait affaire, et non à un autre ; ce dont tous ceux qui étaient là furent émerveillés.
  Quand Jeanne eut aperçu le roi, elle s'approcha de lui et lui dit : « Noble seigneur, Dieu le Créateur m'a fait commander par la Vierge Marie sa Mère, et par Madame sainte Catherine et Madame sainte Agnès (1), ainsi que j'étais aux champs gardant les agneaux de mon père, que je laissasse tout là, et qu'en diligence je vinsse vers vous pour vous révéler les moyens par lesquels vous parviendrez à être roi couronné de la couronne de France, et mettrez vos adversaires hors de votre royaume. Et m'a été commandé de Notre-Seigneur que nulle autre personne que vous ne sache ce que j'ai à vous dire. »
  Quand elle eut dit et remontré cela, le roi fit reculer au loin au bas d'icelle salle ceux qui s'y trouvaient, et à l'autre bout où il était assis, il fit approcher la Pucelle. Elle lui parla par l'espace d'une heure, sans qu'autre personne qu'eux deux sussent ce qu'elle lui
disait. Le roi larmoyait fort tendrement; ses chambellans, qui voyaient sa contenance, voulurent approcher pour rompre le propos, mais le roi leur faisait signe de reculer et de la laisser dire. Quelles paroles ils eurent ensemble, personne n'en a pu rien savoir ni connaître, sinon que l'on dit, qu'après la mort de la Pucelle, le roi, qui en fut très dolent, révéla à quelqu'un qu'elle lui avait dit comment, peu de jours avant qu'elle vînt vers lui, lui étant par une nuit couché au lit, alors que tous ceux de sa chambre étaient endormis, il raisonnait en sa pensée sur les grandes affaires où il était ; et comme tout hors d'espérance du secours des hommes, il se leva de son lit en sa chemise, et, à côté de son lit, hors d'icelui, il se mit à nus genoux; et les larmes aux yeux, les mains jointes, se réputant comme misérable pécheur indigne d'adresser sa prière à Dieu, il supplia sa glorieuse Mère qui est reine de miséricorde et consolatrice des désolés que, s'il était vrai fils du roi de France et héritier de la couronne, il plût à la Dame de supplier son Fils de lui donner aide et secours contre ses ennemis mortels et adversaires, en sorte qu'il pût les chasser de son royaume, et icelui gouverner en paix ; et s'il n'était pas fils du roi et si le royaume ne lui appartenait pas, que le bon plaisir de Dieu fût de lui donner patience et quelques possessions temporelles, pour vivre honorablement en ce monde. Le roi dit qu'à ces paroles, qui lui furent portées par la Pucelle, il connut bien que Dieu avait véritablement révélé ce mystère à cette jeune pucelle ; car ce qu'elle lui avait dit était vrai. Et jamais autre que le roi n'en avait rien su.

(2)

                                                 


Source : "Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc" - Quicherat - t.IV, p. 267
Mise en Français plus moderne : J.-B.-J. Ayroles "La vraie Jeanne d'Arc - t.III.

Notes :
1 Le miroir... substitue ici et ailleurs sainte Agnès à sainte Marguerite. Nous ne lisons nulle part que Notre-Dame ait apparu à la Pucelle.

2 J.B.J. Ayroles dans son volume III de la vraie Jeanne d'Arc reprend le "miroir des femmes vertueuses"



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