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La chronique de Morosini
Lettre 11 - index
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ettre de sire Pancrace Justiniani, venue de Bruges, en date du 27 juillet :
Je vais vous rapporter tout ce que j'ai appris des nouvelles de France jusqu'au 27 juillet. On sait avec certitude par de nombreuses voies que vers le 12 de ce mois le Dauphin est entré en possession de Troyes en Champagne. Avant de lui donner entrée, les habitants le firent attendre trois jours, et après ils se soumirent très paisiblement à lui comme à leur souverain. Il pardonna à tous très bénignement, et les reçut avec bonté. Tout se fit par la disposition de la Pucelle, qui, à ce qu'on dit, a le commandement, la direction et gouvernement de tout. Elle suit, dit-on, constamment le Dauphin, elle a une armée de vingt cinq mille combattants, sans compter ceux qui se trouvent sur la frontière de la Normandie sous les ordres du duc d'Alençon, comme nous le dirons plus loin.
Partis de Troyes, ils sont venus à Reims, où l'usage demande que soient couronnés tous les rois de France. Ils y arrivèrent le samedi 16 de ce mois de juillet, les portes leur en furent ouvertes sans condition aucune; le sacre eut lieu le dimanche 17 avec toutes les cérémonies ordinaires. Il dura depuis tierce jusqu'à vêpres environ. Tout cela est su avec certitude par plusieurs voies.
Auparavant, de nombreuses contrées de la Champagne, telles que Châlons, Laon, Saint-Quentin, tous les autres pays qui sont avant ces villes, lui ont rendu obéissance. Ce n'est pas que ces contrées eussent été de son parti ; elles avaient toujours été du parti du duc de Bourgogne, encore qu'elles se soient toujours refusées à prêter serment aux Anglais. Elles se gouvernaient par elles-mêmes en suivant le parti de Bourgogne.
Tournay, cité distante d'ici d'une journée (environ 40 milles), qui fut toujours très fidèle à son seigneur le Dauphin, a fait sur son territoire des fêtes, des processions, des feux de joie pour célébrer les victoires du roi nouvellement sacré. C'est le sentiment de beaucoup que les habitants l'aideront de leurs deniers ; et il en est qui disent qu'ils équiperont jusqu'à quatre mille hommes pour soutenir sa cause.
Le duc de Bourgogne est de retour de Paris ; il est arrivé à Arras le 10 (1) de ce mois. Il a amené avec lui la duchesse sa soeur, femme du duc de Bedford, qui se proclame régent de France. Ledit régent était parti de Paris pour se trouver à Pontoise qui est la clef de la Normandie. Il y attend le Cardinal avec tous les Anglais qui ont débarqué. On les dit au nombre de six mille, dont trois mille payés des deniers de l'Église pour marcher contre les hussites. Que Dieu qui est juste juge...
Le seigneur duc a fait en Picardie et dans ses autres États grand mandement pour lever des hommes d'armes; et selon son vouloir on affirme qu'il sera bientôt prêt à aller avec les Anglais combattre Jeannette et le Dauphin. Que le Christ dispose tout selon le droit !
Paris, à la grande frayeur du peuple, est gardé par trente-deux seigneurs ; seize sont Bourguignons et seize sont Anglais. Ils ont sous leurs ordres, à ce qu'on raconte, environ trois mille hommes. Ils ont défendu à qui que soit du peuple de sortir de la ville...
Des personnes dignes de foi donnent comme certain, et je le crois ainsi autant qu'on peut le conjecturer, que le roi de France a mandé à ce seigneur duc de Bourgogne de faire des préparatifs pour vouloir bien se trouver à Saint-Denis le jour de la Magdeleine. Saint-Denis est une ville à environ deux milles de Paris, où tous les rois de France ceignent la couronne, cérémonie à laquelle doivent assister les douze pairs. Or le duc de Bourgogne est pair à double titre, pour le comté de Flandre et le duché de Bourgogne... Il n'y a pas à, penser qu'il s'y rende, mais, en secret, d'autres disent le contraire. Je ne sais ce que je dois croire.
On sait que le duc d'Alençon à la tête de douze mille hommes fait bonne guerre aux Anglais sur les frontières de la Normandie. Il se dit qu'il s'est emparé déjà de trois ou quatre seigneuries. D'après moi, les Anglais seront forcés de renforcer leurs forces en Normandie ; heureux s'ils parviennent à conserver leurs possessions, eu égard aux résultats des batailles qui sont beaucoup plus favorables au roi de France qu'au régent. Dans ces trois mois l'on fera la paix. Nous pouvons bien dire que, de nos jours, nous avons vu des choses très miraculeuses, comme on peut s'en convaincre en considérant ce qui est advenu jusqu'ici. Que le Christ donne secours au droit et que ce soit pour le bien de tous !
Il a été dit depuis plusieurs jours, sans qu'aucune lettre l'ait confirmé, que le fils (2) du duc de Bourgogne s'est mis à la suite du roi de France avec trois mille barons.
Notre seigneur duc se trouve tout à l'heure à Arras. On raconte que ces jours derniers, il a envoyé une ambassade au roi de France, ambassade, qui, dit-on, les aurait laissés en plein désaccord. Il se dit que le même duc est prêt à combattre dans le mois d'août avec les Anglais contre ledit roi. Je ne sais ce qu'il faut en croire.
On sait avec certitude que le roi de France a été à Noisy, à douze lieues de Paris ; que c'était pour venir vers Paris ceindre la couronne à Saint-Denis, solennité qu'il est dans l'obligation d'accomplir; on tient pour certain qu'il y sera couronné ces jours-ci. Les Parisiens ont démantelé les murailles, comblé les fossés de Saint-Denis, en faisant réfugier le peuple à Paris, pour que le roi, en arrivant avec son armée, ne puisse pas s'y fortifier.
Le Cardinal et le régent sont réunis à Pontoise, à sept lieues de distance de Paris, avec toutes les forces anglaises, qui doivent être engagées dans le combat. Que le Christ pourvoie au bien des chrétiens ! On ne sait rien de ce qui a suivi, ni autre chose des événements, jusqu'au 27 juillet 1429.


XI (pages 1009-1010, f° 507). (3)
Da Bruzia, Miiijxxviiij corando, può per letera rezevuda da ser Prangati Zustignan de xxvij luio.
Qua de soto dirò quelo ò sentido de nuove de Franza de xxvij de iuio. Certo se sa
per molte vie como circha dy xij de questo mexe, el dolfin ave Tros de Zanpagna, e che, avanti l'avese, color dentro volse respeto 1 ziorni tre, e può begnisimamente se rexe a luy como so vero signor, e quelo pacifichamente perdonase a tuti, e con begninitade quelo i rezevete, e statin per comandamento dela poncela, la qual a iu se dixe quela eser cavo e via e governatrixe de tuti, e contase coley siegue el dolfino, e sono con lie XXVM. persone da quela banda, senza queli sono ai confini de Normandia, che è el ducha de Lanson, como in questa diremo.
Partidi da Tros son vegnudi a Rens, donde confina el sagrarse tuti reali de Franza, e là i zionse el sabado ady xvj. de quelo, e senza algun contrasto queli fo apreso le porte, e la domenega ady xvij fo sagrado con tute le suo pertinencie, e dura la sagra da terza fina cercha el vesporo, e questo se fa certo ancora per molte vie.
Avanti anchora molte tere de Zanpagna, como è Zalon, Lanfon, quanti e avanti altry asay luogi tuti vignudi ala ubidencia soa, e non tanto che tute iera parciale, che senpre le dite iera stade con el ducha de Borgogna, ed è vero che may non à voiudo voler el zuramento d'ingelexi, che per lor medemi s'à governado con la parte de Borgogna.
Torim, ch'è una tera larga de qua a una ziornada, ch'è circha mia XL. de longi, che senpre è stada fedelisima al so signor dolfino, si se a fato sule confine feste e procesione e fuogi per le vituorie de questo re novelamente sagrado; è per opinion de molti che i diti l'aiderà de dinery, e chi diga i diti i apareclerà iiijM. homeny per mandarli in el so favor.
El ducha de Bergogna è tornado da Paris e zionse a Razo ady x. de questo, e con luy a menado so sorela la duchesa de Betifor, che se clama el rexente de Franza; el dito riziente iera partido da Paris per eser a Pontros, ch'è la clave de Normandia, e là atende el gardenal chon tuti ingelexi che iera partidy, e raxionase eser in suma VJM., che iijM, son pagadi per andar chontra i Usi di dener de la gliexia, e Dio ch'é zusto zudexe, e cetera.
Questo signor ducha per la Pichardia con altry suò luogi a fato gran mandamento de far zente d'arme, e de tuto segundo el voler so dixe de brieve eser presto con ingelexi andar Zaneta al dolfino. Cristo proveza ala raxione.
Paris roman guardada chon gran paura del puovolo da xxxij signori, xvj. dala parte de Borgogna e xvj. dala parte d'lngletera ; raxionase sono in soma soto la so condicione circha iijM. homeny, e ano el puovolo ordenado non posa partir alguno, noma per Diabor non se lieva chontra loro, del qual luogo a ziornade qui n'è capetanio, e parexini è fermani per eser certi de trovarse fuori dele fievre poravey ochorer, e cetera. Cristo proveza.
Dixese de certo, per persone degne de fede, e chusy credo, per quelo s'à posudo sentir, el re de Franza aver mandado a questo signor ducha de Borgogna, ch'el concora tanto, ch'el se debia voler trovar el di dela Madalena a San Donis, che è a una vila largo da Paris circha a do mia, al qual luogo tuti i reali de Franza prende la corona, e chovien eser tuti xij pari, e perche el ducha de Bergogna è per do, zioè per la contesa de Fiandra e la duchesa de Borgogna, el dito a mandado a ingelexi el quinto per la so persona; non n'è da raxionar el ne vada, ma in secretis multy monta lochontur, non so quelo me debia creder.
Sase, el ducha de Lanson con xijM. homeny ai confini de Normandia far bona vera a ingelexi, e zià se dixe aver prexo tre hover quatro tere; serà forzò segundo mi ai diti ingelexi farsy forto in Normandia, e ben fara se i le porà tute vardar segundo le cose adevien ale ziornade in favor del re de Franza che non n'è al regiente, e in questi tre mexi presto averano paze, che certo ai nostry dy se puo dir abiemo vezudo cose miracoloxe asè, como se può certamente conprender per quelo è seguido. Cristo aida la raxione, e sia bem de tuty.
È stado dito zià molty ziorni, ma non se saper letera d'algun, ch'el fiol del ducha de Borgogna a seguir el re de Franza con iijM. barony.
Questo signor ducha se truova pur a Razo, e fase conto, che in li dy pasadi el manda anbasada al re de Franza, la qual i à trovado segondo se dixe in dexacordo, e dixese eser presto per tuto avosto ingelexi a conbater el dito re ; non so quelo me debia creder.
De certo se sa, el re de Franza eser stado a Nois, largo da Paris xij. lige, e vegniva alora per Paris per tuor la corona a San Dionis, che è dele solenita che l'à ha far, e tiense certo a questy dy el sia incoronado, ei qual San Donis per queli de Paris, esendo tuty le mure mese contra e rapite i fosy, el puovolo schanpado a Paris, e queli solo perchè, vignanonde el re con la soa giente, non se posa farse forte.
E trovase el gardenal e'l reziente a Pontos, largo da Paris vij. lige, con tuto el sforzo
d'ingelexi, e non se debia eser ale mane. Cristo proveza al bem dy cristiany, e sapiè ala ziornada niente del seguir, nè altro d'è, fina a xxvij. de luio Miiijxxviiij.
Source
: Présentation, traduction et texte original de J.B.J. Ayroles : " La vraie Jeanne d'Arc" - tome III "La libératrice", p.567.
Remarques d'Ayroles sur cette lettre :
[Cette lettre, si remplie de nouvelles, en contient fort peu qui soient fausses. Le duc d'Alençon combattait dans l'armée de la Pucelle, avec le titre de lieutenant général du roi. Il se rapprochait des frontières de la Normandie par la soumission du Beauvaisis. A cette date, Saint-Denis n'était pas démantelé, s'il l'a jamais été; cependant le Journal de Chuffard nous apprend que les habitants de la campagne, par crainte des Armagnacs, fuyaient à Paris, emportant leurs blés moissonnés ayant le temps. Le comte de Nevers était le beau-fils du duc Philippe, et en même temps son cousin germain. Il inclinait vers la cause française, quoiqu'il ne fût pas en position de la soutenir comme il l'aurait voulu. Le duc Philippe avait épousé la mère du jeune comte, Bonne d'Artois, que la défaite d'Azincourt avait rendue veuve. C'était sa tante par alliance. Elle mourut après quelques mois de mariage, mais le duc conserva la tutelle de ses beaux-fils, tout en convolant à un troisième mariage.]
Notes :
1 vers le 19
2 le beau-fils
3 Le premier chiffre indique la pagination de la copie de Venise, le second les folios de l'original de Vienne.
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