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13 décembre 2019  

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Lettre 7 - index

opie (1) des nouvelles de France, touchant la damoiselle, envoyées de la part du marquis de Montferrat à la seigneurie de Venise (2).

  Très illustre prince, c'est chose vraie (3) que le 21 juin, ladite damoiselle partit, avec tous ses gens d'armes, de la rivière de Loire pour aller à Reims pour couronner le roi de France (4). Ledit roi partit le 22, pour ce que ladite damoiselle le précède continuellement d'une journée de marche ou environ (5). Et si advint-il que le samedi 2 juillet (6), furent faites moût notables choses (7), après lesquelles elle alla devant la ville d'Auxerre (8), et aussitôt les bourgeois lui mandèrent douze ambassadeurs (9) des plus notables hommes de la ville et de ceux qui paraissaient amis du roi, montrant leur intention de traiter et de faire obédience au roi une fois arrivé devant la ville ; et durant cette négociation, les bourgeois envoyèrent chercher mout capitaines de gens d'armes (10), lesquels, Bourguignons et Savoyards, se nommaient, le premier, le Viau de Bar (11), [puis] le seigneur de Varambon (12) et messire Humbert Mareschal (13), Savoyard ; ils amenèrent avec eux environ 800 hommes d'armes, que tous les bourgeois firent cacher par leurs maisons, vingt d'un côté, trente ici et quarante dans d'autres, etc...
  Ladite damoiselle envoya douze hommes de ceux du roi pour aller voir dans la ville ce qui se faisait (14), et fit revenir douze de ceux de la ville. Et quand les douze hommes du roi furent arrivés dans la ville et eurent vu si grande multitude de gens armés, tous s'en émerveillèrent fort, et lorsqu'ils voulurent s'en retourner pour dire ce qu'ils avaient vu et entendu dans la ville, les bourgeois, voyant leur trahison découverte, se saisirent de ces douze hommes du roi et si leur coupèrent la tête, puis mirent leurs têtes sur les portes de la ville. Et aussitôt que la damoiselle sut ces choses, elle fit prendre les douze hommes de la ville et si leur fit couper la tête et [mettre] devant les portes de la ville ; et cela fait, elle fit crier que chacun dût aller assaillir la ville, et ce commandement fait, tous allèrent à l'assaut (15).
  L'évêque de la ville (16) fut pris au premier assaut en combattant, lequel était venu avec ses prêtres vêtu de robe et parements de religion, avec des reliques et de l'eau bénite. Ladite damoiselle le fit prendre avec tous les prêtres et leur fit couper à tous la tête ; et cela fait, à partir de l'âge de sept ans, hommes et femmes, tous sans exception furent taillés en pièces, et elle fit gâter toute la ville.
  Vérité est qu'environ 2000 Anglais allaient escortant le camp du roi, pour voir s'ils y pouvaient trouver quelque désaccord et lui faire quelque grand dommage ; alors, ladite damoiselle fit demander un capitaine du roi, qui est appelé La Hire (17), et elle lui dit : « Tu as fait en ton temps de très nobles choses, mais au jour d'aujourd'hui Dieu t'en a préparé à faire une plus notable [que celles] que jamais tu fis. Prends tes gens d'armes, et va à tel bois, à deux lieues d'ici ; tu y trouveras 2000 Anglais, tous la lance en main ; tu les prendras tous et tu les tueras. (18) » Lequel alla les trouver, et les dits Anglais furent tous pris et tués, ainsi comme lui avait dit la damoiselle.
  Dans la ville d'Auxerre est mort ledit Viau de Bar, et ensuite le seigneur de Varambon, et messire Humbert Mareschal, avec beaucoup de ceux de Savoie, environ 600. Cela fait (19), la gent du roi de France (20) s'en est allée (21) à une ville appelée Troyes (22), qui a fait obédience (23), et semblablement a fait le pays de Joigny (24). Et il est vrai que le duc de Bar, frère du roi Louis et beau-frère du roi de France (25), venant (26) au secours du roi avec environ 800 chevaux (27), les Bourguignons l'apprirent et allèrent à sa rencontre, par commandement du duc de Bourgogne, avec environ 1200 chevaux; et ayant combattu ensemble, les Bourguignons ont été pour la majeure partie tués et pris (28).
  Le duc de Bourgogne et le duc de Bedford avec toutes leurs forces se sont rendus à une ville appelée Beauvais (29), et là se sont mis en point pour combattre ledit roi avec la damoiselle. Mais, nonobstant la très grande multitude d'hommes réunis par lesdits ducs, [le roi ni] ladite damoiselle ne tiennent aucun compte des choses dessus dites. Il paraît bien que c'est là grande nouvelle et que d'autres pays du roi ont fait des processions avec de grands feux et fêtes (30).
  L'évêque de Clermont (31), qui avait la couronne de saint Louis, l'a rendue au roi à très grand peine, en cette manière. La damoiselle lui envoya un messager avec des lettres, le priant qu'il voulût rendre la couronne ; il répondit qu'elle avait mal rêvé. Mais ladite damoiselle lui manda à dire une autre fois. Il lui répondit de même. Alors elle écrivit aux bourgeois de Clermont que si la couronne n'était pas rendue, Dieu les pourvoirait. Rien ne fut fait, et aussitôt il tomba telle quantité de grêle que ce fut grand merveille. Et la damoiselle pour la troisième fois écrivit auxdits bourgeois, et si leur écrivit la forme et façon de la couronne que l'évêque tenait cachée, disant que si elle n'était pas rendue, il leur adviendrait bien pis qu'il ne leur était advenu. L'évêque, entendant nommer la forme et façon de la couronne, que l'on ne croyait pas qui fût connue, pleurant fortement et se repentant de ce qu'il avait, ordonna que ladite couronne fût envoyée (32) au roi et à la damoiselle. (33)

                               

                                                               

VII (pages 1000-1004, fos 505-506). (1)

Copia dele novele de Franza dela donzela, mandade dal marchexe de Monfera ala signoria de Veniexia.

Inlustrisimo principo. Elo è chosa vera chel ziorno dy xxj de zugno la dita donzela se party con tuta la zente d'arme de su la riviera de Loiraper andar a Rains per incoronar el re de Franza, e lo dito re se parti ai dy xxij, in perd che la dita damixela la va davanti chontinuamente per spaci a d'una ziornada, o circha, e si adevene che'l sabado dy do luio eser sta fato molte notabel cose, da può dele qual ela si andè davanti la citade de Austro, e in quela hora i citadini sy i manda xij anbasadori di plu notabel homeni dela citade, e de queli li qual apareva amixi del re, mostrando de praticar e de far obediencia al re, ch'el vegnise davanti la citade, e durando questa praticha li citadini si mandase permolti capetanij de ziente d'arme, li qual como borgognoni e savonengi nominadi: loprimo fo lo vechio de Baro, lo signor de Vurando e miser Onberto, mareschalcho savonengo, i qual sy conduse chon lor circha homeni d'arme viijc, li qual tuti li citadini fexe aschonder per le caxe suò, in una parte xx e xxx, e in altre XL, e cetera.
  La dita donzela sy manda xij. homeny de queli del re, andadi in la citade per veder quelo che se feva, e sy fe retornar xij. de queli dela citade, e quando ly xij. del re fo andadi in la cita, e holdido e vezudo si gran moltitudine de giente armada, e tuti quanti eser cusi meraveioxi, voiando retornar a dir quelo che i aveva vezudo e aldido in la cità, li citadiui, vezudo el tradimento deschoverto, si prexe questi xij. del re e si li taia la testa, e da può le mese su le porte dela citade, e de subito, sapudo la donzela queste cose, fexe prender li xij. dela cità e si li fe taiar le teste, e davanti le porte dela citade, e, dapuò fato questo, fe cridar che ziaschaduno devese andar ad arsair lacitade, e, fato el chomandamento, tuti andò a l'arsalto.
  Lo veschovo dela citade al primo arsalto, chonbatando la citade, fo prexo, el qual con i prevedy iera vegnudo vestido con robe e paramenty de regilione, e con reliquie, e aqua benedeta; la dita donzela el fexe piar con tuti i prevedy e fexei taiar a tuti le teste e, questo fato, da vij. ani, sy a homeni come femene, e tuti quanti sono taiadi a peze, e fexe guastar tuta la citade.
  Veritade è, che circha ijM. ingelexi sy andava scorrizando el canpo del re, per veder s'i podeva trovar al dito canpo descordanza e de farli alcun grando dano; la dita donzela sy fo domandar uno capetanio del r e , lo qual vien clamado Laira, e a quelo ly dise: tu a fato per lo to tenpo de cose nobelisime, ma al di d'anchuo Dio t'à apareclado de far una plu nota bele che may festi; prendi la toa giente d'arme e va al tal boscho lonzi de qua do lige, e là tu trovera ijM. ingelexi, tuti con le lanze in man, e tuti i pierà e amazeray; lo qual andando a trovarli i diti ingelexi queli prexi e morti, si como ly aveva dito la damixela.
  Dentro dala citade de Hosera eser morto lo dito vechio de Baro e apreso el signor de Varandom e miser Onberto mareschalcho con molti de Savona, circha vjc. Fato questo, la giente del re de Franza si son andadi a una citade apelada Trois, e l'à fato hobediencia, e simel muodo à fato la contrada di i Ongij, ed è vero che'l ducha de Bary, fradelo del re Alois e chugnado del re de Franza, Jo qual si vegnirà per aidar al re con circha viijc. cavay, li borgognony, abiando sentido questo, sy li andè a trovar per chomandamento del ducha de Borgogna chon circha cavay MCC e, conbatudi insenbre, i borgognexi si son stady per la mazior parte morti e prexi.
  El ducha de Borgogna e'l ducha de Bertufort con tuto lo so sforzo si son reduti auna vila clamada Blave, e la si se mete in ponto per conbater lo dito re e con la damixela, ma de questo, non hostante la grandisima moltitudene d'omeni chon li diti ducha a uno, la dita donzela non de fano algun conto de queste cose sovra dite, parli ben a quela i è gran nuova, e altro paixe del re aver fato precesion, con grandi fuogi e festa.
  Lo veschovo de Chiaramonte, lo qual sy aveva la corona de Sancto Alvixe, si la redurà al re per questo muodo con grandisima pena, che la damixela sy i manda uno fante chon suo letere pregandolo chel volese render la corona, lo qual sy respoxe che la s'aveva mal insoniado, ma la dita donzela sy i manda a dir una altrafiada, respoxoi quelo medieximo, e si scrise a i citadini de Gieramonte, che se la corona non fose renduda, che Dio li provederave; questo non fo fato, e subitamente cazete tanta quantita de tenpesta, che fo gran miracolo, e la donzela la terza volta scrise ai prediti, e si li scrise la forma ela fazone dela corona,la qual el veschovo tegniva ochulta, che se la non fose renduda molto pezio li vigneria che vegnudo non n'iera; el veschovo, oldando nomenar la forma e la fazone dela corona, la qual non se credeva che se savese, forte pianzando e pentandose de quelo che l'aveva fato, la dita corona alo dito re e ala damixela mandada i fose.


                               
                  


Source : Les textes originaux (en vert) sont ceux publiés par J.B.J Ayroles dans " La vraie Jeanne d'Arc" - tome III "La libératrice", p.567 et suivantes (ndlr : avec quelques petites corrections au vu du texte de Germain-Pontalis).
Les notes d'érudition sont celles de Germain Lefèvre-Pontalis, parues dans "Chronique d'Antonio Morosini", t.III (1898), p.66 et suivantes, accompagnées de la traduction de Léon Dorez.
Toutes les assertions sont référencées mais les références ne sont pas toujours mentionnées ici pour plus de clarté.

Extraits des notes de G.Lefèvre-Pontalis :
1 Septième groupe de documents relatifs au fait de Jeanne d'Arc. — Copie d'une lettre adressée par un personnage non spécifié à Jean-Jacques Paléologue, marquis de Montferrat [beau-frère du duc de Savoie Amédée VIII], lettre relatant des faits remontant au moins aux environs du 10 juillet 1429. — Copie communiquée au gouvernement vénitien par un correspondant inconnu, avec une missive d'envoi qui constitue le document immédiatement suivant (n° 8). — Cette copie communiquée arrive à Venise, avec la missive d'envoi, entre le 2 et le 11 août. — Cette lettre adressée au marquis de Montferrat est à rapprocher, au point de vue de son auteur et de son destinataire, des deux documents suivants (n° 8 et n° 9), comme, également, d'une correspondance adressée à un prince italien, attribuée à Alain Chartier. (Procès, t. V, p. 131-136.) — Une transcription de ce présent document, n° 7, comme du document suivant, n° 8, se trouve conservée dans les archives de l'abbaye vénitienne de San Giorgio Maggiore, à l'Archivio di Stato de Venise. Le texte de cette transcription a été publié par M. G. dalla Santa dans le périodique vénitien La Scintilla du 17 et du 24 février 1895.

2 S'appliquant à cette présente lettre, une indication annexe du manuscrit de Morosini, inscrite en tête du document même, porte ces mots : « Fina qui non è confermada questa letera. » — « Jusqu'ici cette lettre n'est pas confirmée. »

3 Cette lettre ne contient que des nouvelles d'événements non encore mentionnés et offre par là un intérêt nouveau. Elle commence, comme on voit, par relater le départ de Gien pour la direction de Reims.

4 Premier emploi du terme de "roi de France". Malgré tout le terme "dauphin" sera encore parfois utilisé ensuite.

5 Cet ensemble de renseignements est inexact quant à la date du départ de Gien pour Reims, qui s'effectue, pour le roi le 29 juin, pour Jeanne d'Arc le 28 ou le 27.
Mais il est curieusement précis en signalant l'avance que Jeanne d'Arc avait, en effet, sur le roi, ayant, comme on l'a vu, précédé Charles VII, en station d'attente, à quatre lieues de Gien. Ce passage tendrait à limiter à une seule journée la durée du séjour de la Pucelle hors de Gien, en plaçant ainsi son départ au 28, selon la version de la Chronique de la Pucelle et de Chartier, contrairement au récit de Cagny, qui la fait stationner deux jours aux champs et partir le 27. — Toutefois, l'indication ici donnée cesse d'être exacte quand elle spécifie que la Pucelle devançait habituellement le roi d'une journée tout entière. Dès le 29, la jonction opérée, Charles VII et Jeanne d'Arc faisaient route ensemble. Certains indices feraient croire que, jusqu'à Reims au moins, ils ne marchaient pas toujours de conserve; mais, en tout cas, l'avance des étapes de la Pucelle n'offre pas un caractère persistant.

6 Cette date du 2 juillet, un samedi en effet, signalée ici comme jour de l'arrivée de l'armée royale devant Auxerre, est à relever, malgré le caractère fabuleux des informations consécutives. En somme, et quoique les divers itinéraires de Jeanne d'Arc les plus récemment publiés (Quicherat, Procès, t. V, p. 379, P. Ayroles, La vraie Jeanne d'Arc, t. IV, p. 433; cf. V. de Viriville, Notes de Chartier, t.I, p. 91, n. 2) marquent, sur la foi de références insuffisantes, la présence des forces françaises sous Auxerre à la date du 1er juillet, il faut reconnaître qu'on ne possède absolument aucun renseignement sur les étapes de la grande armée royale, entre le 29 juin, date établie du départ de Gien sur la Loire et le 4 juillet, où l'on va constater son passage à Brienon-l'Archevêque, sur la route d'Auxerre à Troyes. On sait seulement qu'elle dut faire route, de la Loire à l'Yonne, par Saint-Fargeau, point de repère qui représente la direction normale, à travers la Puisaye, de Gien à Auxerre. Saint-Fargeau est, en effet, signalé, fait qui ne paraît pas avoir été remarqué, comme enlevé à ce moment par les forces françaises. (Monstrelet). Une lettre du commandant de Nogent-sur-Seine à la cité de Reims fait voir, il est vrai, qu'à Nogent, le 1er juillet, on croyait l'armée (arrivée de Gien) « à Montargis », mais marchant sur Sens, et, dans l'hypothèse de cette marche opérée en entier par le Gâtinais, laissant Auxerre bien loin sur sa droite. (Recueil de Jean Rogier, dans Procès, t. IV, p. 286.) — Une lettre de la cité de Troyes à la cité de Reims fait voir qu'à Troyes, également le 1er juillet, on disait l'armée « près d'Auxerre », marchant sur Reims. On sait aussi que le roi va stationner devant Auxerre pendant trois jours.

7 Tout ce qui suit, concernant la soi-disant prise d'Auxerre et les incidents bizarres ici attribués à cet événement, jusqu'à la reprise de la marche sur Troyes, porte le caractère d'une fantaisie aussi déconcertante que singulière. Il est intéressant de voir tout le même fonds de bruits et de rumeurs reproduit sommairement, mais de façon absolument identique, et à deux reprises, dans une pièce annexe à la lettre déjà souvent citée de Jacques de Bourbon, pièce en date du 24 juillet. (p. 64, 65.) Les deux lettres suivantes (nos 8 et 9) montrent, d'ailleurs, ces mêmes rumeurs, telles quelles ou même grossies encore en route, parvenant en Italie par trois autres sources que celle ici mentionnée. La mention erronée de l'occupation d'Auxerre par les forces françaises se retrouve dans le Bourgeois de Paris (entre 16 et 25 juillet), dans la Chronique des Cordeliers (entre 18 et 30 juin, fol. 484 v°), dans Pierre Cochon (ch. xlviii, p. 300), dans la Chronique de Tournai (p. 414).

8 Auxerre et son comté, possession royale depuis 1371, date où Charles V l'avait acquise de Jean IV de Châlon, dernier comte de la maison de Châlon, titulaire, depuis le milieu du XIIIe siècle, du comté d'Auxerre, relevant féodalement du duché de Bourgogne, étaient rattachés au bailliage de Sens, au titre de bailliage de Sens et d'Auxerre. — Philippe le Bon, en 1424, s'était fait personnellement attribuer le comté d'Auxerre par le gouvernement anglais ; il devait se le faire maintenir par le traité d'Arras, en 1435, et le comté ne devait faire retour à la couronne qu'à la chute de la maison de Bourgogne, en 1477.
D'autre part, en 1426 et 1427, on avait vu le favori de Charles VII, le grand chambellan Pierre de Giac, exécuté au début de 1427, porter le titre de comte d'Auxerre. (Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II, p. 129-130, 132.) — L'assertion qui fait de la Trémoïlle le commandant titulaire d'Auxerre, assertion encore souvent admise, et provenant sans doute d'une interprétation inexacte de son rôle dans l'abandon de toute opération contre la ville (Journal du siège, Chron. de la Pucelle, Chartier), ne repose sur aucun fondement. Le bailli bourguignon d'Auxerre était alors Jean Regnier ; son lieutenant général, Germain Trouvé; le capitaine, Simon Le Moyne.

9 Le fait d'une ambassade envoyée au roi par les Auxerrois est établi. (Chartier, Chron. de la Pucelle, Monstrelet) L'indication, ici contenue, mentionnant ce chiffre de douze envoyés de la ville, à laquelle va répondre celle des douze envoyés du roi, qui va se rencontrer tout à l'heure, provient évidemment de quelque informateur au courant de la situation de la cité, dont l'administration était confiée à douze jurés élus par la communauté des bourgeois et habitants, en vertu de la charte accordée en 1214 par Pierre II de Courtenay, comte d'Auxerre, charte maintenue par le pouvoir royal lors de l'annexion de 1371 et sans doute par les ducs de Bourgogne lors de la cession de 1424.

10 Aucun document jusqu'ici connu ne fait mention de l'entrée des renforts spéciaux ici indiqués comme introduits dans Auxerre pour défendre la place contre Charles VII. Mais il paraît avéré que le conseil de Bourgogne et le maréchal du duché, Antoine de Toulongeon, chargé en l'absence du duc du commandement militaire du duché, avisaient la cité de se tenir sur la défensive et réunissaient alors des forces importantes pour couvrir la frontière du duché, sur la lisière occidentale duquel défilait l'armée royale. La présence de forces bourguignonnes peut donc s'expliquer, à cette époque, sinon dans la place, au moins aux environs d'Auxerre, forces peut-être demandées et expédiées à destination de la ville sans avoir pu y pénétrer à temps.

11 Sous cette appellation se reconnaît un personnage notoire du parti bourguignon, qu'on ne voit pas sans étonnement mentionné de cette façon, à cette date et dans ce rôle, alors que depuis plusieurs années les documents courants cessent de présenter aucune indication sur son rôle actif. C'est Guy de Bar, seigneur de Presles, ancien bailli du bailliage bourguignon d'Auxois de 1411 à 1418, prévôt de Paris pour le parti bourguignon en 1418 et 1419, de nouveau bailli bourguignon d'Auxois, et, depuis 1423, bailli royal de Sens au nom du gouvernement anglais. Possesseur de nombreuses seigneuries sur les confins du Nivernais et de la Bourgogne, beau-frère de Guillaume, sire de Châteauvillain, le chef du clan féodal bourguignon le plus hostile à l'Angleterre, Guy de Bar, par ses alliances et sa situation personnelle, représente alors une des puissances de son parti. Les textes qui mentionnent son nom, si souvent cité vers l'époque de la grande chevauchée bourguignonne de 1417-1418, le désignent le plus souvent sous l'appellation singulière de « le Veau » ou « le Viau » de Bar. Un des passages du Journal d'un Bourgeois de Paris, où se trouve mentionné son rôle comme prévôt, le dénomme cependant « le beau sire de Bar. » Ce qui pourrait porter à modifier le sens de son réel surnom. — Il faut remarquer l'interprétation italienne qui est ici donnée de ce surnom : « lo Vechio de Bar », interprétation qui, phonétiquement au moins, semble plus rapprochée de la première version, « le Viau » ou « le Veau » de Bar, si singulière qu'elle soit, que de la seconde, « le beau » de Bar, toute naturelle qu'elle semble.

12 On reconnaît ici facilement un féodal relevant du duc de Savoie, François de la Palud, sire de Varambon, d'une maison de Bresse, sujet du duc de Savoie et chambellan du duc de Bourgogne. On le trouve en compagnie de Guy de Bar, en 1423, au moment des opérations qui aboutissent à la bataille de Cravant.

13 Sous cette désignation, il faut reconnaître, non pas le maréchal du duché de Savoie, mais Humbert Mareschal, seigneur de Meximieux, d'une maison de Bresse. On le trouvera en compagnie de Varambon aux journées d'Anthon, en 1430, et de Bulgnéville, en 1431. Une tradition rattachait la maison bressane des Mareschal à la race anglaise des Marshal, naguères titulaire de la charge héréditaire de comte maréchal d'Angleterre, et d'où était sortie l'une des dynasties des comtes de Pembroke.

14 Ici, avec la mention de l'entrée dans Auxerre des forces bourguignonnes, avec le récit des conditions où elles s'y dissimulent, commence la partie purement fabuleuse du récit que son invraisemblance même rend si curieuse. Il faut rappeler que la version de la prise de vive force d'Auxerre, du sac de la ville et du massacre des habitants, se retrouve, sans aucun des détails ici présentés, mais avec un fonds identique, dans la pièce annexe de la lettre de Jacques de Bourbon.

15 Le fait d'une ambassade échangée par le roi avec les Auxerrois est établi. (Monstrelet) On a expliqué la raison d'être de ce nombre supposé de douze négociateurs.

16 L'évêque d'Auxerre est alors Jean de Corbie, en fonctions depuis 1426, et qui devait les conserver jusqu'à sa mort, en 1432. Neveu d'Arnaud de Corbie, chancelier de France sous Charles VI (1388-1413), il avait occupé précédemment l'évêché de Mende, de 1413 à 1426. Il venait de s'excuser de ne pas figurer au concile provincial tenu récemment à Paris, du 1er mars au 23 avril.

17 C'est ici la première fois que les correspondances enregistrées par Antonio Morosini mentionnent ce nom célèbre, qui a si puissamment survécu dans l'imagination populaire, le héros gascon Etienne de Vignolles, légendaire sous le surnom de La Hire, le fidèle et intrépide compagnon de la Pucelle. Longtemps occupé à la défense d'Orléans, dès l'origine du siège, puis ayant quitté la place, sans doute avec l'un des départs de forces qui s'en retirent successivement, il s'était attaché à la fortune de Jeanne d'Arc depuis leur première rencontre, à Blois, au cours des préparatifs de la délivrance d'Orléans, et de suite avait témoigné pour elle et pour son œuvre un enthousiasme qui ne se démentit jamais. Il avait pénétré dans Orléans, en compagnie de Jeanne d'Arc, le 29 avril au soir, avec les 200 lances de secours, seul renfort entré cette fois. Né vers 1390, La Hire avait alors quarante ans à peine.
Nulle part, dans le corps même de ces correspondances, ne se rencontre le nom de son associé d'héroïsme, de son frère d'armes, de pays et d'âge, Poton de Saintrailles, légendaire sous le prénom familier qui a consacré sa mémoire. Saintrailles, longtemps occupé comme La Hire à la défense d'Orléans, dès l'origine du siège, encore dans la place le 17 avril, au retour de son ambassade auprès du duc de Bourgogne, puis ayant quitté la ville comme La Hire, présent à Blois au temps des apprêts de l'entreprise de la Pucelle, en armes à Orléans le 5 mai, entré avec le gros des forces introduites le 4, s'était attaché à la fortune de Jeanne d'Arc, à Blois, en même temps que La Hire et avec un aussi passionné dévouement.

18 Le récit de ce singulier épisode, purement imaginaire à cette date, à ce qu'il semble, proviendrait-il de quelque interversion du rôle de La Hire à Patay ? Il est établi que La Hire, à Patay, conduisait l'avant-garde française, qui, seule, avec ses 1.500 hommes environ, eut à donner contre le gros des forces anglaises, évaluable à 4.000 hommes, et fit le triomphe de la journée. Une des dépositions du procès de réhabilitation fait voir Jeanne d'Arc, au moment du choc, l'apostrophant, en effet, et lui donnant, comme ici, mission formelle de charger. (Dépos. de Thibaud de Termes) Une autre déposition, il est vrai, montre la Pucelle mécontente de ne pas figurer en personne à ce poste d'honneur, et vivement irritée contre La Hire, qui avait mené la charge sans elle. (Dépos. de Louis de Coutes)

19 En réalité, l'armée royale, partie de Gien le 29, ayant fait route par Saint-Fargeau a stationné trois jours, sans résultat, devant Auxerre. (Journal du siège, entre 29 juin et 16 juillet; Chartier, Chron. de la Pucelle.) Auxerre intact et laissé de côté, on la retrouve ensuite le 4 à Brienon-l'Archevêque, sur la route de Troyes.

20 Les Auxerrois, en fournissant des vivres à l'armée, mise en route sans aucun service de subsistances organisé, ont obtenu un traité de reddition conditionnelle excluant toute entrée actuelle des troupes ni du roi : la cité d'Auxerre, par ce traité, accepte de lier son sort à celui de Troyes, Châlons et Reims. Ce fait d'une reddition conditionnelle d'Auxerre, qui semble avoir été peu observé jusqu'ici, ressort cependant avec une certaine netteté des indications de Monstrelet.
Dans le fond même de cette convention transparaît la duplicité de Georges de la Trémoïlle, secret organe et interprète des sentiments de l'entourage royal, et ouvertement accusé, par les témoignages contemporains les plus sérieux, d'avoir touché de la cité 2.000 écus, prix de son intervention auprès du roi pour le décider à s'éloigner pacifiquement d'Auxerre. (Mêmes textes [sauf Monstrelet], loc. cit.) Pour la Trémoïlle, comme pour tout le défiant et mesquin entourage du roi, l'armée, destinée par avance, croyait-on, à une prompte et prochaine retraite, ne devait jamais atteindre Reims, ni même dépasser Troyes, ville que la réputation de son enceinte et l'absence de tout matériel de siège dans le convoi royal mettaient à l'abri de toute menace sérieuse : il ne fallait donc pas, en enlevant Auxerre, irriter inutilement le duc de Bourgogne, avec lequel les conseillers de Charles VII persistent toujours, dans la plus intéressée des erreurs, à vouloir négocier et temporiser. — Jeanne d'Arc, au contraire, avec un sûr instinct, insiste pour brusquer l'assaut (Chartier, Chron. de la Pucelle), pour emporter un succès moral et frapper au point essentiel l'imagination populaire, dans le style de l'assaut de Jargeau, qui avait tant contribué à assurer l'irrésistible action de la Pucelle.

21 En fait, Auxerre, après la reddition de Reims, la dernière des trois places au sort desquelles les Auxerrois avaient lié le leur, aurait dû, d'après le droit du temps, reconnaître l'autorité de Charles VII. La ville n'en fit rien cependant : le traité d'Arras la trouvera encore en possession de la maison de Bourgogne, qui la conserve jusqu'à sa chute.

22 Partie d'Auxerre, l'armée royale se trouve le 4 juillet à Brienon-l'Archevêque, où s'achève, au passage de l'Armançon, la traversée des cours d'eau de la région affluant à l'Yonne. (Lettres de Charles VII à la cité de Reims, dans Louis Paris, Cabinet historique, Recueil de Rogier) Elle occupe ensuite, le même jour, la petite place de Saint-Florentin, encore dans la vallée de l'Armançon, dans la direction de Troyes. (Chartier, Chron. de la Pucelle, Journal du siège, entre 29 juin et 16 juillet, Monstrelet) S'engageant ensuite dans le pays qui sépare le bassin de l'Yonne du val de Seine, laissant à sa gauche les escarpements de la grande forêt d'Othe, à sa droite les grands massifs boisés d'Aumont et de Chaource, elle atteint, le même jour, mardi 4 juillet, Saint-Phal, sur la route de Troyes. (Lettre de Jeanne d'Arc à la cité de Troyes,, Rogier) Le 5, à neuf heures du matin, les premières lances françaises, avec le roi, ont paru sous les murs de Troyes. (Lettres de la cité de Troyes à la cité de Reims).

23 Après d'émouvantes péripéties dont cette simple mention ne comporte pas l'exposé, reporté au commentaire d'une correspondance ultérieure plus détaillée, la soumission inespérée de Troyes a eu lieu le 9 juillet, le roi y a opéré son entrée le lendemain 10, et toute l'armée en repart le 11 au matin. Cette présente lettre ne fait pas allusion au départ de l'armée, mais annonce seulement la prise de Troyes : les dernières nouvelles qu'elle contient se réfèrent donc à des faits survenus le 9 ou le 10.

24 Ce texte paraît le seul à mentionner la soumission de Joigny, hypothèse que rien ne vient vérifier à cette époque. En faisant route d'Auxerre à Troyes, par l'itinéraire qui vient d'être établi, l'armée royale, à Brienon-l'Archevêque, avait laissé Joigny, plus en aval, sur l'Yonne, à quelques lieues seulement sur sa gauche. En réalité, Joigny ne paraît pas être rentré sous la domination française avant le cours de l'an 1431. (Ci-après, lettre en date du 15 décembre 1430.) Vers le même moment, courait le bruit inexact de la reddition de la place de Sens, toute voisine aussi. Ce bruit est enregistré, entre autres, dans une pièce annexe à la lettre déjà souvent citée de Jacques de Bourbon, par la Chronique des Cor-deliers, par la Chronique de Tournai. Le bruit de la marche de l'armée sur Sens, vers le moment où elle contournait Auxerre, avait fortement couru dans la région. En réalité, Sens ne devait redevenir français que l'hiver suivant, en janvier 1430, à ce qu'il semble. Joigny et son comté, relevant du comté de Champagne, appartiennent alors par mariage à Guy de la Trémoïlle, engagé et demeuré dans le parti anglo-bourguignon, cousin germain du favori de Charles VII. Guy de la Trémoïlle a épousé, en 1409, Marguerite de Noyers, fille et héritière de Miles II de Noyers, de la maison bourguignonne de ce nom, qui tenait le comté de Joigny depuis le milieu du XIVe siècle.

25 Le duc de Bar est alors René d'Anjou, le roi René, possesseur légitime du duché depuis la cession qui lui en a été faite, en 1419, par son grand oncle maternel le cardinal Louis de Bar, qui, lui-même, était devenu duc de Bar à la mort du duc Édouard III, son frère, tué à Azincourt. René d'Anjou était en même temps destiné à recueillir le duché de Lorraine, par son mariage, accompli en 1420, avec Isabelle de Lorraine, fille et héritière du duc Charles Ier. Il était bien, comme il est dit ici, frère de Louis III, duc d'Anjou et roi de Naples, et beau-frère de Charles VII.

26 Les 5 et 6 mai précédents, en vertu de pouvoirs officiels, en date du 13 avril, à lui confiés, le cardinal de Bar, grand oncle du duc René, faisait au nom de son neveu, à Paris, hommage régulier au gouvernement anglais. (Siméon Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, Pièces just., du Tillet, Recueil des traités) Le 15 juin, le duc de Bar traitait encore spécialement avec le gouvernement anglais. (Du Tillet) Mais, à la date du 3 août, il dénonçait hommage et traité. (Du Tillet)

27 Il est exact que le duc de Bar, adhérant ouvertement à la cause française, vint joindre Charles VII au cours de la campagne du Sacre. Le fait est acquis, le lieu de la jonction, seul, est diversement fixé. A Reims même [entre le 16 et le 21 juillet]. (Chartier, Journal du siège, Chron. de la Pucelle) A Provins (entre le 2 et le 6 août). (Cagny, sous la date du 15 août) Dans la région avoisinant Paris, pendant que le roi séjourne à Senlis [entre le 28 août et le 7 septembre]. (Berry) — L'hypothèse de la jonction à Reims semblerait fortifiée par la mention ici contenue, signalant le bruit de la mise en route du duc de Bar vers le roi, à cette date du 10 juillet environ. Hypothèse que tendrait également à confirmer ce que dit Monstrelet de la présence, constatée au sacre, de Robert de Montbéliard-Saarbrück, damoiseau de Commercy, comte de Roucy et de Braine, personnage que les textes précédemment cités mentionnent comme attaché à la fortune du duc de Bar et rejoignant avec lui le camp français. Mais, d'autre part, il semble bien établi que le duc de Bar, engagé avec son beau-père le duc de Lorraine, depuis la fin de mai, dans une campagne contre la ville de Metz, ne quitte le siège de Metz que le 20 juillet seulement. (Chron. du doyen de Saint-Thiébault de Metz, Chron. des Cordeliers) Son intention formelle, en partant de Metz, était, il est vrai, de se rendre au sacre, qu'il pensait encore devancer à Reims. Annoncé d'avance, le bruit de son projet a pu donner naissance à la rumeur ici consignée, laquelle paraît en avance d'une quinzaine au moins sur les événements. Il n'en est pas moins avéré qu'au 20 juillet, jour du départ du duc de Bar de devant Metz, Charles VII allait quitter Reims, d'où il s'éloigne en fait le 21. — L'hypothèse de la jonction opérée à Provins, pendant le séjour du roi et de l'armée, qui stationnent sous la ville ou aux alentours entre le 2 et le 6 août, demeure la plus vraisemblable, concordant, d'une part, avec la date acquise du départ du duc de Bar de Metz, le 20 juillet, et, d'autre part, avec l'époque établie de la dénonciation de son hommage au roi anglais.

28 Ce récit d'un combat entre Barrois et Bourguignons, mentionné par cette correspondance comme livré sur les frontières de Champagne, à une époque où il est avéré que le duc de Bar, jusqu'au 20 juillet, est encore retenu devant Metz, — combat dont aucun autre texte ne contient d'ailleurs trace, — semble bien à reléguer au nombre des fables pareilles à la pseudo-prise d'Auxerre et au soi-disant sac de cette ville.

29 On ne voit pas sur quel fait connu peut reposer, à cette date, ce bruit de concentration du duc de Bourgogne et du duc de Bedford, dans une ville qu'on peut supposer être Beauvais.

30 Le texte édité dans la Scintilla porte : « ... la dicta pon-cella non tiene nullo conto ; e de queste cosse supradite par Lion e Grannovo e l'altro payse... »
On a vu déjà maintes fois, par la lettre du sire de Rotselaer au conseil de Brabant, et par la correspondance de Charles VII après Patay, la répercussion des faits de la Pucelle à Lyon. Quant à Grenoble et au Dauphiné, l'exaltation causée par les événements de France paraît y avoir été considérable. La noblesse dauphinoise avait été presque anéantie au désastre de Verneuil, en 1424. Une messe quotidienne, dite messe de Verneuil, instituée en 1426 par les Etats de Dauphiné, à l'intention des combattants dauphinois disparus dans cette journée, se disait au maître-autel de l'église du couvent des Frères Prêcheurs de Grenoble et dans la chapelle de Tous-les-Saints de l'église abbatiale de Saint-Antoine de Viennois. (Mathieu Thomassin...etc.) Ce nouveau témoignage, ici présenté, apporterait encore une preuve de l'enthousiasme provoqué en Dauphiné par les succès de la cause nationale, sentiment que corroborent de nombreux témoignages. Le Registre delphinal de Mathieu Thomassin, composé vers le moment où se poursuivait le procès de réhabilitation, a enregistré nombre de documents contemporains sur la Pucelle, parmi lesquels le résumé de la sentence de Poitiers. C'est du Dauphiné que l'archevêque d'Embrun, Jacques Gelu, adressait à Charles VII, dès mai 1429, son mémoire en faveur de la Pucelle, et les correspondances qui éclairent curieusement cet opuscule. Au cours même des correspondances qui font l'objet de cette édition, on a déjà vu les nouvelles de Patay répercutées en Dauphiné par la correspondance de Charles VII et du commandant de Lyon avec le conseil delphinal. D'autre part, trace a été conservée de l'affection populaire portée à la Pucelle en Dauphiné. C'est en Dauphiné encore que M. Paul Meyer a retrouvé la curieuse ballade, qui pourrait remonter au moment d'enthousiasme dont le passage de cette présente lettre décèlerait trace.
     « Par le voloyr dou roy Jhesus,
        Et Janne, la douce pucelle,
        Tourner vous en faut tous camus,
        Dont c'est pour vous dure novelle.
»

31 Confusion vraisemblable des charges et des individualités de deux personnages différents. L'évêque de Clermont, en fait, est, à l'heure qu'il est, Martin Gouge de Charpaignes, titulaire de ce siège depuis 1415, qui avait exercé les fonctions de chancelier de France auprès du Dauphin-Régent, puis de Charles VII devenu roi, de 1421 à 1428. Mais il s'agit ici, évidemment, non pas de sa propre personne, mais de son successeur aux fonctions de chancelier de France, Regnault de Chartres, chancelier depuis la fin de 1428, et en même temps archevêque de Reims depuis 1414. Le personnage visé, d'après tout ce qui suit, est certainement Regnault de Chartres, pour sa qualité d'archevêque de Reims ; mais il se trouve ici désigné sous le titre épiscopal du chancelier son prédécesseur.

32 Tout ce récit, d'allure assez fabuleuse, proviendrait-il d'une interprétation déformée de divers faits établis ? Du rôle que jouait, dans le sacre royal, la sainte ampoule traditionnellement conservée à l'abbaye de Saint-Remi de Reims ? De la connaissance confuse des lettres de diverses provenances, adressées à plusieurs reprises à la cité de Reims, comme il est acquis, pour l'engager à se soumettre au roi ? (Rogier) D'un vague écho des discours tenus par Charles VII aux envoyés de Troyes, sous les murs mêmes de Troyes, discours rapportés dans une de ces lettres mêmes, et où il était fait allusion au royaume de saint Louis ? (Ibid.) De la déformation de quelque fait inconnu, négligé par les témoignages contemporains, et immédiatement entré dans l'état de légende ? Faudrait-il enfin, sous cet enchevêtrement singulier, reconnaître quelque écho des bruits répandus sur le célèbre signe donné par Jeanne d'Arc à Charles VII ? (P. Ayroles, la Vraie Jeanne d'Arc, t. III, p. 594.) Tout lecteur du Procès sait que, devant les juges de Rouen, pour ne pas trahir ni même laisser deviner le secret qu'elle avait révélé à Charles VII, à Chinon, pour le rassurer sur la légitimité de sa naissance, Jeanne d'Arc avait imaginé la touchante allégorie suivante : tout ce secret, disait-elle à ses juges, consistait dans ce fait, à savoir qu'en sa présence à elle, un ange venu du ciel aurait apporté et offert au roi, matériellement parlant, une couronne précieuse représentant la couronne de France. Allégorie autour de laquelle roulent de nombreux interrogatoires, au cours desquels, avec une ténacité qui eut en fin de compte le dessous, le tribunal de Pierre Cauchon chercha à arracher à l'accusée le fonds réel de la scène de Chinon. (Interr. des 27 février, 1er, 10, 12, 13 mars, Procès, t. I, p. 71, 75, 90-91, 119-122, 126, 139-146.)

33 On pouvait croire, jusqu'à présent, que cette allégorie n'avait été improvisée et mise en avant, par Jeanne d'Arc elle-même, que pour les besoins du procès de Rouen, et à ce moment seulement. Mais, s'il fallait décidément voir une corrélation entre le récit contenu dans cette correspondance et l'allégorie en cause, il deviendrait évident que cette même allégorie avait été déjà répandue, sitôt après la révélation du signe fameux au roi : le récit fabuleux ici enregistré aurait trait, alors, à quelque déformation de cette allégorie en question.
En fait d'allusion à saint Louis, émise par Jeanne d'Arc, les textes conservés n'en mentionnent qu'une seule, à savoir dans la conversation de la Pucelle avec Dunois, lorsque tous deux se rencontrèrent pour la première fois sur la berge de la Loire, au-dessus d'Orléans, sur la rive de Sologne, le 29 avril. (Dép. de Dunois) Ce qu'en dit la Chronique de la Pucelle, relatant que cette allusion aurait été émise à deux reprises différentes, à savoir le 29 avril, devant Orléans, dans les mêmes circonstances, et, en outre, dès Chinon, à l'occasion de la révélation du signe au roi, ne représente qu'une interpolation plus ou moins défectueuse de la déposition de Dunois, qui demeure en somme la source unique du fait.
Quant au pouvoir prêté à Jeanne d'Arc de déchaîner les orages, le Journal d'un bourgeois de Paris, relatant la mort de la Pucelle, enregistre le bruit populaire d'après lequel elle s'en attribuait soi-disant le pouvoir. (Bourgeois de Paris, 30 mai 1431)


Remarques d'Ayroles sur cette lettre :
voir lettre 9.

Notes :
Le premier chiffre indique la pagination de la copie de Venise, le second les folios de l'original de Vienne.




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