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06 décembre 2019  

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Chronique de Jean de Wavrin du Forestel - index
Livre IV - Chap. VIII .

omment Jehanne la Pucelle vint devers le roy de France à Chynon en poure estat, et de son abus.

  En cel an que pour lors on comptoit mil cccc xxviii, le siége estant à Orlyens, vint devers le roy Charles de France à Chynon, où il se tenoit pour lors, une josne fille quy se disoit estre pucelle, eagie de xx ans ou environ. Laquelle fut envoiée devers le roy de France par ung chevallier nommé messire Robert de Baudricourt, capittaine du lieu de Vaucoullour, commis de par ledit roy Charles, lequel messire Robert luy bailla chevaulz et chincq ou six compaignons. Et si l'introduisi et aprinst de ce qu'elle devoit dire et faire, et de la manière qu'elle avoit à tenir, soy disant pucelle inspirée de la Providence divine ; et qu'elle estoit transmise devers ledit roy Charles pour le restituer et remettre en la possession de tout son royaulme generallement, dont il estoit, comme elle disoit dechassiés et déboutez à tant. Et estoit ladicte pucelle en assez poure estat à sa venue. Si fut environ deux mois en l'hostel du roy dessusdit, lequel par pluiseurs fois elle admonnesta par ses parolles, ainsi comme elle estoit introduite, que il luy baillast gens et ayde, et elle rebouteroit et enchasseroit ses annemis et exaulceroit son nom, ampliant ses seignouries ; certiffiant que de ce elle avoit eu souffisante revélation.
  *Durant lequel temps, le roy ne son conseil ne adjoustoient point grand foy à elle, ne à chose qu'elle sceust dire, et le tenoit on comme une folle desvoyée de sa santé ; car, à si grans prinches et aultres nobles hommes, telles ou pareilles parolles sont moult doubtables et périlleuses à croire, tant pour l'yre de Nostre-Segneur principalement, comme pour le blaspheme qu'on en pourrait avoir des parlers du monde. Nientmains, après qu'elle heubt esté en l'estat que dit est, une espace, elle fut aidie et ly furent baillies gens et habillemens de guerre ; et esleva un estendart où elle fist pindre la représentacion de nostre Créateur. Si estoient toutes ses parolles du nom de Dieu. Pour quoy grand partie de cheulx qui la véoient et ooient parler, avoient grand credence et variacion qu'elle fust inspirée de Dieu, comme elle se disoit estre. Et fut par pluiseurs fois examinée de notables clercz et autres saiges hommes de grande auctorité, affin de sçavoir plus a plain son intencion ; mais tousjours elle se tenoit en son propos, disant que se le roy la vouloit croire, elle le remettrait en sa signourie. Et depuis che temps, fist aulcunes besongnes dont elle acquist grande renommée, desquelles sera chi après plus à plain déclairié.*
  Et lorsqu'elle vint devers le roy, estoient à court le duc d'Allenchon, le marissal de Raix et pluiseurs autres grans seigneurs et capittaines, avec lesquelz le roy avoit tenu conseil, touchant le fait du siege d'Orlyens. Et s'en alla tost aprez avec luy celle Pucelle de Chinon à Poitiers, où il ordonna que ledit marissal menroit vivres et artillerie et autres besongnes necessaires audit lieu d'Orlyens à puissance. Avec lequel volt aller Jehanne la Pucelle et fit requête qu'on lui baillât harnois , pour soi armer et habiller, lequel lui fut baillé. Et tôt après, leva son étendard et alla à Blois où l'assemblée se faisoit, et de là à Orléans avec les autres. Si étoit toujours armée de plein harnois; et, en ce même voyage, se mirent plusieurs jçens de guerre sous elle.
  Quant ladite Pucelle fut dedens la cité d'Orlyens venue, on luy fist très grant chière. Et furent aulcuns moult joyeulz de le veoir estre en leur compaignie. Et quant les François gens de guerre, quy avoient amené les vivres dedens Orlyens, s'en retournèrent devers le roy, la Pucelle demoura illec. Si fut requise d'aler auz escarmuches avec les autres par La Hire et aulcuns capittaines ; mais elle fist responce que point n'yroit se les gens d'armes quy l'avoient amené n'estoient aussi avec elle. Lesquelz furent remandez de Blois et des autres lieux où ilz s'estoient jà retrais. Et ilz retournèrent à Orlyens où d'ycelle Pucelle furent joyeusement recheus. Si alla au devant d'eulx pour les bienvingnier, disant qu'elle avoit bien veu et advisé le gouvernement des Anglois, et que, se ilz le voulloient croire, elle les feroit tous riches.
  Si commença ce propre jour à issir hors de la ville et s'en alla moult vivement assaillir une des bastilles des Anglois qu'elle prinst par force. Et depuis, en continuant, fist des choses très esmerveillables dont cy aprez sera fait mention en son ordre.

* Comme Monstrelet, chap. LVII

   

                                                         

  En cet an que pour lors on comptait mil quatre cent et vingt-huit (1), le siège étant à Orléans, vint devers le roi Charles de France à Chinon, où il se tenait pour lors, une jeune fille qui se disait Pucelle, âgée de vingt ans ou environ, nommée Jeanne. Elle était vêtue et habituée en guise d'homme, née des parties entre Bourgogne et Lorraine, d'une ville nommée Domrémy, assez près de Vaucouleurs. Cette Jeanne fut pendant un long espace de temps demeurant en une hôtellerie, où elle était très hardie à chevaucher les chevaux, à les mener boire, et aussi à faire autres tours et habiletés que les jeunes filles n'ont pas coutume de faire, laquelle fut envoyée devers le roi de France par un chevalier nommé Messire Robert de Baudricourt, capitaine dudit lieu de Vaucouleurs, commis de par ledit roi Charles. Messire Robert lui donna des chevaux et cinq ou six compagnons, et si l'introduisit (la forma), et lui apprit ce qu'elle devait dire et faire, et la manière qu'elle avait à tenir, se disant Pucelle inspirée de la Providence divine, et qu'elle était transmise devers ledit roi Charles pour le restituer et remettre en la possession de tout son royaume généralement, dont il était, comme elle disait, chassé et débouté à tort.
  Cette Pucelle était à sa venue en fort pauvre état ; elle fut environ deux mois en l'hôtel du roi, lequel par plusieurs fois, ainsi qu'elle y avait été formée, elle admonesta par ses paroles de lui donner gens et aide et qu'elle rebouterait et chasserait ses ennemis, exalterait son nom et amplifierait
ses seigneuries ; certifiant que de cela elle en avait eu bonne révélation; mais quoiqu'elle sut dire, en ce commencement, le roi ni ceux de son conseil n'ajoutaient pas grande foi à ses paroles et à ses instances. Et on ne la tenait alors en la cour que comme une folle dévoyée, parce qu'elle se vantait de conduire à bonne fin une si haute besogne qu'elle semblait chose impossible aux hauts princes, vu qu'eux tous ensemble n'y avaient pu pourvoir. C'est pourquoi l'on tournait ses paroles en folie et en dérision, car il semblait bien à ces princes que c'était chose périlleuse d'y ajouter foi, à cause des blasphèmes qui pourraient s'ensuivre, et des paroles ou brocards du peuple, vu que c'est une grande confusion à homme sage d'être abusé pour croire trop légèrement, spécialement en choses suspectes de leur nature.
  Néanmoins, après que la Pucelle eût demeuré en la cour du roi en cet état durant un bon espace de temps, elle fut mise en avant et reçut aide ; elle arbora un étendard où elle fit peindre la figure et représentation de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Toutes ses paroles étaient pleines du nom de Dieu. C'est pourquoi une grande partie de ceux qui la voyaient et entendaient parler, en fols qu'ils étaient, avaient grande confiance et inclination (à croire) qu'elle fût inspirée, ainsi qu'elle disait. Elle fut plusieurs fois examinée par de notables clercs et gens de grande autorité, afin de s'enquérir et de savoir plus à plein son intention ; mais toujours elle maintenait son propos, disant que si le roi la voulait croire elle le rétablirait en sa seigneurie. Maintenant pareil propos, elle conduisit à heureuse fin certaines besognes, qui lui valurent grande renommée, bruit et exhaussement; ce dont il sera parlé plus à plein ci-après.
  Lorsqu'elle vint devers le roi, se trouvaient à la cour le duc d'Alençon, le maréchal de Rais, et plusieurs autres grands seigneurs et capitaines avec lesquels le roi avait tenu conseil sur le fait du siège d'Orléans. Cette Pucelle s'en alla bientôt avec lui de Chinon à Poitiers, où le roi ordonna que ledit maréchal mènerait des vivres, de l'artillerie et d'autres approvisionnements nécessaires audit lieu d'Orléans, avec une forte
escorte. La Pucelle voulut aller avec le maréchal ; elle fit donc requête qu'on lui donnât équipement pour s'armer, ce qui lui fut délivré ; puis son étendard au vent, ainsi qu'il a été dit, elle s'en alla à Blois où se faisait rassemblée, et de là à Orléans avec les autres; elle était toujours armée de toutes pièces, et dans ce même voyage plusieurs gens d'armes se mirent sous sa conduite.
  Quand la Pucelle fut venue dans la cité d'Orléans, on lui fit très bon accueil, et plusieurs furent très joyeux de la voir être en leur compagnie. Lorsque les gens de guerre français qui avaient amené les vivres dans Orléans s'en retournèrent devers le roi, la Pucelle demeura à Orléans. Elle fut requise par La Hire et quelques capitaines d'aller avec les autres aux escarmouches ; elle répondit qu'elle n'irait point, si les gens d'armes qui l'avaient amenée n'étaient aussi avec elle ; ils furent redemandés de Blois et des autres lieux où ils étaient déjà retirés. Ils retournèrent à Orléans où ils furent joyeusement reçus par cette Pucelle. Elle leur alla au-devant pour leur témoigner de leur bienvenue disant qu'elle avait bien vu et considéré le gouvernement des Anglais, et que s'ils voulaient la croire elle les ferait tous riches.
  Elle commença ce même jour à saillir hors de la ville, et s'en alla moult vivement assaillir une des bastilles des Anglais qu'elle prit par force; et depuis en continuant elle fit des choses très merveilleuses, dont il sera en son ordre fait mention ci-après.


                                                 


Source : Jules Quicherat, "Procès de Jeanne d'Arc - t.IV, p.406.
Mise en Français modernisé, J.B.J. Ayroles, "La vraie Jeanne d'Arc", t.III, p.487.

Notes :
1 Ancien calendrier.



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