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07 décembre 2019  

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Procès de condamnation
Les chanoines de Rouen.

  côté du représentant officiel de l'inquisition et des délégués de l'Université de Paris, Cauchon s'empressa d'appeler à siéger, comme assesseurs ou consulteurs, les membres du Chapitre de Rouen, les chefs des grandes abbayes normandes ou des prieurés, en résidence à Rouen, et les avocats en cour d'Église, défenseurs accrédités en l'officialité.
  Il lui importait, en effet, d'intéresser largement le clergé local, à ce procès retentissant et de le compromettre dans ses plus hauts représentants.
  En ce qui concerne le Chapitre de Rouen, dont plusieurs membres jouèrent alors un si triste rôle, il convient de rappeler brièvement comment il prêta son concours à l'évêque de Beauvais.
  Nous avons vu précédemment que la vacance du siège archiépiscopal venait d'être déclarée lorsque Jeanne d'Arc arriva à Rouen, et que l'évêque de Beauvais avait dû s'adresser au Chapitre pour obtenir la permission d'instruire et de juger le procès en cette ville.
  Le diocèse était donc sans archevêque, et le Chapitre, qui en avait l'administration spirituelle était lui-même privé depuis longtemps de son doyen, Guillaume Lentrant, qui, nommé par le pape dès 1414, n'avait jamais résidé à Rouen, malgré les instances des chanoines et les injonctions du Gouvernement. L'autorité ecclésiastique se trouvait faiblement représentée, alors que la présence du roi et du Grand Conseil donnait à l'autorité civile une force nouvelle.
  En outre, le Sceau du Chapitre de ND de RouenChapitre avait été presque complètement changé depuis la prise de Rouen, et il ne restait de l'ancien clergé que des hommes sans influence. Tous les chanoines connus comme partisans du roi de France avaient perdu leur titre et leurs bénéfices (1). Nous aimons à citer les noms de ces patriotes qui furent exclus par le droit du plus fort :  Jean Le Mercier, curé de Saint-Maclou de Rouen ; Jacques de Fréville, curé de Doudeville ; Jean d'Ifreville, curé de Saint-Vast-en-Val, au doyenné de Bacqueville ; Jourdain Morin, curé de Varneville, au doyenné de Pavilly ; Simon Faverot, doyen de la collégiale d'Andely ; Jean de Norris, grand-chantre ; Mahieu Cami, sous-chantre ; Antoine Cornard, archidiacre du Vexin français ; Simon Le Poulailler ; Martin Ravenot ; Jean d'Estampes ; Jean Le Porcher ; Robert de Faubuisson. Plusieurs de ces chanoines étaient en même temps curés, selon un usage encore en vigueur au XV° siècle. Tous avaient été remplacés par des ecclésiastiques favorables aux Anglais, puisqu'ils n'avaient été reçus à leurs bénéfices qu'à la condition de prêter serment de fidélité à Henri V. Plusieurs d'entre eux, notamment Raoul Roussel, depuis archevêque de Rouen, André Marguerie, Denis Gastinel, firent partie du conseil du roi pour la Normandie.
  Henri VI avait lui-même nommé quelques chanoines pendant la vacance du siège, en vertu du droit de régale. Ces nominations coincident à peu près avec l'arrivée de Jeanne d'Arc à Rouen. Ce sont : Jean Beaupère, septembre 1430 ; - Alais Kirketon, 19 avril 2430 ; - Jean Piquet, secrétaire de Bedford, novembre 1429 ; - Pierre Maurice, 8 janvier 1430 ; - Nicolas Midi, 21 avril 1431 ; - Jean Geoffroy, secrétaire de la duchesse de Bedford, 27 avril 1428.
  De son côté, le duc de Bedford, qui déjà avait fait des donations importantes au couvent des Carmes, s'était concilié, on l'a vu, les bonnes grâces du Chapitre, en se faisant recevoir chanoine (2o octobre 1430) et en lui offrant, à cette occasion, des ornements magnifiques que le Trésor de la Cathédrale conservait encore à la fin du siècle dernier.
  Cependant le Chapitre, même ainsi remanié et flatté, ne fut jamais unanimement favorable aux Anglais, puisque neuf chanoines s'abstinrent de siéger au procès et ne prirent part à aucune délibération. Ce furent : H. Gorieu, J. Rubé, R. de Hangest, G. le Machrier, P. de Clinchamp, R. Veret, L. Depoungh, J. Geoffroy et Guy de Besançon. On en a conclu que sur trente membres de l'ancien Chapitre, vingt-deux sont innocents de l'infâme condamnation de Jeanne d'Arc (2).
  Osèrent-ils exprimer un refus ou furent-ils exclus par Cauchon, comme suspects ? On ne saurait le dire. On pourrait s'étonner même que Cauchon eût tenu intentionnellement à l'écart J. Rubé, curé de Saint-Nicolas, chez qui il demeurait pendant le procès et dont la maison abrita les réunions préparatoires. Quoi qu'il en soit, le fait de l'abstention est là, et on peut admettre, avec M. O'Reilly, que si le vote de ces neuf chanoines eût été assuré, l'évêque de Beauvais, qui excellait à fausser la justice et qui avait requis jusqu'à de simples prêtres ou bacheliers, n'eût pas manqué de se les adjoindre (3).
  Vingt-deux chanoines seulement siégèrent donc au procès. Parmi eux, cinq s'étaient engagés avec ardeur : Barbier, Couppequesne, Loiseleur, de Venderès et Raoul Roussel. Cauchon les avait réunis avant l'arrivée des universitaires pour les initier à ses projets.
  Au moment de délibérer sur les douze articles, le Chapitre fut convoqué. On pouvait espérer qu'il allait se relever d'une première faiblesse, car le registre capitulaire dénote de longues hésitations. Réunis le 13 avril, ils ne se trouvèrent pas en nombre, et la délibération fut remise au lendemain avec menace, pour ceux qui feraient encore défaut, d'être privés de toutes distributions de pain et de vin pendant huit jours. Le lendemain, ils se réunirent au nombre de vingt-neuf, mais la majorité refusa de se prononcer.
  En Normands qu'ils étaient pour la plupart, les chanoines trouvèrent un expédient pour gagner du temps. Ils demandèrent que les douze articles fussent, avant tout, lus à l'accusée, en français, et qu'on l'avertit charitablement de se soumettre à l'Église : au fond, ils déclarèrent vouloir suivre l'avis de l'Université. Cette délibération, prise per majorem partem vocum, témoigne manifestement des répugnances de la majorité et dénote une certaine indépendance : aussi Cauchon se garda de l'annexer au procès. Mais le 2 mai, conformément au voeu des chanoines, il exhorta et fit exhorter hypocritement la captive, en lui faisant donner lecture des douze articles, en français. Jeanne demeura inflexible. Le surlendemain, 4 mai, le Chapitre fut de nouveau convoqué. Cette fois, il n'osa pas résister à l'évêque, ni braver la colère des Anglais. La majorité fut déplacée et, sans même attendre l'avis de l'Université, les chanoines formulèrent une déclaration d'hérésie nobis videtur fore heretica !
  Dans les motifs de cette délibération, le vénérable Chapitre de l'Église de Rouen, requis de donner, en faveur de la foi "avis salutaire sur quelques assertions extraites des confessions et aveux d'une femme vulgairement nommée la Pucelle", déclare avoir différé sa réponse à cause de la gravité du cas, désirant avoir sous les yeux la consultation de la célèbre Université de Paris, surtout des deux Facultés de théologie et de décrets. Mais maintenant, et après avoir vu et attentivement considéré les délibérations de nombreux docteurs de théologie, existant dans cette ville, après surtout cette réunion célèbre de prélats, de docteurs..., tenue avant-hier, 2 de ce mois, dans laquelle, à l'aide de nombreuses monitions douces et pieuses, d'exhortations charitables et de sommations à elle adressées..., ladite femme a été pour le salut de son âme et de son corps, en l'honneur et louange de Dieu et de la foi catholique, requise et sommée de corriger ses faits et dires indécents.... de les soumettre au jugement de l'Eglise universelle... ou même de quatre ecclésiastiques notables et scientifiques personnes de l'obédience temporelle de son parti ; ces justes monitions, ces exhortations, ces sommations charitables, ladite femme n'a en aucune manière voulu les accepter ou y acquiescer..., mais les a méprisées et repoussées avec obstination... ; elle a refusé de subir le jugement de l'Église, du Souverain Pontife et de tous autres. Pour toutes ces causes, nous disons... que les décisions et appréciations données par les docteurs en théologie sus-nommés.., l'ont été modérément, justement, raisonnablement ; nous y adhérons, et nous ajoutons qu'après avoir sérieusement examiné les monitions, sommations, exhortations charitables, déclarations, réponses, refus de ladite femme et son obstination invincible, nous croyons qu'elle doit être considérée comme hérétique (4 mai 1431).
  C'est ainsi que le Chapitre de Rouen va se trouver, en masse, responsable de la mort de Jeanne d'Arc. Plusieurs de ces chanoines étaient des personnages considérables qui devinrent plus tard évêques ou archevêques.

JEAN ALESPÉE,

  Né vers 1367, était probablement d'origine normande. Licencié en droit civil, bachelier en droit canon, il fut plusieurs fois trésorier de l'archevêque et vicaire général, notamment de Louis de Harcourt, avec de Venderès. Il était très lié avec ce dernier, auquel il avança 14 marcs d'argent pour l'aider à "poursuivre le fait de son élection", lorsque, nommé archevêque de Rouen par la majorité du Chapitre, il fut sur le point de l'emporter sur le cardinal de la Rochetaillée. Il était également lié avec deux familles normandes restées fidèles à la cause nationale : les d'Estouteville et les Mallet de Graville.
  Alespée était chanoine de Rouen dès 1412, bien avant l'occupation anglaise. Il avait partie des seize députés que les Rouennais envoyèrent à Henri V, lors du siège de 1418. Mais il se rallia au parti des envahisseurs et obtint du monarque anglais plusieurs bénéfices importants. Il aimait les lettres et fut choisi par ses confrères pour aviser à la construction de la
librairie ou bibliothèque de la Cathédrale.
  Il mourut âgé de soixante-sept ans, le 6 août 1434 chez Jean Morel, après avoir été pendant quelque temps malade en l'hôtel du prieur de Longueville, Pierre Miget, autre assesseur du procès.
  Sa fortune, évaluée à 4 ooo livres tournois, donna lieu à un long procès, car le roi d'Angleterre y prétendit droit "parce que le plus proche héritier estoit absent et demouré hors de son obéissance", c'est-à-dire, parce qu'il était resté fidèle à Charles VII. Il dut renoncer plus tard à cette prétention.
  Les armes d'Alespée étaient deux épées en sautoir. On les voit représentées sur un signetSceau de l'officialité de Rouen appendu à un acte de 1419, conservé aux archives de la Seine-Inférieure (4).
   Au bas de l'acte est appendu le sceau de l'officialité de Rouen (3) avec deux signets, l'un est celui d'Alespée, et l'autre celui d'un autre vicaire général (Nicolas de Venderès ?).
  Alespée siégea dix fois au procès de la Pucelle et prit part aux deux sentences d'hérésie et de relapse. Néanmoins, les témoins de la réhabilitation lui furent assez favorables. C'est lui qui, fort ému après le supplice, se serait écrié : "Je voudrais que mon âme fût, où je crois qu'est l'âme de cette femme !" Il faut pourtant reconnaître que, consulté sur les douze articles, il adhéra pleinement, "craignant de paraître désobéissant, ce qu'à Dieu ne plaise", à l'avis des révérends pères et seigneurs qui, beaucoup mieux que lui, dit-il, avaient digéré la matière, se soumettant d'avance à "notre mère l'Université de Paris... ainsi qu'à l'avis de la sainte Église et à celui du Concile général (5)."

ROBERT LE BARBIER,

  Du diocèse de Rouen, né vers 1388, licencié en droit civil et en droit canon, curé de Montfort, official (1422 et 1436), chanoine de la cathédrale de Rouen (1419), assista, avec Couppequesne, Loiseleur, Roussel et de Venderès, familiers de Cauchon, aux premiers conciliabules où fut ourdi le procès de Jeanne, et, avec eux, exerça une violente pression sur le Chapitre de Rouen, pour l'amener à déclarer l'accusée hérétique. Dans son adhésion aux douze articles, il déclara s'en rapporter à l'opinion des maitres en théologie, sou
s les réserves ordinaires en matière de foi, mais trouvant que les dites assertions pour le bien de la matière et la plus parfaite justification du procès, devraient être transmises à notre Mère l'Université de Paris", avant de rien décider.
  Il mourut le 29 août 1444, et fut enterré dans la Cathédrale.

JEAN BASSET,

  Né en 1381, maitre ès-arts et licencié en décret, s'était aussi rallié de bonne heure au gouvernement anglais et avait obtenu différents bénéfices du roi Henri V. Il était alors promoteur de l'Université de Paris qui le députa, avec Jean de la Fontaine, vers Henri VI et Bedford, afin d'obtenir la confirmation de ses privilèges.
  Nommé chanoine de Rouen, en 1420, il obtint en outre du roi d'Angleterre, en 1421, une prébende plus avantageuse, à Londinières.
  A Rouen, il fut successivement official (1419), trésorier de l'archevêque (1436), chantre (1439), vicaire général (1451), curé de Lintot, de Butot, et chanoine de Coutances, en opposition avec Jean de Castillon, qui avait obtenu contre lui une sentence d'excommunication, mais dont il triompha en fin de cause (1442).
  Dans le procès de Jeanne, sa détermination fut assez réservée. II estima qu'il devait se taire en une matière de foi si importante "surtout pour ce qui est des prétendues révélations..., bien que les dires de cette femme soient, après tout, possibles à Dieu... ; mais elle ne les appuie sur aucun miracle ni aucun témoignage de la Sainte Écriture... : on ne peut donc croire aux dires et assertions de cette femme". Basset condamne l'abandon par Jeanne des vêtements de son sexe, son prétendu refus de la communion une fois l'an, sa prétendue résistance à se soumettre à l'Église militante, mais il revient à sa première hésitation : "pourvu que ces révélations ne viennent pas de Dieu, ce que du reste, je ne crois pas". Enfin, il s'en rapporte au jugement des docteurs en théologie, auxquels il appartient surtout de décider de ces questions.
  Il n'est pas exact, comme l'a cru Quicherat, que Basset ait été emprisonné à cause de l'indépendance dont il aurait fait preuve au procès. Il fut mis en prison, comme official, avec J. Le Roy, promoteur, et après élargissement, condamné à 1 ooo livres d'amende, pour avoir osé réclamer comme clercs de malheureux prisonniers arrêtés par les Anglais comme complices des Français. Il fallait beaucoup de courage pour tenir tête aux envahisseurs et défendre si énergiquement les droits du Chapitre. Pourquoi Basset ne mit-il pas cette fermeté et cette énergie au service de la cause si juste de la Pucelle ?
  Il mourut à Rouen, le 3 mars 1454, à l'âge de soixante-treize ans, fort estimé par ses confrères qui, dès 1449, lui avaient accordé une pierre tombale destinée à sa sépulture.
  Son testament porte la signature de Signature de Pierre CochonPierre Cochon, notaire apostolique, auteur de la "Chronique normande". Il débute ainsi :
  "In nomine sanctæ et et individuæ Trinitatis, patris et filii et spiritus sancti, Amen. Noverint omnes quod ego Johannes Basset constanciensis diocesis Rothomagensis cantor laus Deo compos mantis meæ licet infirmitate corporis aliqualiter detentus, attendens nihil esse cerlius morte et nihil incertius horâ mortis, de bonis mihi a Deo collatis teslamentum meum facto et ordino in modum quod sequitur..."

  Début du testament de Jean Basset


  "Au nom de la sainte et indivisible Trinité, du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. Que tous sachent que moi, Jean Basset, du diocèse de Coutances, chantre de Rouen, sain de mon esprit, grâce à Dieu, quoique retenu à demeure par la maladie de mon corps ; considérant que rien n'est plus certain que la mort et que rien aussi n'est plus incertain que son heure, je fais mon testament et je dispose, de la manière qui suit, des biens qui m'ont été donnés par Dieu..."
  Le testateur remet ensuite son âme, suivant les touchantes formules alors usitées, à Dieu tout puissant, à la bienheureuse Vierge Marie..., au bienheureux Michel, archange, au bienheureux Martin, au bienheureux Romain, ses patrons, etc... Puis il fait différents legs aux paroisses de Lintot, de Saint-Martin-de-Lorey, enfin aux Frères prêcheurs de Coutances, pour fondation d'un obit à l'intention de Guillaume Basset, son frère.

GUILLAUME DE BAUDRIBOSC,

  Maître ès-arts, bachelier en théologie, fut d'abord chanoine de l'église Notre-Dame-de-la-Ronde ; puis le roi d'Angleterre l'autorisa, en 1421, à permuter ce bénéfice, contre un canonicat en la cathédrale de Rouen. Il devait être en faveur auprès des Anglais : car on le chargea, en 1424, de congratuler le duc de Bedford, lors de son entrée à Rouen, et de réclamer de lui justice, en termes généraux. Son frère, Adam de Baudribosc, dont le testament est conservé aux archives de la Seine-Maritime. avait été reçu chanoine de Rouen dès 1413.
  Déjà vieux et infirme en 1439, à ce point qu'il dut se faire dispenser d'aller à l'église, il mourut vers le 15 janvier 1447, dans son hôtel de la rue aux Oues.   Sa mère avait épousé un Anglais.

JEAN BROUILLOT,

   Maître ès-arts et licencié en décret, remplaça comme chantre de l'église de Rouen, en 1422, Jean de Norris, victime de son dévouement et de sa fidélité à la cause française. Il fut nommé, par droit de régale, en vertu de lettres du roi d'Angleterre. On le trouve député aux États de Normandie (1423, 1427, 1430), et vicaire général pendant la vacance du siège (1422). Il mourut vers le 2o décembre 1435, laissant pour exécuteur testamentaire Nicolas de Venderès, et après avoir légué ses livres au Chapitre qui les fit déposer et enchainer dans sa librairie.
  Brouillot adhéra aux douze articles, en des termes ampoulés et hypocrites, qu'on retrouvre dans la plupart des délibérations : "vu la doctrine telle que les livres l'enseignent, et la conduite de la femme dont il s'agit ; considérant tout ce qui doit me faire pencher vers l'opinion de mes seigneurs et maîtres, si savants en droit divin, si experts en telles matières, qui tous, en si grand nombre, ont émis un même avis..., je me référe à cet avis et m'y rattache, etc..."

NICOLAS CAVAL,

   Licencié en droit civil, né vers 139o, d'abord chanoine de Mortain, dut à la faveur du roi d'Angleterre d'être nommé chanoine de Rouen en juillet 1421, à la place de Robert de Faubuisson, resté fidèle à la France.
  Caval habitait Rouen avant cette défection. En 1419, il avait assisté au serment que prêta à l'Église de Rouen l'abbé de Jumièges, Nicolas Le Roux, autre ennemi de la Pucelle. Il fut député aux États de Paris (1424), scelleur de la cour d'Église (1443), curé de Critot (1451), chapelain de la chapelle Notre-Dame aux Béguines de Rouen, cumulant les bénéfices comme la plupart de ses confrères.
  Lors du procès de la Pucelle, consulté sur les douze articles, il déclara adopter l'opinion unanime des notables maîtres, conforme aux sanctions canoniques, sous les réserves d'usage.
  Nicolas Caval fut exécuteur testamentaire du chanoine Pierre Maurice. Il figure dans l'acte de donation des dîmes de Sierville par le duc de Bedford au Chapitre.
  Caval fut lié avec la famille des Castiglione, dont le plus illustre, Branda de Castiglione, devint cardinal de Plaisance, et avec Pierre Cauchon.
  Il décéda au mois d'août 1457, après avoir été compris dans une de ces excommunications (6) qu'on lançait si facilement et si fréquemment au xv° siècle.

NICOLAS COUPPEQUESNE,

   Maitre ès-arts, bachelier en théologie, après avoir été recteur des écoles de grammaire de Rouen, fut reçu chanoine de Rouen, le 2o mars 1423, en vertu de lettres du roi d'Angleterre. Lui aussi prenait la place d'un chanoine victime de son patriotisme, Jean d'Etampes, qui avait fui la domination anglaise.
  Il fut, en outre, curé d'Hermanville (1409) ; de Saint-Pierre d'Yvetot (1423) ; pénitencier du diocèse pendant la vacance du siège archiépiscopal. Le 5 juin 1430, le Chapitre le désignait éventuellement, à défaut de Pierre Maurice, pour haranguer le jeune roi Henri VI, à son arrivée à Rouen. Quelques mois plus tard, ce fut lui qui complimenta le duc de Bedford lors de sa réception comme chanoine de Rouen.
  Il mourut subitement, selon toute vraisemblance, vers le 10 juillet 1442 : car il n'eut pas le temps de faire son testament, que l'on considérait alors comme un acte religieux.

GUILLAUME DE LIVET,

   Bachelier ès-lois, fut d'abord chanoine de Lisieux, puis chanoine de Rouen, permutant son bénéfice de Lisieux avec celui de Guillaume Pellé. Il fut promoteur, de 1416 à 1421, et de 1436 à 1443.
  Il était cousin du vaillant chanoine Robert de Livet, qui s'était illustré lors du siège de Rouen, en 1448, et qui, constitué prisonnier en Angleterre, ne revint, quelques années après, que sur la sommation du Chapitre.
  Il fut curé de Saint-Maclou en 1444, et député aux États de Normandie en 1449. Il mourut à Rouen avec le double titre de chanoine de Rouen et de curé de Saint-Nicaise de cette ville.

GILLES DESCHAMPS,
 
   Licencié en droit civil, appartenait à une riche et ancienne famille de Rouen. Après avoir été aumônier du roi Charles VI, en 1415, il devint chanoine de Coutances, dont son oncle était évêque, et permuta, le 6 novembre 1420, la cure de Pirou, au diocèse de Coutances, pour le canonicat de Jean De la Mare, en la cathédrale de Rouen. Il était déjà chancelier de cette église et comme tel nommait aux écoles de grammaire de Rouen. Il fut successivement trésorier de l'archevêché (1423 et 1432) ; doyen (1435) ; vicaire général à la vacance du siège (1436) ; député par le Conseil royal et par le Chapitre aux États de Paris (1424) ; chargé par le Concile de Bâle, avec Erard, de Venderès et Marguerie, de faire publier les indulgences accordées en vue de la réunion des Grecs à l'Église catholique (1437).
  De cruelles épreuves lui étaient réservées à la fin de sa vie. Poursuivi en matière de foi, en 1438, sur la plainte du promoteur, il eut pour juges l'évêque de Meaux, l'official de Rouen et le dominicain Martin Ladvenu. Le 6 juillet, son nom était rayé de la liste des chanoines. Il mourut en prison avant la fin du procès, et sa famille obtint qu'il fût enterré dans la chapelle de la Sainte-Vierge, derrière le choeur de la cathédrale, près de son oncle, Gilles Deschamps, docteur en théologie, ancien évêque de Coutances et cardinal. Il n'en fut pas moins qualifié, dans son épitaphe : vir quondam magnie prudentiæ, circunspectionis et scientiæ.
  Gilles Deschamps avait été chargé de la direction des enfants de choeur, ce qui lui inspira la pensée de donner un revenu à la fabrique, en 1427, afin que ces enfants, qui avaient la tête rasée et assistaient en toute saison aux offices de jour et de nuit, eussent à l'avenir un bonnet de drap de laine à oreilles, "bon et suffisant, de couleur vermeille, pour eschiver aux froidures du temps d'hyver" ; c'est là l'origine de la calotte rouge que les enfants de la maîtrise portent à la cathédrale.

GUILLAUME DESJARDINS,

   Docteur en médecine, né probablement (vers 1370), à Caudebec-en-Caux, où sa famille s'est perpétuée, était le frère de Robert Desjardins, docteur en théologie, chanoine de Rouen et vicaire général de Louis d' Harcourt.
  Il fut curé du diocèse d'Évreux et se rallia si fidèlement aux Anglais qu'il fut nommé chanoine de Bayeux en 1421, et confirmé, la même année, dans le canonicat où il avait été reçu à Rouen, dès le 5 mai 1448.
  Il exerçait la médecine à Rouen et devait être riche, car il possédait à Sahurs un fief qui lui donnait droit  à une partie des dîmes de la paroisse. Il paraît s'être montré fort généreux : on le voit prêter aux chanoines dix saluts d'or pour l'acquisition d'une maison d'école à Paris, destinée aux écoliers de la nation de Normandie.
  En février 1431, pendant le procès de la Pucelle, il créait à Rouen un asile de nuit en donnant à l'Hôtel-Dieu de la Madeleine une masure située au hameau de Saint-Maur, paroisse Saint-Patrice, "en la révérence de Dieu notre Créateur, de la benoiste Vierge Marie, Monsr St Michiel, Monsr St Jean Baptiste, Madame Ste Katherine, Marie Madeleine et toute la benoicte Cour de Paradis, et afin de aidier à pourveoir à la mendicité des povres qui, chacun jour et nuit, se hébergeoient audi hostel.
  Enfin, en 1438, il donnait au Chapitre un tènenent de maisons, situées sur les paroisses de Saint-Martin-du-Pont et de Saint-Étienne-des-Tonneliers.
  II mourut vers le mois d'août 1438.

GUILLAUME DU DÉSERT,

   Était probablement originaire de Rouen, où il fut nommé chanoine par Henri V, le 24 avril 1421, mais il parait n'être entré effectivement au Chapitre qu'en 1427.
  En 1445, Henri VI le nomma au canonicat et à la prébende de Saint-Herbland. Il fut ensuite maître des testats et intestats pour l'archevêché, de 1446 à 1448, et maître de l'oeuvre de la cathédrale à partir de 1448. Il fut envoyé en Angleterre pour réclamer la délivrance des legs faits au Chapitre par Henri V et le duc de Bedford.
  Absent de Rouen lors de l'entrée de Charles VII, il faillit être dépouillé de son canonicat, mais il obtint de nouvelles lettres de provision à son retour en 1450. On le vit ensuite s'entremettre avec les conseillers de la ville pour obtenir la confirmation de la charte aux Normands. Il fut aussi délégué à Rome pour obtenir du pape la confirmation de l'élection de Philippe de la Rose au siège de Rouen (1453).
  Il se dépouilla de quelques-uns de ses plus beaux livres en faveur du Chapitre, et mourut le 25 janvier 1471. On l'inhuma dans la cathédrale, bien qu'il fût alors curé de Saint-Hilaire de Rouen.
  De tous les juges et assesseurs du procès de la Pucelle, il fut celui qui survécut le plus longtemps à l'inique sentence.

JEAN GARIN,

   Né à Rouen vers 137o, d'une ancienne famille du barreau, docteur en décret, fut nommé par Henri V archidiacre du Vexin français (1422), chanoine de Rouen (1422), et de Poissy (1424).
  Le Chapitre le chargea, avec Marguerie, d'aviser à l'établissement d'une librairie (1424). En 1423 et en 1430, on le députa aux États de Normandie. En 1431, il était trésorier de l'archevêché. A la suite d'une difficulté qu'il eut avec ses confrères, il lui fut enjoint de mettre hors de chez lui une femme qui prêtait à de mauvais propos et qu'il envova chercher, pour lui, le pain des distributions capitulaires. Garin adhéra aux douze articles, s'en tenant à l'opinion des docteurs. "Il a semblé à mon chétif jugement, dit-il que les appréciations de tous ces docteurs ne s'éloignent point des décisions de l'Église romaine sacro-sainte, ni des règles canoniques : loin de là, elles s'y adaptent, au contraire, de tout point".
  Il mourut à Bâle, au mois de mai 1433.

DENIS GASTINEL,

   Licencié en lois et en décret, dut à la faveur du parti anglais de nombreux bénéfices. A partir de 1419, il devint successivement curé de Troismonts, au diocèse de Bayeux (1420) ; chanoine de Notre-Dame-de-la-Ronde, à Rouen (janvier 1421), Pierre tombale de Denis Gastinelet chanoine de l'église de Rouen (avril 1421). Il supplantait dans ce dernier bénéfice un chanoine rouennais resté fidèle à la cause nationale, Robert de Fréville. Il fut en outre curé de Néville, par la faveur de Walter Hongerford, sénéchal de l'hôtel de Henri V (1427-1428) ; doyen de Notre-Dame d'Andely, et vicaire général à la vacance du siège (1436).
  Comblé des bienfaits du gouvernement anglais, Gastinel lui fut absolument dévoué. Il poussa l'esprit de parti jusqu'à s'opposer à la nomination de Guy du Busc comme délégué à la Cour de Rouen, tant qu'il n'aurait pas juré de défendre les actes du Roi, et notamment les peines portées contre les chanoines absents et restés français (27 novembre 1423). Traître à son pays, Gastinel voulait s'assurer le bénéfice de sa trahison.
  Il était digne de faire partie du Conseil royal séant à Rouen ; aussi l'y vit-on figurer, avec la protection de Bedford, dès 1424, aux appointements de 1oo livres tournois par an. Il en faisait encore partie en 1434.
  Il mourut antérieurement au 11 mars 1441, laissant pour exécuteurs testamentaires Caval et Jean Le Fèvre. Il fonda un obit à la cathédrale, où il fut enterré.
  Sa pierre tombale, le représente, les mains jointes, sous un dais gothique. Un tel homme devait être et fut effectivement associé à toutes les phases du martyre de Jeanne jusqu'à la scène finale du Vieux-Marché. Il s'était signalé par sa dureté dans sa détermination sur les douze articles, trouvant la matière "suspecte, erronée, schismatique et hérétique..., scandaleuse, séditieuse, injurieuse à Dieu, à l'Église et aux fidèles". Il ajoutait que si l'auteur d'une pareille doctrine ne consentait à abjurer spontanément, il devait être abandonné à la discrétion du juge séculier pour en recevoir un châtiment égal à son forfait. En cas d'abjuration, il devait être mis en prison pour faire pénitence, avec le pain de douleur et l'eau d'angoisse pour seul aliment. Le 29 mai, veille du supplice, il déclara que Jeanne était "relapse et hérétique, et qu'elle devait être abandonnée à la justice séculière, sans recommandation à celle-ci d'agir avec douceur."
  Cette dureté qui se reflète jusque dans les traits de Gastinel, tels que nous les a légués l'artiste qui grava sa dalle tumulaire, devait l'accompagner dans ses rapports aver ses collègues et parait lui avoir attiré quelques aventures. C'est ainsi que le 8 avril 1432, le jour des Rameaux, le Chapitre s'étant rendu processionnellement à Saint-Laurent notre chanoine fut pris à partie violemment par le curé de cette église, qui était en même temps doyen de la Chrétienté. Quelle que fût la cause de cette véhémente sortie, le curé de Saint-Laurent dut, pour se faire pardonner le scandale, venir présenter d'humbles excuses au puissant chanoine, "la tête découverte, fléchissant les genoux et dans l'attitude la plus suppliante".

JEAN LE ROY,

  Chanoine de Rouen, il fut nommé promoteur à la vacance du siège.
  Il parut au procès seulement à la séance du 22 février, dans la chambre de parement où il entendit Jeanne parler de ses voix et de ses premières démarches, et à la séance du 24 février, où elle reprocha à l'évêque de la charger trop, alors qu'il était son juge. C'est dans cette séance qu'on lui demanda si elle était en état de grâce, et qu'elle fit cette réponse stupéfiante : "Si je n'y suis, Dieu m'y mette ; et si j'y suis, Dieu m'y garde".
  On a dit que Le Roy aurait été enfermé, avec Basset, dans le vieux château où se trouvait la Pucelle, du 9 au 23 mai. Cette assertion est exacte, mais ces chanoines ne furent pas détenus à cause de la Pucelle, comme l'a pensé Quicherat, sur la foi des comptes du Chapitre que lui aurait communiqués M. Chéruel. Nous avons dit précédemment qu'ils avaient subi cette détention pour avoir réclamé courageusement au gouvernement anglais, comme clercs, des prisonniers réputés complices des Français.
  On conserve, aux archives de la Seine-Maritime, le testament de Jean Leroy. Il charge ses exécuteurs testamentaires d'acheter une rente pour fonder un obit perpétuel en l'Église de Rouen, ou, à défaut, il a l'intention de donner à la fabrique une somme "pour estre participant aux prières, messes et oraisons de ladite église".

NICOLAS LOISELEUR,

   Maître ès-arts, n'appartenait pas à la Normandie. Il était né à Chartres, vers 1390. Déjà chanoine de l'église de cette ville, il avait été nommé chanoine de Rouen, par droit de régale, le 19 décembre 1421. Comme tant d'autres que nous trouverons parmi les plus acharnés contre la victime, il s'était enrichi des dépouilles d'un chanoine patriote, Martin Ravenot, resté fidèle au parti français.
  On le trouve à Paris, en 1427 et en 1428, s'occupant de la transaction qui devait terminer le conflit soulevé par le cumul de la dignité de cardinal et d'archevêque de Rouen, en la personne de Jean de la Rochetaillée ; puis de différents procès concernant l'évêque d'Evreux.
  On le savait si bien en cour auprès du gouvernement anglais, qu'il fut député avec d'autres, le 2 août 1430, vers le cardinal d'Angleterre et vers Henri VI, pour leur recommander l'Eglise de Rouen.
  En 1432, il fut envové au Concile de Bâle, avec Midi et Beaupère. Il s'y fit représenter d'abord par Jean Le Galois, mais ce dernier étant mort en 1435, il s'y rendit en personne et se rangea à l'opinion des plus turbulents qui voulaient qu'un concile général, canoniquement assemblé, "fonctionnât indépendamment du Pape, lui fut reconnu supérieur et pût le déposer au besoin".
  Les chanoines fort embarrassés de l'attitude de leur ambassadeur, révoquèrent son mandat, sous le prétexte que leur pauvreté ne leur permettait pas de supporter son séjour à Bâle. C'était une ruse bien normande, destinée à soutenir la politique de Henri V lequel protestait contre les entreprises du Concile qui, déjà, avait suspendu le Pape et manifestait l'intention de le déposer de sa dignité.

   Loyseleur étant resté sourd à l'avertissement, on lui signifia sa révocation au mois de juillet 1438.
  On voit ce qu'il faut penser de l'orthodoxie de ce chanoine qui avait surpris si odieusement les confidences de la Pucelle et qui se fit remarquer par sa violence à son égard opinant pour qu'elle fût soumise à la torture, "comme médecine salutaire pour son âme".
  Par suite de cette disgrâce, Rouen : passage des chanoines - 1910le frère de Loiseleur fut obligé, le 2 mai 1440, de remettre au Chapitre les clefs de la maison canoniale que celui-ci occupait rue de la Chaine (aujourd'hui Place des Carmes). Loiseleur avait occupé cet hôtel plusieurs années, dans le voisinage de Jean de Rinel, neveu de Pierre Cauchon. Me Jean Rubé, curé de cette paroisse, logeait alors l'évêque de Beauvais qui réunissait ses complices pour les préliminaires du procès. Cet hôtel a donné asile aux ennemis les plus acharnés de la Pucelle : Pierre Cauchon, Nicolas Midi et peut-être le duc de Bedford.
Cette maison canoniale, dont le concierge était le beau-frère de Loiseleur existe encore de nos jours, avec une façade reconstruite dans la première moitié du XIX° siècle. Ce n'est pas sans émotion qu'on parcourt encore aujourd'hui les dépendances de ce vieil hôtel canonial, demeuré avec cette affectation jusqu'à la révolution, et qui, jadis, abrita dans ses vastes salles les louches accusateurs de la grande patriote française, personnages haineux et ambitieux, indignes de leur caractère, traitres à leur pays, véritable rebut du haut clergé réuni à Rouen.
  C'est en vain qu'on a tenté d'établir que Loiseleur aurait été touché plus tard par le repentir. D'après les témoins de la réhabilitation, on l'aurait vu se précipiter aux pieds de celle qu'il avait trahie, en implorant son pardon ; il aurait failli être tué par les Anglais sans l'intervention de Warwick et, enfin, on l'aurait banni ensuite de la ville de Rouen. Ces bons sentiments de la dernière heure sont déjà bien invraisemblables de la part d'un homme qui avait accompli de telles infamies. Mais les inexactitudes flagrantes commises par les témoins de la réhabilitation sur plusieurs points peuvent faire révoquer en doute leur version tout entière.
  Ainsi, il est certain que Loiseleur ne fut pas banni de Rouen, et même que sa considération ne parut pas diminuée par suite de sa conduite pendant le procès. Il assista à presque toutes les séances du Chapitre, dans le mois qui suivit le supplice de la Pucelle, et ne se rendit à Bâle qu'en 1435, où il parut, non comme un fugitif mais en sa qualité officielle de représentant du Chapitre de Rouen, l'un des corps les plus estimés alors.
  Il dut mourir à Bâle, après la réhabilitation de Jeanne d'Arc.
  Le 28 juin 1465, Me Guillaume Auber remit au Chapitre un volume provenant d'un legs "de feu maitre Nicolas Loiseleur, autrefois chanoine de Rouen".
  C'est la dernière fois qu'il fut question de lui au Chapitre de Rouen.

ANDRÉ MARGUERIE,

   Maître ès-arts et bachelier en décret, fut, dès 1409, vicaire général, conseiller de l'archevêque Louis de Harcourt, et archidiacre du Petit-Caux, bénéfice dans lequel il fut confirmé par Henri V (1427) ; il fut aussi vicaire général à la vacance du siège (1422 et 1443) ; député aux États de Normandie (1423) ; au Concile provincial de Rouen (1445) ; curé de Drosay jusqu'en 1440. Henri VI le nomma trésorier du Chapitre, mais il dut céder la place à Philippe de la Rose. Envoyé au Concile de Constance, il revint à Sceau et signature de MarguerieRouen après le siège de 1429, et prouva qu''il n'avait jamais adhéré au parti d'Armagnac ou du Dauphin. Il sut gagner la confiance des Anglais, et faisait partie du conseil du roi dès 1421, aux appointements de cent livres par an.
  Détail curieux : dès la même époque, il assurait une rente annuelle de dix livres à l'une de ses soeurs, entrée aux Emmurées de Rouen, "parce que le moustier ayant esté ars et abatu, et la revenue d'icelle religion anéantie et comme de nulle valeur, se pourveu ne lui eust esté par son frère, elle eust pu estre en voye de mendier".
  Il fit le pélerinage de Jérusalem en 1442 et 1443.
  Son testament, daté du 14 juillet 1451, est conservé aux archives de la Seine-Maritime. Le testateur, qui avait déjà fondé deux obits à perpétuité, en 1435, disposait de ses livres, chainés sur trois pupitres dans la librairie, en faveur du Chapitre. Il léguait aussi certaines sommes pour la réparation des églises de Drosay, de Grainville, du Mesnil-Durdeut et de Canteleu, qui avaient été ruinées pendant les guerres.
  André Marguerie mourut à Rouen le 12 février 1465, laissant pour unique héritier Jean Le Roux, vicomte de Rouen, qui avait épousé sa nièce.

JEAN MAUGER,

   Licencié en droit canon, né vers 1370, avait été reçu, par droit de régale, le 25 juillet 1421, au canonicat vacant par l'absence de Jean Porcher, resté fidèle à la cause nationale. Il était chargé, en 1422, de solliciter et poursuivre tous les procès relatifs à l'église et à ses immeubles. Le conseil du roi d'Angleterre le députa à Paris en 1424. ll fut ensuite nommé pénitencier de l'église de Rouen (1432) et vicaire de Pontoise (1436).
  Consulté sur les douze articles, il trouva l'appréciation des docteurs "bonne, juste et sainte, en harmonie avec les sacrés canons", les sanctions canoniques et les écrits de nos docteurs, la partageant et soutenant en tout et sur tout."
  Mauger mourut vers le mois de juin 1440.

PIERRE MAURICE,

   Docteur en théologie, rallié de bonne heure au gouvernement anglais, était un personnage considérable à l'époque du procès de la Pucelle. Il avait été recteur de l'Université de Paris (1428) et venait d'être reçu chanoine de Rouen le 11 janvier 1430 en vertu de lettres de Henri VI. Il fut curé d'Yerville, chapelain des chapelles Saint-Pierre et Saint-Mathurin en la cathédrale de Rouen.
  Les chanoines le désignèrent, le 5 juin 1430, pour complimenter le roi Henri VI, lors de son entrée solennelle dans leur église.
  Maurice fut l'un des plus assidus au procès et assista à presque toutes les séances. Le 23 mai 1431, veille de l'abjuration, il fut chargé de résumer la cause et d'exposer à Jeanne ses manquements, ce qu'il fit avec ostentation, dans un discours très apprêté, en présence de Louis de Luxembourg et de Jean de Mailly. Après quoi, l'accusée déclara froidement qu'elle maintenait tous ses dires. Elle ajouta : "Si j'étois au jugement, et je voyois le feu allumé, et les bourrées allumez, et le bourreau prêt de bouter le feu, et si j'étois dedans le feu, si ne diroi-je autre chose que ce que j'ai dit jusqu'ici, et le maintiendroi-je jusqu'à la mort !"
  Pierre Maurice fut récompensé de son zèle : car, trois ans après, le gouvernement anglais le députa au Concile de Bâle.
  En 1436, le Chapitre le nomma vicaire général. II était d'ailleurs, en même temps que chanoine de Rouen, chanoine de Bayeux.
  Il mourut à Rouen, vers le 24 septembre 1436, laissant pour exécuteurs testamentaires Gilles Deschamps, doyen, Nicolas Caval et Jean Lambert, qui, en son nom, fondèrent un obit à la cathédrale.
  Ses exécuteurs testamentaires remirent 32 manuscrits à la bibliothèque du Chapitre.

JEAN PINCHON,

  Licencié en décret, était chanoine de Rouen depuis 1414, mais il ne prit possession qu'en 1421, après avoir fait sa soumission à Henri V.
  En 1422, il interjetait appel au pape, à l'occasion d'une contestation où il n'avait pas obtenu suffisante justice. Il fut l'un des zélés partisans de Jean de la Rochetaillée contre Nicolas de Venderès, que le Chapitre avait élu au siége de Rouen. Ses collègues ne lui en tinrent pas rigueur, puisqu'ils le députèrent à Rome pour le Concile (1424), et le nommèrent ensuite vicaire général pendant la vacance du siège (1429).
  En 1431, il eut une violente altercation avec Jean de Besançon. On engagea les deux adversaires à se pardonner mutuellement et à boire à la santé l'un de l'autre en signe de bonne amitié.
  Ce fut lui que Bedford chargea, le 9 janvier 1431, de présenter au Chapitre l'acte par lequel il devenait le second fondateur du Couvent des Carmes.
  Il dut mourir à Paris, avant le 25 juin 1438.

RAOUL ROUSSEL,

   Docteur en décret, né à Saultchevreuil, près Villedieu, avait été reçu chanoine de Rouen le 11 décembre 1420, en vertu d'une bulle du pape, et avait été nommé trésorier en 1421.
  Henri V le confirma dans ces bénéfices. II s'était, en effet, rallié dès le début au gouvernement anglais et avait été nommé conseiller maître des requêtes du roi et du régent, en 1423. Deux fois il fut nommé ambassadeur, pour traiter de la paix avec la France (1435 et 1438)
  Roussel cumula aussi les bénéfices, car il fut chanoine de Coutances en même temps que chanoine de Rouen. On le nomma vicaire général à la vacance du siège (1429 et 1443)
  Il se fit remarquer par la fermeté qu'il mit à défendre, en toutes circonstances,Tombeau de Roussel les droits et les prérogatives de sa dignité canoniale, menaçant, au besoin, d'en appeler au pape, si l'on n'admettait pas ses prétentions. Il se montra toujours opposé au cumul du cardinalat, par l'archevêque de Rouen, avec les fonctions archiépiscopales, qui impliquaient la résidence à Rouen, alors que les cardinaux vivaient ordinairement à la cour pontificale.
  Ce fut lui qui, en 1444, reçut, au nom du Chapitre, le duc d'York à son entrée comme gouverneur de Normandie.
  Nous le verrons plus tard succéder au cardinal de Luxembourg sur le siège de Rouen, et signaler son administration par des réformes importantes.
Le futur archevêque de Rouen avait prêté un concours très actif au procès de la Pucelle. Il faisait partie des cinq chanoines dont Cauchon s'était entouré avant l'arrivée des universitaires et qu'il initia à ses détestables projets.
  II assistait à la séance du 12 mai, dans la grosse tour, mais il n'opina pas pour la torture. Il estima, au contraire, qu'il fallait qu'un procès aussi bien fait ne pût donner prise à la calomnie. Il fut présent au supplice sur la place du Vieux-Marché.
  Roussel devait essayer de racheter plus tard les fautes que l'intérêt personnel et l'esprit de parti lui avaient faits commettre. Soit qu'il jugeât la cause anglaise définitivement perdue en France, et qu'il désirât conserver son siège épiscopal, soit qu'il éprouvât le désir sincère de répudier les erreurs de son passé, il s'employa de tout son pouvoir à faire rentrer la ville de Rouen sous l'autorité de Charles VII, sans crainte de Sommerset et de Talbot.
  Il mourut à Rouen le 31 décembre 1452, après avoir assisté aux premières informations qui furent faites pour la réhabilitation de la Pucelle.
  Roussel fut inhumé dans la chapelle de la Vierge, du côté droit. Son tombeau, qui n'existe plus aujourd'hui, était placé le second, en entrant. Ce beau tombeau gothique dût disparaitre, lors de la regrettable décision prise par le Chapitre, en 1769, portant que "à l'exception des tombeaux de Georges d'Amboise et des deux Brézé, tous ceux de la chapelle de la Vierge, ainsi que les représentations ou statues tumulaires des autres parties de l'église qui ne seraient pas décentes ou en parfait état seraient supprimées."
Ce massacre général ayant été autorisé par l'archevêque, on dut détruire, avec le tombeau de Raoul Roussel, ceux des archevêques Eudes Rigaud et G. de Flavacourt.

PASQUIER DE VAULX,

   Du diocèse d'Amiens, docteur en décret était, en 1416, notaire apostolique au Concile de Constance. Il fut reçu chanoine de Rouen en 1427.
  Ses fonctions de secrétaire et chapelain du duc de Bedford indiquent assez de quelle faveur il jouissait auprès des Anglais, auxquels il demeura fidèle jusqu'à sa mort. Il fut conseiller du roi d'Angleterre et président de la Chambre des comptes de Normandie.
  Le gouvernement anglais l'envoya à Rome, pour obtenir la promotion de Louis de Luxembourg à l'archevêché de Rouen. Il prit ensuite possession du siège, au nom de ce prélat, en 1437.
  Nommé évêque de Meaux, dès 1435, il n'en continua pas moins de séjourner à Rouen, où il remplit les fonctions de vicaire général du nouvel archevêque, dont il avait toute la confiance. Il occupait un hôtel, situé près de la Monnaie, que les religieux de Grandmont lui avaient cédé à vie.
   En 1439, il abandonna l'église de Meaux et se fit nommer évêque d'Évreux, par le pape Eugène IV. Nous le verrons, plus tard, lorsque Robert de Flocques s'emparera de la ville d'Évreux, pour Charles VII (1443), rester attaché à la cause de Henri VI, et se faire nommer évêque de Lisieux, parce que cette ville tenait encore pour les Anglais.
  A cette époque, il fit un pèlerinage à Jérusalem.
  Il mourut à Lisieux, le 1o juillet 1447, au moment où Charles VII, favorisé par Thomas Basin, le nouvel évêque, allait faire son entrée dans la cité.
L'ancien chanoine de Rouen se montra généreux envers le Chapitre. Il fit donation, le 23 janvier 1437, de deux cents saluts d'or, pour l'achat d'une rente qui devait être affectée aux complies des six samedis du carême.
ll légua, en outre, par son testament, au prieuré de Grandmont, la somme de mille livres.

NICOLAS DE VENDÈRES,

   Sieur de Beausseré, licencié ès-lois, né vers 1372, fut l'un des trois ecclésiastiques qui figurèrent au traité de composition de la ville de Rouen avec Henri V, en 1419,
  Comme tant d'autres, il se soumit aux vainqueurs, mais il eut, en outre l'impudeur de s'enrichir des dépouilles de leurs victimes, ses compatriotes. C'est ainsi qu'il se fit donner, par les Anglais, la maison qu'occupait le chanoine
Robert De Livet, resté fidèle à son roi et emmené prisonnier en Angleterre.
  Archidiacre Sceau de Nicolas de Venderesd'Eu, il prêta serment de fidélité au monarque anglais et fut reçu chanoine de Rouen, en 1419, puis nommé archidiacre d'Eu, en 1422. Il fut vicaire général pendant la vacance du siège et pendant le procès de la Pucelle.
   Très estimé de ses collègues, il avait été nommé par eux à l'archevêché de Rouen, en 1423, et avait failli l'emporter sur le cardinal Jean de la Rochetaillée.
  Il mourut à Rouen le 1er août 1438, à l'âge de soixante-six ans.
  Sa mémoire reste lourdement chargée du crime commis sur la Pucelle. En effet, Venderès fut l'un des plus assidus au procès, puisqu'il assista à vingt et une séances. Il montra, pendant tout ce temps, une violence presque égale à celle de Pierre Cauchon.
  Il n'opina pas pour la torture "du moins quant à présent", mais il assista à l'abjuration et au supplice. On sait le rôle odieux qu'il joua au cimetière de Saint-Ouen. Dans la sinistre séance du 29 mai, la dernière de ce mémorable procès, il émit cet avis que "Jeanne doit être considérée comme hérétique, et qu'aprés la sentence rendue, elle devra être abandonnée à la justice séculière, qui sera priée d'agir envers elle avec douceur". On sait quelle était la valeur de cette dernière réserve, toute de forme et d'hypocrisie !


                                                 


Sources : Albert Sarrazin - "Jeanne d'Arc et la Normandie au XV° siècle" - 1896., E.O'Reilly, "Procès de Jeanne d'Arc".
Illustrations :
- Sceau du Chapitre de Notre Dame de Rouen (1435) - Arch. de la Seine. mar. - (Jeanne d'Arc et la Normandie au XV° siècle - A.Sarrazin - 1896).
- Sceau de l'officialité de Rouen (1410) - Arc.Seine.mar.. Abbaye de Valmont - ibid.
- Signature de Pierre Cochon, l'auteur pro-bourguignon de la chronique normande (arch.dép.) - ibid.
- Début du testament de Jean Basset (arch.dép.) - ibid.
- Pierre tombale de Denis Gastinel à la cathédrale de Rouen (dessin de M.Deville - "Jeanne d'Arc" H.Wallon - éd.1892)
- Rouen : passage des chanoines - (Jeanne d'Arc, la grande histoire illustrée - H.Debout - 1910)
- Sceau d'André Marguerie - Bibl. nle ("La mission de Jeanne d'Arc" - le colonel de Liocourt - t.II)
- Gisant de Raoul Roussel sur son tombeau avant sa destruction en 1769.
- Sceau de Nicolas de Venderès (Albert Sarrazin - "Jeanne d'Arc et la Normandie au XV° siècle" - 1896)
.

Notes :
1 Sentence des vicaires-généraux, rendue en 1421 à l'instigation de Henri V, pour cause de résidence sur les terres du Dauphin des Viennois et autres ennemis du Toi de France et d'Angleterre : Charles VI et Henri V (A.Sarrazin).

2 Le chanoine Loth (Jeanne d'Arc et le ckergé de Rouen).

3 Bedford n'a pas influencé les chanoines car il était absent de Rouen à partir du 13 janvier 1431. Il n'est rentré de Paris qu'en septembre 1431.

4 Acte relatif à la cure de Daubeuf.

5 O'Reilly - Procès de Jeanne d'Arc.

6 Lancée par le Cardinal de Sainte-Praxède.




Procès de condamnation

Présentation :

- L'organisation du tribunal
- Les sources existantes
- Plan chateau de Rouen
- La prison de Jeanne

Procès :
- Procès


Complément :
- Etude de l'abjuration
- Lettres de garantie




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