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14 octobre 2019  

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par Henri Wallon

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Lettre du 8 juin 1431
Procès de condamnation - actes postérieurs
Copie des lettres de l'Université envoyée au pape, à l'empereur et aux cardinaux

  "C'est notre opinion, très Saint-Père, qu'il faut travailler avec d'autant plus de viligance à repousser les atteintes pestilentielles dont l'Église est contaminée par les erreurs variées des pseudo-prophètes et des hommes réprouvés, que la fin des siècles semble davantage imminente. Car ces temps, futurs et périlleux, le docteur des nations (1) les annonça ces jours derniers, quand les hommes ne maintiendront plus saine doctrine : car ils se détourneront d'ouïr la vérité, pour se convertir à des fables. La Vérité (2) aussi l'a dit : "Ils surgiront les pseudo-Christ et les pseudo-prophètes, et ils donneront grands signes, merveilles et prodiges, au point d'induire en erreur, s'il était possible, les élus eux-mêmes." Aussi quand nous voyons se lever de nouveaux prophètes qui se vantent d'avoir reçu révélations de Dieu et des bienheureux de la triomphante patrie, quand nous les voyons annoncer aux hommes l'avenir et des choses dépassant l'acuité de l'humaine pensée, oser accomplir actes nouveaux et insolites, alors il convient à la sollicitude pastorale de prêter tous ses efforts afin qu'ils ne submergent point les peuples, trop avides de croire aux nouveautés, par ces doctrines étrangères, avant d'avoir bien vérifié que les esprits qu'ils allèguent viennent de Dieu. Facile en effet serait à ces rusés et pernicieux semeurs d'inventions mensongères d'infecter le peuple catholique, si chacun, sans l'approbation et la consentement de notre sainte mère l'Église, était laissé libre de feindre à son bon plaisir des révélations surnaturelles, s'il pouvait usurper l'autorité de Dieu et des saints. A bon droit nous semble donc bien recommandable, très Saint-Père, la soigneuse diligence que révérend père en Christ, monseigneur l'évêque de Beauvais et le vicaire de monseigneur l'inquisiteur de la perversité hérétique, député par le Saint-Siège apostolique au royaume de France, montrèrent naguère dans la protection de la religion chrétienne. Car ceux-ci ont pris soin de faire attentivement examiner certaine femelle, prise dans les limites du diocèse de Beauvais, portant l'habit d'homme et des armes, accusée judiciairement devant eux de feindre mensongèrement des révélations divines, de graves crimes contre la foi orthodoxe ; et ils firent pleine vérité sur ses gestes. Et après qu'ils nous communiquèrent le procès déduit devant eux, nous faisant requête de leur donner notre opinion sur certains articles affirmés par elle, pour qu'on ne puisse pas dire que le silence a recouvert ce qui fut fait pour l'exaltation de la foi orthodoxe, nous avons résolu de nous ouvrir à votre Béatitude sur ce que nous avons adopté.
  Comme nous en instruisirent lesdits seigneurs juges, cette femme, qui se nommait elle-même Jeanne la Pucelle, a confessé spontanément, en justice, divers points qui, pesés par le diligent examen de plusieurs prélats, considérés mûrement par les docteurs et autres savants en droit divin et humain, après détermination et conclusion de notre Université, prouvèrent qu'elle devait être tenue pour superstitieuse, devineresse, invocatrice de malins esprits, idolâtre, blasphématrice envers Dieu, les saints et les saintes, schismatique et tout à fait errant, en la foi de Jésus-Christ.
  Pleins de douleur et gémissant sur l'âme de cette misérable pécheresse prise aux rets pernicieux de tant de crimes, par fréquentes adominitions et charitables exhortations, ses juges mirent tout en œuvre pour la retirer de la voie de son erreur et faire en sorte qu'elle se soumît au jugeme
nt de notre mère sainte Église. Mais l'esprit du mal avait à ce point rempli son cœur que, bien longtemps, elle avait vomi nos salutaires monitions d'un cœur endurci, refusé de se soumettre à nul homme au monde vivant, de quelque dignité qu'il, brillât, ainsi qu'au sacré concile général, ne reconnaissant d'autre juge que Dieu.
  Enfin il arriva que le persévérant travail desdits juges a diminué un peu une telle présomption : écoutant de plus sains conseils, elle a révoqué et abjuré de sa bouche ses erreurs, en présence d'une grande multitude de peuple ; elle a souscrit et signé de sa propre main une cédule d'abjuration et de révocation. Mais, à peine quelques jours s'étaient-ils écoulés, que cette malheureuse femme retomba dans ses anciennes insanités, qu'elle adhéra de nouveau aux erreurs qu'elle avait révoqué. C'est pourquoi les susdits juges la condamnèrent, par sentence finale, comme relapse et hérétique, et ils l'abandonnèrent au jugement de la puissance séculière. Or, quand cette femme connut que la destruction de son corps était proche, elle confessa, avec bien des gémissements et devant tous, qu'elle avait été moquée et déçue par ces esprits qu'elle disait lui être
visiblement apparus ; et, à ce qu'il semblait, menant pénitence à l'article de la mort, à tous elle demanda pardon : ainsi elle quitta ce monde.
  Par quoi tous reconnurent clairement combien il était périlleux, combien il était redoutable de donner une trop légère croyance aux inventions modernes qui ont été depuis peu répandues dans ce très chrétien royaume, non seulement par cette femme, mais encore par plusieurs autres (3) ; et tous les fidèles de la religion chrétienne, tous doivent être avertis par un si misérable exemple de ne point agir, et si vite et suivant leur propre sentiment, et qu'ils doivent écouter les doctrines de l'Église et les enseignements de leurs prélats plutôt que les fables des femmes superstitieuses. Car enfin, par l'exigence de nos démérites, si nous sommes arrivés à ce point que les devineresses, vaticinant faussement au nom de Dieu, sans mission de sa part, soient mieux accueillies par la légèreté populaire que les pasteurs de l'Église et les docteurs, à qui naguère Christ a dit : "Allez, enseignez toutes les nations", c'en est fait, la religion va périr, la foi s'écroule, l'Église est foulée aux pieds, et l'iniquité de Satan dominera l'univers entier !
  Daigne Jésus-Christ empêcher tout cela, et, sous l'heureuse direction de votre Béatitude, préserver son troupeau de toute tache et contamination !
"



                                                 


Sources : "Condamnation de Jeanne d'Arc" de Pierre Champion (1921), "Procès de Jeanne d'Arc" - E.O'Reilly (1868), "La minute française des interrogatoires de La Pucelle" - P.Doncoeur (1952)
Texte mis en Français moderne.

Notes :
1 Il s'agit certainement du célèbre dominicain espagnol St Vincent Ferrier, très doué pour les langues, qui précha les foules en France, Angleterre, Espagne, Portugal, Italie... (P.Champion)

2 Matthieu, chap.XXIV, 24

3 S'agit-il de Catherine de la Rochelle et de Pierronne la Bretonne ?



Procès de condamnation

Présentation :

- L'organisation du tribunal
- Les sources existantes
- Plan chateau de Rouen
- La prison de Jeanne

Procès :
- Procès


Complément :
- Etude de l'abjuration
- Lettres de garantie




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