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Les
limites de la France à l'époque de la mission
de Jeanne d'Arc
Les
limites du royaume de France - Index |
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milieu du XV° siècle, un écrivain qui jouissait
d'une position officielle auprès du Roi Charles VII, le hérault
d'armes Gilles le Bouvier, dit Berry, s'exprimait ainsi au sujet
de l'étendue et des limites du royaume de France, qu'il déclare
très-haut "le plus bel, le plus plaisant, le plus gracieux
et le mieulx pourporcionné de tous les aultres".
"Ce
dit royaulme a de long XXII journées, c'est assavoir depuis
l'Escluse en Flandres jusques à Saint-Jean-de-Pié-de-Porc
qui est l'antrée du royaulme de Navarre. Et a de large XVI
journées, c'est assavoir depuis Saint-Mahieu (1)
de Fine-Poterne, en Bretaigne, jusques à Lyon, sus le Rosne..."
"Ce royaulme est farmé, depuis l'Escluse
en Flandres, jusques au royaulme de Navarre, de mer. Et de là,
est farmé des mons Espirans (2)
jusques à Nerbonne. Et de Nerbonne est farmé de la
mer de mydy, qu'on appelle Myterranne (3),
jusques à Esguemorte. Et est farmé, depuis la mer
au long dudit fleuve jusques à la cité de Lyon, dudit
Rosne, là où tumbe le fleuve de la Sonne. Et, de là,
est formé du fleuve de Sonne, dudit Lyon, jusques à
Leuseu (4), ès marches de Lauraine.
Et près de là commence le fleuve de la Meuse dont
ledit royaulme est farmé contre les Allemaignes jusques à
la conté de Henault et au païs du Liege. Et à
une journée de là est farmé du fleuve de l'Escault,
qui part d'enprès Bouhain en Cambrexis (5),
jusques à la mer de Flandres où tumbe ledit fleuve."
Et plus loin, faisant la description des cours d'eau
de la France, il ajoute :
Et depart ladite riviere de Sonne, depuis Lorraine jusques
à Lyon, le royaume et l'Empire. Et de Lyon s'en va le Rosne
en Avignon, à Beaucaire et à Aygues Mortes, et là
tumbe en mer, et depart pareillement dudit Lyon jusques à
Esgues-Mortes le royaume et l'Empire."
Les
paroles du héraut Berry ont ici une autorité incontestable,
car elles nous apprennent ce que le monde officiel d'alors considérait,
non seulement comme les frontières naturelles du royaume,
mais aussi comme les limites qu'avait assignées à
la France un traité déjà vieux de six siècles,
le traité de Verdun de 843, que les juristes de la fin du
moyen-âge invoquaient fréquemment, sans en connaître,
plus que nous, le texte, qui probablement ne leur eût pas
toujours donné raison.
Plusieurs chroniqueurs du moyen age disent, à
la vérité, que Charles le Chauve reçut par
le traité de Verdun tout le pays compris entre la mer Britannique
et la Meuse ; d'autres font entendre que l'Escaut servait aussi
de limite au royaume de Charles ; mais ils ne parlent ainsi que
par approximation. César, lui aussi, parlait approximativement
lorsqu'il indiquait la Seine et la Marne, la Loire, et enfin la
Garonne comme limites intérieures des trois parties de la
Gaule, et nos géographes modernes, dans bien des cas, n'agissent
pas différemment. Les assertions de nos vieux chroniqueurs
ne doivent pas être prises à la lettre, croyons-nous,
et nous n'en voulons d'autres preuves que les paroles mêmes
de deux annalistes du IX° siècle, Prudence, évêque
de Troyes, et Hincmar, archevêque de Reims.
Suivant Prudence, qui mourut en 861, le partage de 843
aurait donné à l'empereur Lothaire "les pays
situés entre le Rhin et l'Escaut jusqu'à la mer, avec
le Cambrésis, le Hainaut, le Castricium, (pays des
environs de Mézières), tous les comtés voisins
situés en deçà de la Meuse jusqu'à la
Saône, affluent du Rhône, et le cours du Rhône
jusqu'à la mer (Méditerranée) avec les comtés
également contigus à ces deux rivières."
Il n'est pas possible d'exprimer plus clairement que les États
de Charles le Chauve n'atteignaient ni le Rhône ni la Saône,
ni la Meuse, et que les comtés situés à l'ouest
de ces cours d'eau obéissaient à Lothaire.
On peut voir une confirmation de notre manière
de voir dans ce que Hincmar rapporte, à l'année 870,
du partage du royaume de Lothaire II, l'un des fils de l'empereur
Lothaire. L'annaliste nomme effectivement, parmi les contrées
qui formèrent le lot de Charles le Chauve, divers pays situés
en totalité ou en partie de ce côté de la Meuse,
de la Saône et du Rhône ; ce sont le Castricium, le
Mouzonnais, le Dormois, le Verdunois, le Barrois, l'Ornois, le Portois,
le Lyonnais, le Viennois, le Vivarais et l'Uzége. Ces circonscriptions,
de même que les autres comtés lorrains assignés
à la France par le traité de 870, ne tardèrent
pas à être rattachés, soit au royaume de Lorraine,
soit au royaume d'Arles, pour faire ensuite retour, en 912 et en
1033, au royaume de Germanie, ou pour mieux dire à l'empire
d'Allemagne.
Cependant, dès le XI° siècle, c'est-à-dire
dès l'époque à laquelle la monarchie française
; grâce à l'énergie de Louis le Gros, s'est
montrée capable de pouvoir résister, d'une part à
d'orgueilleux vassaux, de l'autre à de puissants souverains,
voire même à l'empereur d'Allemagne, les prétentions
du Roi de France se dessinent : les limites bâtardes que les
traités du IX° siècle ont données à
ses états ne lui suffisent plus. Son royaume, "le meilleur",
selon un trouvère du XII° siècle, des quatre-vingt-dix
royaumes de la chrétienté, doit avoir une frontière
bien déterminée : l'Escaut, la Meuse, la Saône
et le Rhône formeront cette frontière : Aussi, pendant
le XIII° et le XIV° siècle, le Roi, ne perdant pas
de vue cette ligne politique, réussit-il à rattacher
à la France un certain nombre de territoires qui jusqu'alors
ont été considérés comme terres d'Empire
; ce sont, en allant du nord au sud, le pays de Waes, une partie
du Cambrésis, la seigneurie de Mouzon, l'Astenois (6),
le duché de Bar, la seigneurie de Commercy, le Lyonnais,
le Vivarais, l'Uzège, etc... Cela n'a pas lieu, il est vrai,
sans soulever parfois de vives réclamations, car il paraît,
et ce sont les paroles que Froissart prête aux princes de
l'Empire, qu'il aurait été solennellement convenu
"et seelet et juret, que li Rois de France, quiconques le soit,
ne peut ne ne doit tenir ne acquerre riens sur l'Empire". Mais
le Roi de France trouvera bien quelquefois moyen de tourner la difficulté
: les terres qu'il acquiert en l'Empire, il ne les gardera pas ;
elles constitueront l'apanage de son fils aîné ; et
ce fut là le rôle des seigneuries d'Arleux et de Crèvecœur
en Cambrésis, ainsi que du puissant fief de Dauphiné,
sous les princes de la maison de Valois.
Bientôt, toutefois, et cela même avant que
la frontière de l'Escaut, de la Meuse, de la Saône
et du Rhône ait pu être entièrement régularisée,
le Roi s'est fixé un autre but. La France ne doit avoir d'autres
limites que celles de la Gaule ; la Gaule s'étendait jusqu'au
Rhin : le Rhin, par conséquent, sera la limite du royaume
de France. Telles étaient déjà, à la
fin du XIII° siècle, les prétentions de Philippe
le Bel, ou, tout au moins, celles que son peuple lui attribuait
lors de l'entrevue de Vaucouleurs, en 1299, car, suivant le bruit
qui courut alors, l'Empereur Albert aurait accordé au Roi
que les limites de France, qui ne s'étendaient encore que
jusqu'à la Meuse, seraient reculées jusqu'au Rhin.
Le Roi d'Angleterre héritera de ces prétentions lorsqu'il
régnera à Paris, et ses actes nous montreront qu'il
considère la cité de Toul, située au delà
de la Meuse, comme une ville du royaume de France. Enfin, un peu
plus tard, en 1444, le Roi Charles VII, avant d'entrer dans les
Trois-Évêchés, adresse au peuple de ces pays,
à l'Empereur et aux princes de l'Empire, ces mémoires
où il revendique hautement les frontières antiques
et naturelles de la Gaule française, qui s'étendent,
est-il dit formellement, " jusqu'au Rhin".
Mais jusqu'à quel point avait été
réalisé, à l'époque dont nous nous occupons,
c'est-à-dire au commencement du règne de Charles VII,
le programme à deux degrés des rois capétiens,
programme que la longue lutte entre la France et l'Angleterre n'avait
pu faire oublier ? C'est ce que nous essayerons de déterminer,
après avoir parcouru la frontière orientale du royaume
depuis les bouches de l'Escaut jusqu'à celle du Rhône,
et la frontière de ce même état du côté
de l'Espagne.
§1 . La
limite septentrionale
§2. La limite méridionale
§3. Résumé
Sources
: un article d'Auguste Longnon paru dans la "Revue des
questions historiques" en octobre 1875, t.18 p.444 à
546.
Notes
:
1 Commune du Finistère
2 Les pyrénées
3 Mer méditerranée
4 Luxeuil
5 Bohain dans l'Aisne
6 Région de Ste Menehould, Dampierre.
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