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07 janvier 2009  

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par Henri Wallon

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Les limites de la France à l'époque de la mission de Jeanne d'Arc
Les limites du royaume de France - Index

u milieu du XV° siècle, un écrivain qui jouissait d'une position officielle auprès du Roi Charles VII, le hérault d'armes Gilles le Bouvier, dit Berry, s'exprimait ainsi au sujet de l'étendue et des limites du royaume de France, qu'il déclare très-haut "le plus bel, le plus plaisant, le plus gracieux et le mieulx pourporcionné de tous les aultres".
  "Ce
dit royaulme a de long XXII journées, c'est assavoir depuis l'Escluse en Flandres jusques à Saint-Jean-de-Pié-de-Porc qui est l'antrée du royaulme de Navarre. Et a de large XVI journées, c'est assavoir depuis Saint-Mahieu (1) de Fine-Poterne, en Bretaigne, jusques à Lyon, sus le Rosne..."
  "Ce royaulme est farmé, depuis l'Escluse en Flandres, jusques au royaulme de Navarre, de mer. Et de là, est farmé des mons Espirans (2) jusques à Nerbonne. Et de Nerbonne est farmé de la mer de mydy, qu'on appelle Myterranne (3), jusques à Esguemorte. Et est farmé, depuis la mer au long dudit fleuve jusques à la cité de Lyon, dudit Rosne, là où tumbe le fleuve de la Sonne. Et, de là, est formé du fleuve de Sonne, dudit Lyon, jusques à Leuseu (4), ès marches de Lauraine. Et près de là commence le fleuve de la Meuse dont ledit royaulme est farmé contre les Allemaignes jusques à la conté de Henault et au païs du Liege. Et à une journée de là est farmé du fleuve de l'Escault, qui part d'enprès Bouhain en Cambrexis (5), jusques à la mer de Flandres où tumbe ledit fleuve."
  Et plus loin, faisant la description des cours d'eau de la France, il ajoute :
  Et depart ladite riviere de Sonne, depuis Lorraine jusques à Lyon, le royaume et l'Empire. Et de Lyon s'en va le Rosne en Avignon, à Beaucaire et à Aygues Mortes, et là tumbe en mer, et depart pareillement dudit Lyon jusques à Esgues-Mortes le royaume et l'Empire."

  Les paroles du héraut Berry ont ici une autorité incontestable, car elles nous apprennent ce que le monde officiel d'alors considérait, non seulement comme les frontières naturelles du royaume, mais aussi comme les limites qu'avait assignées à la France un traité déjà vieux de six siècles, le traité de Verdun de 843, que les juristes de la fin du moyen-âge invoquaient fréquemment, sans en connaître, plus que nous, le texte, qui probablement ne leur eût pas toujours donné raison.
  Plusieurs chroniqueurs du moyen age disent, à la vérité, que Charles le Chauve reçut par le traité de Verdun tout le pays compris entre la mer Britannique et la Meuse ; d'autres font entendre que l'Escaut servait aussi de limite au royaume de Charles ; mais ils ne parlent ainsi que par approximation. César, lui aussi, parlait approximativement lorsqu'il indiquait la Seine et la Marne, la Loire, et enfin la Garonne comme limites intérieures des trois parties de la Gaule, et nos géographes modernes, dans bien des cas, n'agissent pas différemment. Les assertions de nos vieux chroniqueurs ne doivent pas être prises à la lettre, croyons-nous, et nous n'en voulons d'autres preuves que les paroles mêmes de deux annalistes du IX° siècle, Prudence, évêque de Troyes, et Hincmar, archevêque de Reims.

  Suivant Prudence, qui mourut en 861, le partage de 843 aurait donné à l'empereur Lothaire "les pays situés entre le Rhin et l'Escaut jusqu'à la mer, avec le Cambrésis, le Hainaut, le Castricium, (pays des environs de Mézières), tous les comtés voisins situés en deçà de la Meuse jusqu'à la Saône, affluent du Rhône, et le cours du Rhône jusqu'à la mer (Méditerranée) avec les comtés également contigus à ces deux rivières." Il n'est pas possible d'exprimer plus clairement que les États de Charles le Chauve n'atteignaient ni le Rhône ni la Saône, ni la Meuse, et que les comtés situés à l'ouest de ces cours d'eau obéissaient à Lothaire.

  On peut voir une confirmation de notre manière de voir dans ce que Hincmar rapporte, à l'année 870, du partage du royaume de Lothaire II, l'un des fils de l'empereur Lothaire. L'annaliste nomme effectivement, parmi les contrées qui formèrent le lot de Charles le Chauve, divers pays situés en totalité ou en partie de ce côté de la Meuse, de la Saône et du Rhône ; ce sont le Castricium, le Mouzonnais, le Dormois, le Verdunois, le Barrois, l'Ornois, le Portois, le Lyonnais, le Viennois, le Vivarais et l'Uzége. Ces circonscriptions, de même que les autres comtés lorrains assignés à la France par le traité de 870, ne tardèrent pas à être rattachés, soit au royaume de Lorraine, soit au royaume d'Arles, pour faire ensuite retour, en 912 et en 1033, au royaume de Germanie, ou pour mieux dire à l'empire d'Allemagne.

  Cependant, dès le XI° siècle, c'est-à-dire dès l'époque à laquelle la monarchie française ; grâce à l'énergie de Louis le Gros, s'est montrée capable de pouvoir résister, d'une part à d'orgueilleux vassaux, de l'autre à de puissants souverains, voire même à l'empereur d'Allemagne, les prétentions du Roi de France se dessinent : les limites bâtardes que les traités du IX° siècle ont données à ses états ne lui suffisent plus. Son royaume, "le meilleur", selon un trouvère du XII° siècle, des quatre-vingt-dix royaumes de la chrétienté, doit avoir une frontière bien déterminée : l'Escaut, la Meuse, la Saône et le Rhône formeront cette frontière : Aussi, pendant le XIII° et le XIV° siècle, le Roi, ne perdant pas de vue cette ligne politique, réussit-il à rattacher à la France un certain nombre de territoires qui jusqu'alors ont été considérés comme terres d'Empire ; ce sont, en allant du nord au sud, le pays de Waes, une partie du Cambrésis, la seigneurie de Mouzon, l'Astenois (6), le duché de Bar, la seigneurie de Commercy, le Lyonnais, le Vivarais, l'Uzège, etc... Cela n'a pas lieu, il est vrai, sans soulever parfois de vives réclamations, car il paraît, et ce sont les paroles que Froissart prête aux princes de l'Empire,  qu'il aurait été solennellement convenu "et seelet et juret, que li Rois de France, quiconques le soit, ne peut ne ne doit tenir ne acquerre riens sur l'Empire". Mais le Roi de France trouvera bien quelquefois moyen de tourner la difficulté : les terres qu'il acquiert en l'Empire, il ne les gardera pas ; elles constitueront l'apanage de son fils aîné ; et ce fut là le rôle des seigneuries d'Arleux et de Crèvecœur en Cambrésis, ainsi que du puissant fief de Dauphiné, sous les princes de la maison de Valois.

  Bientôt, toutefois, et cela même avant que la frontière de l'Escaut, de la Meuse, de la Saône et du Rhône ait pu être entièrement régularisée, le Roi s'est fixé un autre but. La France ne doit avoir d'autres limites que celles de la Gaule ; la Gaule s'étendait jusqu'au Rhin : le Rhin, par conséquent, sera la limite du royaume de France. Telles étaient déjà, à la fin du XIII° siècle, les prétentions de Philippe le Bel, ou, tout au moins, celles que son peuple lui attribuait lors de l'entrevue de Vaucouleurs, en 1299, car, suivant le bruit qui courut alors, l'Empereur Albert aurait accordé au Roi que les limites de France, qui ne s'étendaient encore que jusqu'à la Meuse, seraient reculées jusqu'au Rhin. Le Roi d'Angleterre héritera de ces prétentions lorsqu'il régnera à Paris, et ses actes nous montreront qu'il considère la cité de Toul, située au delà de la Meuse, comme une ville du royaume de France. Enfin, un peu plus tard, en 1444, le Roi Charles VII, avant d'entrer dans les Trois-Évêchés, adresse au peuple de ces pays, à l'Empereur et aux princes de l'Empire, ces mémoires où il revendique hautement les frontières antiques et naturelles de la Gaule française, qui s'étendent, est-il dit formellement, " jusqu'au Rhin".

  Mais jusqu'à quel point avait été réalisé, à l'époque dont nous nous occupons, c'est-à-dire au commencement du règne de Charles VII, le programme à deux degrés des rois capétiens, programme que la longue lutte entre la France et l'Angleterre n'avait pu faire oublier ? C'est ce que nous essayerons de déterminer, après avoir parcouru la frontière orientale du royaume depuis les bouches de l'Escaut jusqu'à celle du Rhône, et la frontière de ce même état du côté de l'Espagne.


§1 . La limite septentrionale

§2. La limite méridionale

§3. Résumé




Sources : un article d'Auguste Longnon paru dans la "Revue des questions historiques" en octobre 1875, t.18 p.444 à 546.

Notes :
1 Commune du Finistère

2
Les pyrénées

3 Mer méditerranée

4 Luxeuil

5 Bohain dans l'Aisne

6 Région de Ste Menehould, Dampierre.



Le dauphin raillé des Anglais
La bataille des harengs
Pothon négocie avec le Duc de Bourgogne pour sauver Orléans
Jeanne arrive à Chinon
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Jeanne chasse les prostituées de l'armée
La libération d'Orléans
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Le couronnement de Charles VII à Reims
Le siège de Paris
La prise de Jeanne à Compiègne
Jeanne sur le bûcher de Rouen
maj : 21/10/2008
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