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Le
manuscrit de "d'Urfé" |
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manuscrit est conservé à la Bibliothèque Nationale
sous la côte ms. lat. 8838. Jules Quicherat l'a décrit
ainsi dans son tome V, p.438 : "C'est un volume in-folio maximo,
en vélin de choix de 51 sur centimètres ; doré
sur tranche, avec reliure en veau vert, le dos maroquiné
rouge, au chiffre de Napoléon. Sur les plats ont été
rapportés des cuivres ciselés, qui appartenaient à
une reliure plus ancienne, savoir, deux écussons vairés
et timbrés, qui sont les armes de la maison d'Urfé,
plus huit encognures composées d'emblèmes, où
s'entrelacent, avec la devise UNI, les chiffres I et C (avec les
L affrontés et couronnés de Louis XVIII selon P.Champion).
Une partie du manuscrit du fonds latin n°5970 (procès
de réhabilitation) et celui de d'Urfé, est copiée
de la même main. Ils semblent qu'ils soient contemporains.
Jules Quicherat
et Champion estiment que ce manuscrit vient de Claude d'Urfé,
qui, après la mort de sa femme, Jeanne de Balzac, adopta
la devise UNI (1542). Jeanne de Balzac avait hérité
de sa mère Anne de Graville, fille de l'amiral Louis Mallet
de Graville ; et il est permis de penser que c'est à celui-ci
qu'est dû le manuscrit qui nous intéresse (1).
Il faut rappeler que le manuscrit
d'Orléans fut aussi rédigé sur son ordre
sous Louis XII. Ce manuscrit témoigne de l'intérêt
que les Graville vouaient à la mémoire de Jeanne,
en souvenir de leur aïeul Jean Mallet, sire de Graville, maitre
des arbalétriers qui avait combattu auprès de Jeanne
d'Arc.
D'Honoré d'Urfé, notre manuscrit passa dans les mains
de M. de Chavannes, de Thomas d'Ylan, dans celles de Fevret de Fontette
en 1769. L'Averdy le vit en 1787 au Dépôt des Chartes
; d'où il passa enfin à la Bibliothèque du
Roy.
Jules Quicherat dira
en 1849, qu'il présentait "une telle confusion que personne
jusqu'ici n'a pu s'y reconnaitre". Pierre Champion, qui a aussi
étudié ce manuscrit, assure qu'il a fallu "toute
la science paléographique de J. Quicherat, servie par sa
claire intelligence et sa merveilleuse connaissance des textes,
pour débrouiller ce chaos". Deux écritures bien
distinctes, note Quicherat, "alternent l'une avec l'autre à
diverses places du manuscrit. L'une est la cursive coulée
du temps de Louis XII, l'autre est la plus belle gothique de la
chancellerie de Charles VII".
D'où vient cet imbroglio ?
Originellement le codex, sur vélin, contenait la copie du
Procès de réhabilitation dans sa rédaction
"épiscopale" (les versions officielles de ce procès
sont des versions "notariales") soit une masse considérable
de documents avec notamment une copie de la version latine du procès
de condamnation et la minute française de ce même procès
déposées aux juges de la réhabilitation par
Guillaume Manchon, le notaire du procès de condamnation.
Toujours est-il qu'un accident (avant ou après la reliure
?) a supprimé de ce manuscrit une partie des folios d'origine.
C'est en cet état désastreux que le trouve son possesseur
en son chateau de la Bâtie, au début du XVI° siècle.
Il semble que Claude d'Urfé entre 1502 et 1558 ait tenté
de compléter les parties disparues par des copies ou traductions
d'autres ouvrages. L'ensemble, dans un chaos indescriptible, fut
numéroté et magnifiquement relié.
Le grand souci semble avoir été de remplacer les folios
manquants par des folios rigoureusement du même format. "L'inintelligence
de cette conception, conclut Quicherat, n'est surpassée que
par celle de l'exécution, puisque l'état actuel du
manuscrit prouve qu'on ne sut ni reconnaître les lacunes,
ni remettre à leur place les cahiers transposés".
Monsieur Porcher, conservateur en chef du département
des manuscrits à la bibliothèque nationale, a pris
la bonne décision en décousant les cahiers et en séparant
les textes des deux écritures. Il a alors été
possible de restituer dans l'ordre les cahiers originaux et de connaître
exactement ses lacunes. Dans la nouvelle reliure des folios vierges
remplacent les manquants. Nous pouvons désormais lire la
seule "rédaction épiscopale" connue du procès
de réhabilitation (mais incomplète), ainsi que la
minute française (incomplète elle aussi) et une version
en latin du procès de condamnation qui n'a pas encore été
étudiée vraiment et qui semble pourtant d'intérêt
majeur, les textes ayant été vérifiés
et certifiés par Manchon lui-même.
Le manuscrit d'Urfé apparait donc comme une pièce
capitale pour l'étude des procès de la Pucelle.
Source
: "La réhabiltation de Jeanne la Pucelle - la rédaction
épiscopale du procès 1455-1456)" de Paul Doncoeur
(1961).
Illustration :
- Page du manuscrit dit de d'Urfé - folio 32, interrogatoire
du 28 mai 1431 (La minute française des interrogatoires de
Jeanne la Pucelle) de P.Doncoeur - 1952).
Notes :
1 dixit le père Doncoeur.
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