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12 décembre 2018  

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par Henri Wallon

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Le château de Rouen

e fut dans les derniers jours de décembre 1430 que Jeanne d'Arc arriva à Rouen, sous les murs du Vieux-Château, où elle devait subir une si longue et si dure captivité.
  On avait préparé sa prison dans l'une des tours de ce chateau dit de Bouvreuil ou de Philippe-Auguste, où se trouvait déjà le jeune roi d'Angleterre Henri VI, le duc de Bedford, régent du royaume, Warwick et tant d'autres importants personnages.
  Cette imposante forteresse avait été bâtie par Philippe-Auguste en 1205, sur le penchant de la colline de Bouvreuil, lorsqu'il eut repris la Normandie sur Jean-Sans-Terre. Il voulait assurer ainsi sa conquête et garantir à la fois contre un retour possible des Anglais, et contre les habitants de Rouen, habitués à la domination anglo-normande.

           chateau de Rouen

  Par sa construction, le donjon rappelait la fameuse tour du Louvre qui venait d'être achevée en 1204, lorsqu'on commençait les fondations du chateau de Rouen.
  Ce n'est pas dans cette citadelle que l'évêque Cauchon et les Anglais aurait dû enfermer leur prisonnière, Jeanne était poursuivie en matière de foi. Elle était justiciable de l'archevêque de Rouen ou plutôt du Chapitre, puisque le siège était vacant. On devait donc la mettre immédiatement à la disposition de l'autorité ecclésiastique et la déposer dans les prisons de l'officialité.
  Les chanoines avaient laissé toute latitude à cet égard à Pierre Cauchon et certains lors du procès opinèrent en vain pour cette solution.
Cependant si Jeanne avait été mise en prison d'Église, elle y eût été traitée avec plus de convenance et d'humanité, et elle aurait pu quitter sans inconvénient ses habits d'homme dont l'hypocrisie de ses juges lui fit plus tard un si grand crime.

  plan du chateau de Rouen
T1 : Grosse tour
T2 : Tour de la grande cuisine (demi-tour)
T3 : Tour Saint-Gilles (ou du Gascon )
T4 : Tour de l'horloge (ou du beffroy)
T5 : Tour du coin de la Chapelle
T6 :
T7 : Tour devers Saint-Patrice
T8 : Tour de la Pucelle

1 à 9 : appartements du Régent, puis de Warwick
10 : grande cuisine basse du commun
11 : haute cuisine ou cuisine du roi
12 à 16 : appartements royaux
12 : chambre de la reine
14 : chambre du roi
17 :
18 : salle du parement
19 : grande salle
20 : cuisine de la grande salle
21 : terrasse
22 : chapelle royale ou Saint-Romain
23 :
24 : chapelle Saint-Gilles
25 : porte devers les champs
26 : boulevard de la porte devers les champs


- La 1ère séance publique eut lieu dans la chapelle royale (22)
- les autres séances publiques se sont déroulées dans la salle du parement (18)
- les séances "en comité restreint" ont eu lieu dans la prison de Jeanne (Tour T8)
- La menace de torture d'est déroulée le 9 mai dans la "grosse tour" T1   Ce droit aux prisons ecclésiastiques, la Pucelle le réclama d'ailleurs avec insistance pendant tout le cours du procès et même jusqu'au moment du supplice. "Hélas ! s'écrait-elle encore avant d'être conduite au Vieux-Marché, si j'eusse esté en la prison ecclésiastique à laquelle je m'estoit submise et que j'eusse esté gardée par des gens d'Église, non par mes ennemys et adversaires, il ne me fut pas si misérablement mescheu, comme il est. Oh ! j'en appelle devant Dieu, le grant juge, des grans torts et ingravances qu'on me fait." (2)

  Comment justifier en effet, que Jeanne n'ait pas été mise aux prisons de l'Église sous prétexte qu'elle était prisonnière de guerre, lorsqu'on voit, peu de temps après, deux ecclésiastiques, prévenus de crime de lèse-majesté, renvoyés pour leur jugement à la cour d'Église, sur les énergiques réclamations de l'autorité ecclésiastique ?
  De même, lorsque Jean de Saint-Avit, évêque d'Avranches, fut incarcéré lui-même au chateau de Rouen, en 1443, pour "soupçon d'avoir sceu, consenti et non révélé certaines conspirations naguères faites en la ville de Rouen", il dut être rendu au promoteur de l'archevêque de Rouen, comme justiciable de l'Église, et cela, grâce à l'intervention de Pierre Cauchon lui-même (3).

  Sur ce point les historiens sont unanimes. Un Anglais célèbre, David Hume, dans son histoire d'Angleterre, a justement flétri l'inhumanité de ses compatriotes du XV° siècle : "Il n'y avait aucune raison plausible pour que Jeanne ne fut pas regardée comme une prisonnière de guerre et n'eut pas droit, comme telle, à tous les bons traitements que les nations civilisées ont en pareil cas pour leurs ennemis. Elle n'avait jamais dans ses campagnes, mérité par aucun acte de mauvaise foi ou de crauté d'être privée de ces égards. On ne pouvait lui reprocher de crime dans la vie civile ; elle avait même toujours pratiqué avec rigidité toutes les vertus". A plus forte raison si l'on prenait la voie détournée et hypocrite d'un procès de foi pour en débarrasser les Anglais, devait-on la remettre à ses juges naturels !
  L'illégalité commise "était d'autant plus grave, qu'elle eut pour conséquence de priver la captive de toute communication avec les personnes aui auraient pu l'aider de leurs conseils. En outre, on lui donnait pour gardiens, au lieu d'ecclésiastiques, une soldatesque grossière et brutale, dont les procédés obligèrent à conserver ses habits d'homme et à les reprendre lorsqu'elle les eut quitté après l'abujuration au cimetière de Saint-Ouen, ce qui donna prétexte à sa condamnation définitive. En effet, "elle prit" des habits d'homme en s'excusant sur ce que, si elle avait été envoyée dans les prisons de l'Église, elle n'aurait pas pris des habits d'homme, et sur ce qu'elle n'aurait pas osé rester en habits de femme avec ses gardiens anglais." (4)

  Les prisons ecclésiastiques où Jeanne d'Arc aurait dû être enfermée se trouvaient à l'Officialité qui dépendait de l'ancien manoir archiépiscopal, lequel datait de 1079 et avait remplacé la modeste demeure des premiers archevêques de Rouen. On sait en effet, que l'archevêché actuel ne fut commencé qu'en 1461 par Guillaume d'Estouteville et continué par Georges d'Amboise. L'Officialité, dont on voit encore aujourd'hui quelques sombres constructions dans la rue Saint-Romain (5) était située au-dessous du portail des Boursiers ou des Libraires. C'est dans cette rue qu'existait encore, en 1788, le greffe de la juridiction supérieure des Hauts-Jours de l'archevêché, titre qui lui fut imposé par un arrêt du parlement de 1515. C'était le siège du procureur des officialités métropolitaines le siège du procureur des officialités métropolitaine et diocésaine de Rouen. Tout près de là était la prison de la cour d'église ou de l'officialité, dont la juridiction fut transférée dans la chapelle dite des Ordres. Outre la fosse, qui faisait partie de cette prison, et dont on croit encore connaitre la place, il en existait une autre sous la tour Saint-Romain (6).
  Ces restes de l'officialité, des XIII° et XIV° siècles, offrent encore une façade très sévère à l'intérieur du portail des Libraires, à gauche en entrant à la Cathédrale, en face du bâtiment du xv° siècle qui fut autrefois la Bibliothèque du Chapitre, et dans lequel on installa plus tard la Faculté de Théologie.
  La démolition des vieilles constructions qui masquaient ces souvenirs vénérables a mis récemment à découvert, à l'intérieur, la grande fenêtre ogivale de la chapelle des Ordres (7), et une tour d'un grand caractère, avec ses étroites meurtrières et son poste pour le guet.

   

  Si les Anglais n'avaient pas violé en tout la légalité, c'était là, dans le voisinage de la chapelle des Ordres, que Jeanne d'Arc aurait dû séjourner pendant tout le cours du procès. Mais le Grand Conseil ne voulut pas abandonner la précieuse captive aux hasards d'une détention dans la cité, ni la soumettre au régime plus humain des prisons ecclésiastiques. Il n'était pas possible de la déposer dans les prisons du bailliage (prisons du roi), qui se trouvaient au bord de la rue de la Truie, en face du château de Bouvreuil et formaient une dépendance de la Cohue. En effet, une enquête de 1425 nous révèle que les prisons et salles d'audience "estoient abattues et anihilées par le fait des guerres passées." On aurait pu toutefois l'enfermer dans la maison à l'enseigne de la Cloche, voisine de l'Hôtel-de-Ville, et qui servait parfois de prison ; mais les féroces ennemis de la Pucelle nourrissaient de tout autres projets.

  Malgré la confiance qu'ils avaient dans beaucoup de membres du haut clergé, ils préférérent garder Jeanne sous leurs yeux et la tenir constamment enchaînée dans la vieille forteresse de Philippe-Auguste, tant ils redoutaient que leur précieuse victime ne leur échappât. Ce château avait aussi ses prisons, au moins pendant l'occupation anglaise, car la grosse tour et quelques autres servaient à cet usage, spécialement pour les prisonniers de guerre. Rien n'est mieux établi désormais que l'incarcération de Jeanne d'Arc au Vieux-Château de Rouen, dès son arrivée. C'est un point qui est affirmé par de nombreux témoins, tous rouennais : Nicolas de Houppeville, Laurent Guesdon, lieutenant du bailli, Nicolas Taquel, etc...
  Nous avons déjà exprimé l'opinion qu'on dût faire entrer directement la pauvre fille par la porte de la tour carrée que les Anglais avaient construite extérieurement pour se ménager une issue sur la campagne, en cas d'alerte, plutôt que par la porte devers les champs ou porte postérieure située un peu plus bas, près de sa prison. Cette première entrée extérieure, plus familière aux Anglais, s'offrait naturellement à l'escorte qui débouchait sur le Vieux-Château. Pour l'introduire par la porte située au midi, vers le bailliage, dite porte devers la ville, il aurait fallu l'y amener par la porte Bouvreuil ou par la porte Cauchoise, en traversant les rues de la ville. Or, les Anglais n'avaient aucune raison, avons nous dit, d'imposer ce détour à l'escorte et de donner, dès la première heure, la Pucelle en spectacle à la population rouennaise. Ils devaient prudemment préparer les esprits au cruel supplice qu'ils méditaient, et attendre le résultat de la procédure inquisitoriale, pour conduire ensuite la victime à travers les rues de la cité, en s'abritant derrière les décisions des docteurs et des juges ecclésiastiques.
Le plan du Vieux-Château en 1515 (Livre des Fontaines) ne reproduit pas l'entrée de la Tour carrée ; il représente seulement la porte devers les champs avec pont-levis, qui était située plus bas, à peu près vers l'angle de la rue Morand actuelle et de la rue Jeanne d'Arc, un peu au-dessous de la plaque commémorative que l'administration municipale de Rouen a fait placer, en 1891, à l'endroit où s'élevait la tour de la Pucelle, démolie en 1809. Cette porte, qui aurait pu également donner accès à la Pucelle, servait aussi de communication avec l'extérieur, de porte de derrière (8) ou de secours. On y accédait par un pont-levis jeté sur le fossé. L'extrémité du pont contigu à la porte était la seule partie qui se soulevât : le reste du pont se trouvait partagé en deux parties par une espèce de guérite. L'entrée fortifiée, ménagée plus haut par les Anglais, était également munie de pont-levis.
  Un plan linéaire du chateau Bouvreuil, dressé en 1635, lors d'un procès pendant entre les paroisses Saint-Godard et Saint-Patrice qui se disputaient son emplacement, figure cette porte qualifiée : ancienne porte des champs avec sa tour carrée. C'est bien celle que Henri V avait fait construire après la prise de Rouen pour s'en faire une position contre le château et contre la ville elle-même, en cas de rébellion.
  Il est facile de se rendre compte, par ces documents, que cette tour carrée, située en dehors du château, n'est pas la tour vers les champs que Nicolas Taquel indique comme ayant été la prison de Jeanne ; de même que la nouvelle issue, pratiquée par Henri V, en 1419, n'était pas la porte des champs par laquelle la Pucelle a pu également être introduite au château. Par cette porte devers les champs, on accédait directement aux nombreux bâtiments qui existaient au milieu et au pourtour de l'enceinte de la forteresse, qui fut la dernière demeure de l'héroïne.

                              

  Malheureusement, alors que nous possédons, pour étudier l'extérieur du château, les plans de 1525 et de 1635, aucun document contemporain ne nous offre la reproduction détaillée de l'intérieur de ce château, que Jeanne traversa si souvent pendant le cours du procès, pour aller de sa prison aux salles d'audience, la grosse tour ou à la chapelle.
  Tout au plus trouverions-nous une vue d'ensemble dans les plans de Rouen des XVI° et XVII° siècles, qui représentent le Vieux-Chateau du côté du midi. Nous pouvons seulement, d'après le Compte "du domaine de la ville et vicomté de Rouen", qui part précisemment de l'année où Jeanne fut prisonnière au château de Rouen, énumérer les bâtiments qui existaient à l'intérieur. On y trouvait "la maison de paticerie et espicerie, les chambres de l'artillerie et du doïen de la chapelle, une maison séant auprès de la barrière, un puits, une salle sur la galerie, une chambre joignant à icelle, les galeries devers les champs, la grande cuisine basse, la chambre des provisions et garnisons, ou bien le cellier des garnisons, une chambre près de la grosse tour, la chambre du pennetier, la chambre des pages du Roy, la garde-robe de la chambre de M. le Comte, une chambre sur la porte, la chambre du grand chambellan, la grande salle, la chambre de retraict du Roy, ou bien encore la chambre du Roy nostre sire (occupée par Henri VI), avec la chambre de parement auprès d'icelle dedans ledit chastel ; enfin, on trouvait une chambre pour la petite chappelle et la grande chappelle du Roy, avec cloche et tour."
  Dans un acte du 11 avril 1433, publié par M. Léopold Delisle, on trouve la mention de travaux faits "en la chambre où est de présent logié monseigneur le gouvernant régent de France, duc de Bedford ; item un huis et troiz fenestres pour la chambre de secret de mondit seigneur le regent" ; et, ce précieux détail : "fait ung prannel ou degré de la chambre ou soulloit estre logiée Jeanne la Pucelle."

  Une chapelle était dans l'intérieur de la cour, car c'est de là que l'on tira contre la grosse tour lorsque Ricarville et ses soldats s'y réfugièrent, peu après le procès de la Pucelle.
  Telle est la description forcément sommaire de cette forteresse, où Jeanne devait être en butte, pendant cinq longs mois, à tous les outrages, jusqu'au jour de son supplice.


                           

     Photo de la "Tour Jeanne d'Arc" en août 2004. On repère la partie restaurée sur le haut du donjon.

Voir la prison de Jeanne dans la Tour de La Pucelle.



Sources : - Richard Quenedey "les étapes de la voie douloureuse de Jeanne d'Arc à Rouen"
- "Jeanne d'Arc et la Normandie au XV° siècle" - Albert Sarrazin - 1896

Illustrations :
- Château de Rouen construit sous Philippe Auguste où Jeanne d'Arc fut détenue (eau forte de Mlle Esp. Langlois - Bibliothèque de Rouen).
- L'officialité et la chapelle des ordres (Au pays de Jeanne d'Arc - Jean de Metz - 1910)
- Photo du Donjon (Au pays de Jeanne d'Arc - Jean de Metz - 1910)
- Photo du donjon - 2004 par l'auteur du site.

Notes :
1 Elle était assise en dehors des fortifications de la cité, à cheval, sur la route venant de la mer, de Harfleur par Lillebonne et l'ancienne voie romaine (porte Cauchoise) de Dieppe par Longueville et Clères. Cette dernière route débouchait sous le Mont-Fortin et arrivait à la porte Bouvreuil par la rue actuelle du Champ-des-Oiseaux.
Un marais devait exister à proximité. D'après les fouilles faites, le sol naturel devait être de 8 à 10 mètres inférieur au niveau actuel de la rue.

2 Déposition de Toutmouillé au procès de réhabilitation.

3 Ch. de Beaurepaire.

4 Déposition de Manchon, procès t.II, p.300.

5 Autrefois Rue de l'archevêché.

6 Ces prisons servaient aux chanoines et on y infligeait parfois la torture (Beaurepaire, les anciennes prisons de Rouen).

7 C'est dans cette chapelle que Jean de St Avit, doyen des évêques, faisait les ordinations le siège d'archevêque vacant et ce, pendant le procès même de la Pucelle. Les juges de Jeanne s'y réunirent plusieurs fois notamment le 29 mai 1431, veille de l'exécution de Jeanne.

8 C'est le nom qu'on lui donnait à l'époque.



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