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19 novembre 2018  

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Les vêtements de Jeanne d'Arc

eanne a pris l'habit d'homme, à Vaucouleurs, avant de partir le 13 février 1429 pour parler au dauphin à Chinon. Elle le gardera jusqu'au lendemain de la prétendue abjuration au cimetière de Saint-Ouen à Rouen le 24 mai 1431, soit plus de deux ans. Son premier habit lui a été offert par les habitants de Vaucouleurs qui avaient pris fait et cause pour sa mission.

  Le port d'un habit d'homme pour remplir sa mission ne fait aucun doute. Jeanne elle-même le déclare à son procès le 22 février 1431 : "Dist ainsy que, quand elle partist de Vaucouleur, qu'elle print habit d'homme, et print une espee que luy bailla ledit de Baudricourt, sans aultres armures." Lorqu'elle fut introduite près du Dauphin à Chinon, le greffier de la Rochelle raconte : "Elle avoit pourpoint noir, chaussettes estachées, robe courte de gros gris noir, cheveux ronds et noirs et un chappeau sur la teste". Le "chappeau" devant vraisemblalement être un "chaperon" qui sont deux coiffures différentes. Jeanne elle-même dira qu'en présence du dauphin : "se agenoulla et oulta son chaperon".
  Les témoignages du procès de réhabilitation en 1456, mentionneront tous sa tenue d'homme.
  Jean d'Estivet, le sinistre promoteur du procès de la Pucelle à Rouen en mars 1431, dans son réquisitoire à l'article 12 : "Item, et pour mieux et plus apertement entreprendre son propos, ladite Jeanne a requis du dit capitaine de lui faire faire des habits d'homme... Ces vêtements et ces armes étant fabriqués, ajustés et confectionnés, ladite Jeanne rejeta et abandonna entièrement le costume féminin : les cheveux taillés en rond ; à la façon des pages, elle prit chemise, braies, gippon, chausses, joignant ensemble, longues et liées audit gippon par vingt aiguillettes, souliers hauts lacés en dehors, et robe courte jusqu'au genou ou environ ; chaperon découpé, bottes ou houseaux serrés, longs étriers, épée, dague, haubert, lance et autres armures ; ainsi elle s'habilla et s'arma à la façon des hommes d'armes..."

de Vaucouleurs à Tours
    Le chaperon - chemises et braies - le gippon - les chausses - la robe - les houseaux

de Tours à Compiègne
    Les habits de chevalier - les souliers - le chapelet - les chapeaux - le chaperon

de Compiègne à Rouen


De Vaucouleurs à Tours :

  

  Jeanne n'a rien conservé dans sa mise qui pût rappeler la femme. Toujours elle dira au procès qu'elle n'a porté cet habit d'homme que sur le commandement de Dieu et qu'elle aimait mieux mourir que de quitter cet habit sans le commandement de Dieu.
  De plus, cet habit d'homme est on ne peut plus logique. Imagine-t-on Jeanne accomplir sa mission habillée en femme ? La "chronique de la Pucelle" dit : "Quand je seroie entre les hommes, réplique Jeanne aux dames, damoiselles et bourgeoises de Poitiers qui s'étonnent de son costume, estant en habit d'homme, ils n'auront pas concupiscence charnelle de moi ; et me semble qu'en cest estat je conserveray mieulx ma virginité de pensée et de faict." Cet habit d'homme est aussi le seul permettant de longues chevauchées, le port de l'armure, la vie en campagne etc... Lors du procès de Rouen, si Jeanne avait été mise en prison religieuse et gardée par des femmes, elle aurait sûrement abandonné cet habit. Mais étant gardée par cinq soldats anglais haineux et sans scrupule, c'était une protection indispensable pour sa virginité.

  Cauchon le savait très bien mais il s'est servi de ce prétexte pour faire mourir Jeanne avec une mauvaise foi qui, venant d'un évêque, nous laisse atterré. Cet habit sera le prétexte qu'utilisera Cauchon pour la déclarer relapse afin de la faire brûler vive le 30 mai 1431, seule mort qui pouvait plaire à ses maîtres les Anglais. Pourquoi ? : "il est écrit dans le Deutéronome (XXII, 5.) "Une femme ne prendra point un habit d'homme, et un homme ne prendra point un habit de femme ; car celui qui le fait est abominable devant Dieu". Il y a la lettre mais il y a aussi l'esprit. Ce qui importe à Dieu n'est pas le "dehors" du vêtement masculin mais le "dedans" c'est à dire le dessein bon ou mauvais qui le fait prendre. Les juges de Poitiers se sont certainement interrogés à ce sujet mais, contrairement à ceux de Rouen, ils étaient dépourvus de haine et d'esprit de vengeance. Ils ont correctement interprété les textes sacrés et n'en ont pas fait grief à Jeanne.

  Adrien Harmand a publié en 1929, un remarquable livre "Jeanne d'Arc, ses costume, son armure", oeuvre d'érudit qui a analysé tous les documents d'époque (documents iconographiques, miniatures, pierres tombales, tableaux...) dûment datés de l'époque de Jeanne d'Arc. C'est le meilleur document pour l'étude des vêtements masculins de Jeanne d'Arc.


Le chaperon :

  Jeanne Chaperonlorqu'elle a rencontré le Dauphin avait un chaperon sur la tête. Mathieu Thomassin dira même dans sa chronique de la fin du XV° siècle "elle avait un chapperon de layne sur la teste".
  Très ancien, le chaperon dura des siècles. Il existait déjà au XII° siècle.
"Le chaperon, petite chape à capuchon à l'origine, avait fini par devenir bonnet ou turban à  volonté" (Viollet-Leduc).
  Il servait essentiellement à protéger et à couvrir la tête, la gorge et les épaules, notamment du froid pendant le voyage de Vaucouleurs à Chinon fait, doit-on le rappeler, au mois de février.
  Formé d'une ou plusieurs pièces de tissu, doublé ou non, il pouvait prendre plusieurs apparences. En voici différentes formes que Jeanne a pu porter sans que l'on puisse déterminer laquelle de ces forme les siens pouvaient avoir. On sait seulement qu'il était noir.

    
                             

  Il pouvait aussi s'enlever de manière "élégante", et se porter "en gorge" ou sur une épaule :

                               


Chemises et braies :

   Très anciennement on nomma "chemise" la robe que l'on mettait à même la peau. Au XIII° siècle, elle prit le nom de "chemise cottes-linges" et au siècle suivant "robes-linges" et enfin simplement "chemise". Au XV° siècle, l'usage de la chemise était devenu général.
                                     

  L'article 12 de l'acte d'accusation de Jean d'Estivet nous confirme que Jeanne portait aussi la chemise d'homme qui devait être de toile.

  La chemise chez l'homme n'était jamais portée sans les braies. D'innombrables documents iconographiques ne nous montrent jamais la chemise sans les braies. L'ensemble chemise-braies était appelé "paire de robes-linges" ou plus simplement une "robe-linge".
  Assez longue au XIII° siècle, elle a beaucoup raccourci jusqu'au XV° siècle jusqu'à mi-cuisse. La plupart des chemises du XV° siècle s'ouvrait sur le devant, étaient décolletées et fendue sur les côtés, rarement sur le devant. Les cols de chemise n'existeront que de 1430 à 1450. Adrien Harmand conclut que la chemise fournie à Jeanne par les habitants de Vaucouleurs, devait être décolletée et complètement cachée par les autres vêtements.

  Les braies sont un vêtement très ancien déjà porté par les Gaulois. Autrefois aussi long que nos pantalons actuels, il s'est raccourci au XV° siècle pour devenir le sous-vêtement par excellence. C'est un cordon coulissant qui sert de ceinture.
  La paire de robes-linges est portée aussi bien par les grands seigneurs que par les pauvres, ces derniers portent généralement les braies un peu plus longues. C'est dans cette "petite" tenue que les six bourgeois de Calais comparaitront devant Edouard III. Les braies seules s'appelent généralement "petits draps".

                            

  Jeanne d'Arc portait certainement ces braies qui s'appeleront "brayer" à partir de 1440, bien qu'un dictionnaire de 1440 (de Firmin Le Ver) mentionne l'existence de braies féminines que seules quelques rares femmes ont dû porter.


Le gippon :

  Que ce soit le réquisitoire d'Estivet dans le procès de condamnation, le témoignage de Jean de Metz au procès de réhabilitation, la chronique de la Pucelle ou le journal d'un bourgeois de Paris, tous mentionne le port du gippon par Jeanne.
  Ce vêtement était aussi appelé jupe ou jupon, parfois doublet parce que composé d'étoffes en double ou souvent appelé pourpoint. L'expression doublet était quasi-abandonnée au XV° siècle et désignait plutôt une couverture de lit rembourrée.

 

  Le gippon était le premier vêtement mis sur la chemise. Il servait aussi de bretelles puisqu'il soutenait les chausses. Les classes pauvres n'avaient pas toujours de gippons et roulaient les chausses au-dessus du genou.
  Du temps de Jeanne d'Arc, le gippon n'est pas porté de manière visible mais il est recouvert par la robe et n'en laisse visible que Collet apparent d'un gippon vers 1430le collet droit et montant. Harmand Gippon vers 1430en donne une belle description : "façon de gilet à manches, descendant jusqu'aux cuisses, serré à la taille, collant aux hanches et accusant la poitrine que faisait bomber un copieux capitonnage, il moulait exactement le buste et le bassin et un simple patron (modèle en toile) suffisait à un armurier pour confectionner une cotte de plates à la mesure de son possesseur."
  Le gippon était généralement lacé sur le devant mais il pouvait être plus rarement boutonné. Les manches parfois se boutonnaient sur le poignet mais du temps de Jeanne d'Arc, ces boutons étaient pratiquement abandonnés.
  Le gippon de Jeanne à Vaucouleurs était très certainement d'un modèle à col rigide très usité en France, Angleterre et Bourgogne et à quatre quartiers c'est à dire composé de quatre parties cousues. Si l'on en croit le greffier de La Rochelle, le gippon de Jeanne était de couleur noire comme la plupart des pourpoints de cette époque.
  La toile, le drap et surtout la futaine étaient les étoffes qui servaient à confectionner les pourpoints.
  Le gippon prendra le nom de gilet à partir du règne de Louis XV.


Les chausses :

  Les chausses descendent des calceus, chaussure romaine plus ou moins montante. Au moyen-âge elles sont devenues de plus en plus montantes, jusqu'à devenir le principal vêtement de jambes à partir du règne de St Louis. A la renaissance elles étaient même montées jusqu'à la taille !
  On peut considérer deux grandes catégories de chausses :
- les "chausses vides dedans jambes" c'est à dire une sorte de bas
- les "chausses plaines dedans jambes" à savoir un vêtement qui ressemble à nos pantalons actuels.
  L'acte d'accusation de la Pucelle en 1431 mentionnera des chausses jointes
ensemble (caligis simul junctis) bien qu'à cette époque ce soient les chausses séparées qui soient les plus utilisées.

          

  Comme mentionné plus haut, les chausses étaient reliées au gippon qui comportaient des attaches. Les chausses étaient percées d'oeillets pour être fixées au gippon. Ce sont les "aiguillettes" qui servaient à relier le gippon aux chausses. Elles sont également mentionnées dans l'acte d'accusation du procès. 
  Les chausses pouvaient être aussi à étriers, c'est à dire se terminant en sous-pied en laissant le talon et l'avant-pied découvert (image ci-dessous). Lorsqu'elles étaient ainsi, les chausses à étriers nécessitaient le port de souliers fermés plus ou moins montants.
  Du temps de Jeanne d'Arc, les chausses dites à queue étaient très en vogue, surtout auprès des classes aisées. Lorsque les deux queues étaient réunies et attachées au gippon, elles couvraient le bas des reins.

  Les "chausses plaines dedans jambes" prirent naissances dans les dernières années du XIV° siècle.  En effet les "chausses vides dedans jambes" avaient un inconvénient que le chroniqueur de Saint-Denis résume dans une savoureuse phrase : "Les uns avoient robes si courtes qui ne leur venoient que aux nasches (fesses), et quand ils se baissoient pour servir un seigneur, ils monstroient leurs braies et ce qui estoit dedans à ceux qui estoient derrière eux." Pour réparer cette incorrection que réprouvaient les moralistes, les deux chausses furent réunies par des coutures et ce vêtement ressemblera de plus en plus à nos pantalons, y comprit la braguette appelée en ce temps la "braye". A la fin du XIV° siècle, les chausses furent "semelées" c'est à dire qu'on y adjoignait une paire de semelles de cuir sous les pieds. Ces chausses étaient généralement confectionnées par les cordonniers. Mais elles nécessitaient quand même le port de souliers.
  Enfin il y avait aussi les "bottes" qui étaient des chausses doublées et non pas les chaussures à haute tige des cavaliers qu'on appellera bottes à partir de la renaissance.
  Lorsque l'on chevauchait sans houseaux (voir ci-dessous), les cavaliers préservaient leurs chausses du contact du cheval par une housse d'étoffe ou de cuir.
  La Pucelle à son arrivée à Chinon portait des "chausses estachées" (Greffier de la Rochelle) c'est à dire masculines (les femmes portaient les chausses sous le genou), mais le narrateur ne précise pas contrairement aux autres vêtements la couleur de ses chausses, sans doute cachées par ses houseaux de cavalière. En ce temps elles étaient le plus souvent de couleur noire mais aussi assez souvent rouge vermillon. La chronique des Cordeliers précise que Jeanne portait des "cauches justes" c'est à dire collantes et faites sur mesure. L'acte d'accusation de d'Estivet mentionne des chausses longues et attachées, et précise qu'elle étaient reliées au gippon par vingt aiguillettes ce qui tout à fait inhabituel et sans autre exemple en ce temps. On connait les raisons pour lesquelles Jeanne a souhaité cet excès d'attaches et aussi pourquoi elle tenait tant à conserver l'habit d'homme.


La robe :

  Le terme de robe évoque aujourd'hui l'idée d'un vêtement long, ce qui n'était pas la cas au moyen-âge.
  A l'origine ce mot signifiait la totalité des habits d'une personne. Il en reste encore le terme "garde-robe". Cela deviendra ensuite la robe à garnements, les garnements étant le nombre de pièces du costume taillées dans le même tissu, par exemple une robe à 5 garnements (surcot clos, petite cotte, cotte simple...). A la fin du XIV° siècle, les robes à garnements ne s'affichent plus que dans les très grandes réceptions et elles auront le surnom "d'habits royaux".
  Vers 1360, le surcot reparut dans le costume courant sous le nom de houppelande. Il y en eut des longues et des courtes. A partir de 1425, le mot houppelande disparait pratiquement du dictionnaire et est remplacé par le mot "robe" que ce soit pour les hommes ou les femmes. La robe est un vêtement court et sera appelé robe longue pour un vêtement long.
  Le costume des femmes est alors composé d'une chemise, d'une paire de chausses courtes, d'une cotte descendant jusqu'aux pieds et d'une robe dont le bas dépassait plus ou moins la cotte (qu'on appelait souvent habit).
  Celui des homme est composé de la chemise, des braies, les chausses longues, le gippon nommé aussi pourpoint et la robe qui était le plus souvent courte.
  La chronique de la Pucelle raconte qu'on lui avait confectionné une "robe à homme" sans en préciser la taille. Le greffier de la Rochelle écrivait quant à lui qu'elle se présenta au Dauphin "en pourpoint noir ayant chausses estachées, robe courte de gros gris noir" c'est à dire vraisemblablement un drap épais et commun de teinte gris foncé. L'infâme d'Estivet, dans son réquisitoire précisera la tenue de Jeanne et mentionnera entr'autres la robe courte. Enfin la dimension des robes de Jeanne d'Arc se trouve confirmée par la robe que les conseillers du Duc d'Orléans lui firent confectionnée en septembre 1429 dans un tissu de fine Brucelle vermeille. Il fallut deux aunes de tissu pour confectionner cette robe alors qu'une robe courte masculine nécessitait deux aune et demi à quatre aunes de tissu ce qui prouve que non seulement la robe était courte mais de plus que Jeanne était de petite taille par rapport à ses compagnons.

                        

  La robe était étroite du haut pour s'évaser ensuite et être d'une grande largeur sur le bas ce qui nécessitait un agencement de plis au niveau de la ceinture pas toujours facile à réaliser mais souvent avec l'aide d'un valet ou d'une femme de chambre. Plus tard il seront réalisés à l'aide de coutures.
  Quant aux manches, c'est la manche longue close qui a très longtemps eu les faveurs des Français (elles servaient aussi parfois de poches !).

                                       

  Pour terminer, il est à noter que depuis toujours les fourrures étaient utilisées pour doubler l'intérieur des vêtement, jamais à l'extérieur sauf pour les coiffures. On se refusa longtemps à exhiber le poil des bêtes. Mais à partir de 1400 quelques robes commencèrent à être fourrée à l'extérieur sur les bordures et les revers. La plus appréciée était la zibeline. Néanmoins la plupart des robes étaient confectionnées de drap de laine.
  Les robes étaient confectionnées dans toutes les couleurs. On y brodait aussi des broderies, des motifs d'orfèvrerie, des devises etc... Elles étaient systématiquement portées avec une ceinture de cuir ou de tissus de soie de toutes les couleurs. La boucle était de métal parfois richement travaillée.


Les houseaux :

  Au moyen-âge, lorsqu'il s'agissait de chevaucher pour une certaine durée, les cavaliers enfilaient au-dessus de leurs chausses de laine, une seconde paire de chausses en cuir. Ce sont les houseaux, ancêtres de nos bottes modernes.
  Ce que l'on appelait bottes à l'époque étaient une sorte de chausses fourrées qui servaient davantage aux dames à l'usage de nos chaussons modernes.
  Les témoignages de la réhabilitation ainsi que l'acte d'accusation de d'Estivet s'accordent à mentionner les houseaux dans l'équipement fourni à Jeanne par les habitants de Vaucouleurs. Ils lui servent d'ailleurs de chaussures puisque les houseaux étaient munis de pieds comme le sont nos bottes et excluaient le port de souliers, que certains auteurs (A.France, S.Luce...) lui ont attribués faussement.
  On fit des houseaux dans des cuirs différents : vache, mouton, veau et même chèvre. Il existait deux grands types de houseaux : ceux faits d'une pièce et ceux dont l'empeigne et la tige se trouvaient réunis par des coutures. Le houseau d'une pièce étant assez large sur le bas du pied, il est attaché avec une ou plusieurs boucles comme le montre le dessin et fait des pieds "pointus". Il est assez vraisemblable que la Pucelle voyagea vers Chinon avec ce type de houseaux très en vogue.

                 

  Les houseaux "à pied rapportés" étaient plus rares et plus longs à enfiler car ils étaient lacés sur le côté de la botte.
  Les houseaux les plus grands pouvaient aller jusqu'à couvrir la moitié de la cuisse. A l'inverse, il existait aussi des "demi-houseaux".
  Les houseaux se portaient parfois "ravalés" c'est à dire que la partie supérieure était enroulée et rentrée dans les houseaux comme le montre le dessin. Le port "ravalés" n'était cependant pas la règle.
  Enfin, les houseaux étaient le plus souvent de teinte noire et ils étaient enduits d'une graisse spéciale afin d'en entretenir la souplesse.

  L'article 12 de l'acte d'accusation de d'Estivet reproche à Jeanne de s'être chaussée d'houseaux "étroits".  Jeanne a donc certainement porté par la suite le type de houseaux lacés pendant sa période au service du Roi. Ils étaient plus faciles à enfiler et à ôter mais, comme on l'a vu ci-dessus, plus longs à fixer à cause du laçage de côté.



De Tours à Compiègne :


Les habits de chevalier :

  Le plus ancien texte se rapportant aux costumes dont l'héroïne eut l'occasion de se parer pendant les interruptions de son existence de guerrière, consiste dans la note extraite d'un mandement de paiement de la commune d'Orléans daté du 16 juin 1429 :
  "A Jaquet Compaing pour demie aulne de deux vers achattée pour faire les orties des robes à la Pucelle, xxvj s.p"
  Ce fut du 12 au 14 juin avant l'attaque de Beaugency que les magistrats de la ville gratifièrent Jeanne d'Arc de ces robes semées de feuilles d'orties de la devise ducale. Les orties figuraient dès 1400, au temps du duc Louis, sur les vêtements de ce prince et de son entourage. On tailla donc les orties dans du drap vert et comme il s'agissait d'en décorer une robe rouge et une huque verte, on eut recours à deux nuances différentes de vert.

  Une cédule, date du 3o septembre 1429, porte l'ordonnancement de la somme nécessaire à la confection de deux vêtements qui semblent bien devoir être identifiés avec les robes sur lesquelles furent assises les orties citées dans le texte précédent :
"Charles, duc d'Orléans et de Valois, comte de Blois et de Beaumont et seigneur de Coucy, à nos amez et féaulx les gens de noz comptes, salut et dilection. nous vous mandons que la somme de treize escuz d'or vicz du poiz de soixante et quatre au marc, qui par nostre amé et féal trésorier général
Jacques Boucher a esté paiée et délivrée ou mois de juing derrenier passe à Jehan Luillier, marchant, et  Jehan Bourgois, taillendier, demourans à Orleans, pour une robe et une huque que les gens de nostre conseil firent lors faire et délivrer à Jehanne la Pucelle estant en nostre dicte ville d'Orléans ; ayans consideracion aux bons et agréables services que ladicte Pucelle nous a faiz à l'encontre des Anglois, anciens ennemis de monseigneur le Roy et de nous : c'est assavoir audit Jehan Luillier, pour deux aulnes de fine Brucelle vermeille dont fut faicte ladicte robe, au pris de quatre escuz d'or l'aulne, huit escuz d'or ; pour la doublure d'icelle, deux escuz d'or ; et pour une aulne de vert perdu pour faire la dicte huque, deux escuz d'or, et audit Jehan Bourgois, pour la façon desdictes robe et huque, et pour satin blanc, sandal et autres étoffes, pour tout, ung escu d'or : vous, icelle somme allouez es comptes de nostre dit trésorier et rabatez de sa recepte, sans aucuit contredit ou difficulté, par rapportant ces présentes et quictance sur ce des dessusdiz tant seulement, non obstant ordonnances, restrinccions, mandemens ou deffenses quelzconques à ce contraires.
Donné audit lieu d'Orléans, le dernier jour de septembre, l'an de grâce mil CCCC vingt et neuf.
" (8)

  On constate d'abord que deux aunes soit une pièce de drap de 2, 376 m sur 1, 485 m de largeur suffisaient pour faire une robe arrivant aux genoux, comme étaient les robes courtes de ce temps.
  Adrien Harmand a reconstitué le patron de la robe et taillé celle-ci dans un drap de deux aunes. Il en résulte que Jeanne "bien compassée de membres et forte" (1), "belle et bien formée" (2), devait atteindre approximativement 1m58 puisque sa robe de vermeille mesurait environ 85 cm.
  Cette stature était tout à fait normale pour une fille dans les habits de son sexe mais en tenue d'homme, elle devait paraitre petite.

  Comme toutes les robes de luxe, celle de Jeanne en fine "bruxelle" vermeille devait être bordée. Les comptes de la ville ne nous ont pas laissé trace de cet achat mais la bordure pouvait être en martre, renard, castor etc...
  Les robes du temps de Jeanne étaient de deux catégories : les robes couramment portées et celles de "coupe fantaisie" ou d'importation étrangère que se plaisaient à revêtir les seigneurs dans certaines circonstances.

  Selon toute vraisemblance, c'est sur cette robe de fine bruxelle vermeille et sur un huque de drap "vert perdu" qu'ont dû être brodées les orties. Le vert perdu était sans doute un vert foncé. On pouvait trouver aussi "vert gai" ou vert brun".
  La huque se portait au-dessus de l'armure de combat mais aussi au-dessus d'une tenue "civile". En hiver, elle se portait au-dessus de la robe et servait de manteau. Les robes et manteaux ayant été données au mois de juin à la Pucelle, ils étaient évidemment portées séparément.
  Encore une fois selon l'aunage décrit par le compte de la ville, on peut donc se représenter cette huque courte de Jeanne taillée dans un vert foncé et ne devant pas dépasser 75 cm c'est à dire s'arrêter 10 cm au-dessus des genoux. A.Harmand calcule qu'elle devait être brodée de 36 feuilles d'orties représentant les armes du duc d'Orléans.
  Les huques étaient également bordées de fourrure comme les robes. Quelques-une étaient également dentelées comme le montre l'image ci-contre.

  D'autres témoignages nous parlent de la huque de drap d'or qu'elle portait lorsqu'elle fut prise à Compiègne. Les renseignements sont malheureusement beaucoup plus imprécis à ce sujet.  Il semble qu'elle ait porté des habits élégants voire luxueux au cours de ses missions de guerre. Selon la chronique des cordeliers, elle aurait porté "de très nobles habits de drap d'or et de soies bien fourrés...", d'après Regnaud de Chartres "Dieu avoit souffert prendre Jehanne la Pucelle pour ce qu'elle s'estoit constituée en orgueil et pour les riches habits qu'elle avoit pris...", enfin l'article 13 de l'acte d'accusation lui fait grief de "s'être maintes fois vêtues d'habillements somptueux et pompeux, en pannes de grand prix, en drap d'or et aussi de fourrure..."

  La robe de Jeanne confectionnée à Orléans était de façon "courante" mais la finesse de l'étoffe, les orties dont elle était décorée et la fourrure de prix qui la bordait en font une robe de chevalier.

                                              

  Les vêtements donnés à la Pucelle à Orléans sont les seuls dont la description est assez précise pour faire l'objet des reconstitutions d'A.Harmand ci-dessus.
Rappelons que la robe était rouge avec des orties de couleur "vert perdu" et que la huque était verte également avec des orties d'un autre ton de vert.
  La figure donne une idée de l'aspect que dut présenter la sainte avec le premier de ces deux vêtements, taillé, comme on le sait, dans deux aunes de drap. Notre Pucelle est ici coiffée d'un chapeau moins volumineux que la plupart de ceux qu'on portait alors, lequel par conséquent peut représenter le chapelet que lui attribue la Chronique des Cordeliers. Ce manuscrit nous apprend en effet que lorsque Jeanne était désarmée, elle avait "estat, et habis de chevalier, sollers lachiés dehors piet, pourpoint et cauches justes et ung chapelet sur le tieste."
  Sans doute fut-ce dans cette robe semée de feuilles d'orties que Jeanne d'Arc assista au banquet donné à Orléans en son honneur, le 19 janvier de l'année 1430, car, en cette occasion, ne dut-elle pas tenir à montrer aux conseillers du duc d'Orléans qu'elle ne faisait pas fi de leurs cadeaux ?
  La figure nous montre Jeanne d'Arc revêtue de sa huque de "vert perdu", taillée dans une aune de drap. Cette huque, bardée de martre, recouvre une jaquette de velours rouge dont on ne voit que les manches et le collet, émergeant de l'encolure de la huque. Jeanne se trouve coiffée du même chaperon qu'elle porte "en gorge". Il est transformé en bonnet, coiffé par la visagiére. On retrouve également les mêmes hauts souliers lacés en dehors mentionnés dans la Chronique des Cordeliers et aussi dans l'acte d'accusation du procès de Rouen.


Les souliers :

  De 1415 à 1440, les souliers d'homme furent uniquement des chaussures à tige, à la façon de nos bottines. La semelle ne possède pas encore de talon, l'assiette du pied restant alors horizontale. Quelques paysans surélevaient ces bottines  par l'adjonction de deux supports de même épaisseur. Ce moyen les préservait surtout de l'humidité. Pour cette même raison, quelques gentilshommes usaient aussi de cet élèvement. Une bottine de couleur rouge, du 15ème siècle, conservée à Cluny montre cependant une semelle taillée plus épaisse à hauteur du talon.
  Il y avait des souliers à haute-tige appelés "souliers hauts" et des souliers à basse-tige. L'acte d'accusation du procès de Jeanne lui reproche d'avoir porté des souliers hauts, lacés en dehors, cette mode ayant été, semble-t-il, recherchée des élégants.
  Les souliers féminins étaient par contre bas, la laçure se trouvait sur le côté interne du soulier. Les juges firent donc grief à Jeanne d'avoir délaisser les chaussures de son sexe pour adopter celles des gentilshommes. Il est à noter que les chaussures d'homme étaient aussi lacées souvent à l'intérieur et ce, depuis le temps de Saint-Louis.

                                    

  La chaussure "à la poulaine" est un exemple de ces chaussures basses et sans tige. En 1444, Charles d'Orléans se moquaient de ces petits souliers à la poulaine, idéals selon lui pour attraper froid aux pieds. Cependant elles étaient surtout en faveur après 1440, Jeanne d'Arc n'en a donc pas fait usage.
  Une miniature vers 1425 montre un charpentier portant des souliers hauts lacés au dehors, ce qui souligne la tendance à l'époque du peuple voulant rapprocher leurs habits de ceux des nobles et riches bourgeois. Jeanne ne déroge pas et semble avoir particulièrement apprécié ces souliers hauts. La chronique des Cordeliers : "Et quand elles estoit désarmée, s'avoit elle estat et habis de chevalier, sollers lachiés dehors piet, pourpoint et cauches justes et ung chapelet sur le tieste; et portoit très nobles habis de drap d'or et de soie bien fourrés". Jeanne subissait donc elle aussi l'attrait du "beau".
  Une fente d'ouverture de longueur suffisante a toujours été nécessaire. Elle s'arrêtait généralement à hauteur du haut du "cou de pied". Cette fente pouvait être bouclée, lacée ou agrafée. Il est à remarquer qu'au quinzième siècle, les trous pour les lacets ne sont pas renforcés d'œillets. Les souliers à boucle sont très courants dans la première moitié du XVème siècle.

            

  D'après les textes, la basane, le cordouan, la vache et le veau paraissent être les seuls cuirs employés pour l'extérieur des souliers. Seuls les contreforts ont pu employer d'autres cuirs (cerf, biche...). Les souliers étaient à simple ou double semelle. Il est à noter que les souliers n'étaient pas partie indispensable des vêtements au temps de Charles VII. Les chausses semelées (voir ci-dessus) tinrent lieu fréquemment de souliers.


Le chapelet :

  Au moyen-âge, le terme de chapelet ne désignait pas l'objet de piété que nous connaissons aujourd'hui sous ce nom. C'était un diminutif de chapeau, sachant que ce terme de chapeau recouvrait bien d'autres coiffures comme les couronnes, bandeaux, bourrelets etc... La ressemblance des perles, pierreries qui ornaient les tours de tête d'autrefois avec les grains des patrenôtres fit donner au cours du XVIème siècle ce nom de chapelet, conservé depuis.
  C'est la chronique des Cordeliers qui nous parle de ce chapelet sur "le tieste" de Jeanne. Ce terme de chapelet peut aussi bien recouvrir celui de chapeau, bourrelet sans fond ou galon d'orféverie. En raison de la coupe à l'écuelle des cheveux de Jeanne, il est vraisemblable qu'il s'agissait là d'un simple chapeau du genre courant (voir ci-dessous). Un luxueux galon d'orféverie n'aurait pas manqué d'attiser les reproches des juges au procès de Jeanne.


Les chapeaux :

  Dans son Champion des Dames, composé en 1441, Martin Le Franc résume ainsi le costume de la Pucelle :
     « Chappiau de faultre elle portoit
     « Heuque frappée et robes courtes ».

  L'acte d'accusation du procès confirme que Jeanne portait des chapeaux. Martin Le Franc précise nous apprend qu'au moins un de ces couvre-chefs était de feutre. Les chapeaux d'étoffe ou de fourrure en usage alors recouvraient des carcasses de feutre, mais le chappiau de faultre, indique plutôt un chapeau dont le feutre était apparent. Le feutre des chapeaux se faisait alors de poils d'agneau, de castor (appelé souvent bièvre), de lièvre, de lapin ou de blaireau. Ils étaient ordinairement noirs ou bruns quoique il y en eut aussi de gris, de blancs voire vermeils (rouges). Quant aux chapeaux fourrés, ils se composaient d'une carcasse de feutre, qu'on garnissait de gris, de martre, de roys ou de menu-vair.
  Il reste à découvrir les formes qu'affectaient ces coiffures au cours de la période qui s'étend de 1425 à 1435, l'époque semblant très friande de ces chapeaux.

                    

  Le chapeau dont l'enlumineur du Champion des Dames de 1461 a coiffé la Pucelle se rencontre assez fréquemment dans l'iconographie de 1450 à 1465 mais il avait été en usage plus anciennement. Les formes du chapeau au cours du XV° siècle furent à tous moments des plus variées. Un type de feutre, en usage du temps de Jeanne d'Arc, se distinguait par un évasement accentué du haut de la calotte, qui prenait ainsi l'aspect d'un tronc de cône renversé. C'est vers 1480 que certains chapeaux commencèrent à s'exhausser en façon de montgolfière. Cette forme très caractéristique semble avoir été particulièrement en usage en Angleterre vers 1433. Les bords des chapeaux ne conservaient pas toujours cette régularité, certains sont rabattus sur la nuque et relevés par devant contre la calotte. La portion de bord ainsi retroussée s'appelait un rebras. Ce genre de chapeau se rencontre assez fréquemment de 1410 à 1460. Quelquefois le rebras, au lieu d'être arrondi, affectait la forme rectangulaire. Le chapeau à bec, abandonné vers 1415, mais qu'on vit encore exceptionnellement en Allemagne du temps de Jeanne d'Arc, ne devait réapparaître en France qu'après 1460. Il fut particulièrement en faveur sous le règne de Louis XI.

                         

  Certains chapeaux de cavaliers et de voyageurs, étaient munis de deux cordons appelés "las" dans les textes. Ces las traversaient les bords du chapeau, près de la calotte, où ils se trouvaient arrêtés à une de leurs extrémités par un nœud. Ils pendaient de chaque côté du visage et se terminaient par des houppes. Un passant, qu'on pouvait monter ou baisser à volonté, les réunissait l'un à l'autre, comme le fait comprendre la figure. Cela permettait de rejeter le chapeau sur le dos, où il restait suspendu par les las quand on jugeait à propos de s'en décoiffer. Ces chapeaux existaient déjà au XIII° siècle.




Le chapeau de Jeanne à Orléans :

  La sottise révolutionnaire nous a malheureusement privés d'une relique de notre héroïne que plus de trois siècles avaient épargnée. Ce précieux objet était un chapeau de parement, donné par Jeanne à la fille de Jacques Boucher, trésorier du duc d'Orléans, en souvenir de l'hospitalité qu'elle avait reçue dans la maison de son père, dès le soir du 29 avril 1429. Le fait est authentiqué par l'acte suivant des Archives de la ville d'Orléans, daté de 1631, rapporté par Lenglet-Dufresnoy, en 1753, dans son Histoire de Jeanne d'Arc :
     Jésus Maria
     Régnant le très Chrétien Roy Louis le Juste, XIII du nom.
     J'ai Paul Metezeau, Prestre de la congrégation de l'Oratoire de Jésus, donné à notre Maison de L'Oratoire, en cette ville d'Orléans, ce Chapeau, que je certifie être le véritable de l'héroïque et fameuse fille Jeanne d'Arcq, communément appelée la Pucelle d'Orléans, en l'ordre et succession qu'il m'ait ainsi échu de Damoiselle Marguerite de Thérouanne, femme de Jean de Metezeau, mon frère, Secrétaire du Roy, et fille unique de Monsieur de Thérouanne, Conseiller en la Cour de Parlement à Paris, et de Damoiselle Marguerite de Bongars, native d'Orléans, à laquelle Damoiselle de Bongars ce chapeau étoit demeuré, par ancienne succession héréditaire et toujours descendante jusqu'à elle par alliance de la famille et Maison en laquelle fut reçue et logée ladite Pucelle, lorsqu'elle arriva à Orléans pour en chasser de devant la ville et hors du Royaume de France les Anglois, et ainsi soigneusement gardé l'espace de deux cents ans, et laissé par hérédité de parens aux enfans sous ce nom pour titre mémorable de l'Antiquité de leur Maison, jusqu'à ce qu'enfin il m'a été donné et mis entre les mains par celle qui dans ce rang de sucession l'a possédé, pour estre par Providence divine rapporté en laditte Ville et donné par moi à nostre Maison de l'Oratoire avec cet Etuy, pour y estre dignement conservé à l'avenir, se sauver des cendres et le recommander à la postérité suivant la piété, valeur, mérite et sainteté de cette fille et vierge héroïque en laquelle a paru le bras de Dieu, et qu'elle estoit élue de lui pour le salut et la liberté de la France. En tesmoignage de quoi et du don que je fais, je signe cet écrit fait de ma main, ce 22 avril 1631.
     Signé Paul Métezeau, Prestre de l'Oratoire de Jésus, avec paraphe.


     Ce chapeau de la Pucelle, ajoute Lenglet-Dufresnoy, conservé à l'Oratoire d'Orléans, est d'un satin bleu, avec quatre rebras brodés d'or, et enfermé dans un étui de maroquin rouge avec des fleurs de lis d'or, et cet écrit du Père Métezeau est dans ses Archives.
  En 1792, les Oratoriens, croyant le sauver de la destruction, l'avaient confié à Mme de Saint-Hilaire, mère du botaniste de ce nom ; mais des forcenés, l'ayant appris, la forcèrent bientôt à le leur livrer et ils le brûlèrent avec sa boîte. Lenglet-Dufresnoy en a donné une description qui n'est pas tout à fait conforme à celle que M. Vergnaud-Romagnesi a recueillie des notes de M. Defoyne. Ce dernier l'avait vu : suivant lui, le chapeau était conservé dans une boîte de sapin ; il était en feutre gris à grands rebords, mais retroussé par devant, et le rebord attaché par une fleur de lis en cuivre doré et fort allongée ; le feutre en était fort endommagé par les insectes ; au sommet était une fleur de lis en cuivre doré, de laquelle descendaient des filigranes en cuivre doré, assez nombreux et terminés par des fleurs de lis pendant sur les bords du chapeau ; la coiffe était en toile bleue.
  La figure du chapeau de parement peut donner une idée du chapeau donné par Jeanne d'Arc à la jeune Charlotte Boucher en souvenir de l'hospitalité qu'elle avait reçue chez ses parents. Si l'on supprime la fourrure du chapeau, que l'on remplace l'agrafe orfévrée de son rebras par une fleur de lis et que l'on modifie la broderie de sa calotte dans le sens de la description de Defoyne, on obtient une coiffure qui correspond aussi exactement que possible.


Le chaperon déchiqueté :

  Le Journal d'un bourgeois de Paris rapporte qu'on vit plusieurs fois la Pucelle s'approcher de la sainte table, chaussée de chausses vermeilles et parée d'un chaperon déchiqueté. L'acte d'accusation mentionne d'autre part un chaperon découpé, capucium decisum, qu'aurait porté Jeanne. Il est possible qu'il s'agisse du même chaperon, le scribe chargé de rédiger l'acte d'accusation en latin, n'ayant trouvé dans cette langue que le mot decisum pour traduire l'adjectif déchiqueté. Il est à peu près certain que le chaperon déchiqueté mentionné dans le Journal d'un bourgeois de Paris, n'était pas un chaperon à enformer simple montré en début de dossier. Il appartenait à la catégorie des chaperons façonnés à demeure, comme ceux ci-dessous :


                

  Un exemple de ces coiffures, dans lesquelles un bourrelet s'ajoutait à la visagière d'un chaperon taillé sur le patron d'un chaperon à enformer. On les rencontre fréquemment dans les images du temps de Charles VII.
Ce qui caractérise tous les chaperons examinés, c'est que leur tour de tête est constitué par un bourrelet, aussi les appela-t-on très souvent bourrelets au lieu de chaperons. Il y eut aussi des chaperons façonnés dépourvus de bourrelets. Ils avaient l'apparence des chaperons libres, coiffés en bonnets. On porta enfin quelquefois de simples bourrelets, sans gulerons ni cornettes.

  Le chaperon façonné fut, sans contredit, la coiffure la plus communément adoptée, du temps de Charles VII, par la noblesse et la bourgeoisie, qui le préféraient au chapeau. Le guleron qu'on appelait la patte, était le plus souvent sans ornements ni découpures. Dans quelques chaperons cependant, la patte fut décorée de galons, de broderies, ou découpée de différentes façons. Le chaperon déchiqueté de la Pucelle offrait sans doute l'un ou l'autre des genres d'ornementation ci-dessus mentionnés.

  Ici se trouve terminée la partie des costumes de la sainte au cours de son existence de guerrière. Il nous reste à rechercher de quelle manière elle dût être vêtue dans ses prisons, quand elle comparut devant ses juges, sous quel aspect on la vit menée au supplice et enfin comment elle fut accoutrée lorsque, sur la place du Vieux Marché de Rouen, on la hissa sur l'échafaud pour la lier à l'estache du bûcher fatal.



De Compiègne à Rouen :


Jeanne captive :

  Lorsque près du pont de Compiègne, Jeanne la Pucelle, tirée à bas de son cheval, est tombée aux mains des Bourguignons, ceux-ci la conduisirent à Margny, village voisin, où ils s'empressèrent, selon Monstrelet, de la désarmer (Monstrelet). On lui enleva d'abord son harnais de tête, puis sa huque de drap d'or et ses mitons; on déboucla ses avants-bras, ses garde-bras, sa cuirasse; on la déchaussa de ses éperons, de ses grèves, de ses cuissots et de ses solerets. Elle apparut alors en pourpoint, et, si l'on en croit l'évêque de Nevers, Jean Germain, confesseur de la duchesse de Bourgogne, comme on ne savait pas bien au juste si elle était homme ou femme, on la délaça. La vue de sa poitrine, qu'elle avait belle, tira les assistants de toute incertitude (3).
   Le duc Philippe avait quitté en hâte Coudun, où il se trouvait à une grande lieue de Compiègne. Il arriva pour voir la Pucelle prisonnière et désarmée. La tenue de Jeanne, dépouillée de son armure, étant sommaire, il est à croire que, pour comparaître devant le noble duc, on la revêtit d'une robe d'emprunt.
  Jean de Luxembourg, dont dépendait la prisonnière, l'ayant gardée trois ou quatre jours en son logis de Clairoix près Compiègne, l'envoya au château de Beaulieu en Vermandois, où, selon Perceval de Cagny, d'Aulon, qui avait été pris en même temps qu'elle, continuait à la servir. On témoignait donc certains égards à la prisonnière et en effet, les captifs d'importance représentaient une valeur pécuniaire proportionnée à leur rang ou à leur renommée. C'est pourquoi rien d'indispensable, aussi bien en vêtements qu'en nourriture, ne dut manquer à la Pucelle, tant qu'elle resta en la possession de Jean de Luxembourg, car ce seigneur espérait en tirer une grosse somme le jour où il la livrerait (honteusement) aux Anglais. Après une tentative d'évasion, messire Jean jugea plus sûr de l'envoyer dans son château de Beaurevoir près de Cambrai. Elle se trouvait là en compagnie de la vieille demoiselle de Luxembourg, tante de Jean, et de Jeanne de Béthune, sa femme.
  Ce fut en vain que ces pieuses et charitables dames essayèrent d'amener la prisonnière à quitter son habit d'homme, lui offrant des vêtements de femme ou du drap pour en faire. Jeanne leur répliqua qu'elle n'en avait pas encore congé de Notre Seigneur et elle résista à leurs instances.
  Cet habit d'homme que la Pucelle portait à Beaurevoir devait être d'une grande simplicité et se rapprocher beaucoup de celui avec lequel, dix-huit mois auparavant, elle s'était présentée devant le roi Charles VII, dans la grande salle du château de Chinon. Son pourpoint et sa chaussure étaient sans doute des plus ordinaires, sa robe d'étoffe sombre et commune. Un chaperon à l'avenant lui servait à volonté de coiffure ou de garde-cou. C'est, croyons-nous, ainsi accoutrée très simplement que, dans la chambre haute du donjon de Beaurevoir qui lui avait été assignée comme retrait, messire Aimond de Macy la vit à plusieurs reprises. Ce chevalier bourguignon la trouvait à son gré et se plaisait en sa compagnie, il la reverra à Rouen.
  En septembre, deux habitants de Tournai, le grand doyen Bietremieu Carlier et le conseiller maître Henri Romain, de passage à Beaurevoir, vinrent également la visiter. Elle leur confia, pour les magistrats de leur ville, une lettre, dans laquelle elle priait ces personnages de vouloir bien lui envoyer vingt à trente écus d'or.
  Cependant, quoique traitée avec douceur, Jeanne avait toujours l'idée fixe de recouvrer sa liberté. Ayant cru savoir par quelques rumeurs que Compiègne allait être mis à feu et à sang et devinant qu'elle allait être livrée aux Anglais, elle n'y tint plus et sauta du haut du donjon d'une hauteur qu'on a peine à imaginer ! C'en était trop pour Jean de Luxembourg et, vers la fin de septembre, elle fut conduite à Arras, dans la prison du Duc de Bourgogne. Elle y séjourna six semaines. Messire Jean de Pressy, chambellan du duc Philippe, et plusieurs autres seigneurs bourguignons lui offrirent un habit de femme qui n'eut pas plus de succès que celui des dames de Luxembourg. Entre temps, la requête adressée par elle aux Tournaisiens, lorsqu'elle était encore à Beaurevoir, avait été agréée et un clerc de Tournai, Jean Naviel, lui apportait, de la part du conseil de cette ville, vingt-deux couronnes d'or. Nul doute que cette somme ne servît, au moins en partie, à l'entretien ou à l'accroissement de la garde-robe de la prisonnière. L'hiver approchait et peut-être fit-elle alors l'acquisition d'une robe fourrée.
  Enfin, vers le milieu du mois de novembre, le (triste) sire de Beaurevoir passa outre aux supplications de sa tante et de sa femme et consentit, pour dix mille livres tournois, à vendre l'héroïque Pucelle à ses pires ennemis.  D'Arras, Jeanne fut conduite d'abord au château de Drugy, où dom Nicolas Bourdon, prévôt de l'abbaye de Saint-Riquier, et dom Jean Chappelin, grand aumônier, accompagnés des principaux de la ville, vinrent la voir. De là, elle fut enfermée dans la forteresse du Crotoy, à cinq lieues d'Abbeville. Maître Nicolas de Queville, chancelier de la cathédrale d'Amiens, s'y trouvait prisonnier des Anglais. Elle se confessa à lui et en reçut la communion. Les demoiselles et les bourgeois d'Abbeville l'allèrent visiter dans sa prison.
  Peu après, on lui fit traverser en barque l'estuaire de la Somme pour l'amener à Saint-Valéry, d'où on la conduisit à Rouen par Eu et Dieppe. Elle fut incarcérée dans l'une des sept grosses tours du vieux château de Bouvreuil, celle qui donnait sur les champs vers la fin-décembre, peut-être à l'époque de Noël.
  On la mit dans la salle du milieu, qui se trouvait entre le souterrain et la chambre haute. Cette salle, à laquelle on accédait par huit marches, était sombre, une partie des ouvertures en ayant été bouchées. Une cage de fer avait été préparée dans cette cellule ou peut-être dans la grosse-tour du chateau. On prétend que Jeanne y fut introduite et maintenue attachée par le cou, les pieds et les mains jusqu'à l'ouverture du procès fin-février mais aucun de ses visiteurs n'a déclaré l'avoir jamais vue dans cette cage. Ce qui semble certain c'est que pendant tout le procès, elle eut des fers aux pieds pendant le jour et que, la nuit, on ajoutait à ces entraves une chaîne qui lui entourait la taille et dont l'extrémité était cadenassée à une grosse poutre.
  Le mercredi 21 février 1431, en la chapelle royale du château de Rouen, la Pucelle comparaît pour la première fois devant ses juges, tous vêtus chaudement à cause du froid de la saison, les cous de la plupart d'entre eux douilletement enfouis dans la visagière de leurs chaperons fourrés. Les plus frileux ont enformé leurs têtières et, de ceux-là, on ne voit tout juste que les visages. Amenée par l'huissier Massieu, Jeanne se tient devant les juges, assise sur une sellette, dans sa robe courte (ou cotte) qui est noire. Jeanne se plaint d'être détenue avec des chaînes de fer au corps et aux pieds. On lui demanda plus tard si elle avait eu des bagues. Il résulte de ses réponses que, jusqu'au jour où elle fut prise, elle en portait deux. L'une, sur laquelle étaient gravés les noms Jésus Maria, lui avait été donnée par ses parents, à Domrémy, l'autre, dont elle ne fournit aucune description, était un cadeau d'un de ses frères. Les Bourguignons lui avaient pris la première, à Compiègne, et l'évêque de Beauvais s'était approprié la seconde, lors de son incarcération au château de Rouen.
  Dans sa prison de Rouen, Jeanne ne dut disposer que d'une garde-robe réduite au strict nécessaire et que, par conséquent, tant à l'intérieur de la tour où elle était enchaînée que dans les différents endroits où elle fut conduite, soit pour les interrogatoires publics, soit pour des séances consacrées à des formalités de procédure qui exigeaient sa présence, on dut la voir constamment revêtue de sa robe noire.
  Elle avait demandé au cours du procès qu'on l'autorisât à revêtir un habit de femme le temps de la messe pour reprendre ensuite son habit d'homme. Le dessin montre le genre d'habit que l'innocente victime réclamait (houppelande), demande que ses bourreaux, contre toute élémentaire charité chrétienne, lui refusèrent.
  C'est aussi dans ce sombre costume que, le matin du 24 mai, amenée en charrette au cimetière de Saint-Ouen, elle s'offrit aux regards de la multitude, à l'heure tragique de son abjuration. L'après-midi, Jeanne fut ramenée dans sa prison. Le vicaire-inquisiteur, Jean Lemaître, lui exposa qu'il fallait qu'elle obéisse humblement à la sentence des juges qu'elle fasse un total abandon de ses erreurs passées et qu'elle quittât ses habits d'homme. De courtes chausses, une cotte simple, une robe et un chaperon de femme ayant été présentés à la prisonnière, elle ôta sa robe d'homme, dénoua ses aiguillettes, délaça son gippon, se dépouilla de ses longues chausses jointes ensemble et prit ces nouveaux vêtements. La robe était vraisemblablement celle que la duchesse de Bedford lui avait fait faire par le tailleur Jeannotin Simon et qu'elle n'avait jamais voulu revêtir jusque là. En même temps, elle se laisse raser les cheveux qu'elle portait précédemment taillés en écuelle.

  Il y avait juste trente mois qu'elle n'avait fait usage du moindre habit féminin !
  Après une nuit d'angoisse où elle fut sans trêve ni repos en butte aux infamies de ses gardiens anglais, elle se trouva au matin dans la nécessité de reprendre son costume d'homme, ses vêtements de femme lui ayant été enlevés. Elle eut beau supplier ses misérables gardiens, ils ne voulurent pas les lui rendre. Lors du procès de réhabilitation, Jean Massieu déclara qu'il tenait ces faits de la bouche même de Jeanne. Cependant, le 28 mai, quand l'évêque, venu dans la prison pour constater, elle dit qu'elle l'avait pris de son plein gré, sans nulle contrainte et sur les remontrances de ses voix. "J'aime mieux l'habit d'homme que l'habit de femme". (4)
  Condamnée à être livrée à la justice séculière (5), l'huissier Massieu fut chargé d'aller le lendemain matin à la prison citer la Pucelle à comparaître, à huit heures sur la place du Vieux Marché pour s'entendre déclarer relapse, excommuniée et hérétique. On ne devait plus la revoir habillée en homme.

  Le matin du 3o mai, Jeanne recevait la communion. Huit heures ont sonné, quand de la grande porte débouchent sur le pont-levis quatre chevaux attelés d'une charrette et dans la charrette apparaît la Pucelle, assise entre messire Jean Massieu et le dominicain frère Martin Ladvenu. D'après Perceval de Cagny, un chaperon embronché lui cache la figure. Ses épaules sont secouées par des sanglots. Une centaine de soldats anglais escortent la charrette qui s'en va cahotante sur le pavé des rues descendant au Vieux Marché (6). D'après certains auteurs, on aurait, ce jour-là, revêtu la Pucelle d'un vêtement spécial qu'ils appellent la chemise longue des condamnés. Sur la foi de ces historiens, les artistes l'ont toujours habillée d'une longue robe blanche lorsqu'ils ont voulu la représenter expirante au milieu des flammes. Or nous n'avons rencontré jusqu'ici aucun document écrit ou figuré qui autorise à croire que Jeanne d'Arc ait été ainsi vêtue le jour de son supplice.
  Une quinzaine d'années auparavant, Jean Huss avait été condamné au feu, comme elle, pour crime d'hérésie par le concile de Constance. Plusieurs images contemporaines, ou du moins d'une époque très rapprochée de cet événement, nous montrent l'intransigeant novateur livré à la justice séculière. Aucune ne le représente avec la prétendue chemise longue des condamnés. A part la mitre de rigueur, ces documents le font voir revêtu, dans chacun d'eux, de costumes différents, mais qui n'ont rien de particulier, étant de ceux qu'on portait alors couramment.
  Jeanne, loin de paraître habillée de la longue chemise, chère aux auteurs, est tout bonnement revêtue de la cotte, appelée cotte simple, que toutes les femmes portaient sous leur robe depuis plus de deux cents ans. Jeanne, ne pouvant quitter l'habit d'homme puisque Dieu lui a ordonné de le garder, entrevoit avec appréhension qu'il se peut qu'on la condamne à faire amende honorable et qu'elle se trouve alors obligée de paraître dans la tenue sommaire des hommes ayant à subir la même peine (très courte chemise de l'époque recouvrant l'étroit brayer obligatoire). N'est-elle pas fondée à craindre en effet qu'on ne veuille la punir de son obstination à conserver son habit masculin en lui, infligeant le traitement réservé aux hommes ? C'est pourquoi, dans la préoccupation de cette odieuse éventualité, elle demande lors du procès qu'on lui accorde la grâce de revêtir, soit une chemise de femme, soit une chemise d'homme suffisamment longue. C'est sans doute ce qui conduit de nombreux auteurs à l'imaginer en longue chemise de femme blanche. On sait que cette crainte de la Pucelle ne fut pas justifiée et qu'elle fut conduite au supplice habillée en femme.
  Les miniatures du quinzième siècle, qui représentent des femmes, juridiquement condamnées, subissant le supplice du feu, nous les montrent invariablement habillées de cette façon. La cotte simple semble donc bien avoir été la tenue réglementaire des femmes condamnées à être brûlées vives. Les paysannes de l'époque d'ailleurs ne passaient la robe que les dimanches et les jours de fête. Le reste du temps, elles étaient en cotte simple et ce fut souvent en cette tenue que la petite Jeannette à Domrémy dut entendre ses Voix.
  Sur la place du Vieux-Marché, on a construit trois échafauds. Selon Charles de Beaurepaire, l
'un est adossé, face à l'ouest, contre le pignon de la halle de la boucherie, un autre plus vaste, faisant équerre avec ce dernier et regardant le nord, se dresse sur le cimetière de l'église Saint-Sauveur. Il est occupé par les juges ecclésiastiques, les greffiers, le bailli et les officiers séculiers. Sur le troisième échafaud, vraisemblablement placé en face de celui du pignon de la halle, siègent le cardinal de Winchester et les prélats. Enfin, non loin du pilori, lieu ordinaire des exécutions, au milieu de la place, s'élève le bûcher, exhaussé d'un soubassement de plâtre, le tout d'une hauteur inusitée. Devant le bûcher, face au midi, un panneau, cloué sur deux montants, porte l'inscription suivante, écrite en lettres assez grosses pour pouvoir être lue de loin : « Jehanne qui s'est faict nommée la Pucelle, menteresse, pernicieuse, abuseresse du peuple, divineresse, superstitieuse, blasphemeresse de Dieu, presumptueuse, malcreant de la foy de Jhesucrist, vanteresse, ydolatre, cruelle, invocateresse de deables, apostate, scismatique et hérétique ».
  Lorsque la charrette et son cortège débouchent sur la place, les hommes de guerre en entourent les abords. Quand l'évêque de Beauvais, en son nom et au nom du vicaire inquisiteur, prononce la sentence qui déclare Jeanne hérétique et relapse; rejetée de l'unité de l'Eglise et livrée à la justice séculière. Aussitôt la Pucelle, qui était restée jusque-là debout, patiente et silencieuse, s'agenouille dévotement recommandant son âme à Dieu, à Notre-Dame et aux saints, demandant pardon à ses ennemis, au roi de France et à tous les princes du royaume et prient les prêtres présents que chacun d'eux veuille bien dire une messe pour elle. Ses pieuses lamentations durent une demi-heure. Elle supplie qu'on lui donne une croix. Un Anglais lui en fait une petite de deux morceaux de bois (7). Jeanne la reçoit dévotement, la baise et, par l'encolure de sa cotte, la glisse en son sein, contre sa chair.
  Il était d'usage de coiffer les condamnés d'une mitre en papier sur laquelle se trouvait écrit le motif de leur condamnation. Arrivée devant le bûcher, on enlève à la Pucelle son chaperon qu'on remplace aussitôt par une mitre en papier. Sur la mitre, entre deux silhouettes de démons grimaçants : hérétique, relapse, apostate, idolatre qu'on avait écrit sur la mitre dont on affublait sa pauvre tête rasée.

                 

  Jeanne, ainsi mitrée, est hissée sur le bûcher. A ses instances, ont est allé lui chercher la grande croix de la paroisse Saint-Sauveur qu'elle tient étroitement embrassée en pleurant. Elle ne la quitte que pour être liée à l'estache qui surmonte le formidable tas de bois. Pendant qu'on la lie, elle continue ses louanges et lamentations envers Dieu et les saints, invoquant spécialement saint Michel. Le bourreau allume le bûcher. Jeanne avertit le frère Isambard et le fait descendre. Au crépitement du feu dans les bourrées, elle lance un cri déchirant : « Jésus! ». Ce cri, elle le répétera plus de six fois. D'en bas, frère Isambard tient élevée la croix de Saint-Sauveur, comme elle l'en a prié. Les flammes montent. La fumée ne tarde pas à envelopper la martyre. Bientôt on ne l'entrevoit plus qu'à travers un nuage constellé d'étincelles qui finit par la cacher entièrement. On l'entend crier «Jésus! », demander de l'eau bénite, protester que ses voix et ses révélations étaient de Dieu et, dans un cri suprême : « Jésus ! » elle exhale son âme de sainte.




Source : "Jeanne d'Arc, ses costumes, son armure" d'Adrien Harmand - 1929.

Illustrations :
- toutes ces illustrations du moyen-âge sont tirées du livre d'Adrien Harmand.

Notes :
1 La chronique de la Pucelle

2 Déposition de Jean d'Aulon au Procès de réhabilitation.

3 Voir ce témoignage pour le moins indigne d'un évêque ! (ndlr)

4 Jeanne savait qu'en ne dénonçant pas ses gardiens et en se désignant responsable du changement d'habits, elle allait à une mort certaine ! La semaine entre "l'abjuration" et la condamnation à mort a dû être absolument inhumaine. (ndlr)

5 Parce que l
'église ne "verse pas le sang", quelle hypocrisie ! A noter d'ailleurs que dans leur soif de vengeance, les Anglais l'enverront à la mort sans qu'aucune sentence séculière n'ait pu être signifiée à la sainte !

6 Le château de Bouvreuil est en effet sur les hauteurs de la ville.

7 On lit parfois, avec quelques sous-entendus, qu'il n'y a eu malheureusement qu'un Anglais pour donner une croix à Jeanne. Comment en aurait-il pu être autrement ? La foule des rouennais, pour la plupart compatissants, étaient bien évidemment tenus à l'écart du bûcher et
des estrades par la soldatesque anglaise. (ndlr).

8 Deux comptes de la ville d'Orléans concernant une robe et une huque données à Jeanne :

Charles, duc d'Orléans et de Valois, conte de Blois et de Beaumont et seigneur de Coucy. A nos amez et féaulx les gens de noz comptes, salut et dilection. Nous nous mandons que la somme de treize escuz d'or viez du poix de lxiiij au marc, qui par nostre amé et féal trésorier général Jacques Boucher a esté paiée et delivrée ou mois de juing derrenier passé à Jehan Luillier, marchant et Jehan Bourgois, taillendier, demourans à Orléans, pour une robe et une huque que les gens de nostre conseil firent lors faire et délivrer à Jehanne la Pucelle estant en nostre dicte ville d'Orléans ; ayans considéracion aux bons et agréables services que lacdicte Pucelle nous a faiz à l'encontre des Anglois anciens ennemis de Monsr. le Roy et de nous : c'est assavoir audit Jehan Luillier, pour deux aulnes de fine Brucelle vermeille dont fut faicte ladicte robe, au pris de iiij escuz d'or, huit escuz d'or ; pour la doublure d'icelle, ij escuz d'or ; et pour une aulne de vert perdu pour faire ladicte huque, ij escuz d'or ; et audit Jehan Bourgois, pour la façon desdictes robe et huque et pour satin blanc, sandal et autres estoffes, pour tout Un escuz d'or : vous, icelle somme allouez ès comptes de nostre dit trésorier et rabatez de sa recepte sans aucun contredit ou difficulté par rapportant ces présentes et quictance sur ce des dessusdiz tant seulement, non obstant ordonnances, restrinccions, mandemens ou deffences quelzquonques à ce contraires.

Donné audit lieu d'Orléans, le dernier jour de septembre, l'an de grâce mil cccc vint et neuf.

PAR MONSr LE DUC, A LA RELACION DE VOUS AD CE PAR LUI COMMIS.
Signé Labbé.

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Jehan Luillier, drappier, et bourgois d'Orléans, et Jehan Bourgois, taillendier dudit lieu, confessèrent avoir eu et receu de Jacques Boucher, trésorier général de Mons. le duc d'Orléans, la somme de treize escuz d'or viez du poix de lxiiij au marc, pour une robe et une huque que les gens du conseil de mondit seigneur le duc firent faire et délivrer dès le mois de juing cccc vint neuf à Jehanne la Pucelle, estant lors audit lieu d'Orléans: c'est assavoir, ledit Luillier, pour deux aulnes de fine brucelle vermeille dont fut faicte ladite robe, viij escuz ; pour la doublure d'icelle ij escuz; et pour une aulne de vert perdu pour faire ladicte huque, ij escuz d'or; et ledit Bourgois, pour la façon desdictes robe et pour satin blanc, sandal et autres estoffes, pour tout, ung escu d'or; si comme, etc. Et s'en tinrent à bien contens, etc., quictes, etc.
Fait le Ve jour d'aoust, l'an mil cccc et trente.

Signé Cormier.





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