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"Histoire complète de Jeanne
d'Arc" par Ph.-H. Dunand
t.I - 1898
La jeunesse de Jeanne d'Arc (1412-1429)
De Domrémy à Orléans
Phase de préparation
Chapitre Ier - p. 59 à 85 |
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DOMREMY
I. Naissance de Jeanne d'Arc. — Domremy et la vallée de la Meuse. — Le Domremy féodal. — Le château de l'Isle. — Domremy au spirituel. — Le diocèse de Toul.
II. Le père et la mère de Jeanne d'Arc. — Leur pays d'origine. — Témoignages de confiance donnés à Jacques d'Arc par les habitants de Domremy.
III. Education et formation chrétienne de Jeanne. — Les deux foyers, la famille et l'Eglise. — Action du curé de Domremy.
IV. Piété de Jeanne d'Arc enfant et jeune fille. — Ce qui en était le principe. — Amour de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ. — Fidélité de Jeanne d'Arc à recevoir les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie; à assister à la sainte messe. — Influence de ces habitudes religieuses sur sa vie tout entière.
I.
NAISSANCE DE JEANNE D'ARC. — DOMREMY ET LA VALLÉE DE LA MEUSE. — LE DOMREMY FÉODAL. — LE CHATEAU DE L'ISLE. — DOMREMY AU SPIRITUEL. — LE DIOCÈSE DE TOUL.
Jeanne d'Arc naquit dans la nuit de l'Épiphanie, le 6 janvier 1412 (1) à Domremy, gros hameau de la paroisse de Greux, situé aux bords de la Meuse, sur les confins du royaume de France (2), entre le pays de Champagne et celui de Lorraine, à l'extrémité nord-ouest du département actuel des Vosges. Elle fut baptisée par messire Jean Minet, curé de la paroisse, dans l'église de Domremy. Les deux localités, Greux et Domremy, avaient chacune leur église. Celle du village natal de Jeanne était dédiée au saint et célèbre évêque de Reims, dont le village lui-même rappelait le nom (3).
Selon la coutume alors assez généralement répandue (4), on donna à la fillette qui venait de naître plusieurs parrains et marraines, douze en tout, du moins que nous sachions (5). Presque tous portant le nom de Jean ou de Jeanne, ce nom lui fut donné au saint baptême.
C'est de ce nom de Jeanne, familièrement Jeannette, que la libératrice d'Orléans fut appelée tant qu'elle demeura à Domremy. On y joignit parfois « le surnom d'Arc ou de Rommée », — c'est la Pucelle elle-même qui nous l'apprend; — ce dernier était celui de sa mère, « parce que, en son pays, les filles portaient le surnom de leur mère (6). »
Le père de Jeanne, Jacques d'Arc, et sa mère, Isabelle (Isabellette ou Zabillet) Rommée étaient de simples et honnêtes cultivateurs, bons chrétiens sur toutes choses, vivant du produit de leurs champs, dans une situation de fortune également éloignée de la richesse et de l'indigence. Ils eurent cinq enfants, trois garçons et deux filles. L'aîné des garçons avait nom Jacques ou Jacquemin; les deux autres, Jean et Pierre ou Pierrelot. Les deux filles étaient Jeanne et Catherine. Plus jeune que la Pucelle qui paraît l'avoir aimée tendrement, Catherine se maria avec un cultivateur de Greux et mourut après quelques mois de mariage, avant le départ de sa sœur pour Chinon (7).
Le village dans lequel vit le jour la jeune fille qui devait ramener la victoire sous l'étendard de la France se trouvait dans cette partie du nord-est appelée communément Marches de Lorraine (8), entre le duché de Lorraine et le royaume de France, à vingt et un kilomètres de Vaucouleurs en France, au nord, à douze de Neuf-château en Lorraine, au midi. La maison de la famille d'Arc relevait du royaume : « d'où nous apprenons », remarque son premier historien, « que cette fille estoit vrayment Françoise de nation et d'affection » (9). En même temps que ce lien rattachait la Pucelle à la France et à son souverain légitime, un lien d'autre sorte la rattachait à la Lorraine. Si le sol sur lequel elle était née n'appartenait pas au duché de Lorraine, il appartenait, d'après l'opinion généralement reçue, au pays de Lorraine. Jeanne sera la première à déclarer à son hôtesse de Vaucouleurs qu'elle est la Pucelle des Marches de Lorraine, appelée de par les prophéties populaires, à réparer le mal qu'une femme a fait au royaume (10). Au procès de réhabilitation, l'avocat de la famille de Jeanne d'Arc commencera son plaidoyer en rappelant que Jeanne était née « au pays de Lorraine. » Ce n'est donc pas sans raison
à suivre... p.63

Source : "Histoire complète de Jeanne d'Arc" en 3 volumes - Ph.-H. Dunand - 1898
Notes :
1 La date du 6 janvier est donnée par le sire Perceval de Boulainvilliers, dans la lettre sur la Pucelle qu'il écrivit au duc de Milan dont il était le correspondant à la cour de Charles VII. A cause de l'étendue et de l'importance de cette lettre, nous la reproduisons en Appendice, à la fin du volume, aux Notes et Pièces justificatives.
Quant à l'année 1412, c'est une réponse de Jeanne d'Arc à ses juges de Rouen qui permet de la déterminer. Questionnée sur son âge, dans l'interrogatoire du 21 février (première séance publique), elle répond qu'elle a dix-neuf ans environ — respondit quod, prout sibi vide-tur, est quasi XIX annorum. D'après les dates indiquées au 21 février 1431 (nouveau style), Jeanne avait dix-neuf ans, un mois et neuf jours. (J. Quicherat, Procès, t. I, p. 46.)
2 « In confinibus regni Franciæ »; expressions de Maître Maugier, avocat de la famille de Jeanne d'Arc, en son plaidoyer au procès de réhabilitation. — ( J. Quicherat, Procès, t. II, p. 140.)
3 J. Quicherat, Procès, t. II, pp. 393, 395, 400, 403, etc. Dépositions des compatriotes de Jeanne d'Arc à l'enquête de la réhabilitation en 1456.
4 Le Concile de Trente (session XXIV, chap. II), estimant cette coutume abusive, prescrivit de n'admettre à l'avenir qu'un seul parrain ou marraine au baptême ; tout au plus un parrain et une marraine ensemble.
5 Voir aux Notes et Pièces justificatives, à la fin du volume, les explications et détails qui ne peuvent trouver place dans le cours du récit sur les parrains et marraines de Jeanne d'Arc et autres sujets traités en ce chapitre.
6 J. Quicherat, Procès, t.I, p. 191.
7 E. de Bouteiller et G. de Braux, La famille de Jeanne d'Arc, documents inédits, p. 91. In-8°, Paris-Orléans, m.d.ccclxxviii. — Voir, à la fin du volume, l'Appendice sur la famille de Jeanne d'Arc.
8 J. Quicherat, Procès, t. II, p. 417.
9 E. Richer, Histoire de la Pucelle d'Orléans, liv. I, f° 8. — Manuscrits de la Bibliothèque nationale, fonds français, n° 10448.
On peut considérer comme preuve authentique et suffisante de la nationalité française de Jeanne d'Arc, sous le rapport du lien politique et de la suzeraineté du roi de France, l'exemption d'impôts accordée le 3 juillet 1429 par Charles VII aux habitants de Domremy et de Greux. La Pucelle n'aurait pas demandé cette exemption, et Charles VII ne l'aurait pas octroyée en forme, si les habitants de ces localités n'eussent pas été ses sujets. Cette exemption est octroyée « de grâce spéciale, en faveur et à la requeste de Jehanne la Pucelle, aux manants et habitants de Greux et de Domremy audit bailliage de Chaumont en Bassigny. »
(V. J. Quicherat, Procès, t. V, pp. 137-139; — Auguste Longnon, Les limites de la France à l'époque de la mission de Jeanne d'Arc, p. 14. In-8° de 103 pages, Paris, 1875.)
10 J. Quicherat, Procès, t. II, p. 447.
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