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15 octobre 2008  

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"Histoire complète de Jeanne d'Arc" par Ph.-H. Dunand
t.I - 1898
Introduction - p. XI à LVI

Mens sana in corpore sano;
Mens sancto in corpore sancto !


vant de raconter la vie de Jeanne d'Arc, nous voudrions dire quelques mots du dessein que nous nous sommes proposé en écrivant cette Histoire complète de la Pucelle, des sources auxquelles nous avons puisé pour l'écrire, et du plan que nous avons suivi.
  Ce dernier sujet appellera notre attention sur le prêtre français qui le premier s'est rendu compte de ce que devait être une Histoire vraiment complète de la Libératrice de la France, qui le premier aussi a écrit cette Histoire, mais qui est mort sans avoir pu la publier.

                                                         

                   NOTRE DESSEIN EN ÉCRIVANT CETTE HISTOIRE
                                          COMPLÈTE DE JEANNE D'ARC


  Le dessein que nous nous sommes proposé en écrivant la présente Histoire de Jeanne d'Arc, c'est de combler une lacune qu'il est aisé de remarquer dans les Histoires de la Pucelle publiées depuis une cinquantaine d'années. La plupart de ces Histoires exposent avec ampleur et de façon très intéressante les faits, les incidents, les péripéties de l'existence de Jeanne d'Arc; mais arrivées à sa captivité et à son Procès, elles se contentent d'en résumer, d'en analyser les phases, comme si elles avaient hâte de quitter ce terrain où s'agitent la haine, la trahison, la perfidie. Nous-même, dans l'Histoire que nous avons publiée en 1895, nous n'avons pas procédé différemment (1).
  Or, au lendemain du décret par lequel le Souverain Pontife a déclaré Jeanne d'Arc Vénérable; à la veille d'une Béatification poursuivie, espérée, il nous a semblé que plus que jamais le moment était venu de placer sous les yeux du public tous les documents propres à faire connaître la Sainte offerte à sa vénération, de dissiper tous les malentendus, de ravir à l'hostilité, à la prévention, à la mauvaise foi leurs prétextes, de joindre au récit des événements antérieurs à la sortie de Compiègne l'exposé loyal et complet des deux Procès de condamnation et de réhabilitation, et de montrer ainsi que loin d'avoir quelque chose à redouter de cette abondance de lumière, l'héroïsme, la gloire, la sainteté de la Vierge de Domremy n'en resplendiraient que d'un plus pur et plus radieux éclat.
  Quelque plausibles que ces idées nous parussent, nous n'avons pas voulu les appliquer sans avoir pris conseil de plus sages que nous, et avec la plus respectueuse déférence, nous les avons soumises d'abord au Chef illustre et vénéré de l'archidiocèse de Toulouse, puis aux Illustrissimes Cardinaux, Archevêques et Evêques de notre grande Eglise de France. A cette humble consultation, quarante Prélats ont daigné répondre de la façon la plus encourageante, et nous assurer qu'en écrivant cette Histoire complète de Jeanne d'Arc nous avions fait œuvre de patriote et de chrétien.
  Les trois volumes que nous publions ne révèleront pas une héroïne nouvelle; présenter sous tous ses aspects, dans toutes les phases de sa vie soit privée, soit publique, la Libératrice de la France, mettre à profit dans ce but les travaux de l'érudition la plus solide et la plus récente; ne donner comme certains dans la suite du récit que des faits attestés par des documents de premier ordre; fournir au lecteur à chaque page, par des références précises, le moyen de contrôler la sûreté, et, si nous osons le dire, l'honnêteté de l'information, voilà ce que nous nous sommes uniformément et constamment proposé. En parcourant ce premier volume, où nous donnons sur la jeunesse de Jeanne d'Arc cinq fois plus de détails qu'on n'en trouve dans les Histoires les mieux documentées, détails puisés aux sources les plus autorisées et les plus pures, le lecteur se rendra compte du résultat que nous ne cesserons de poursuivre dans les deux autres volumes, principalement lorsqu'il sera question du Procès de Rouen.

                                                                         *
                                                                    *        *

                    L'Histoire de Jeanne d'Arc et le Procès de Rouen.

  On conviendra sans peine, ce nous semble, qu'un intérêt souverain s'attache à ce Procès entrepris par les Anglais, autant pour déshonorer Jeanne que pour la livrer à la mort : ils ne pouvaient lui pardonner d'avoir arraché de leurs mains la France, cette proie si belle, qu'ils s'apprêtaient à dévorer. S'il y avait eu à leur disposition un supplice plus horrible que celui des flammes, une sentence plus infamante qu'en matière d'hérésie et de rechute, assurément ils y eussent recouru pour faire expier à cette enfant de dix-neuf ans les prodiges que l'amour de son pays lui avaient inspirés.
  Or, il importe à tout lecteur français, à tout lecteur chrétien, de savoir si c'est à tort ou à raison que les juges de Rouen ont condamné la Pucelle ; il importe à toute âme qui a souci de cette chose éternelle et divine que nous nommons la justice, de savoir si la Vierge de Domremy n'est qu'une aventurière criminelle et vulgaire, ou si son cœur que le feu n'a pu consumer était le plus noble, le plus généreux, le plus pur qui ait battu dans une poitrine humaine.
  Les interrogatoires et autres scènes de la captivité de Jeanne, jusqu'à l'acte final du Vieux-Marché, ont ceci de particulier qu'ils révèlent au spectateur la physionomie complète de l'héroïne, et qu'ils la présentent sous ses aspects les plus touchants. Là, plus qu'à Chinon, Poitiers, Orléans, Paris, on voit Jeanne d'Arc à l'œuvre, et on l'entend. Dans cette cage de fer où on l'a enchaînée comme une bête fauve, dans ce cachot qui retentit jour et nuit des propos infâmes de ses geôliers, devant ses juges auxquels on la mène chargée d'entraves et de fers, on prend sur le fait ces vertus aisées à pratiquer dans la famille et en liberté, mais autrement difficiles quand on se trouve sans cesse en face d'ennemis sans foi ni pitié, cette patience, cette douceur qui ne se démentaient jamais, cette résignation inaltérable aux volontés du ciel, cette confiance inébranlable en Dieu, en la Bienheureuse Vierge et en ses Saintes, et cette bienveillance soutenue, cette humeur toujours égale envers ses gardiens, ses juges et ses bourreaux.
  A Rouen, l'on voit Jeanne à l'œuvre, et de plus on l'entend. Dans le cours de sa vie publique, la jeune Lorraine a peu parlé : on n'a recueilli qu'un petit nombre de ses propos ; et nous ne pouvons que le regretter, car ceux qui l'ont entendue assurent qu'elle parlait admirablement. Mais devant ses juges, la captive est obligée de se départir de sa réserve. Ils la questionnent : il faut bien qu'elle réponde ; ils l'accusent : il faut bien qu'elle se défende ; on la blesse dans ses sentiments les plus nobles, les plus délicats : il faut bien qu'elle proteste, et alors de son cœur ému, indigné, jaillissent ces cris superbes de loyauté, ces réponses vibrantes de patriotisme, ces mots à l'antique qu'on ne se lasse pas de redire et d'admirer.
  Les Chroniques de l'époque nous offrent Jeanne d'Arc peinte par autrui ; dans les audiences du Procès de Rouen, nous avons Jeanne d'Arc peinte par elle-même.
  Si Jeanne avait écrit ses Mémoires, quel historien ne s'empresserait de les reproduire ? Jeanne n'a pas écrit ses Mémoires, mais elle les a parlés : ses ennemis mortels se sont chargés de les écrire, — à leur façon, il est vrai, — et de les transmettre à la postérité. Ce sont ces paroles sorties du cœur de la captive qui forment la partie la plus belle, la plus vivante du document historique qui a pour titre : Procès de condamnation de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle d'Orléans.
  Dans l'histoire du Sauveur des hommes, les pages les plus vivantes et les plus sublimes tout ensemble sont les pages qui retracent les scènes de sa Passion, l'agonie de Gethsémani, le baiser de Judas, la flagellation, l'Ecce homo, le crucifiement.
  On a pu dire sans exagérer que Jeanne d'Arc a eu elle aussi sa Passion, son agonie, son Calvaire. Elles ne seront pas les moins vivantes, les moins belles de son histoire, les pages qui retraceront les circonstances douloureuses, parfois sublimes, de cette agonie d'une année, de cette Passion de cinq mois que couronnent de leur sinistre lueur les flammes du bûcher.

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                                                                    *        *

                      La Jeanne d'Arc du parti pris, et la Jeanne d'Arc
                                             de la vérité et de l'Histoire.



  L'auteur des Recherches de la France, Etienne Pasquier (2), a dit de Jeanne un mot qu'il n'est pas inutile de rappeler encore aujourd'hui.
« Grande pitié ! Jamais personne ne secourut la France si à propos et plus heureusement que cette Pucelle, et jamais mémoire de femme ne fut plus déchirée que la sienne ! »
  Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, on a vu des écrivains rabaisser Jeanne d'Arc au niveau des filles perdues de mœurs : c'était le parti pris du déshonneur et de la calomnie.
  Au dix-neuvième siècle revient le mérite d'avoir fait justice de ces mensonges et de ces outrages. Il a reconnu en Jeanne d'Arc la jeune fille vierge, délicate, pure entre toutes. Les plus sceptiques de nos écrivains rendent hommage à l'élévation de son âme et à la pureté sans ombre de sa vie. C'est un maître ironiste qui a dit de Jeanne ce mot charmant (3) :
  « Elle est pétrie de poésie comme le lis de rosée ! »
  A nous, chrétiens, le mot du Cantique des Cantiques suffit :
  « Fleur de nos champs, lis de nos vallées ! »
  Et pourtant le caprice, la fantaisie, le parti pris ne se sont pas dissipés, malgré la lumière éclatante des documents ; et il existe encore des admirateurs, des panégyristes de la Pucelle qui ne peuvent s'accommoder de l'héroïne que leur présente l'Histoire.
  Tout récemment, une brochure publiée à l'étranger apprenait au monde savant que Jeanne d'Arc était, non Française, « mais quasiment Allemande ; l'évêque de Toul dont dépendait Domremy avait pour métropolitain l'archevêque allemand de Trêves. »
  L'auteur de ce factum ajoute que Jeanne a été « un précurseur du principe protestant de la liberté de conscience, une adversaire de l'incrédulité qui est une conséquence des erreurs romaines », et qu'aucun des écrivains français n'a su lui rendre justice (4).
Ce que l'on ne croirait pas si la preuve n'en était indéniable, c'est que des historiens français semblent faire écho à ces énormités issues d'outre-Rhin. L'un d'eux, en la préface de son livre sur la Pucelle, nous dira qu'elle personnifie « en soi la liberté de conscience;
  « Que l'héroïsme civique s'est incarné au Moyen âge en Jeanne d'Arc, comme dans l'ère moderne il s'est incarné dans le grand Washington. »
  Si ce même auteur ne fait pas de la Pucelle un précurseur de la Réforme, il ira plus loin : il l'introduira dans le fameux bloc de 93, et il révélera à la France, qui ne s'en doutait guère, que Jeanne d'Arc est la grande aïeule dont « les Hoche, les Kléber, les Marceau, ont été comme les fils spirituels (5). »
  A cette Jeanne d'Arc, fille du caprice et du parti pris, l'Histoire, appuyée sur des documents irrécusables, oppose la Jeanne d'Arc vraie, c'est-à-dire Jeanne Française et Jeanne Chrétienne.
Jeanne Chrétienne autant que Française, Française autant que Chrétienne; car, selon la parole d'un étranger, l'histoire de la Pucelle procède tout entière « de la profonde foi chrétienne qui l'animait : sans l'idée chrétienne, l'existence d'une Jeanne d'Arc est impossible (6). »
  Française, Jeanne était une jeune fille à l'esprit droit, pondéré, sensé, pénétrant, aux membres robustes, à la complexion vigoureuse;

          Mens sana in corpore sano !

  Chrétienne, c'était une âme éprise de magnanimité, de dévouement, et qui dans la voie des plus sublimes vertus ne disait jamais : Assez !

          Mens sancta in corpore sancto !

  Et chez les deux, la Chrétienne et la Française, resplendissait ce don divin que le ciel a refusé plus d'une fois à des natures d'élite : la grâce, la beauté !

          Mens pulchra in corpore pulchro !

  Française et Chrétienne, Jeanne l'était par le sang qui coulait dans ses veines, par l'air qu'elle respirait, par la foi de son âme, par les sentiments de son cœur, par les actes de sa vie !
  Française et Chrétienne, Fille au grand cœur et Fille de Dieu, elle le fut jusqu'à ce degré de sublimité qui fait les héros et les saints : d'une part, servant son pays et son roi avec la vaillance des chevaliers sans peur, avec la loyauté des preux sans reproche, atteignant ainsi à la taille des Du Guesclin et des Bayard; — d'autre part, servant son Dieu et son Christ avec l'ardent amour, la confiance sans bornes et l'humilité des saints, prenant de la sorte place dans la famille des Geneviève et des Clotilde, des Charlemagne et des saint Louis.
  Plus l'histoire de la Pucelle sera connue et approfondie, plus deviendront manifestes l'inconséquence et la légèreté des écrivains qui s'obstinent à méconnaître la Vierge Lorraine, à vouloir mutiler son âme, en arracher la foi, la piété, les sentiments religieux qui faisaient sa vie, comme on voit les barbares arracher le cœur de la poitrine de leurs victimes. Si ces inventeurs d'une Jeanne Française, mais nullement Chrétienne, sont de bonne foi, tôt ou tard ils arriveront à reconnaître que ce lis de pureté n'a pu grandir, se développer, se conserver sans tache que sous l'action de la foi, de la grâce et des pratiques chrétiennes. Il faut aux âmes, comme aux fleurs, pour donner leur parfum et leur éclat, une atmosphère lumineuse et chaude; cette atmosphère, les âmes de jeunes filles ne la trouvent que sous le ciel radieux et clément du catholicisme.

                                                                         *
                                                                    *        *

                              Poésie et réalité, naturel et surnaturel.

  En Jeanne d'Arc, la Chrétienne et la Française se pénètrent si bien l'une l'autre qu'il n'est pas possible de les séparer, et qu'à cette compénétration tient l'unité du caractère et de la vie. Il en est de même de ces autres éléments dont l'historien remarque à chaque instant la présence dans les faits et gestes de la Pucelle, poésie et réalité, naturel et surnaturel; eux aussi concourent à former cette physionomie unique de Jeanne, si harmonieuse en sa complexité, mais si déconcertante pour les esprits à préventions étroites et à formules irréductibles.
  Coexistence et fusion, disons-nous, dans la Vierge de Domremy, de l'idéal et du réel, du naturel et du surnaturel. Elle est « pétrie de poésie comme le lis de rosée »; sans cesse emportée vers des sphères supérieures : c'est l'idéal. Elle n'est pas moins éprise de pureté, pas moins brûlante de foi chrétienne et patriotique : c'est le réel. Ne voyez-vous pas comme une évocation du Moyen âge, de ses croyances, de ses aspirations dans cette jeune fille de quinze ans ? Les anges, les saintes du paradis la visitent; ils lui font cortège, ils s'entretiennent avec elle, ils décorent son existence, comme leurs images décorent les vitraux des cathédrales et les peintures à fond d'or des absides byzantines. Mais regardez-y de près : cela, ce n'est pas seulement de la poésie, c'est de la réalité ; la jeune fille ne rêve pas de ces communications supérieures, elle en vit. Durant sept années, il ne s'écoule pas une semaine, il ne se passe pas un jour peut-être sans qu'elle reçoive les célestes visiteurs. Ce n'est pas dans le vague du sommeil ou de la contemplation qu'elle leur adresse ses invocations et ses appels suppliants, qu'elle atteste le confort qu'elle en reçoit ; c'est au cours d'un procès dans lequel ses juges se proposent son déshonneur et sa mort et sous la foi du serment.
  Et afin qu'il demeure établi qu'entre Jeanne d'Arc et ses visiteurs invisibles il y a autre chose qu'un commerce de pure imagination, à Rouen comme à Poitiers, devant le tribunal qui la condamne comme devant la Commission qui l'examine, la Vierge de Domremy s'élève soudain au ton de la prophétesse et, le regard fixé sur le domaine réservé de Dieu, l'impénétrable avenir, elle annonce — tranchons le mot — elle prédit avec une conviction suprême des événements réputés alors impossibles et absurdes, mais dont, trente ans après, Angolais et Français, croyants et sceptiques, étaient forcés de reconnaître le plein accomplissement.
  Cela, ce n'est pas le nuage vaporeux du rêve, l'horizon fuyant que poursuit l'imagination exaltée, c'est le sol résistant de l'histoire, le roc vif des faits, le granit indestructible de la réalité.

                                                                         *
                                                                    *        *

                      Le merveilleux dans l'Histoire de Jeanne d'Arc.

  Ici, nous en convenons, l'historien se trouve en présence d'un ordre de choses exceptionnel qui ne se rencontre que rarement chez les per-sonnages à qui il a affaire. A-t-il le droit de s'en désintéresser et de passer outre ? Non, à moins qu'il ne renonce à poursuivre le récit qu'il a commencé.
  Cet ordre de choses est si étroitement lié aux faits quotidiens de la vie de la Pucelle, il exerce une influence si déterminante sur les résolutions, les démarches et les gestes de sa vie publique, qu'il faut lui accorder la même attention qu'à ces derniers, les noter, les décrire avec la même exactitude, ou, encore une fois, renoncer à s'occuper de Jeanne. Le problème que soulève cette présence constante de l'extraordinaire dans la vie de la jeune Vierge, à partir de sa treizième année, n'est pas insoluble pour le penseur; ce n'est pas la première fois qu'il se dresse devant lui. Un mot lui permet de le résoudre : l'intervention spéciale, la volonté libre et supérieure de la Providence. A ce point de vue, la vie de la Pucelle est, selon l'expression d'Estienne Pasquier « un vrai miracle, un vrai mystère de Dieu. » Sans doute, la manière dont l'Esprit divin agit sur Jeanne d'Arc a de quoi étonner. Mais la variété dans l'unité, l'harmonie dans la diversité ne sont-elles pas le caractère des œuvres divines ? Le lecteur qui a parcouru l'histoire de saint Bernard, celles de saint Vincent Ferrier, de saint Bernardin, de sainte Brigitte, de sainte Catherine de Sienne, de sainte Colette de Corbie et bien d'autres, reconnaîtra dans les phénomènes extraordinaires de la vie de la Pucelle, dans ses visions, ses apparitions, ses rapports avec son céleste conseil, l'application d'une des grandes lois providentielles dont chacun peut saisir à tous les moments de l'histoire la souveraine et lumineuse manifestation.

  On objectera peut-être qu'il existe une école historique qui n'admet ni l'existence, ni la possibilité du surnaturel.
  Il y avait aussi dans l'antiquité des gens très habiles qui niaient le mouvement. Ces gens-là, malgré leurs beaux arguments, n'ont pu empêcher le mouvement de se produire et de se propager. Aujourd'hui la science confesse que tout se meut dans la nature, depuis l'atome jusqu'aux soleils. De même, les critiques à courte vue, dont le principal argument consiste à nier pour nier, n'empêcheront pas le surnaturel de se produire et de nous envelopper. Dans la vie de Jeanne en particulier, ils seront obligés de convenir que les miracles éclatent, « comme les étoiles scintillent au ciel calme de la nuit (7). » Le mot miracle les effarouchera, peut-être; ils préféreront le terme merveilleux.
  Qu'ils en usent tant qu'ils voudront : le mot ne fait rien à la chose; de l'aveu de tous, cette chose, en ce qui concerne la Pucelle, dépasse absolument les limites dans lesquelles restent enfermés les phénomènes de notre vie de chaque jour.
  Ce n'est pas le surnaturel qui est nouveau dans l'humanité, ce sont ses négateurs. Si l'on veut se rendre compte de la valeur numérique, intellectuelle et morale des partisans et des adversaires de cette grande cause, qu'on regarde du côté du christianisme d'abord, de ses croyants, de ses docteurs, de ses hommes de génie, de ses saints; qu'on oppose ensuite à ces légions innombrables les rangs clairsemés des hommes dont toute la philosophie consiste à expliquer le supérieur par l'inférieur; de ces esprits dont le Credo étroit ne trouve jamais le monde assez grossier, assez misérable, et Dieu assez enchaîné, assez impuissant, assez petit. Car, après tout, ceux-là croient au surnaturel qui croient à l'infinie puissance, à l'infinie sagesse, à l'infinie bonté, à l'infinie liberté de Dieu ; et ceux-là le nient qui admettent pour loi suprême des choses, aveugle ou non aveugle, la brutale et inexorable fatalité (8).

                                                                         *
                                                                    *        *

                                           Jeanne d'Arc et sa Mission.

   Arrivée à Chinon, la Pucelle déclara aux conseillers royaux qui vinrent de la part du Dauphin lui demander le motif de sa démarche, qu'elle était envoyée de par Dieu. Cette mission dont elle se disait chargée, elle l'affirma derechef au Roi, dans l'audience qui lui fut donnée ; à Poitiers, devant les prélats et théologiens de la Commission d'examen; en plusieurs autres circonstances, et plus tard à Rouen devant ses juges. Que sied-il de penser : 1 ° de cette mission; 2° de son objet et de son étendue ?

  1° Avec une logique dont on ne saurait contester la force et la loyauté, Jeanne d'Arc ne demanda pas qu'on la crut sur parole; elle s'en-gagea à donner un signe public et prochain établissant pour tout esprit non prévenu qu'elle était vraiment envoyée de Dieu. Ce signe, c'était la levée du siège d'Orléans et le sacre de Charles VII à Reims. Au moment où la jeune Vierge annonçait ces événements, ils étaient — qu'on ne l'oublie pas — réputés impossibles ; leur prédiction ne pouvait être qu'un acte de démence, qu'une imposture audacieuse ou que l'effet d'une révélation divine. On sait ce qui arriva. Orléans délivré et Charles VII sacré, le peuple, qui n'est point sophiste, n'hésita pas à reconnaître et à proclamer que Jeanne était vraiment envoyée de Dieu ; cette conviction profonde, nous la retrouvons chez les princes, capitaines, magistrats, docteurs et bourgeois qui, en 1456, déposèrent à l'Enquête de Paris, Orléans, Rouen et Lyon.
  Doit-on accuser ces Français de crédulité ? faut-il au contraire convenir que leur sentiment repose sur des raisons qui ne sont pas à dédaigner ? L'histoire de Jeanne d'Arc fournira au lecteur impartial les moyens de former son opinion et, s'il y a lieu, de se prononcer.
  Un membre de l'Académie française, M. F. Coppée, énonçait naguère sur ce point sa pensée en ces termes :
  « Quand on considère l'état lamentable du royaume au moment de l'apparition de Jeanne d'Arc, et quand on constate que peu d'années après les Anglais n'avaient plus en France que la seule place de Calais, on demeure accablé d'admiration, et l'on refuse aux plus pessimistes le droit de désespérer d'un pays où a pu s'accomplir un tel miracle. »
  Ce n'est pas l'honorable Académicien qui estimerait exagéré le mot d'Estienne Pasquier sur la vie de la Pucelle : « Vrai miracle, vrai mystère de Dieu ! » car il ajoute :
  « J'ai dit le mot miracle et je le maintiens. Je viens de relire dans Michelet — qui n'est point suspect de mysticisme, — le récit de cette prodigieuse aventure ; et plus j'y réfléchis, plus j'y découvre une intervention surnaturelle.
  « Incrédules qui souriez au seul mot de miracle, conclut M. F. Coppée, faites attention à ceci : toute la vie de Jeanne d'Arc en est un (9). »

  2° Reste à dire en quoi consistait l'objet de la mission de Jeanne et quelle en était l'étendue ? Dans le courant de la présente Histoire, nous avons eu maintes fois l'occasion de faire observer que la réponse à cette question ne souffrait pas de difficulté, si l'on s'en rapportait au langage et aux déclarations précises de la Pucelle.
  L'objet général de sa mission — d'après la jeune Lorraine — c'est de venir en aide au Roi et au royaume. Le but final, c'est l'expulsion totale des Anglais du pays de France. La part qui incombe personnellement à Jeanne d'Arc, c'est avant tout d'élever les Français à ce degré de confiance, à cet état d'âme qui aura pour effet infaillible la délivrance à brève échéance du sol de la patrie. Une tragédie va se jouer dont les actes successifs seront la levée du siège d'Orléans, le sacre de Reims, la rentrée de Paris en l'obéissance du Roi, la délivrance du duc d'Orléans et enfin la conquête de la Normandie et de la Guyenne (prise de Rouen et bataille de Castillon), c'est-à-dire l'expulsion définitive et totale des étrangers. Ces actes, Jeanne d'Arc les annonce de façon précise, absolue : elle annonce avec la même conviction et la même certitude qu'elle sera témoin et actrice dans les deux premiers; elle n'assistera point aux derniers, car « elle ne durera guère, un an tout au plus ». N'importe ! La mission qu'elle a été chargée d'annoncer et d'inaugurer n'en marchera pas moins vers son accomplissement.
  Mais, objectera-t-on, que faites-vous des épreuves de Jeanne elle-même, de ses échecs, de sa captivité ? Quand la capitale ouvrira ses portes aux capitaines de Charles VII, Jeanne ne sera plus là; quand le dernier Anglais quittera le sol de la patrie, depuis longtemps la martyre dormira son dernier sommeil.
  Les épreuves de Jeanne d'Arc, sa captivité, sa mort cruelle, pas plus que ses hauts faits, ne sont en dehors de sa mission : ces épreuves rentrent dans la partie qui la concerne personnellement et dont le résultat sera l'achèvement de son perfectionnement moral et de sa sanctification. Dieu voulait aussi fermement la sainteté de sa petite servante que la délivrance de la cité orléanaise et que le sacre de Reims.
  Lorsque Paris redevient Français, lorsque le duc Charles d'Orléans rentre dans sa bonne ville, lorsque Talbot tombe mortellement frappé sur le champ de bataille de Castillon, Jeanne d'Arc, dites-vous, n'est plus là. Et je dis, moi, que Jeanne d'Arc est toujours là; son souvenir, celui de ses exploits, l'émulation généreuse qui en était l'effet remplissent ces vingt années du règne de Charles VII; son patriotisme ne cesse d'inspirer les hommes d'armes et les capitaines; de son cœur a jailli la flamme qui brûle au cœur des Français. En Normandie et en Guyenne comme sur les bords de la Loire et à Patay, c'est Jeanne encore plus que Dunois et ses lieutenants qui a « donné la chasse aux Anglais. » Alors seulement la mission qu'elle avait reçue de par Dieu est remplie, et pour elle va sonner l'heure de la réhabilitation et de la glorification.

                                                         

    DES SOURCES SPECIALES DE L'HISTOIRE DE JEANNE D'ARC.
                                                 PLAN DE CET OUVRAGE.


   A un point de vue général, on désigne sous le nom de Sources de l'Histoire de Jeanne d'Arc les histoires, chroniques, mémoires, lettres, pièces de comptabilité, registres des municipalités et tous écrits où sont racontés, mentionnés des événements, des particularités concernant ou intéressant la Pucelle.
  A un point de vue plus précis, les Sources spéciales de l'Histoire de Jeanne d'Arc sont les deux Procès de condamnation et de réhabilitation, et plus particulièrement :

  1° Les divers interrogatoires du Procès de condamnation, interrogatoires publics, interrogatoires secrets, interrogatoires de circonstance, ainsi que les pièces du même Procès qui ne sont pas de simples pièces de procédure;

  2° Les pièces analogues du Procès de réhabilitation et surtout les témoignages recueillis au pays de Jeanne, à Paris, Orléans, Rouen et Lyon dans les enquêtes publiques auxquelles les délégués du Saint-Siège jugèrent bon de faire procéder.
  Quelques éclaircissements sur ces sources de l'Histoire de Jeanne d'Arc auront leur utilité.

                                                                         *
                                                                    *        *

            Des interrogatoires du Procès de condamnation, et des
                                enquêtes du Procès de réhabilitation.

  On doit avoir soin de démêler, dans les Procès de Jeanne, deux parties bien distinctes : l'une qui a trait à la procédure proprement dite, l'autre qui nous met en présence de Jeanne d'abord (Interrogatoires du Procès de condamnation); puis en présence des témoins de son enfance, de sa jeunesse, de sa vie privée et publique jusqu'à son supplice inclusivement. (Enquêtes du Procès de réhabilitation.)
  Les actes officiels qui forment le tissu de la procédure fournissent des renseignements que l'on ne doit pas sans doute négliger; mais ces renseignements n'offrent le plus souvent qu'un intérêt secondaire.
  Il en est tout autrement des séances publiques ou secrètes du Procès de Rouen qui nous permettent d'entendre la Pucelle, et des enquêtes du Procès de réhabilitation dans lesquelles déposent cent vingt-cinq témoins d'origine, d'âge et de condition différente. Ici l'intérêt s'élève au plus haut degré.
  C'est le Procès de condamnation qui nous fait entendre Jeanne elle-même. En le parcourant, le lecteur assiste à quinze interrogatoires proprement dits, sans compter les séances diverses dans lesquelles le tribunal fournit à l'accusée l'occasion de s'expliquer ou lui en impose l'obligation. Les questions posées à la Pucelle en ces diverses circonstances l'amènent naturellement à donner sur ses jeunes années de Domremy et de Vaucouleurs, sur ses visions et ses Voix, sur son séjour à Chinon et Poitiers, ses exploits d'Orléans, de Patay et de Reims, jusqu'à la malheureuse sortie de Compiègne, les détails les plus précis et les plus vivants.
  Si, dans les sujets traités, l'ordre laisse à désirer, ce n'est pas de la faute de la captive, mais bien de la faute de ses interrogateurs. Car si Jeanne passe à chaque instant d'un sujet à un autre, ce sont les questions posées qui l'y obligent. En mêlant les sujets, les docteurs qui l'interrogent savent ce qu'ils veulent, à savoir déconcerter la pauvre enfant, la troubler, provoquer de sa part des réponses contradictoires et compromettantes, la prendre en flagrant délit de mensonge, apparent ou réel, et d'erreur. Ce que nous perdons, par suite de ce parti pris, sous le rapport de l'ordre des idées, ne nous fait rien perdre du côté de Jeanne sous le rapport de la vérité et de l'exactitude.
  Sans doute les rédacteurs du texte du Procès, ennemis jurés de la Pucelle, se sont bien gardés de reproduire toutes ses réponses et de nous la faire entendre jusqu'au bout; mais quoi qu'ils aient supprimé, il est resté quelque chose, et ce qui nous a été conservé suffit pour fournir à l'historien des documents d'une authenticité telle qu'aucune autre histoire ne saurait en présenter de plus authentiques et de plus exacts. Car à ces témoignages tombés de la bouche la plus franche, la plus véridique, la plus loyale qui fût jamais, s'ajoute le contrôle de cent vingt-cinq contemporains qui ont attesté sous la foi du serment la vérité de leurs dépositions.
  La preuve et le texte de ce contrôle se trouvent dans le Procès de réhabilitation et dans les Enquêtes dont il contient les procès-verbaux. Ces enquêtes se produisirent à trois reprises.
  La première eut lieu, en 1450, par l'ordre de Charles VII, après la conquête de la Normandie; on n'y entendit que sept témoins.
  La seconde fut commencée à Rouen pareillement, en 1452, par le cardinal d'Estouteville, qui entendit cinq témoins; elle fut poursuivie par son délégué, le chanoine Philippe de la Rose, qui en entendit seize.
La troisième fut ordonnée par les délégués pontificaux du Procès de réhabilitation, et se poursuivit en 1455-56 dans le pays de Jeanne, à Orléans, Paris, Rouen et Lyon.
  Dans le pays de Jeanne, à Toul et Vaucouleurs, en 1456, les commissaires qui représentaient les juges délégués par Calixte III entendirent trente-quatre compatriotes de la Pucelle.
  A Orléans, en cette même année, on enregistra quarante-deux dépositions;
  A Paris, on en reçut vingt;
  A Rouen, dix-neuf;
  A Lyon, enfin, une, celle du chevalier d'Aulon. Ce qui fait un total de cent quarante-quatre témoignages.
  Mais il est à noter que sur ce total un certain nombre de dépositions émanent des mêmes témoins.
  Ainsi, le prêtre rouennais, Guillaume Manchon, l'un des greffiers du Procès de condamnation, a été entendu quatre fois par les diverses Commissions ;
  Frère Isambart de la Pierre, dominicain, trois fois ;
  Frère Martin Ladvenu, dominicain, quatre fois ;
  Le prêtre rouennais Jean Massieu, exécuteur des commandements du tribunal, trois fois ;
  Maître Nicolas de Houppeville, deux fois ;
  Pierre Cusquel, bourgeois de Rouen, trois fois ;
  Pierre Migiet, prieur de Longueville-Giffard, trois fois ;
  Le prêtre Nicolas Taquel, autre greffier du Procès, deux fois ;
  Jean Lefèvre, évêque de Démétriade, deux fois;
  Nicolas Caval, chanoine de Rouen, deux fois (la deuxième fois, à la table des matières, dans J. Quicherat, il est par erreur appelé Jean);
  André Marguerie, chanoine de Rouen, deux fois. Ce qui donne un total de trente dépositions distinctes émanées de onze témoins seulement.
  Il y a donc à retrancher dix-neuf dépositions des cent quarante-quatre articulées plus haut pour avoir le nombre exact des témoins. Ce nombre demeure respectable, puisqu'il s'élève à cent vingt-cinq.
  Si l'on remarque que ces cent vingt-cinq témoins répondent à des questions précises sur les faits et gestes de la Pucelle, qu'ils ne disent que ce qu'ils ont vu ou entendu eux-mêmes, ou appris de personnes sûres; qu'ils sont tous des contemporains de Jeanne d'Arc, qu'ils l'ont connue parfois très intimement, comme les habitants de Domremy, Greux, Vaucouleurs, comme le comte de Dunois, le duc d'Alençon, son intendant Jean d'Aulon, ses hôtesses d'Orléans et de Bourges, les deux gentilshommes qui l'accompagnèrent de Vaucouleurs à Chinon, son aumônier, son page, etc.; que dans ce nombre de témoins figurent des hommes d'armes et des bourgeois, des religieux et des dames, des docteurs ès lois et des médecins, des présidents de cour et des avocats, des princes du sang, des ducs, des seigneurs, des chevaliers, jusqu'à des membres du tribunal qui avaient condamné Jeanne au bûcher, on conviendra que rarement, ou plutôt que jamais historien n'a été à même d'être aussi exactement renseigné et aussi bien documenté.
   Etant donné, d'une part, les interrogatoires du Procès de Rouen, de l'autre, les cent quarante-quatre dépositions du procès de réhabilitation, il demeure établi que jamais vie de personnage célèbre n'a pu se réclamer de sources historiques aussi pures, aussi authentiques, aussi abondantes que la vie de la Pucelle d'Orléans; et quoique la proposition semble paradoxale, il est absolument vrai qu'au seuil de la plus étonnante, de la plus merveilleuse des histoires, la figure de Jeanne d'Arc se montre à la postérité complètement dégagée de tout nuage et de toute ombre de légende, dans la pleine lumière des faits et de la certitude.

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                                                                    *        *

              De l'historien qui le premier a compris l'importance
                                    de ces sources et en a fait usage.


  L'historien qui le premier s'est rendu compte de l'importance des deux Procès comme source de l'histoire de la Pucelle et qui en a tiré le meilleur des partis, c'est, — disons-le à l'honneur de la France et de son clergé, — le docteur Edmond Richer, syndic de la Faculté de théologie de Paris, esprit dont on peut combattre et réprouver maintes tendances, maintes idées philosophiques et doctrinales, mais dont on ne contestera pas le savoir, et, quand on aura lu son Histoire manuscrite de Jeanne d'Arc, le sens critique et le talent d'historien (10).
  C'est E. Richer qui a écrit la première Histoire française complète de Jeanne, et il l'a écrite d'après le texte des deux Procès.
  Non seulement il a puisé dans les Interrogatoires et dans les Enquêtes les éléments du récit qui forme le premier livre de son ouvrage, mais dans le second livre, qui est consacré à l'exposition et à la discussion du Procès de Rouen, il a donné, traduits en français, tous les interrogatoires et toutes les pièces importantes de ce Procès (11), et il a fait de même, dans son troisième livre, pour les pièces principales du Procès de réhabilitation.
  Son Histoire de la Pucelle est donc une Histoire complète, puisqu'elle expose tout au long-les faits de la jeunesse, de la vie publique de Jeanne et la suite des deux Procès, — une histoire puisée aux meilleures sources, puisqu'il l'a tirée du texte des deux procès; — par cela même, elle est la première Histoire française digne de l'héroïne et de son pays.
  Avant Richer, il n'y a que des fragrnents de la vie de Jeanne, disséminés en divers ouvrages. Jean Hordal, qui publia en 1612 le livre qui a pour titre : Histoire de la très noble héroïne Lorraine Jeanne d'Arc, communément appelée la Pucelle d'Orléans, avertit le lecteur, dans le titre même, qu'il a tiré cette histoire, non des deux Procès, mais « de divers auteurs graves et dignes de foi. ...Historia ex variis gravissimœ atque incorruptissimæ fidei scrip-toribus excerpta (12). » Les deux Procès, il n'y fait même pas allusion lorsque, page 7, il expose les motifs qui l'ont décidé à composer son opuscule : il ne paraît en aucune manière se douter de l'importance des renseignements qu'ils contiennent, eu égard à l'histoire de cette Pucelle à la famille de laquelle il se faisait honneur d'appartenir. Ce qu'il se propose, dit-il, c'est de « recueillir les parties de son histoire éparses chez divers auteurs, afin qu'on puisse en admirer l'unité et la beauté. » Et il faut que ces auteurs — ceux du moins qu'il connaissait — ne fussent ni bien importants ni bien nombreux, puisqu'il ne consacre qu'une douzaine de pages au narré des faits proprement dits (de la page 8 à la page 20). Les lettres d'anoblissement octroyées à la famille d'Arc par Charles VII, les éloges que divers auteurs français et étrangers font de la Pucelle et de ses vertus, des considérations sur la loi salique remplissent le reste du volume de la page 21 à la page 251. Le seul texte emprunté à l'original des Procès qu'on y rencontre est celui de la sentence de réhabilitation (de la page 194 à la page 205).
  Douze ans après la publication de l'opuscule de Jean Hordal, Edmond Richer entreprenait de traiter le même sujet en historien, et il y consacrait les dernières années de sa vie. En 1630, son manuscrit était achevé et obtenait l'approbation des docteurs de Sorbonne.
  Malheureusement, cette même année, l'auteur mourait sans avoir pu se servir de cette approbation et faire imprimer son histoire. Le manuscrit qu'il laissait en excellent état parvint à M. de Fontanieu qui le déposa à la Bibliothèque de Paris où heureusement il se trouve encore (13).
  Dans le cours du dix-huitième siècle, un érudit, l'abbé d'Artigny, songeait à publier l'œuvre de Richer. L'abbé Langlet Du Fresnoy ayant fait paraître en 1753 son Histoire de Jeanne d'Arc, l'abbé d'Artigny renonça à son projet. Aux yeux du public, l'abbé Du Fresnoy, qui, d'après Le Brun de Charmettes, n'a fait que piller outrageusement E. Richer (14), passe pour l'auteur de la première Histoire française sérieuse de la Pucelle, quoiqu'elle ne soit ni complète, ni bien sérieuse. Comme contre-partie à cette réputation surfaite, l'auteur de la première histoire française, de la première histoire sérieuse de Jeanne, histoire qui pour la discussion et le narré du Procès de condamnation n'a pas encore été égalée, Edmond Richer, après deux cent soixante-quinze ans, attend encore un éditeur.
  En parcourant les pages du manuscrit 10448, fonds français de la Bibliothèque nationale, nous n'avons pu nous empêcher de nous demander souvent pourquoi Jules Quicherat, qui ne pouvait méconnaître l'importance de l'œuvre de Richer, avait eu l'air de l'ignorer, car il ne consacre à l'auteur, en sa Notice littéraire sur les manuscrits des deux Procès, que quelques lignes insignifiantes (15), et pourquoi il n'avait pas attaché son nom à la publication de cette histoire. Cette publication eût certainement été aussi honorable pour lui que la publication de l' Histoire de Charles VII, par Thomas Basin, évêque de Lisieux, et il aurait goûté la joie, — inestimable pour toute âme généreuse, — d'avoir enfin obtenu de la France éclairée qu'elle rendît justice au premier historien de sa libératrice, à un homme de talent et de savoir resté trop longtemps méconnu.

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           De l'édition des deux Procès publiés par Jules Quicherat
                        au nom de la Société de l'Histoire de France.


  Après avoir rendu justice, dans la mesure de nos modestes moyens, à l'auteur de la première Histoire complète, de la première Histoire française digne de Jeanne d'Arc, à l'écrivain qui le premier a compris l'importance du texte des deux Procès et a su en tirer parti, nous rappellerons le nom de la Société littéraire et du savant grâce auxquels ce texte n'est plus la possession exclusive, en quelque façon, d'un petit nombre d'érudits, mais se trouve à la disposition du public intelligent et instruit, car la langue de ce texte est le latin, non le français (16).
  La Société qui a compris l'intérêt supérieur qu'il y avait à vulgariser les vraies sources de l'histoire de Jeanne d'Arc, et qui a pris des moyens en conséquence, est la Société de l'Histoire de France.
  Le savant à qui le Comité de direction confia le soin de préparer une édition correcte du texte des deux Procès, d'après les meilleurs manuscrits, est Jules Quicherat, alors professeur à l'Ecole des Chartes.
Quicherat accepta la proposition qui lui était faite et se mit aussitôt à l'œuvre. En 1841 paraissait le Procès de condamnation proprement dit, formant le premier des cinq volumes de la publication projetée.
  En 1844, 1845, paraissaient les deux volumes contenant les pièces principales du Procès de réhabilitation; deuxième et troisième volumes de la publication entière.
  Enfin, en 1847, 1849, les deux derniers volumes virent le jour. Ils contenaient les témoignages d'un certain nombre de chroniqueurs du temps de Jeanne et toutes les pièces relatives à son histoire que le savant paléographe avait pu réunir. Une notice littéraire sur les deux Procès et leurs manuscrits, et une table analytique des matières contenues dans les cinq volumes complétaient cette importante publication (17).
  M. Charles Lenormand, au nom de la Société de l'Histoire de France, donna une approbation formelle à ces travaux de J. Quicherat. A la date du 1er août 1841 et du 30 décembre 1849, en particulier, il les déclarait « dignes d'être publiés par la Société. » Ils forment un ouvrage en cinq volumes dont voici le titre :

PROCÈS DE CONDAMNATION ET DE RÉHABILITATION DE JEANNE D'ARC, DITE LA PUCELLE, publiés pour la première fois d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale, suivis de tous les documents historiques qu'on a pu réunir, et accompagnés de notes et d'éclaircissements, par Jules Quicherat. Paris, librairie Renouard et Cie.
  A la consécration du Commissaire responsable et à celle de la Société de l'Histoire de France s'est jointe celle du public. L'on peut dire que l'ouvrage de J. Quicherait fait autorité à l'égal des manuscrits qui y sont reproduits, et c'est justice; nous en trouvons la preuve dans le fait que voici :
  Un des écrivains qui en notre temps se sont le plus occupés de l'Histoire de la Pucelle, le R. P. Ayroles, de la Compagnie de Jésus, a confronté le texte des deux Procès publié par J. Quicherat avec les manuscrits originaux. Dans le Procès de condamnation, des différences qu'il a relevées, « il n'en est guère, remarque le Révérend Père, que deux ou trois intéressant le sens. » (LA VRAIE JEANNE D'ARC, La Paysanne et l'Inspirée. Pièces justificatives, pp. 501-504)
  Dans le Procès de réhabilitation, le P. Ay-roles signale une quinzaine d'inexactitudes, omissions, différences, en ce qui a trait aux dépositions entendues au pays de Jeanne. (LA VRAIE JEANNE D'ARC. La Paysanne et l'Inspirée, pp. 504-506.) Nous-même, au tome II du Procès de réhabilitation, page 235, nous avons relevé un lapsus consistant à faire d'un titre du Corpus juris canonici le texte même de l'article xlviii. Pour un travail aussi délicat et d'aussi longue haleine, il faut convenir que ces négligences sont de celles qui échappent aux écrivains les plus capables et les plus consciencieux.

                                                                         *
                                                                    *        *

                                      Plan, division de cette Histoire.

  Des réflexions qui précèdent, le lecteur inférera que nous avons demandé aux deux Procès de condamnation et de réhabilitation de la Pucelle les éléments essentiels de notre récit, et il ne se trompera pas. Toutefois, à côté de ces sources, il y en a d'autres, moins importantes à la vérité, mais que nous n'avons eu garde de négliger à cause des renseignements qu'elles fournissent, soit sur l'héroïne elle-même, soit sur les personnages avec qui elle s'est trouvée en rapports et sur les événements auxquels elle a été mêlée. Ces sources secondaires sont les Chroniques du quinzième siècle et les pièces diverses, correspondance, registres de comptabilité où il est question directement ou indirectement de la Pucelle. Des notices sur les principales Chroniques seront l'objet d'un Appendice spécial à la fin de ce premier volume. Quant aux autres pièces, nous dirons ce qu'il en est, à mesure que l'occasion nous en sera donnée.
  Ces dernières années du dix-neuvième siècle ont vu paraître sur Jeanne d'Arc plusieurs ouvrages utiles à consulter : monographies, recueil de documents, recherches spéciales, pièces inédites, études critiques. Le R. P. Ayroles, avec les cinq volumes de la Vraie Jeanne d'Arc, dont quatre ont déjà paru; MM. E. de Bouteiller et G. de Braux, avec leurs Recherches sur la famille de la Pucelle; les RR. PP. M.-J. Belon et Fr. Balme, par leur ouvrage sur Jean Bréhal ; M. P. Lanéry d'Arc par la publication des Mémoires présentés aux juges de la réhabilitation, n'auront pas peu contribué à dissiper les nuages amassés autour de la figure de Jeanne. Nous avons de notre mieux mis à profit ces travaux divers, ainsi que ceux de plusieurs autres érudits dont on trouvera l'indication à la Bibliographie de Jeanne d'Arc, ou dans le cours du présent ouvrage, car nous nous ferons un devoir de mentionner avec la plus scrupuleuse exactitude les auteurs et les écrits dont nous nous sommes servi. Pour éviter l'a peu près dans nos références, nous avons vérifié par nous-même à la Bibliothèque nationale les citations des auteurs et manuscrits que nous n'avions pu nous procurer en province.
C'est également le désir d'éviter les erreurs et fantaisies descriptives de l'Allemand Guido Gœrres, et même de quelques écrivains français, sur le pays de Jeanne d'Arc et autres lieux, qui nous a conduit par deux fois dans la vallée de la Meuse et à Orléans, Reims, Bourges, Compiègne, Rouen, principaux théâtres des exploits de notre héroïne.
  Quand nous aborderons l'exposé du Procès de Rouen, nous aurons assez souvent à mentionner les recherches et remarques d'Edmond Richer sur ce sujet. Pour ne pas prêter à cet écrivain des idées qui ne seraient pas les siennes, nous avons eu à cœur de posséder la copie textuelle et complète des mille vingt-huit pages in-folio de son Histoire manuscrite, et nous y avons réussi.
  La présente Histoire comprendra trois parties :
  Dans la première, nous raconterons la jeunesse de Jeanne d'Arc; cette phase, qui va de Domremy à Orléans, prépare la jeune Lorraine à la mission- dont nous avons parlé plus haut.
  La mission de Jeanne d'Arc, d'Orléans à l'expulsion totale des Anglais, sera le sujet de la deuxième partie. On y remarque une phase de succès, d'Orléans à Reims; une première phase d'épreuves, de Reims à Compiègne; la captivité de Beaurevoir et de Rouen, le procès et le martyre; enfin, la conquête de la Normandie et de la Guyenne.
  La troisième partie traitera du Procès de réhabilitation, annonce et prélude de la glorification (1456-1894).
  L'histoire de la Pucelle soulève de nombreuses questions historiques, géographiques, philosophiques, doctrinales, critiques. Nous avons abordé ces diverses questions en des Notes spéciales, soit dans le cours du récit, au bas des pages, soit à la fin de chaque volume, aux Notes et Pièces justificatives. Nous avons abordé, posé ces diverses questions, disons-nous, mais nous ne nous flattons pas de les avoir résolues; dans tous les cas, nous avons dit notre pensée, doutant, si nous estimions devoir douter, affirmant, lorsque nous étions persuadé qu'il y avait lieu d'affirmer.
  Il est quelques-unes de ces questions qu'on ne peut traiter sans d'assez longs développements; nous en avons fait alors le sujet d'Appendices spéciaux : telles sont les questions de la famille de Jeanne et de sa nationalité.
  Pour aider le lecteur à se rendre compte plus aisément des faits exposés en ce récit, nous avons joint aux Notes et Pièces justificatives quelques plans et quelques cartes. Avec le plan de Domremy et la carte de la vallée de la Meuse, avec les plans d'Orléans et de Compiègne au quinzième siècle sous les yeux, on prendra, ce nous semble, un plus vif intérêt au récit des événements dont ces lieux ont été le théâtre.
  Il y a des historiens de la Pucelle qui, arrivés à la partie et aux faits surhumains de sa vie, jugent bon de n'en dire rien ou presque rien. Déférant au conseil d'un critique fameux (18), ils torturent les documents, sollicitent les textes, espérant, à grand renfort de restrictions, d'atténuations, de négations, de suppressions, obtenir une Jeanne purement naturelle.
  Il nous semble que la tâche de l'historien consiste, non à obtenir coûte que coûte une Jeanne naturelle ou surnaturelle, mais à exposer les faits tels que les documents authentiques les livrent, sans les rapetisser, les augmenter, encore moins les altérer et les dénaturer. Procéder autrement serait faire, ce nous semble, sciemment ou inconsciemment, œuvre de parti-pris, sinon de loyauté suspecte et de mauvaise foi.
  A l'historien qui, sa tâche loyalement remplie, ne pourrait s'accommoder des résultats obtenus, il resterait une ressource : soumettre ces résultats non à la science historique, qui n'a rien à faire en cette matière-là, mais à la science philosophique et rationnelle. Lorsque notre devoir de narrateur sera rempli, peut-être nous-même quitterons-nous le terrain de l'histoire proprement dite pour celui de la logique et de la raison, et rechercherons-nous, à titre de philosophe et de théologien, ce qu'il sied de penser du merveilleux qui remplit la vie de la Pucelle.
  En finissant, qu'il nous soit permis d'adresser un hommage de respectueuse gratitude aux admirateurs de Jeanne qui, de loin ou de près, ont bien voulu nous soutenir de leurs encoura-gements, nous aider de leurs conseils, de leurs lumières, parfois même de leurs démarches, de leurs indications et de leurs recherches dans l'œuvre que nous avions entreprise. La bienveillance dont M. le Bibliothécaire de la ville de Toulouse est coutumier l'empêchera peut-être de se reconnaître dans les lignes qui précèdent; mais aucun des nombreux travailleurs, qui chaque jour ont recours à lui, n'estimera exagéré le témoignage que nous estimons devoir rendre publiquement de son inépuisable obligeance et de sa parfaite courtoisie (19).

                                                                                            Toulouse, 8 mai 1898.




                                                


Source : "Histoire complète de Jeanne d'Arc" en 3 volumes - Ph.-H. Dunand - 1898

Notes :
1 Nous ne parlons, avons-nous dit, que des Histoires de Jeanne d'Arc publiées depuis environ cinquante ans. En 1817, Le Brun de Charmettes, sous-préfet de Saint-Calais, publia, en 4 volumes in-8°, chez Arthur Bertrand, à Paris, la seule Histoire complète de la Pucelle qui ait été imprimée, (Voir à la fin du volume, aux Notes et Pièces justificatives).

2 Etienne Pasquier. Les Recherches de la France, p. 459. In-folio, Paris, 1643.

3 Anatole France

4 Revue critique d'histoire et de littérature, 21 février 1898. Paris, E. Leroux, rue Bonaparte, 28.

5 Joseph Fabre, Jeanne libératrice de la France, préface, III, V. In-8°, Paris, Delagrave, sans date.

6 Général Dragomirof, Les étapes de Jeanne d'Arc, Revue des Deux-Mondes, 1er mars 1898, p. 152.

7 Guido Goerres, Vie de Jeanne d'Arc, p. 8, trad. de l'allemand. In-8°, Paris, 1886.

8 Voir notre ouvrage, Christianisme et Liberté, Entretien XII sur le surnaturel, t. II, pp. 377-441. 2 vol. in-8°, Paris-Lyon, 1888.
  Un esprit large et bien renseigné sur les courants d'idées qui sillonnent le monde intellectuel, M. F. Brunetière, constatait, dans une conférence donnée à Besançon, que le préjugé naturaliste était en train de perdre du terrain.
  « Nous n'admettons plus aujourd'hui, dit-il, que l'incroyance soit une preuve de liberté et d'étendue d'esprit. La négation du surnaturel passait en ce temps-là pour la condition même de l'esprit scientifique. On se vantait d'avoir supprimé, ridiculisé le mystère. »
  L'on reconnaît aujourd'hui que le mystère, loin d'avoir disparu, surgit partout. « Le surnaturel reparaît à la circonférence de notre savoir », et l'on ne conteste plus que « la foi la plus sincère et la science la plus étendue, la plus moderne, puissent coexister dans le même cerveau.»

9 Extrait d'un article paru dans le Journal.
Le général Dragomirof dit lui aussi : « Jeanne est tellement hors de proportion avec tout ce que présente l'histoire, tellement surhumaine que, si l'on ne possédait pas les rôles du Procès de Rouen, il faudrait la compter au nombre des mythes. » (Article cité, p. 153.)

10 Voir à la fin du volume, aux Pièces justificatives, la notice sur cet écrivain.

11 On peut s'assurer, par la traduction du sixième interrogatoire public et des suivants (livre II, pp. 60 et seq., manuscrit cité), que Richer n'a pas reproduit le texte français du manuscrit de D'Urfé, texte qu'il ne connaissait pas, car il n'en parle pas.

12 Titre de l'ouvrage. Petit in-8°, édité à Pont-à-Mousson en M.DC.XII apud Melchiorem Bernardum, imprimeur du duc de Lorraine.

13 P. Lelong, de l'Oratoire, Bibliothèque historique de la France, t. III, pp. 188, 187; 4 volumes in-f°. Paris, 1768-75.

14 Histoire de Jeanne d'Arc, t I. Discours préliminaire, p. III. 4 vol. in-8°. Paris, 1817.

15 Voir Procès, t. V, pp. 389, 390

16 Il existe cependant des traductions françaises des deux Procès. Vallet de Viriville a publié (Paris, grand in-8°, F. Didot, 1867) la traduction du procès de condamnation. M. Joseph Fabre a donné (3 vol. in-12, Paris, Delagrave) celle des pièces principales, interrogatoires et enquêtes des deux Procès.

17 Signalons une erreur dans laquelle tombent beaucoup d'admirateurs de la Pucelle. Ils sont persuadés que Jules Quicherat et le R. P. Ayroles ont écrit chacun l'Histoire complète de la Pucelle, qu'ils sont redevables à cette Histoire de leur réputation.
Ni J. Quicherat ni le R. P. Ayroles n'ont écrit d'Histoire de Jeanne d'Arc d'aucune sorte. Ils se sont bornés à publier des documents et des études critiques se rapportant à la Pucelle.

18 Sainte-Beuve.

19 M. Maurice Massip, archiviste paléographe.




Histoire complète de
Jeanne d'Arc
Ph. Henri Dunand - 1898

Index

Tome I :

Préliminaires
Introduction


Aperçu préliminaire





maj : 7/08/2008
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