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06 décembre 2019  

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Jeanne d'Arc par Henri Wallon - 5° éd. 1879
Appendice 35 : La mission de Jeanne d'Arc

  J'ai donné les textes qui me paraissent déterminer avec précision le grand objet et le vrai sens de la mission de Jeanne d'Arc. Deux critiques fort distingués ont discuté mon opinion à cet égard : MM. du Fresne de Beaucourt (Correspondance littéraire, 25 avril 1860), et le P. Gazeau (Etudes religieuses, historiques et littéraires, septembre 1860), et ce dernier a repris la question en deux autres articles sur la mission de Jeanne d'Arc, mars-avril 1862, janvier-mars 1866.
  J'ai tenu compte de leurs observations sur des points de détail où ma pensée avait pu n'être pas bien comprise ; mais il m'est impossible de m'y rendre sur ce qui est le fond même de l'affaire, à savoir, l'objet final de la mission : l'expulsion des Anglais. Sur ce point-là, je n'en puis croire que la parole de Jeanne, et, de peur qu'il n'y ait eu parmi ses contemporains, comme parmi nous, différentes manières de les entendre, je les vais prendre là où je les trouve sans intermédiaire ni interprétation: dans les actes authentiques. C'est là que j'appelle la discussion.
  Que font les deux critiques de la déclaration de Jeanne dans sa lettre aux Anglais ? M. du Fresne de Beaucourt dit que, de son aveu, elle ne savait alors ni A ni B, et il pense peut-être de ce message ce qu'il dit expressément de la lettre aux habitants de Reims (1): qu'elle a été écrite sous la dictée des seigneurs qui poussaient aux aventures (des seigneurs qui avaient peur de la mener droit à Orléans !)
  A mon avis, nul document n'exprime mieux et plus sûrement la pensée de Jeanne; nul ne porte plus nettement et plus glorieusement son nom. Et quant à ne savoir ni A ni B, elle le confesse, sans aucun doute, mais elle ne croyait pas que cela fît rien à l'affaire : « Messire, disait-elle, a un livre ou nul clerc n'a jamais lu, si parfait qu'il soit en cléricature. » Elle ne savait ni A ni B ; mais, pour le moins, savait-elle bien elle-même ce pour quoi elle était envoyée de Dieu : et c'est là, ni plus ni moins, ce qu'elle déclare quand elle dit dans sa lettre : « Je suis cy venue de par Dieu pour vous bouter hors de toute France. » Tous les textes que M. du Fresne de Beaucourt a accumulés dans un nouvel article sur Jeanne d'Arc et sa mission (Revue des
questions historiques, 1er octobre 1867, p. 383 et suiv.
), ne peuvent prévaloir contre cette déclaration capitale qui est en parfait accord avec toute la conduite de Jeanne d'Arc, et avec les faits accomplis, sainement entendus, puisque le résultat incontestable de la mission de Jeanne d'Arc a été, comme nous le verrons, l'expulsion des Anglais.
  Le P. Gazeau, qui range dans le camp des juges de Rouen les « historiens contemporains » qui ne bornent pas la mission de Jeanne d'Arc à la délivrance d'Orléans et au sacre de Reims, se tire bien aisément d'affaire au sujet des déclarations authentiques de Jeanne d'Arc. Il ne cite point dans leur entier les mots de la lettre aux Anglais : « Je suis cy venue de par Dieu pour vous bouter hors de toute France ; » il se borne à dire qu'elle les menace de les bouter hors de toute France. (Etudes religieuses, mars avril 1862, p. 175.) Et quant à la réponse de Jeanne, le 2 mai, à ses juges qui la pressaient de quitter l'habit d'homme : « Quand j'aurai fait ce pourquoi je suis envoyée de par Dieu, je prendrai habit de femme, » il n'y voit qu'une « illusion suggérée par la nature et permise par une maternelle condescendance de ses voix. » (Études religieuses, etc., janvier-mars, 1866, p. 337; cf. mars avril 1862, p. 177.) Lorsqu'on rapporte ces déclarations de Jeanne sur « ce pourquoi elle est envoyée de Dieu » à une illusion, a-t-on bien le droit de ranger les autres du côté des juges de Rouen ?
  Hâtons-nous de dire que je n'y relègue pas le P. Gazeau davantage. Personne ne croit plus que lui à la sainteté de Jeanne d'Arc : mais personne n'a jamais imaginé de défendre sa mission en attribuant ce qu'elle en dit à de fausses suggestions de sa nature ; personne n'a cru défendre le caractère sacré de ses voix en parlant de leur condescendance maternelle pour une croyance déclarée une erreur; et l'on a plus d'une raison d'être choqué de cette phrase : « Cette fille si pieuse, douce, d'un bon sens exquis, devait pourtant, par suite de son illusion, faire à Rouen une chute non moins déplorable que celle de Beaurevoir » (art. de 1866, p. 329). J'aime mieux rappeler le P. Gazeau à ce qu'il dit en termes excellents du procès de condamnation de Jeanne d'Arc, et finir ce débat en répétant avec lui: « Nous consentons à n'avoir pas d'autres pièces pour nous prononcer sur la mission de Jeanne d'Arc. Si son témoignage tel qu'il y est exposé si clair en lui-même, tant de fois réitéré, entouré de garanties si nombreuses, si inviolables, rendu incontestable par les contradictions mêmes des juges, si ce témoignage ne donne pas le dernier mot de sa mission, nous osons le dire à ceux qui le récusent : il n'y a plus pour eux rien de certain, non-seulement sur la mission mais encore sur toute la vie extraordinaire de la Pucelle d'Orléans » (art. de 1862, p. 183). C'est à ce sage avis que je me conforme. Ces paroles trouveront je pense leur pleine justification dans ce que j'aurai à dire sur l'attaque de Paris et la prise de Jeanne à Compiègne : deux événements qui me donneront occasion de répondre aux arguments que l'on en a voulu tirer contre la divinité de sa mission. (Voy. p. 301, 338, et ci-après, n°45, p. 436.)

                                                


Source : Jeanne d'Arc - Henri Wallon - 5° éd. 1879.

Notes :
1 Le règne de Charles VII, d'après M. Henri Martin, p. 61, note 3.




Jeanne d'Arc
Henri Wallon - 5°éd. 1879

Index

Avertissement
Préface

Introduction :

- La guerre de cent ans
- Charles VII et Henri VI
- Le siège d'Orléans

Livre IDomrémy et V...
I - L'enfance de J. d'Arc
II- Le départ

Livre II : Orléans
I - L'épreuve
II - Entrée à Orléans
III - La délivrance d'Orléans

Livre.III : Reims
I - La campagne de la Loire
II - Le sacre
III - La Pucelle

Livre.IV : Paris
I - La mission de J. d'Arc
II - La campagne de Paris
III - L'attaque de Paris

Livre.V :
Compiègne
I - Le séjour sur la Loire
II - Le siège de Compiègne

Livre.VI : Rouen - Les juges
I - Le marché
II - Le tribunal
III - Les procès-verbaux

Livre.VII : L'instruction
I - Les interrog. publics
II - Les interrog. de la prison
III - Les témoins

Livre.VIII : Le jugement
I - L'accusation
II - Les douze articles
III - Les consultations...
IV - La réponse de...

Livre.IX : L'abjuration
I - Le cimetière de St-Ouen
II - La relapse

Livre.X : Le supplice
I - La visite à la prison
II - La pl. du Vieux-marché

Livre.XI : La réhabilitation
I - La mémoire de Jeanne...
II - Le second procès...

Livre.XII : L'histoire

I - Les contemporains...
II - L'inspiration de J.d'Arc




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