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20 juillet 2008  

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IV - Preuves de l'opposition faite aux desseins de la Pucelle - p. 30 à 37.

n sait par le chapitre qui précède, que la Pucelle n'a pas eu à résister seulement aux Anglais et aux Bourguignons. J'ai nommé ses principaux adversaires dans le parti français ; je vais dresser le tableau de leurs hostilités.

  Il ne serait pas juste de considérer comme des menées ennemies les longues hésitations qui précédèrent la mise à l'œuvre de Jeanne d'Arc. La prudence exigeait qu'on y regardât à deux fois avant d'employer un moyen si extraordinaire. L'opposition des capitaines à tous les mouvements militaires par lesquels Orléans fut délivré, peut passer encore pour l'effet d'une juste défiance. Mais lorsque la preuve est faite par cette suite brillante d'opérations qui dissipent en quatre jours le prestige de la puissance anglaise, on conteste encore; bien plus, on conteste après une seconde victoire, après une troisième; et il semble que chaque exploit consommé par la Pucelle ne fasse qu'augmenter le doute au sujet du suivant qu'elle annonce. C'est là qu'il devient impossible de ne pas reconnaître l'ouvrage de la mauvaise volonté.


  Orléans sauvé, elle voulait qu'on prît aussitôt le chemin de Reims. Les tacticiens, après lui avoir laissé dissoudre son armée, prouvent qu'il faut au
moins six semaines pour en réorganiser une autre (1).

  Avec le petit nombre de compagnies qui lui restaient, elle demande à employer ce long délai contre les garnisons anglaises des environs d'Orléans. Des lenteurs de toute sorte font qu'elle est forcée d'ajourner cette opération à un mois, juste le temps qu'il faut aux ennemis pour envoyer une
armée auxiliaire sur la Loire (2).

  Malgré l'armée auxiliaire, et à son grand dommage, la conquête de l'Orléanais est accomplie en huit jours. Jeanne, plus digne de confiance que jamais, arrive au rendez-vous assigné pour le voyage de Reims. Elle y trouve le roi qui ne veut plus partir. Il faut qu'elle l'y contraigne en ouvrant la marche de son autorité (3).

  On arrive devant Auxerre. Elle veut qu'on donne l'assaut, et que le duc de Bourgogne soit châtié par la prise de cette ville qui était de son domaine. La Trémouille fait conclure qu'on passera outre et que les habitants en seront quittes pour fournir des vivres (4).

  Devant Troyes on parle de battre en retraite, se prévalant de ce qu'on ne peut pas s'appuyer sur Auxerre ni sur aucune autre place jusqu'à la Loire. Regnauld de Chartres met la retraite en délibération à l'insu de Jeanne; mais par un scrupule de Robert Lemaçon, on la consulte au dernier moment. Elle rend cœur aux timides et confond les malveillants en jurant que la ville sera prise avant huit jours le peuple la rend le lendemain (5).

  A Reims, elle annonce la soumission prochaine de Paris, et presse pour qu'on s'y dirige au plus vite. On part, comme pour se rendre à ses instances (6). On va jusqu'à Soissons sans autre peine que de recevoir les clefs des villes; mais de Soissons, au lieu de continuer la route, on se détourne sur Château-Thierry pour gagner de là Provins, puis Bray-sur-Seine (7).

  L'armée, qui voit avec le plus grand mécontentement qu'on la reconduit vers les cantonnements de la Loire, attaque mollement le pont de Bray, et se fait repousser par une poignée d'hommes qui le défendent. Elle exige qu'on rétrograde sur Paris. Le gouvernement, contraint de céder, bâcle avec le duc de Bourgogne une trêve de quinze jours, au terme de laquelle celui-ci s'engage, dit-on, à livrer Paris. La Pucelle, indignée de cette lâche politique, s'en plaignit en ces termes dans une lettre aux habitants de Reims : « Je ne suis pas contente de cette trêve, je ne sais si je l'observerai; mais si je la tiens, ce sera seulement pour garder l'honneur du roi (8). »

  La trêve expirée, le roi se trouvait à Compiègne. Là, il apprend qu'il est joué et que Paris ne lui sera point rendu. Jeanne le presse de nouveau d'y marcher l'épée à la main; mais, au lieu de l'écouter, il envoie Regnauld de Chartres et Gaucourt à Arras pour négocier un nouvel accommodement (9) avec ce même duc de Bourgogne qui lui manquait si impudemment de parole.

  Après huit jours d'attente et de supplications inutiles, Jeanne part, sans le roi et entraîne une partie de l'armée à Saint-Denis. Bedford a abandonné la capitale, désespérant de la garder plus longtemps; il ne songe plus qu'a rassembler les forces de l'Angleterre pour se maintenir en Normandie. Dans la conviction de la Pucelle, la présence de Charles VII entraînerait la ville agitée et incertaine. Il refuse d'abord de venir, puis promet et ne vient pas ; puis se fait amener comme de force par le duc d'Alençon ; mais quinze jours se sont écoulés à ce manège et les Parisiens ont pris leurs mesures pour se défendre (10).

  A l'assaut de Paris, la Pucelle, abattue d'un trait, criait aux gens d'armes de persévérer quelques minutes de plus, que la ville allait se rendre. Gaucourt lui ferme la bouche en la faisant mettre sur un cheval et emmener au camp. Il commande ensuite la retraite (11).

  Pour grièvement blessée, elle était la première levée au camp le lendemain, et courant de côté et d'autre, elle appelait les capitaines à un nouvel assaut, l'arrivée simultanée d'un fort parti de Parisiens qui venaient faire leur soumission, le sire de Montmorency à leur tête, semblait garantir la victoire pour ce jour-là; mais un exprès vint de la part du roi arrêter les préparatifs et intimer à la Pucelle l'ordre de se rendre incontinent auprès de lui. Telle était sa résolution d'en finir avec les projets belliqueux de cette fille, qu'ayant appris qu'elle voulait profiter d'un pont établi près de Saint-Denis pour tenter une attaque par la rive gauche de la Seine, il fit rompre ce pont (12). Enfin il la contraignit à le suivre au delà de la Loire, malgré tout ce qu'elle put lui dire de ses apparitions qui l'assiégeaient pour lui enjoindre de rester à Saint-Denis (13).

  Ainsi fut consommé le premier revers de la Pucelle non par sa faute, ni par l'abandon de la fortune ou l'affaiblissement de son inspiration, mais par les manœuvres de ceux-là même au profit de qui elle avait accompli tant de miracles. L'art consista ensuite à l'empêcher de se relever de sa chute. On éloigna d'elle le duc d'Alençon, avec qui elle parlait d'envahir la Normandie (14); on la retint à la cour, persécutée de prévenances et d'honneurs; puis comme sa persistance à prêcher la guerre ne put être vaincue, par une déférence hypocrite on lui permit de faire sur la Loire supérieure une expédition stérile, où l'on eut la joie de la voir échouer une seconde fois.

  Je n'ai pas le courage de sonder les douleurs de cette pauvre âme pendant les huit mois qui suivirent le retour de Paris. Un chroniqueur que j'ai mis en lumière, donne à penser combien elles furent cuisantes en nous apprenant que Jeanne s'évada de la cour. « La Pucelle qui avoit vu et entendu tout le fait et manière que le roi et son conseil tenoient pour le recouvrement de son royaume, elle, très-mal contente de ce, trouva manière de soi départir d'avec eux; et sans le su du roi ni prendre congé de lui, elle fit semblant d'aller en aucun ébat, et sans retourner s'en alla à la ville de Lagni-sur-Marne » (15) . Il ne faut pas se laisser tromper au ton si dégagé du vieil auteur, ni prendre pour un coup de tête ce qui fut le dénoûment tragique d'une cruelle péripétie. Jeanne, sans le roi perdait beaucoup d'elle-même; car le roi était la racine de son coeur, en même temps que l'expression vivante de son idée. Pour s'être décidée à une séparation d'éclat, il faut que la voix intérieure qui parlait en elle, ait dompté l'un après l'autre tous ses sentiments.

  Il sera parlé plus loin de la catastrophe par laquelle se termina sa carrière.



                                                


Source : Edition Jules Renouard et Cie - 1850
Nota : publication sans aucune garantie d'exactitude parfaite avec le texte original.


Notes :
1 Chronique dite de la Pucelle, Procès, t. IV, p. 234; Perceval de Cagny, ibid., p. 11.

2 Wawrin du Forestel, Procès, t. IV, p. 413.

3 Chronique dite de la Pucelle, Procès, t. IV, p. 245 ; Cagny, ibid., p. 18.


4 Jean Chartier, Procès, t. IV, p. 72 ; Chronique de la Pucelle, ibid., p. 250.

5 Jean Chartier, l. c, t. IV, p. 74 ; Journal du siége d'Orléans, ibid., p. 74.

6 Cagny, t, IV, p. 20; Lettre particulière écrite de Reims, t. V, p. 130.

7 Jean Chartier, t. IV, p. 79.

8 Procès, t. V, p. 140.

9 Monstrelet, liv. II, ch. LXVII.

10 Perceval de Cagny, t. IV, p. 24, 25 et 26.

11 Id., ibid., p. 27.

12 Perceval de Cagny, t. IV, p. 28.

13 « Johanna confessa fuit quod vox dixit ei quod maneretc apud villam sancti Dionysii in Francia, ipsaque ibi manere volebat ; sed contra ipsius voluntatem domini eduxerunt eam. » Procès, t. I, p. 57.

14 Cagny, Procès, t. IV, p. 30; Chronique de Berry, ibid., p. 48. La Pucelle elle-même fait allusion à cela dans son interrogatoire du 3 mars, Procès, t. I, p. 109.

15 Perceval de Cagny, Procès, t. IV, P. 32.



Aperçus nouveaux sur l'histoire de Jeanne d'Arc
Jules Quicherat - 1850

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Préface
chap. I
chap.II
chap.III
chap.IV
chap.V
chap.VI
chap.VII
chap.VIII
chap.IX
chap.X
chap.XI
chap.XII
chap.XIII
chap.XIV
chap.XV
chap.XVI
chap.XVII
chap.XVIII
chap.XIX
chap.XX
chap.XXI
chap.XXII
chap.XXIII
chap.XXIV
chap.XXV
chap.XXVI




maj : 3/12/2007
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