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05 juillet 2008  

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par Henri Wallon

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IX - Examen critique de la sortie de Compiègne - p. 85 à 89.

e récit des auteurs les plus exacts, interprété d'après l'étude des lieux, n'autorise pas à voir dans la prise de la Pucelle, autre chose que l'un des funestes hasards de la guerre. C'est ce que je vais tâcher de mettre en évidence.

  
Compiègne borde la rive gauche de l'Oise. De l'autre côté de l'eau, s'étend une prairie large d'un quart de lieue, au bout de laquelle la côte de Picardie s'élève comme un mur qui serait destiné à fermer l'horizon en face de la ville. La prairie est si basse, qu'à cause des inondations, on y a établi d'ancienneté une chaussée pour aller du pont de Compiègne à la côte. Trois clochers délimitent l'étendue de prairie ; que l'œil embrasse des murs de Compiègne : Margny, au bout de la chaussée ; Clairoix, à trois quarts de lieue en amont au confluent des deux rivières d'Aronde et d'Oise, tout près de celui de l'Oise et de l'Aisne ; Venette, à une demi-lieue en descendant vers Pont-Sainte-Maxence.

  
Les Bourguignons avaient un camp à Margny, un autre à Clairoix; le quartier des Anglais était à Venette. Quant aux habitants de Compiègne, ils avaient pour première défense du côté de l'ennemi, une de ces redoutes que les chroniqueurs du XVe siècle appellent boulevard; elle était placée à la tête de leur pont, au commencement de la chaussée (1).

  Le coup de main résolu par la Pucelle consistait à sortir sur le déclin du jour pour enlever Margny, puis Clairoix, et là, au débouché de la vallée d'Aronde, accueillir le duc de Bourgogne qui y était logé et qu'elle s'attendait à voir venir au secours des siens. Elle n'avait cure des Anglais, s'étant bien concertée avec Flavy pour qu'ils ne coupassent point la retraite. Celui-ci y pourvut de son mieux, d'abord en disposant des gens de trait sur le front et sur les flancs du boulevard, ensuite en préparant sur l'Oise quantité de bateaux couverts pour recevoir les piétons dans le cas d'un mouvement rétrograde (2).

  L'action commença bien. La garnison de Margny succomba en un clin d'oeil. Ceux de Clairoix, accourant pour la soutenir, furent repoussés, puis repoussèrent à leur tour; et par trois fois la même alternative eut lieu dans la prairie sans que les Français ni les Bourguignons rompissent leurs rangs. Cela donna aux Anglais le temps d'approcher. Grâce aux précautions prises du côté de Compiègne, ils ne pouvaient qu'aller grossir le corps de bataille des Bourguignons ; malheureusement les derniers rangs de ceux qui combattaient avec la Pucelle crurent à la possibilité d'une diversion, et qu'étant pris à revers, les moyens de retraite préparés pour eux deviendraient inutiles. Sans autrement réfléchir, ils se débandèrent et coururent les uns aux bateaux, les autres à la barrière du boulevard. Les Anglais témoins de cette déroute, accoururent, fort en sûreté du côté de la place, d'où on ne pouvait plus tirer sur eux de peur d'atteindre les fuyards, Ils prirent ainsi possession de la chaussée, et comme poussant toujours en avant, ils en vinrent à ce que leurs chevaux avaient le chanfrein dans le dos de ceux qui faisaient foule à l'entrée du boulevard, pour le salut de la ville il fallut en fermer la porte au moins jusqu'à ce que la barrière du boulevard eût été rétablie. Perceval de Cagny, auteur si prononcé contre les ennemis de la Pucelle, rapporte comme la chose la plus naturelle que Flavy ait ordonné cette manœuvre (3).

  Jeanne cependant était restée dans la prairie avec la compagnie qui formait d'ordinaire la garde de son corps. Elle combattait dans ce même état d'exaltation qui lui avait fait croire, à Saint-Pierre-le-Moustier, qu'elle avait cinquante mille hommes avec elle lorsqu'elle était seule au pied de la muraille (4). Elle fit taire ceux qui l'avertissaient du sauve qui peut, en disant son mot accoutumé : « Allez avant, ils sont à nous (5). » Mais ses gens prirent la bride de son cheval et la firent retourner de force du côté de Compiègne. La fatalité voulut qu'ils n'arrivassent qu'au moment où l'entrée du boulevard n'était plus accessible. Les Anglais occupaient déjà la tête de la chaussée, avisant de là les derniers coups à faire sur la prairie. La petite troupe de la Pucelle, toujours poursuivie, vint s'acculer sous leurs yeux dans l'angle formé par le flanc du boulevard et par le talus de la chaussée. Les Picards qui l'avaient amenée là, commencèrent à prendre ou à tuer tout ce qui leur faisait obstacle pour arriver jusqu'à la personne de Jeanne, sur laquelle, lorsqu'ils l'eurent démasquée, ils porteront la main tous à la fois. Ne sachant pas auquel entendre de tant d'assaillants qui lui criaient : rendez-vous ! elle donna sa foi à celui qui la tirait le plus fort, qui était l'un des archers attachés à la lance du bâtard de Wandomme. Ce bâtard de Wandomme (et non de Vendôme, comme on a toujours dit) (6) était lui-même un écuyer du pays d'Artois, lieutenant de Jean de Luxembourg.



                                                


Source : Edition Jules Renouard et Cie - 1850
Nota : publication sans aucune garantie d'exactitude parfaite avec le texte original.


Notes :
1
Georges Chastellain, Procès, t. IV, p. 441.

2 Mémoire sur Flavy, Procès, t. V, p. 177.

3 « Le capitaine de la place véant la grant multitude de Bourguignons et Englois prestz d'entrer sur le pont, pour la crainte qu'il avoit de perdre la place, fist lever le pont de la ville et fermer la porte. » Procès, t. IV, p. 34.

4 « Il qui parle tira vers elle et luy demanda ce qu'elle faisoit là ainsi seule et pourquoy elle ne se retrahioit comme les autres. Laquelle... lui respondit qu'elle n'estoit pas seule et que encore avoit-elle en sa compagnie cinquante mille de ses gens. » Déposition de d'Aulon, t. III, p. 218.

5 Perceval de Cagny.

6 La véritable forme de ce nom est établie à la fois par les actes du procès et par les bons manuscrits de la chronique de Monstrelet. Procès, t. I, p. 13, et t. IV, p. 401.





Aperçus nouveaux sur l'histoire de Jeanne d'Arc
Jules Quicherat - 1850

Index

Préface
chap. I
chap.II
chap.III
chap.IV
chap.V
chap.VI
chap.VII
chap.VIII
chap.IX
chap.X
chap.XI
chap.XII
chap.XIII
chap.XIV
chap.XV
chap.XVI
chap.XVII
chap.XVIII
chap.XIX
chap.XX
chap.XXI
chap.XXII
chap.XXIII
chap.XXIV
chap.XXV
chap.XXVI




maj : 3/12/2007
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