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XIV - Du défaut d'informations auprès du clergé français -
p. 113 à 116.
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a justice élémentaire voulait que Jeanne, ennemie par la politique, mais non par la religion, de ceux qui voulaient scruter sa foi, fût admise à faire valoir les bons témoignages déjà portés sur elle par une autre fraction du
clergé français.
C'est l'objection que firent d'abord à Pierre Cauchon deux des personnes qu'il consulta (1), et il en montra plus que de la mauvaise humeur. Mais son courroux ne prouve pas qu'il ait contesté le principe; il prouve seulement qu'on le contrariait dans sa manière de l'entendre. Il pouvait dire en effet que, puisque le débat avait été amené sur le terrain neutre de la religion et que le tribunal n'était plus celui d'un parti, mais celui de la chrétienté, c'était à ceux qui avaient la présomption favorable d'apporter leurs raisons, il pouvait aller plus loin encore, et prétendre que le clergé de Charles VII, abusé dans le principe, était depuis revenu de son erreur; car autrement, comment expliquer qu'aucune communication ne fût venue de sa part ou de celle du roi, lorsque Regnald de Chartres, premier fonctionnaire du royaume à la fois dans l'ordre judiciaire et dans l'ordre ecclésiastique, se trouvait être précisément celui qui avait prononcé en faveur de la Pucelle, étant l'organe de la commission de Poitiers; que de plus, il était, par sa position d'archevêque de Reims, métropolitain de l'évêque de Beauvais ? Comment, même en supposant une répugnance invincible du gouvernement français à entamer des ouvertures auprès d'un pouvoir ennemi, comment expliquer qu'il n'eût pas suscité d'obstacles du côté de Rome à un procès d'église annoncé depuis sept mois, commencé avec un éclat et une lenteur sans exemple ? Certainement Cauchon fut homme à faire valoir ces raisons et d'autres encore. Néanmoins, comme il voulait se donner le vernis d'un juge bienveillant, l'objection élevée contre lui paraît l'avoir tourmenté à tel point qu'il finit par simuler l'initiative qu'on lui avait reproché de ne pas prendre dès le commencement. Par deux fois (le 2 et le 9 mai 1431) il offrit à l'accusée de s'en rapporter au témoignage de l'archevêque de Reims. Comme c'était dans un cas où il eût été dangereux pour elle d'accepter, elle éluda par un faux-fuyant qui équivalait à un refus (2). Cela enhardit Cauchon à lui proposer la médiation de plusieurs clercs de son parti, puis celle de l'église de Poitiers tout entière. Après une autre réponse évasive, elle coupa court en incriminant son interlocuteur du piége qu'il lui tendait (3). Qu'on juge la force que durent donner à un pharisien de pareilles choses consignées dans l'acte authentique du procès.

Source : Edition Jules Renouard et Cie - 1850
Nota : publication sans aucune garantie d'exactitude parfaite avec le texte original.
Notes :
1 Jean Lohier et Nicolas de Houppeville. Procès, t. II , p. 11; t. III, p. 171.
2 « Interroguée se du signe baillé au roy, elle se veult rapporter à l'évêque de Rains, au sire de Boussac, Charles de Bourbon, La Trémoulle et Lahire, ... respond : Baillez ung messagier et je leur escripray de tout ce procès. Et autrement ne
s'y est voulu croire ne rapporter à eulx. » T. I, p. 396. « Du
signe de la couronne qu'elle dit avoir esté baillé à l'arcevesque de Rains, interroguée s'elle se veut, rapporter à luy, respond : Faictes le venir et que je l'oe parler, et puis je vous respondray, ne il n'oseroit dire le contraire de ce que je vous en ay dit. » Ibid., p. 401.
3 « Interroguée se à l'église de Poictiers où elle a esté examinée, elle se veult rapporter et submeictre, respond : Me cuidezvous prendre par ceste manière et par cela attirer à vous ? »
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