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07 décembre 2019  

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par Henri Wallon

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Procès de réhabilitation
Déposition de Jean Lefèvre

  Révérend père dans le Christ et seigneur, monseigneur Jean Le Fèvre, professeur de théologie sacrée, de l'ordre des frères ermites de saint Augustin, évêque de Démétriade,âgé d'environ soixante-dix ans, autrefois interrogé et juré, et de nouveau interrogé le douzième jour du mois de mai sur le contenu des articles produits en ce procès de nullité,

  Interrogé d'abord sur ce qu'il peut attester à propos du contenu des Ier, IIe, IIIe et IVe articles, il déclare avoir eu connaissance de Jeanne, de ses père et mère ou de ses parents, seulement depuis que cette Jeanne fut amenée dans la ville de Rouen, et au moment où fut engagé contre elle le procès en matière de foi par l'évêque de Beauvais et le sous-inquisiteur ; le témoin fut présent à ce procès jusqu'à la première prédication faite à Saint-Ouen ; mais non ensuite. A ce qu'il lui semble, Jeanne avait environ vingt ans, elle était très simple et répondait avec sagesse, au point que pendant trois semaines il la croyait inspirée, bien qu'à son avis elle insistât beaucoup, et trop, sur ses visions.
  Interrogé ensuite sur le contenu des Ve et VIe articles, il déclare et atteste que, suivant son impression, les Anglais procédaient contre elle pour la haine qu'ils en avaient, car ils la craignaient beaucoup ; mais si les juges procédaient par haine ou par complaisance, il ne le sait pas ; cependant le procès était mené aux frais des Anglais. Il sait bien que tous ceux qui participèrent à ce procès n'avaient pas pleine liberté, car personne n'aurait osé dire quelque chose de peur d'être mal considéré ; en effet quelqu'un ayant demandé une fois à Jeanne si elle était en état de grâce, le témoin avait déclaré que c'était là question très difficile, à laquelle Jeanne ne devait pas répondre, mais fut ainsi repris par l'évêque de Beauvais : « Il vaudrait mieux pour vous que vous vous taisiez ».
  Interrogé ensuite sur ce qu'il peut attester à propos du
contenu des VIIe, VIIIe et IXe articles, il dit et déclare que Jeanne était en prison au château de Rouen ; mais dans quelles conditions, il l'ignore. Il dit cependant que certains des assesseurs étaient fort mécontents que Jeanne ne fût pas placée en prison d'Église ; et lui-même, témoin, murmura plusieurs fois, car il ne lui paraissait pas de bonne procédure de l'avoir remise entre les mains de laïcs, et surtout d'Anglais, attendu qu'elle avait été livrée aux mains de l'Église. Plusieurs étaient de cette opinion ; mais personne n'osait en parler.
  Sur le Xe article, il ne sait si elle a été examinée, ou non ; mais il sait bien qu'une fois, comme on lui demandait pourquoi elle s'appelait « la Pucelle », et si elle l'était vraiment, elle répondit : « Je peux bien dire que je suis ainsi ; et, si vous ne me croyez pas, faites moi visiter par des femmes ». Elle se montrait disposée à accepter un examen, pourvu cependant qu'il fût fait par des femmes honnêtes, comme c'est de coutume.
  Sur le contenu des XIe, XIIe, XIIIe et XIVe articles, il déclare qu'on posait à Jeanne beaucoup de questions profondes, dont elle se tirait cependant assez bien. Et parfois ceux qui l'interrogeaient interrompaient leur interrogatoire, passant d'une question à une autre, pour voir si elle allait modifier ses propos. Ils la fatiguaient aussi beaucoup par de longs interrogatoires, étant là pendant deux ou trois heures, au point que les docteurs qui assistaient en étaient eux-mêmes très fatigués. Parfois ceux qui l'interrogeaient lui coupaient la parole au cours des questions, au point qu'elle pouvait à peine répondre ; même l'homme le plus savant du monde aurait difficilement pu répondre.
  Il déclare se rappeler qu'une fois, pendant le procès, Jeanne était interrogée sur ses apparitions et on lui lisait quelque article de ses réponses ; il sembla alors au témoin qu'on avait mal enregistré et qu'elle n'avait pas répondu de cette manière ; aussi dit-il à Jeanne de faire attention. Elle demanda alors au notaire qui rédigeait de relire ; après cette lecture elle dit au notaire qu'elle avait dit le contraire et qu'il n'avait pas bien rédigé ; sa réponse fut corrigée. Maître Guillaume Manchon dit alors à Jeanne que désormais elle fît attention.
  Sur le contenu des XVe, VIIe et XVIIe articles, il déclare ne pas se souvenir que Jeanne ait refusé de se soumettre à l'Eglise ; mais il l'entendit plusieurs fois dire qu'elle ne voulait pas soutenir ou faire, autant qu'elle le pourrait, rien qui fût contre Dieu.
  Interrogé de même sur le contenu des XVIIIe, XIXe, XXe et XXIe articles, il déclare ne rien savoir à leur sujet. Il sait seulement que certains
articles furent rédigés pour être envoyés aux opinants, mais s'ils furent bien et fidèlement rédigés, il ne le sait.
  Interrogé de même sur le contenu des autres articles, à lui lus et exposés tous ensemble, il déclare et atteste qu'après la première prédication faite à Saint-Ouen, comme il l'a dit, il n'assista plus au procès jusqu'au jour de la dernière sentence. Il fut présent à la prédication faite au Vieux Marché par maître Nicolas Midi, et, lui semble-t-il, Jeanne finit ses jours en catholique, criant : « Jésus ! Jésus ! » Elle pleurait tant, faisant de pieuses lamentations, qu'à son avis nul homme, s'il avait été présent, n'aurait eu le cœur dur au point de ne pas être ému aux larmes ; et en effet monseigneur de Thérouanne et tous les seigneurs assistants pleuraient par trop grande pitié. Le témoin se souvient bien que, dans la dernière prédication faite au Vieux Marché, Jeanne demanda à tous les prêtres présents de dire chacun une messe pour elle. Mais il ne resta pas là jusqu'à la fin, il s'en alla, car il n'aurait pu en supporter la vue.
  Ne saurait, interrogé sur ce, rien déclarer de plus sur ces articles.

   

  Reverendus in Christo pater et dominus, dominus Johannes Fabri, sacræ theologiæ professor, ordinis Fratrum Heremitarum Sancti Augustini, episcopus Dimitriensis, ætatis LXX annorum, vel circiter, alias examinatus et juratus, ac iterum xii. die maii examinatus super contentis in articulis in hujusmodi processu datis.

  Et primo, interrogatus quid ipse sciat deponere de contentis in I., II., III. et IV. articulis : deponit quod de eadem Johanna, patre et matre aut parentibus nullam habuerat notitiam, nisi a tempore quo ipsa Johanna fuit adducta in villa Rothomagensi ; et quo tempore fuit inchoatus processus contra eam in materia fidei, per episcopum Belvacensem et subinquisitorem ; et in quo processu ipse loquens interfuit usque ad primum sermonem factum in Sancto Audoeno, et a post non fuit. Et, ut sibi videtur, ipsa Johanna erat quasi XX annorum, multum simplex, et prudenter respondens, ita quod per tres septimanas credebat eam inspiratam, licet multum et nimis, videre loquentis, persisteret in suis revelationibus.
  Deinde, interrogatus de contentis in V. et VI. articulis : dicit et deponit quod, secundum suam imaginationem, Anglici procedebant contra eam ex odio quod habebant contra eam, quia multum timebant eam ; sed si judices ex odio vel favore procedebant, nihil scit ; licet tamen sciat quod processus deducebatur expensis Anglicorum. Et bene scit quod omnes qui intererant hujusmodi processui non erant in plena libertate, quia nullus audebat aliquid dicere, ne esset notatus ; quia, quum semel dicta Johanna ab aliquo interrogaretur si erat in gratia, et ipse loquens dixisset quod erat maxima quæstio, et quod ipsa Johanna non debebat respondere dictæ quæstioni : ipse episcopus Belvacensis eidem loquenti dixit : « Melius vobis fuisset, si tacuissetis. »
  Deinde, interrogatus quid ipse sciat deponere de contentis in VII., VIII. et IX. articulis : dicit et deponit quod ipsa Johanna erat in carcere, in castro Rothomagensi ; sed qualiter, nescit. Dicit tamen quod multum displicebat aliquibus assistentibus quod ipsa Johanna non ponebatur in carceribus Ecclesiæ ; et ipsemet loquens murmuravit, quia non videbatur sibi bene processum eam dimittendo in manibus laicorum, et maxime Anglicorum, attento quod restituta erat in manibus Ecclesiæ. Cujus opinionis plures erant ; sed nullus audebat de hoc loqui.
  Super X. nescit si fuerit visitata, vel non, sed bene scit quod, quadam vice, quum interrogaretur cur se vocabat Puellam, et si talis esset, respondit : « Ego possum bene dicere quia talis sum, et, si non credatis, faciatis me visitari per mulieres ; » offerebatque se promptam ad visitationem recipiendum, dum tamen fieret per mulieres honestas, ut consuetum est.
  Super contentis in XI., XII., XIII. et XIV., deponit quod fiebant eidem Johannæ multæ profundæ quæstiones, de quibus tamen satis se expediebat. Et aliquando interrogantes interrumpebant interrogatoria sua, transeundo de uno ad aliud, ad experiendum an ipsa Johanna mutaret propositum. Multum etiam eam fatigabant longis interrogationibus, quoniam erant ibidem per duas vel tres horas, in tantum quod doc tores assistentes exinde erant multum fatigati ; et aliquando interrogantes ita truncabant sua interrogatoria quod vix poterat respondere ; imo sapientior homo mundi cum difficultate respondisset.
  Et deponit quod est memor quod semel, durante processu, dum ipsa Johanna examinaretur super suis apparitionibus, et legeretur sibi aliquis articulus suarum responsionum, visum fuit loquenti quod male registratum erat, et quod ita non responderat ; et tunc dixit eidem Johannetæ quod adverteret. Quæ dixit notario scribenti et (1) quod legeret iterum ; et audita lectura, dixit notario quod contrarium dixerat, et quod non bene scripserat ; et fuit correcta illa responsio. Et tunc magister Guillelmus Manchon eidem Johannæ dixit quod de cætero attenderet.
  Supercontentis in XV., XVI. et XVII., deponit quod non recordatur quod ipsa recusavit se submittere Ecclesiæ ; sed eidem pluries audivit dici quod nollet aliquid dicere aut facere quod esset contra Deum, pro posse.
  Item, interrogatus de contentis in XIX., XX. et XXI., dicit quod de contentis in eisdem nihil scit. Scit solum quod fuerunt facti certi articuli ad mittendum opinantibus ; sed si fuerunt bene et fideliter facti, et quis eos fecit, nihil scit.
  Item interrogatus de contentis in cæteris articulis sibi in summa lectis et expositis : dicit et deponit quod, primo sermone facto in Sancto Audoeno, ut jam dixit, non fuit in hujusmodi processu usque ad diem ultimæ sententiæ. Et fuit in sermone facto in Veteri Foro per magistrum Nicolaum Midi, et, ut sibi videtur, catholice finivit dies suos, clamando Jhesus ! Jhesus ! Et tantum lacrimabatur, faciendo pias lamentationes, quod non credit quod sit homo habens cor ita durum quin, si fuisset præsens, commotus fuisset ad lacrimas ; nam dominus Morinensis et omnes domini assistentes flebant præ nimia pietate. Et bene recordatur ipse loquens quod in dicto ultimo sermone facto in Veteri Foro, ipsa Johanna rogavit omnes sacerdotes ibidem praesentes ut unusquisque illorum sibi daret unam missam. Nec ibidem stetit usque ad finem, quia recessit, et etiam quia videre non potuisset.
  Nec aliud de contentis in eisdem articulis sciret deponere, ut dicebat, super hoc interrogatus.


Sources :
- Texte latin original : Quicherat - Procès t.III p.174 et suiv.
- Traduction : source Pierre Duparc.

Notes :
Voir sa première déposition en 1452.

1 Ou il manque un membre de phrase ou cet et est de trop.



Procès de réhabilitation
Rappel des témoins de Rouen en 1456.

Les dépositions :

Fr. Pierre Miget
Me Guillaume Manchon
Me Jean Massieu
Me Guillaume Colles
Fr. Martin Ladvenu
Me Nicolas de Houppeville
Mgr Jean Lefèvre
M. Jean Lemaire
Me Nicolas Caval
Pierre Cusquel
Me André Marguerie
Mauger Leparmentier
Laurent Guesdon
M. Jean Riquier
Jean Moreau
Me Nicolas Taquel
Husson Lemaistre
Pierre Daron
Frère Seguin


Lyon :
Jean d'Aulon

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