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07 décembre 2019  

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Procès de réhabilitation
Déposition de frère Seguin

  Frère Seguin, fils de Seguin, professeur de sacrée théologie, de l'ordre des Frères prêcheurs, doyen de la Faculté de théologie de Poitiers, âgé de soixante et dix ans environ. Le 14 mai, cité d'office par messeigneurs les juges, pour plus ample information de leur part, il a prêté serment; et interrogé sur les quatre premiers articles, spécialement sur la connaissance personnelle qu'il a eue de Jeanne, il a déposé ainsi qu'il suit sous la foi de son serment :

  Avant d'avoir connu Jeanne de vue, j'avais entendu maître Pierre de Versailles, professeur de sacrée théologie, mort depuis évêque de Meaux, raconter qu'il tenait de certains hommes d'armes que lorsque Jeanne venait vers le roi, ils s'étaient postés sur sa route et s'étaient mis en embuscade dans l'intention de la prendre et de la dévaliser, elle et tous ceux qui l'accompagnaient; mais au moment de l'exécution, ils avaient été dans l'impuissance de se mouvoir du lieu où ils étaient postés, et Jeanne et sa suite avaient ainsi continué leur route sans empêchement.
  C'est à Poitiers que je la vis pour la première fois. Le conseil du roi était réuni dans la maison d'une dame nommée La Macée à Poitiers : parmi les conseillers se trouvait le seigneur archevêque de Reims, pour lors chancelier de France. J'y fus mandé, moi qui vous parle, ainsi que les maîtres Jean Lombard, professeur de sacrée théologie dans l'université de Paris, Guillaume Le Marié, chanoine de Poitiers, bachelier en théologie, Guillaume Aymeric, professeur de sacrée théologie, de l'ordre des Frères prêcheurs, frère Pierre Turelure (1), maître Jacques Maledon, et plusieurs autres dont je ne me rappelle pas les noms. Il nous fut dit que nous étions mandés de la part du roi pour interroger Jeanne, et faire un rapport au conseil royal sur ce qu'il nous semblait de la jeune fille. Nous fûmes, à l'effet de l'examiner, adressés à la maison de Jean Rabateau, à Poitiers, où elle était logée.

  Nous y étant rendus, nous fîmes plus d'une question à Jeanne. Entre autres, maître Jean Lombard lui demanda pourquoi elle était venue, le roi étant très désireux de savoir le motif qui l'avait conduite jusqu'à lui. Elle répondit, avec un ton plein de grandeur, qu'étant à la garde du bétail, une voix lui était apparue, lui disant que Dieu avait grande pitié du peuple de France, et qu'il fallait qu'elle, Jeanne, vînt en France. A cette communication elle s'était mise à pleurer; et la voix lui dit alors d'aller à Vaucouleurs, qu'elle y trouverait un capitaine qui la conduirait en France sûrement, et l'amènerait
jusqu'au roi ; de ne pas hésiter. C'était ce qu'elle avait fait; et elle était venue jusqu'au roi sans obstacle.
  Maître Guillaume Aymeric lui fit cette difficulté : Tu nous dis d'après ta voix que Dieu veut délivrer le peuple de France de ses calamités. S'il veut le délivrer, il n'a pas besoin d'hommes d'armes. Elle répondit : « En nom Dieu, les gens d'armes batailleront et Dieu donnera la victoire. » Réponse dont maître Guillaume fut content.
  Je lui demandai quelle langue parlait sa voix. Une langue meilleure
que la vôtre, me répondit-elle. Je parle limousin. Je lui demandai encore si elle croyait en Dieu ? « Oui certes, repartit-elle, et mieux que vous. » Je lui dis alors que Dieu ne voulait pas qu'on ajoutât foi à sa parole, si elle ne donnait pas d'autre preuve qu'elle méritait créance, et que nous ne conseillerions pas au roi sur son simple dire de lui confier des hommes d'armes et de les mettre en péril. Elle répondit : « En nom Dieu, je ne suis pas venue à Poitiers pour faire signes; mais conduisez-moi à Orléans et je vous montrerai les signes pour lesquels je suis envoyée. » Elle demanda qu'on lui donnât des gens, le nombre qu'il semblerait, et qu'elle irait à Orléans.
  Je l'ai entendue me dire et dire à l'assistance quatre choses alors à venir, et réalisées dans la suite : que les Anglais seraient anéantis, que le siège alors devant Orléans serait levé, et que la ville serait délivrée de la présence des Anglais, après toutefois qu'elle leur aurait fait une sommation préalable. Elle a dit secondement que le roi serait sacré à Reims, troisièmement que la ville de Paris rentrerait dans l'obéissance du roi, et que le duc d'Orléans reviendrait d'Angleterre. Toutes choses dont j'ai vu l'accomplissement (2).

  Rapport de tout fut fait au conseil du roi, et nous fûmes d'avis qu'attendu l'imminence du besoin et du péril dans lequel se trouvait Orléans, le roi pouvait s'aider de la jeune fille et l'envoyer à Orléans.
  Moi qui vous parle et les autres commissaires, nous nous enquîmes de sa vie et de ses moeurs, et nous constatâmes qu'elle était bonne chrétienne, vivant en bonne catholique, et qu'on ne la surprenait jamais oisive. Pour plus sûre information de sa conduite, on mit autour d'elle des femmes qui faisaient part au conseil de ses actes et de ses façons d'agir.
  Je crois que Jeanne a été envoyée de par Dieu, vu que le roi et ceux de son parti avaient perdu tout espoir ; bien plus, tous pensaient à se retirer. Je me rappelle bien qu'il fut demandé à Jeanne pourquoi elle portait une bannière ; elle ne voulait pas, dit-elle, user de son épée, ni donner la mort à personne.
  J'ajoute que Jeanne se courrouçait très fort quand elle entendait jurer en vain le nom de Dieu; elle avait en horreur ces sortes de jureurs. Elle disait à La Hire, qui avait l'habitude de jurer beaucoup et de renier Dieu, de ne plus jurer désormais, et, quand il serait tenté de renier Dieu, de renier son bâton (4); et dans la suite, La Hire, quand il était en présence de Jeanne, reniait son bâton.
   Je ne sais pas autre chose.


                                        

  Frater Seguinus Seguini, sacræ theologiæ professor, ordinis Fratrum Prædicatorum, decanus Facultatis theologiæ in Universitate Pictavensi, ætatis LXX annorum, vel circiter ; die xiv. mensis maii, ex officio dominorum judicum, et pro eorumdem dominorum informatione pleniori, juratus, interrogatus et examinatus.

  Et primo, super contentis in I., II., III. et IV. articulis articulorum in hac causa productorum, maxime super notitia quam ipse testis habuit de dicta Johanna, dicit et deponit, ejus medio juramento, se scire ea quæ sequuntur : videlicet quod, antequam de eadem  Johanna habuisset notitiam, jam audiverat dici a magistro Petro de Versailles, sacræ theologiæ professore, tempore sui obitus episcopo Meldensi, quod ipse, loquendo de ipsa Johanna, audiverat dici quibusdam armatis qui obviaverant eidem Johannæ quando veniebat erga regem, et qui se posuerant in insidiis ad capiendum eamdem Johannam, et eam cum societate deprædandum, ut, quum crederent hoc facere, non potuerant se movere a loco in quo erant, et sic recesserat ipsa Johanna cum sua societate, sine impedimento.

  Dicit quod primo eam vidit in villa Pictavensi ; et erat tunc Consilium regis congregatum in domo cujusdam cognominatæ La Macee, in dicta villa Pictavensi, et inter illos de Consilio erat dominus archiepiscopus Remensis, tunc cancellarius Franciæ. Et mandaverunt loquentem, magistros Johannem Lombart sacræ theologiæ professorem in universitate Parisiensi, Guillelmum Le Maire (3)  canonicum Pictavensem, baccalarium in theologia, Guillelmum Aymerici, sacræ theologiæ professorem, ordinis Fratrum Prædicatorum, fratrem Petrum Turrelure, magistrum Jacobum Maledon, et plures alios de quibus non recordatur ; eisdemque dixerunt quod erant mandati ex parte regis ad interrogandum eamdem Johannam, et
ad referendum Consilio regis quid sibi de ea videretur ; et miserunt eos ad domum magistri Johannis Rabateau, in villa Pictavensi, in qua ipsa Johanna erat hospitata, ut eam examinarent. Et , quum ibidem applicuerunt, eidem Johannæ fecerunt plures quæstiones, et inter alias quæstiones, magister Johannes Lombart interrogavit eam quare venerat, et quod rex bene volebat scire quid moverat eam ad veniendum versus regem ; et ipsa respondit magno modo quod, ipsa custodiente animalia, quædam vox sibi apparuit, quæ sibi dixit quod Deus habebat magnam pietatem de populo Franciæ, et quod oportebat quod ipsa Johanna veniret ad Franciam. Quæ, hocaudito, inceperat lacrimari ; et tunc vox sibi dixit quod iret apud Valliscolorem, et quod ibidem inveniret quemdam capitaneum, qui eam secure duceret ad Franciam et apud regem, et quod non dubitaret ; et quod ita fecerat, quodque venerat apud regem, sine quocumque impedimento. Et magister Guillelmus Aymerici eam interrogavit : « Tu dixisti quod vox dixit tibi quod Deus vult liberare populum Franciæ a calamitate in qua est. Si vult eum deliberare, non est necessarium habere armatos. » Et tunc ipsa Johanna respondit : « En nom Dieu, les gens d'armes batailleront et Dieu
donnera victoire
. » De qua responsione ipse magister Guillelmus fuit contentus.
  Ipse autem loquens interrogavit eam quod idioma loquebatur vox eidem loquens : quæ respondit quod melius idioma quam loquens, qui loquebatur idioma Lemovicum. Et iterum eam interrogavit si crederet in Deum : quæ respondit quod sic, melius quam loquens. Et tunc loquens dixit eidem Johannæ quod Deus nolebat quod crederetur sibi, nisi aliud appareret, propter quod videretur eidem esse credendum, et quod non
consulerent regi quod ad suam simplicem assertionem
traderentur sibi gentes armorum, et ponerentur in periculo, nisi aliud diceret. Quæ respondit : « En nom Dieu, je ne suis pas venue à Poictiers pour faire signes ; sed ducatis me Aurelianis ; ego ostendam vobis signa ad quæ ego sum missa ; » et quod traderentur sibi gentes, cum tanta quantitate quanta videbatur eisdem ; et quod iret Aurelianis. Et tunc dixit loquenti et aliis adstantibus quatuor quæ adhuc erant ventura, et quæ postmodum evenerunt. Primo, dixit quod Anglici essent destructi, et quod obsidio ante villam Aurelianensem exsistens levaretur, et villa Aurelianensis ab ipsis Anglicis liberata evaderet ; ipsa tamen perprius eos summaret. Dixit secundo quodrex consecraretur Remis. Tertio quod villa Parisiensis redderetur in obedientia regis ; et quod dux Aurelianensis rediret ab Anglia. Quae omnia ipse loquens vidit compleri. Et ista omnia retulerunt Consilio regis, et fuerunt opinionis quod, attenta necessitate eminenti et periculo in quo erat villa Aurelianensis, rex poterat de ea se juvare, et eam mittere Aurelianis.
  Inquisiverunt etiam loquens et alii commissi de vita et moribus ipsius Johannæ, et invenemnt quod ipsa erat bona christiana, et quod vivebat catholice, et quod nunquam inveniebatur otiosa. Et ad sciendum melius de ejus conversatione, fuerunt sibi traditæ mulieres, quæ Consilio referebant gestus suos et modos. Et credit ipse loquens quod ipsa Johanna fuerit a Deo
missa, attento quod rex et incolæ suæ obedientiæ nullam habebant spem ; imo omnes credebant recedere. Et bene recordatur quod ipsa Johanna fuit interrogata quare ferebat vexillum : quæ respondit quod nolebat uti ense suo, nec volebat quemquam interficere.
  Dicit etiam ipse loquens quod ipsa Johanna erat multum irata quando audiebat jurare nomen Domini in vanura, et abhorrebat taliter jurantes ; nam ipsa Johanna dicebat à La Hire, qui consueverat et erat assuetus facere multa juramenta et negare Deum, quod amplius non juraret ; sed dum vellet negare Deum, negaret suum baculum. Et postmodum ipse La Hire, in præsentia ipsius Johannæ, consuevit negare suum baculum.
  Nec aliud scit ipse loquens.


Sources :
- Présentation et traduction : "La vraie Jeanne d'Arc, tome IV : la vierge-guerrière" R.P Ayroles (1898) p.155.

- Texte latin : Quicherat - Procès t.III p.202.


Notes :
Voici le seul examinateur de Poitiers que l'on rencontre parmi les témoins entendus à la réhabilitation. Il comparut à Rouen sur la citation des délégués apostoliques. Septuagénaire, ce fut pour le vénérable doyen un long voyage que de se rendre de Poitiers à Rouen. Sa déposition est la dernière de celles entendues au cours de l'immense enquête. Seguin était-il de l'ordre des Frères prêcheurs? C'est positivement affirmé en tête de la déposition que l'on va lire; mais maître Garivel nous dit qu'il était carme ; c'est aussi ce qui est consigné dans la Chronique de la Pucelle, et M. Fournier, dans les Actes et statuts de l'Université de Poitiers, parle à plusieurs reprises d'un carme du nom de Seguin, tandis que l'on y cherche inutilement à cette époque un frère prêcheur du nom de Seguin.

1 Dominicain , mort évêque de Digne, en 1466 (QUÉTIF et ÉCHARD, Script. ord. præd. T. I, p. xxiij)

2 Le vénérable doyen fait connaître ici bien clairement quatre choses annoncées par Jeanne d'Arc, tandis que les témoins précédents se bornent à dire qu'elle devait délivrer Orléans, et faire sacrer le roi à Reims. Aucun pourtant n'a dit que là se bornait sa mission. Quant à Seguin, il se contente de dire qu'elle avait fait ces quatre grandes prophéties. Il ne dit pas si la Vénérable affirmait qu'elles seraient accomplies par elle; mais en mettant sur le même rang l'expulsion totale des Anglais, le retour du duc d'Orléans, que la délivrance de la capitale de son duché et le sacre du roi, qu'elle a certainement accomplis, il donne à entendre qu'elle disait aussi devoir les réaliser. Il est assez vraisemblable que, pour éviter des difficultés, il aura consenti à ce qu'on ne mentionnât que la prophétie.

3 Le Marie sur le manuscrit Ms.5970.

4 Sur les miniatures du xve siècle, les chefs de compagnie sont ordinairement représentés un bâton à la main.
 

Procès de réhabilitation
Rappel des témoins de Rouen en 1456.

Les dépositions :

Fr. Pierre Miget
Me Guillaume Manchon
Me Jean Massieu
Me Guillaume Colles
Fr. Martin Ladvenu
Me Nicolas de Houppeville
Mgr Jean Lefèvre
M. Jean Lemaire
Me Nicolas Caval
Pierre Cusquel
Me André Marguerie
Mauger Leparmentier
Laurent Guesdon
M. Jean Riquier
Jean Moreau
Me Nicolas Taquel
Husson Lemaistre
Pierre Daron
Frère Seguin


Lyon :
Jean d'Aulon

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