rand'pitié ! jamais personne ne secourut la France si à propos et si heureusement que cette Pucelle, et jamais mémoire de femme ne fut si déchirée. » Étienne Pasquier (1529-1615).
La France ne fut jamais plus en péril qu'au moment où parut
Jeanne d'Arc. L'Angleterre, jadis conquise par les Normands français,
prenait à son tour possession de la France : c'étaient
les représailles de la conquête, et le terme où
semblait aboutir la longue rivalité qu'elle avait provoquée.
La France martyrisée sous Charles VI se relèvera sous
Charles VII. Mais de quelle abîme elle se relève et
par quelle grâce inespérée !
S'il est un épisode émouvant dans
nos annales, c'est assurément la vie de Jeanne d'Arc qui
est une légende au milieu de l'histoire ; c'est un miracle
placé au seuil des temps modernes comme un défi à
ceux qui veulent nier le merveilleux.
L'histoire a paru si merveilleuse en elle-même,
qu'on n'a pas vu grand inconvénient à y joindre la
légende. Mais un fait si plein d'éclat, à une
époque déjà féconde en chroniques et
en écrits de toutes sortes, a agi sur tous les esprits et
a laissé sa trace dans tous les écrits du temps ;
et les deux procès qui ont poursuivi tour à tour par
tant d'interrogatoires et d'enquêtes la condamnation de Jeanne
et sa réhabilitation, ont recueilli une masse de témoignages
qui, sans cette cause toute providentielle eussent été
perdus pour l'histoire. Les Anglais et leur instrument, l'évêque
Cauchon, en voulant détruire physiquement et salir la mémoire
de la Pucelle, lui ont élevé un monument éternel.
Elle fut ignorée pendant des siècles,
raillée par des écrivains comme Shakespeare ou pire
par Voltaire dont les haines anti-religieuse, anti-nationale...
ne méritent que l'oubli. Il aura fallu attendre le XIX° siècle pour que
les Français la célèbrent et lui rendent enfin
sa grandeur et 1920 pour que l'Église en fasse une sainte.
Paradoxalement ce furent des auteurs agnostiques ou
de la "libre-pensée" tels que l'archiviste Jules
Quicherat et des historiens comme Jules Michelet, Henri Martin...
qui sont à l'origine de cette ferveur populaire.
Jeanne d'Arc n'est donc pas une héroïne légendaire
ou mythique, comme on le lit trop souvent, mais l'une des figures
les mieux connues de notre histoire de France, celle que l'on surnomme
souvent et à juste titre "la mère de la nation".
Enfin, je ne résiste pas à l'envie de
citer ce témoignage admiratif de l'écrivain américain
Mark Twain, qui peut paraître exagéré
au premier abord mais qui s'avère totalement justifié
si l'on veut prendre la peine d'étudier sérieusement
la vie de notre sainte héroïne :
"En tenant compte des circonstances de ses origines, de
sa jeunesse, de son sexe, de l'analphabétisme et de la pauvreté
de son environnement, des conditions hostiles dans lesquelles elle
dut exercer ses fabuleux talents et remporter ses victoires, tant
sur le champ de bataille que dans le prétoire face à
ces juges iniques qui l'ont condamnée à mort, Jeanne
d'Arc demeure, aisément, de très loin, la personnalité
la plus extraordinaire jamais produite par la race humaine"...
...et aussi ces extraits d'un discours génial
d'André Malraux en 1964 : "...Dans ce monde où
Isabeau de Bavière avait signé à Troyes la
mort de la France, dans ce monde où le dauphin doutait d'être
dauphin, la France d'être la France, l'armée d'être
une armée, elle refit l'armée, le roi, la France... "
" ...Et la première flamme vint, et avec elle le cri
atroce qui allait faire écho, dans tous les coeurs chrétiens,
au cri de la vierge lorsqu'elle vit monter la croix du Christ sur
le ciel livide. De ce qui avait été la forêt
de Brocéliande jusqu'aux cimetières de Terre sainte,
la vieille chevalerie morte se leva dans ses tombes. Dans le silence
de la nuit funèbre, écartant les mains jointes de
leurs gisants de pierre, les preux de la Table ronde et les compagnons
de Saint Louis, les premiers combattants tombés à
la prise de Jérusalem et les derniers fidèles du petit
roi lépreux, toute l'assemblée des rêves de
la chrétienté regardait, de ses yeux d'ombre, monter
les flammes qui allaient traverser les siècles, vers cette
forme enfin immobile, qui devenait le corps brûlé de
la chevalerie..."
"...Ce pauvre cœur qui avait battu pour la France comme
jamais cœur ne battit, on le retrouva dans les cendres et l'on
décida de le jeter à la Seine, afin que nul n'en fit
des reliques... Le cœur descend le fleuve. Voici le soir. Sur la
mer, les saints et les fées de l'arbre-aux-fées de
Domrémy l'attendent. Et à l'aube toutes les fleurs
marines remontent la Seine, dont les berges se couvrent des chardons
bleus des sables, étoilés par les lys... La légende
n'est pas si fausse. Ce ne sont pas les fleurs marines que ces cendres
ont ramenées vers nous, c'est l'image la plus pure et la
plus émouvante de France. Ô Jeanne sans sépulcre
et sans portrait, toi qui savais que le tombeau des héros
est le coeur des vivants, peu importent tes vingt mille statues,
sans compter celles des églises : à tout ce pour quoi
la France fut aimée tu as donné ton visage inconnu...
Au nom de tous ceux qui sont ou qui seront ici, qu'elles
te saluent sur la mer, toi qui a donné au monde la seule
figure de victoire qui soit une figure de pitié ! "
(extraits
de "Jeanne d'Arc" d'Henri Wallon - 1860, "le roman
de Jeanne d'Arc" de Mark Twain, discours d'André Malraux
prononcé à Rouen le 30 mai 1964).
Logo : la bannière figurant sur le logo du site et
Jeanne à cheval sur les formats imprimables sont des reconstitutions
du "Colonel Liocourt - La mission de jeanne d'Arc - tome II
- Editions latines".
Le dessin de Jeanne d'Arc au sacre de Charles VII est de Chesnot.
Le bas-relief représente la bataille des Tourelles à
Orléans encadré des armes données par Charles
VII à la famille d'Arc et de l'écu de Charles. VII.
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