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04 février 2012  

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par Henri Wallon

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rand'pitié ! jamais personne ne secourut la France si à propos et si heureusement que cette Pucelle, et jamais mémoire de femme ne fut si déchirée. » Étienne Pasquier (1529-1615).

  La France ne fut jamais plus en péril qu'au moment où parut Jeanne d'Arc. L'Angleterre, jadis conquise par les Normands français, prenait à son tour possession de la France : c'étaient les représailles de la conquête, et le terme où semblait aboutir la longue rivalité qu'elle avait provoquée. La France martyrisée sous Charles VI se relèvera sous Charles VII. Mais de quelle abîme elle se relève et par quelle grâce inespérée !

  S'il est un  épisode émouvant dans nos annales, c'est assurément la vie de Jeanne d'Arc qui est un miracle placé au seuil des temps modernes comme un défi à ceux qui veulent nier le merveilleux.
  L'histoire a paru si merveilleuse qu'on n'a pas vu grand inconvénient à y joindre la "légende" ou le "mythe". Mais un fait si plein d'éclat, à une époque déjà féconde en chroniques et en écrits de toutes sortes, a agi sur tous les esprits et a laissé sa trace dans tous les écrits du temps. Les deux procès qui ont suivi, la condamnation de Jeanne en 1430 et sa réhabilitation en 1456, ont recueilli une masse de témoignages et d'enquêtes qui, sans cette cause toute providentielle eussent été perdus pour l'Histoire. Les Anglais et leur instrument, l'évêque Cauchon, en voulant détruire physiquement la Pucelle, salir sa mémoire et celle de son roi
, lui ont élevé un monument éternel.

  Elle fut ignorée pendant des siècles, raillée par des écrivains comme Shakespeare ou pire par Voltaire dont les haines anti-religieuses ne méritent que l'oubli. Il aura fallu attendre le XIX° siècle pour que les Français la célèbrent et lui rendent enfin sa grandeur et 1920 pour que l'Église en fasse une sainte.
  Paradoxalement ce furent des auteurs agnostiques ou de la "libre-pensée" tels que l'archiviste Jules Quicherat et des historiens comme Jules Michelet, Henri Martin... qui sont à l'origine de cette ferveur populaire.

  Jeanne d'Arc n'est donc pas une héroïne légendaire ou mythique comme on le lit trop souvent, mais l'une des figures les plus belles, une des mieux connues et documentées de notre Histoire de France et que l'on surnomme parfois, et à juste titre, "la mère de la nation". Tous les pays du monde aimeraient avoir une Jeanne d'Arc dans leur Histoire !


  Je cite M. l'abbé Rioult et je fais miennes ses paroles : "Plusieurs années de contact avec elle n'enlèvent rien à l'admiration première. Bien au contraire, en entrant dans la connaissance de Jeanne, on découvre un nouveau monde, un chef d'œuvre de la nature et de la grâce."

  Je ne résiste pas à l'envie de citer également ce témoignage admiratif de l'écrivain américain Mark Twain, qui peut paraître exagéré au premier abord mais qui s'avère totalement justifié si l'on veut prendre la peine d'étudier sérieusement la vie de notre sainte héroïne :
"En tenant compte des circonstances de ses origines, de sa jeunesse, de son sexe, de l'analphabétisme et de la pauvreté de son environnement, des conditions hostiles dans lesquelles elle dut exercer ses fabuleux talents et remporter ses victoires, tant sur le champ de bataille que dans le prétoire face à ces juges iniques qui l'ont condamnée à mort, Jeanne d'Arc demeure, aisément, de très loin, la personnalité la plus extraordinaire jamais produite par la race humaine"...

  ...et enfin ces extraits d'un discours génial d'André Malraux en 1964 : "...Dans ce monde où Isabeau de Bavière avait signé à Troyes la mort de la France, dans ce monde où le dauphin doutait d'être dauphin, la France d'être la France, l'armée d'être une armée, elle refit l'armée, le roi, la France... "
" ...Et la première flamme vint, et avec elle le cri atroce qui allait faire écho, dans tous les coeurs chrétiens, au cri de la vierge lorsqu'elle vit monter la croix du Christ sur le ciel livide. De ce qui avait été la forêt de Brocéliande jusqu'aux cimetières de Terre sainte, la vieille chevalerie morte se leva dans ses tombes. Dans le silence de la nuit funèbre, écartant les mains jointes de leurs gisants de pierre, les preux de la Table ronde et les compagnons de Saint Louis, les premiers combattants tombés à la prise de Jérusalem et les derniers fidèles du petit roi lépreux, toute l'assemblée des rêves de la chrétienté regardait, de ses yeux d'ombre, monter les flammes qui allaient traverser les siècles, vers cette forme enfin immobile, qui devenait le corps brûlé de la chevalerie..."
"...Ce pauvre cœur qui avait battu pour la France comme jamais cœur ne battit, on le retrouva dans les cendres et l'on décida de le jeter à la Seine, afin que nul n'en fit des reliques... Le cœur descend le fleuve. Voici le soir. Sur la mer, les saints et les fées de l'arbre-aux-fées de Domrémy l'attendent. Et à l'aube toutes les fleurs marines remontent la Seine, dont les berges se couvrent des chardons bleus des sables, étoilés par les lys... La légende n'est pas si fausse. Ce ne sont pas les fleurs marines que ces cendres ont ramenées vers nous, c'est l'image la plus pure et la plus émouvante de France. Ô Jeanne sans sépulcre et sans portrait, toi qui savais que le tombeau des héros est le cœur des vivants, peu importent tes vingt mille statues, sans compter celles des églises : à tout ce pour quoi la France fut aimée tu as donné ton visage inconnu...
  Au nom de tous ceux qui sont ou qui seront ici, qu'elles te saluent sur la mer, toi qui a donné au monde la seule figure de victoire qui soit une figure de pitié !
"

  


* Selon la lettre de Perceval de Boulainvilliers écrite au Duc de Milan le 21 juin 1429.
Nota : la maison d'origine n'avait qu'un étage et le toit était en chaume. Elle était mitoyenne avec d'autres chaumières du village.


(extraits de "Jeanne d'Arc" d'Henri Wallon - 1860, "Jeanne d'Arc, histoire d'une âme" d'Olivier Rioult - 2010, "le roman de Jeanne d'Arc" de Mark Twain, discours d'André Malraux prononcé à Rouen le 30 mai 1964).

Logo : la bannière figurant sur le logo du site et Jeanne à cheval sur les formats imprimables sont des reconstitutions du "Colonel Liocourt - La mission de jeanne d'Arc - tome II - Editions latines".
Le dessin de Jeanne d'Arc au sacre de Charles VII est de Chesnot.
Le bas-relief représente la bataille des Tourelles à Orléans encadré des armes données par Charles VII à la famille d'Arc et de l'écu de Charles. VII.



Le dauphin raillé des Anglais
La bataille des harengs
Pothon négocie avec le Duc de Bourgogne pour sauver Orléans
Jeanne arrive à Chinon
Jeanne présentée au roi
Jeanne chasse les prostituées de l'armée
La libération d'Orléans
La prise de Jargeau
La bataille de Patay
La reddition de Troyes
La reddition de Châlons
Le couronnement de Charles VII à Reims
Le siège de Paris
La prise de Jeanne à Compiègne
Jeanne sur le bûcher de Rouen
maj : 10/01/2012
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