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Chronique d'Enguerrand de Monstrelet - index
L.II-66 - Comment le roy Charles de France et le duc de Bethfort et leurs puissances rencontrèrent l'un l'autre vers le Mont-Espilloy.

tem, après les besongnes dessusdictes, le duc de Bethfort véant qu'il ne povoit rencontrer le roy Charles et sa puissance à son advantage, et que pluiseurs villes et forteresces se rendoient à lui sans cop férir, ne faire quelque résistence, il se tira, à tout sa puissance, sur les marches de l'Isle-de-France, adfin de obvier que les principales villes ne se tournassent contre luy, comme avoient fait les aultres. Et d'aultre part, le roi Charles, qui jà estoit venu à Crespy, où il avoit esté receu et obéy comme souverain, se traist, à tout sa puissance, parmy le pays de Brie, en approuchant Sentis. Auquel lieu les deux puissances dessusdictes, est assavoir du roy Charles et du duc de Bethfort, trouvèrent l'un l'autre assez près du Mont-Espilloy (1), d'alès une ville nommée Le Bar. Si furent de chascune partie faictes grandes préparacions adfin de trouver advantaige pour combatre l'un l'autre. Et print le duc de Bethfort sa place en assez fort lieu. Et adossèrent aulcuns lieux, par derrière et de costé, de fortes hayes d'espines. Et au front devant estoient mis les archers en ordonnance, tous à pied, ayant chascun devant lui penchons aguisés, fichés devant eulx. Et ledit régent, à tout sa seigneurie et aultres nobles, estoient assez près desdiz archiers, en une seule bataille, où il y avoit entre aultres enseignes deux bannières, l'une de France et l'aultre d'Angleterre, et si estoit avec ycelles l'estendart de Saint George. Laquelle bannière de France portoit pour ce jour Jehan de Villiers, chevalier, seigneur de l'Isle-Adam. Et estoient lors avec ledit duc de Bethfort de six à huit cens combatans, des gens du duc de Bourgongne. Desquelz les principaulx estoient le seigneur de L'Isle-Adam, Jehan de Croy, Jehan de Créqui, Anthoine de Béthune, Jehan de Fosseux, le seigneur de Saveuses, messire Hue de Lannoy, Jehan de Brimeu, rnessire Jehan de Lalain, Jehan, bastart de Saint-Pol, et pluiseurs aultres gens de guerre. Desquelz les aulcuns en ce mesme jour furent fais nouveaulx chevaliers. Et le fut fait le bastart de Saint-Pol, de la main du duc de Bethfort, et les aultres, comme Jehan de Croy, Jehan de Créqui, Anthoine de Béthune, Jehan de Fosseux, le Liegois de Humières, par la main de aulcuns aultres nobles chevaliers.
  Après lesquelles besongnes ainsi mises en conduite, est assavoir les Anglois et ceulx de leur nacion tous ensamble du costé de ladicte bataille de la main senestre, et les Picars et aultres de la nacion de France estoient à l'autre costé. Et se tinrent ainsi en bataille comme dit est, par très longue espace. Et estoient mis si avantageusement que leurs ennemis ne povoient les envayr par derrière, si non à trop grand dommage et danger. Et avec ce estoient pourveus de vivres et autres neccesitez, de la bonne ville de Senlis, dont ilz estoient assez près.

  D'aultre costé, le roy Charles, avec ses princes et capitaines, fist ordonner ses batailles. Et furent en son avant-garde la plus grande partie des plus vaillans et expers hommes de guerre de sa compaignie, et les aultres demourèrent en sa bataille, excepté aulcuns qui furent commis sur le derrière au lez vers Paris, par manière de arrière-garde. Et avoit avec ledit roy très grand multitude de gens, trop plus sans comparaison qu'il n'y avoit en la compaignie des Anglois. Si y estoit Jehenne la Pucelle, tousjours ayant diverses oppinions ; une fois vueillant combatre ses ennemis, et autrefois non. Nientmains, les deux parties, comme dit est, estant l'un devant l'autre prestz pour combatre, furent ainsi sans eulx désordonner par l'espace de deux jours et deux nuis, ou environ. Durant lequel temps y eut pluiseurs grandes escarmuches, lesquelles racompter chascune à par soy seroit trop longue chose. Mais entre les aultres y en eut une, dure et ensanglantée, au costé vers les Picars, laquelle dura bien l'espace d'heure et demie. Et y estoient du costé du roy Charles, grand partie d'Escoçois et aultres gens en grand nombre, qui très fort et asprement se combatirent. Et par espécial les archiers d'ycelles parties tirèrent de leur trait moult courageusement et en très grand nombre, l'un contre l'autre. Si cuidoient aulcuns des plus sachans desdictes parties, véans la besongne ainsi multipliée, que point ne se deussent partir l'un de l'autre que l'une des parties ne feust desconfite et vaincue. Toutefois, ils se traisent les ungs arrière des autres. Mais ce ne fut mie qu'il en demourast de chascune partie de mors et de bléciés largement. Pour laquelle escarmuche le dessusdit duc de Bethfort fut grandement content des Picars, pour ce que à ceste fois s'estoient portés vaillamment. Et après qu'ilz se furent retrais, vint ledit duc de Bethfort au long de leur bataille, les remercier en plusieurs lieux, moult humblement, disant : « Mes amis, vous estes très bonne gent, et avez soustenu grand fais pour nous, dont nous vous remercions; et vous prions que se, il vous vient aucun affaire, que vous persévérez en votre vaillandise et hardement, »
  Esquels jours ycelles parties estoient en grand hayne les ungs contre les aultres, et n'estoit homme, de quelque estat qu'il fust, qui fust prins à finance, ains mettoient tout à mort sans pitié ne miséricorde, qu'ils povoient attaindre l'un de l'autre. Et comme je fus informé, en toutes ces escarmuches [eut de mort (2)] environ trois cens hommes, des deux parties. Mais je ne sçay de quel costé il y en eut le plus. En la fin desquelz deux jours dessusdiz ou environ, les deux parties se deslogèrent, les ungs de devant les aultres sans rien faire.

      

                                                   

  Après ces choses, le duc de Bedford, voyant qu'il ne pouvait rencontrer en une position avantageuse le roi Charles et son armée, et que plusieurs villes et forteresses lui faisaient soumission sans coup férir et sans résistance, se retira avec son armée sur les marches de l'Ile-de-France, dans le but d'empêcher que les principales villes ne se tournassent contre lui, ainsi qu'avaient fait les autres. D'autre part, le roi Charles, qui était déjà venu à Crépy, où il avait été reçu et obéi en souverain, se mit en marche à travers la Brie, en se rapprochant de Senlis. En ce lieu les armées du roi Charles et du duc de Bedford se trouvèrent l'une et l'autre fort près du Montépilloy, à côté d'une ville nommée Baron.
De part et d'autre on fit des préparatifs, afin de prendre des avantages pour le combat qui semblait imminent. Le duc de Bedford prit position en un fort lieu, s'adossant par derrière et sur les côtés à de fortes haies d'épines. Au front de l'armée il disposa les archers, en bon ordre, tous à pied, ayant chacun devant eux leurs pieux aiguisés, fichés en terre. Le régent, avec sa seigneurie et les autres nobles, était près des archers; ils étaient massés en un seul corps de bataille ; entre autres enseignes, on remarquait les deux bannières de France et d'Angleterre. Avec elles était l'étendard de Saint-Georges, porté ce jour-là par le chevalier Jean de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam. Dans l'armée de Bedford, l'on comptait de six à huit cents des gens du duc de Bourgogne. Les principaux étaient : le seigneur de l'Isle-Adam, Jean de Croy, Jean de Créquy, Antoine de Béthune, Jean le Fosseux, le seigneur de Saveuse, Messire Hue de Lannoy, Jean de Brimeu, Jean de Lannoy, Messire Simon de Lalaing, Jean, bâtard de Saint-Pol, et plusieurs autres hommes de guerre, parmi lesquels quelques-uns furent en ce jour faits chevaliers. Le bâtard de Saint-Pol le fut de la main du duc de Bedford ; les autres, comme Jean de Croy, Jean de Créquy, Antoine de Béthune, Jean le Fosseux, le Liégeois d'Humières, par les mains d'autres notables chevaliers.
  Toutes choses ainsi mises sur pied, il faut savoir que les Anglais et ceux de leur nation étaient réunis dans l'armée, sur la main gauche, tandis que les Picards et ceux de la nation de France étaient à l'opposé. Ils se tinrent ainsi en ordre de bataille, comme il a été dit, par un long espace de temps ; ils étaient campés si avantageusement qu'il ne pouvaient être envahis par derrière sans que les attaquants ne s'exposassent à de très grandes pertes et à grand danger ; avec cela ils étaient pourvus et rafraîchis de vivres et des autres choses nécessaires par la bonne ville de Senlis, qui était près. D'autre part, le roi Charles, avec ses princes et ses capitaines, fit ordonner ses combattants. L'on voyait dans son avant-garde la plus grande partie de ses plus vaillants et plus experts hommes de guerre ; les autres demeurèrent dans le corps de l'armée, où était le roi, excepté quelques-uns qui, par manière d'arrièree-garde, furent placés sur les derrières, du côté de Paris. Avec le roi se trouvait une très grande multitude de gens, bien plus sans comparaison qu'il n'en existait dans l'armée anglaise.

      

  Du côté de Charles, on voyait Jeanne la Pucelle, ayant toujours divers sentiments, tantôt voulant combattre ses ennemis, et tantôt non. Néanmoins les deux parties, ainsi l'une devant l'autre, prêtes au combat, furent sans se désordonner durant deux jours et deux nuits environ.
Pendant ce temps il y eut plusieurs grandes escarmouches et plusieurs attaques, qu'il serait trop long de raconter dans le détail. Entre les autres, il y en eut une, âpre et sanglante qui dura bien une heure et demie, du côté des Picards. Ceux qui donnèrent du côté du roi Charles étaient en grande partie des Écossais, et d'autres, en très grand nombre, qui combattirent très fort et très âprement; spécialement les archers des deux armées firent des décharges nombreuses de leurs traits avec beaucoup de courage. Quelques-uns des plus experts des deux armées, voyant ainsi les rencontres se multiplier, pensaient bien qu'on ne se séparerait pas, sans que l'une des deux ne fût mise en déroute et vaincue. Elles se séparèrent cependant, non sans que dans les deux camps, il y eût largement des morts et des blessés. Le duc de Bedford fut grandement content des Picards qui dans l'engagement s'étaient cette fois comportés vaillamment. A leur retour de la mêlée, le duc de Bedford passa plusieurs fois devant leurs rangs, les remerciant très humblement à plusieurs reprises, disant : « Mes amis, vous êtes de très bonnes gens, vous avez soutenu grand faix pour nous ; ce dont nous vous remercions très grandement ; et nous vous prions, s'il nous vient quelque affaire, que vous persévériez en votre vaillance et hardiesse. »
  En ces jours les parties étaient fort animées les unes contre les autres ; aucun homme, de quelque état qu'il fût, n'était pris à rançon ; mais, sans pitié ni miséricorde, tous ceux qui pouvaient être atteints, tant d'un côté que de l'autre, étaient mis à mort. Ainsi que j'en fus informé, il y eut dans ces escarmouches environ trois cents morts, les deux parties comprises ; mais je ne sais de quel côté ils furent les plus nombreux. Après ces deux jours, ou environ, les deux armées se séparèrent l'une de l'autre, sans plus rien faire.


                                                 


Source : La chronique d'Enguerrand de Monstrelet - Tome IV (L.Douët d'Arcq - 1860)
Mise en Français plus moderne : J.B.J. Ayroles, "La vraie Jeanne d'Arc" - t.III.


Notes :
1 Montepilloy (Oise), à quatre kilomètres de Senlis.

2 Le cas. 8346 omet ces mots, qui sont dans Vérard.




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