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07 décembre 2019  

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par Henri Wallon

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Procès de réhabilitation
L'enquête de 1452


n 1451, un évènement inattendu permit à Charles VII de  reprendre son projet et de donner à l'affaire une forme plus juridique.
  L'avènement de Mahomet II ayant mis en très grand péril l'Empire d'Orient, le pape conçut quelques inquiétudes pour ses propres domaines et envoya un légat à Paris pour réconcilier les rois de France et d'Angleterre, dont il réclamait le secours.
  Ce légat fut le cardinal d'Estouteville, issu d'une famille normande fort  ancienne, et proche parent de Charles VII par sa grand'mère, une soeur de Charles V devenue dame d'Harcourt.
  Ce prélat s'était distingué, dès son jeune âge, dans les sciences sacrées, et avait été élevé à la dignité d'êvêque d'Ostie, puis au Cardinalat (1). Il ne lui avait même manqué que troix voix pour être élu pape, concurremment avec Nicolas V.
  C'était donc un personnage des plus influents de la cour pontificale. Il serait difficile de compter, dit le père Ayroles (2), les évêchés, abbayes, prieurés et archevêchés accumulés sur sa tête, par suite d'un abus détestable, né du schisme,  et dont le concile de Trente n'eut que partiellement raison. Mais il faut dire à la décharge de l'illustre cardinal, qu'il fit un noble usage de tant de revenus, et qu'il laissa partout, à Rome, à Paris, au Mont St Michel, à Rouen etc... des marques de sa religieuse mugnificence.

                              

  Ce fut au cours de sa mission en France que le cardinal vint à Rouen pour y ouvrir une information d'office sur le procès de la Pucelle. Le 27 avril 1452, les conseillers de la Ville délibérèrent "d'aller à l'encontre de Monsr le cardinal d'Estouteville, légat de notre Saint Père le Pappe, à sa joieuse venue, lui faire la reverence de par la ville, jusques au nombre de trente à quarante notables de personnes, tant officiers que bourgeois." On s'y rendit "le 1er jour de may 1452..., jusques à Saint-Sever, et lui arrivé, l'on lui présenta de par la ville, pour l'onneur d'icelle en l'hostel de Monsr l'Archevesque, où il fut là logié, deux queues de vin excellent, l'un vin de Beaune et l'autre de vin françois"
  Il est certain que ce fut à l'instigation de Charles VII que le cardinal-légat ouvrit à Rouen l'enquête d'office sur le procès de Jeanne d'Arc, quoi qu'il n'en soit rien dit dans le préambule de l'information préliminaire faite en sa  présence (3). On y lit seulement "qu'à cause de la renommée générale, et de  beaucoup de rapports qui avaient lieu chaque jour, durant sa légation, sur le procès fait à Jeanne, après s'être adjoint le vénérable maître Jean Bréhal, inquisiteur," il a fait et a ordonné de faire quelques informations préliminaires et préparatoires, tant à Rouen qu'ailleurs.
  Assisté de Jean Bréhal, prieur du couvent des Jacobins à Paris, et inquisiteur de la foi En France, le cardinal d'Estouteville, d'office (ex officio mero), ouvrit l'instruction qui porta sur douze articles (4).
  Les témoins furent cités (5) à comparaitre devant le "prêtre de la sainte Église romaine, généralement appelé cardinal d'Estouteville, dans le manoir archiépiscopal de Rouen."
  Le prélat entendit cinq témoins : Manchon, Miget, Isambard de La Pierre, Cusquel et Ladvenu, qui durent déposer le 5 mai devant lui ; car dès le 6, appelé ailleurs, il délégua ses pouvoirs à Philippe de La Rose, trésorier de la cathédrale de Rouen.

  Ainsi, d'Estouteville ne consacra guère que trois jours à la révision du procès, l'un pour la citation, l'autre pour l'audition des témoins, et le troisième pour la délégation à Philippe de La Rose. (6)
  Ce chanoine, investi officiellement d'une mission qui devait lui permettre de relever le Chapitre de Rouen des fautes commises par nombre de ses membres en 1431, donna une nouvelle extension à l'enquête, par l'addition d'articles au formulaire des interrogatoires et par de nouveaux témoins qu'il appela.
  Il reprit l'information faite par le cardinal et, avec Bréhal, interrogea les témoins sur les vingt-sept articles produits par Me Guillaume Prevosteau, promoteur dans la cause. Il interrogea seize témoins et, le 10 mai, quatre jours après la délégation, les notaires Socius et Dauvergne collationnaient et signaient leurs dépositions.
  Le nom de Philippe de La Rose est donc attaché fort honorablement à la cause de la réhabilitation de la cause de la Pucelle à Rouen. Aussi avons nous relevé avec intérêt, aux archives de la Seine-Inférieure (maritime), à titre de curiosité, les premières lignes du  testament de ce chanoine, qui porte la date du 14 mai 1470. (7)
   Par cet acte de volonté il fondait un obit pour son anniversaire avec cent messes basses. Il donnait, en outre, à la fabrique vingt livres, et au chapitre  "cent livres pour les employer en prières et oraisons, et établir à perpétuité deux obits solennels de sorte que l'on puisse distribuer tousles ans cent sols de rente légués par ce testament, au profit des chanoines; chapelains, clercs etc...
   Philippe de La Rose a laissé, en outre, à la cathédrale de Rouen, un notable souvenir de sa générosité : nous voulons parler de la belle balustrade de pierre qui ferme la sachristie des chanoines, du côté du choeur, et dont les ogives ornées se détachent comme une gracieuse broderie sur l'ombre projetée par les hauts piliers qui l'enserrent dans ce bas-côté , si plein de poésie, de la vénérable basilique.
   Cette clôture, "du plus brillant style ogival décoratif du XV° siècle, découpée à jour et ornée de cinq  pilastres qui supportaient des statues disparues à la révolution" se termine par  une porte de fer, délicatement ajourée, qui fermait jadis l'entrée de ce célèbre trésor de la cathédrale, où étaient exposés les objets précieux d'orfèvrerie, les châsses etc... d'une richesse incomparable.
   Cette balustrade fut construite vers 1479, par Me Guillaume Pontif, aux frais de notre archidiacre-trésorier, chrgé de la garde de ce précieux trésor, qu'il voulait sans doute protéger, sans le dissimuler aux regards des pieux fidèles.
  Il n'est trop juste de signaler à la gratitude des nombreux et fervents admirateurs de la libératrice, le rôle important que joua alors Philippe de La Rose, qui s'attacha, l'un des premiers, avec zèle, à l'oeuvre de la réhabilitation.
   En effet cet ecclésiastique distingué, honoré de la confiance du cardinal, et investi d'une mission officielle, contribua utilement à l'évolution de la procédure qui devait plus tard gagner le Saint-Siège à la cause de la révision du procès de Jeanne d'Arc.
  L'information d'office, avait pour conséquence directe d'engager désormais l'église dans cette voie par ses représentants les plus autorisés et les plus compétents : l'inquisiteur et le légat du pape, secondés par le trésorier du chapitre de Rouen.
  Toutefois, la mission dont avait été chargé d'Estouteville, de rapprocher les
rois de France et d'Angleterre, pour la défense en commun de l'Europe menacée par les Turcs, n'était pas de nature à faciliter l'oeuvre commencée. En soulevant les voiles du procès, on allait mettre à jour forcément les violences et les passions qui l'avaient inspiré et dirigé. En cassant la sentence inique, on devait frapper de réprobation, aux yeux de l'Europe, ceux qui l'avaient provoquée et rendue.
   Ce n'était pas là faire grande avance à l'Angleterre : aussi l'enquête serait demeurée longtemps sans résultat, et la révision aurait même pu avorter, si le roi n'avait eu l'heureuse idée d'écarter la question politique et l'action d'une cour contre un jugement rendu par une autre cour, pour faire intervenir la famille de Jeanne, et réduire l'affaire, en apparence, aux proportions d'un simple débat d'intérêt privé.
   Les circonstances rappelèrent bientôt, d'ailleurs, le cardinal d'Estouteville à Rouen. L'archevêque Raoul Roussel, jadis assesseur au procès de condamnation, étant décédé le 31 décembre 1452, le Chapitre, appelé à élire son successeur, le 23 février 1453, partagea ses voix entre le trésorier, Philippe de La Rose et Richard Olivier, archidiacre d'Eu. (8)

  On convint alors que celui qui pourrait être porté le premier à l'autel par ses partisans serait le véritable archevêque. Singulier expédient, qui remettait à la force une décision qui ne devait appartenir qu'au mérite et à la vertu ! Pendant  la nuit, en effet, les compagnons du Vieux-Marché stationnèrent sur le parvis pour introduire Richard Olivier, à la première heure ; mais à leur grand désappointement ils trouvèrent en entrant Philippe de La Rose, que ses amis drapiers avaient fait passer par une fenêtre !
  Mécontent de ce résultat, Richard Olivier adressa une protestation au Chapitre et partit pour Rome où il fit approuver, dit-on, par le pape Nicolas V, la cession de son droit au cardinal d'Estouteville. Ce dernier écrivit lui-même au Chapitre qu'il venait d'être pourvu du siège de Rouen. Philippe de La Rose et les chanoines protestèrent d'abord contre cette violation de leurs droits mais Charles VII leur ayant signifié son désir que l'archevêché de Rouen fût "pourveu de personne à lui seure et seable," le  trésorier, forcément évincé, se retira. De son côté, le Chapitre s'inclina devant la volonté du roi, par considération pour son cousin le cardinal, normand  d'origine et bienfaiteur de l'église de Rouen. Il fit d'ailleurs, comme autrefois sous la domination anglaise, toutes réserves de ses droits, relativement à l'incompatibilité qui existait entre le cardinalat et le titre d'archevêque de Rouen ; ce siège ne pouvant être confié à un cardinal non résidant, ni être mis en commande, d'après les lettres émanées du Saint-Siège lui-même. La bulle du pape Nicolas V, relative à la nomination du cardinal, témoigne de ces difficultés et de ces réserves : car elle confirme que le Chapitre de Rouen dans le droit de nommer à l'archevêché, droit qu'il tenait de la pragmatique sanction, tout en conférant, néanmoins, "ledit archevêché à Guillaume d'Estouteville, cardinal". A ce document précieux est appendu le sceau de Nicolas V, relié au parchemin par un cordonnet.
  La lettre du roi (9), est souscrite de la signature de Charles VII, est une signification pure et simple de la volonté royale sous la forme précative usitée alors : "Si vous signiffions ces choses, afin   que en ce ne faites difficulté".
  L'archevêque de Narbonne, pourvu des lettres qui donnaient pleine satisfaction au Chapitre, relativement au principe de son droit d'élection, prit possession de l'archevêché pour le cardinal, et prêta serment le 9 juin 1453, sur une pierre élevée au centre de la salle capitulaire.
  Le prélat fit son entrée solennelle le 28 juillet 1454.
  On ne sait si le nouvel archevêque s'occupa du procès de révision aussitôt après son installation, car le pape Nicolas V persista dans ses hésitations jusqu'à sa mort. Ce qui est certain, c'est qu'immédiatement après l'élévation de Calixte III au souverain pontificat (8 avril 1455), il quitta Rouen pour se rendre à Rome, où il résida constamment auprès du pape qui "avait besoin de ses sages conseils". (10)
  Nous verrons bientôt que ce fut sous son inspiration, sinon sous sa dictée, que le Souverain Pontife autorisa officiellement la procédure de révision qui devait  aboutir à la réhabiltation de la glorieuse suppliciée.
  Avec le nouveau pape, et sous l'influence du nouvel archevêque de Rouen, la cause de Jeanne était gagnée !


Source : "Jeanne d'Arc et la Normandie au XV° siècle" - Albert Sarrazin - 1896.

Notes :
1 Il était cardinal-prêtre du titre de Saint Sylvestre et de St martin des Monts

2 La Pucelle devant l'Église ... p.234

3 Cela résulte d'une lettre du cardinal à Charles VII, qui établit en même temps la participation de Bouillé à la double-enquête faite à Rouen en 1452. D'Estouteville déclarait accomplir le bon plaisir du roi : "Et pour ce que je say que la chose touche grandement votre honneur et estat, m'y suis employé de tout mon pouvoir et m'y emploiyeray tousjours." (22 mai).

4 Au moment où l'on commençait à s'occuper de la révision du procès, on était loin d'être rassuré, à Rouen, sur les entreprises des Anglais. On redoutait toujours un retour offensif des anciens ennemis qui avaient opprimé la ville pendant tant d'années. En 1455, on prenait encore des précautions pour la sûreté de la ville contre les Anglais.

5 La citation est du 4 mai 1452.

6 Il se rendit ensuite avec Jean Bréhal à Rouen où il établit des Indulgences à  l'occasion de la célébration de la fête du 8 mai, considérant, sans doute, la réhabilitation comme réalisée en fait, sinon en droit. (O'Reilly t.II, p.514)

7 Philippe de La Rose décéda en 1479. Il est enterré dans la cathédrale de Rouen.

8 Le 1er mars 1452, le chapitre nomme Philippe de La Rose à l'archevêché de Rouen. Opposition d'une partie du Chapitre à cette nomination ; les voix s'étant partagées entre lui et Richard Olivier, on décide d'envoyer une députation au Roi.

9 "Chiers et ben amez. les gens de nostre cousin le cardinal d'Estouteville sont venus par deuers nous et nous ont fait dire et demonstrer comme nostre saint pere a promeu nostre dit cousin a larceveschie de Rouen, lequel nostre cousin nous a escript quil veult demourer sur le lieu et y faire residence et pour ce que nous auons grant interest que a icelle eglise soit pourveu de personne a nous seure et seable et que nous saurons nostre dit cousin estre tel et qu'il est délibéré ainsi quil nous a secript de venir demourer sur le lieu. Nous auons este et sommes contens  que nostred. cousin le cardinal ou ses gens et procureurs portant les lectres de la
dicte promotion soient receuz a la possession et saisine d'icelle eglise comme il est a coustume a faire en tel cas. Si vous signifions ces choses afin que en ce ne faittes difficulté.
Donné a Saint Jehan dangeli le XXI° jour de juing." Charles.

10 Il mourut à Rome en 1483, doyen du Sacré-Collège, âgé de plus de quatre-vingts ans et ayant mérité cet éloge de la Sainte Église romaine : "Comumna et lumen santæ Romanæ Ecclesiæ" Lorsqu'il fut surpris par la mort, il se préparait à revenir à Rouen pour se consacrer tout à fait au service de son église, et se préoccupait de sa sépulture, d'après les lettres communiquées au Chapitre en 1482, par le Chanoine Jean Masquerel. Il fut inhumé dans le monastère des Ermites de Saint- Augsutin de Rome, mais son coeur fut envoyé à Rouen, où le Chapitre le fit déposer solennellement à la Cathédrale.


 

Procès de réhabilitation

Présentation :

- Les sources
- L'enquête de 1450
- L'enquête de 1452

Procès :
- Plan du procès
- Sentence




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