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21 août 2014  

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par Henri Wallon

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Procès de réhabilitation
L'enquête de 1450


l s'était écoulé déjà près de vingt années depuis le supplice de l'héroïne qui avait servi Charles VII avec tant de coeur, lorsque ce monarque fit entendre pour la première fois une parole de protestation !
  S'il est vrai que la réhabilitation de Jeanne d'Arc soit "l'un des actes qui honorent le plus son règne" (1), cette tardive réparation a servi de thème à des accusations nombreuses et à des critiques qu'il est difficile d'écarter absolument.
  De nombreux historiens ont relevé l'attitude indifférente du roi pendant les vingt années qui précédèrent le relèvement définitif de son autorité en France. Lorsqu'il se décida enfin à donner un souvenir à la suppliciée du Vieux-Marché, il n'aurait obéi, d'après Quicherat, qu'à la préoccupation toute personnelle de se laver du  reproche d'avoir été conduit au sacre de Reims par une hérétique (2). Peut-être aussi voulut-il jeter un voile sur ses trahisons envers la Pucelle.

  On a combattu ces assertions, d'autre part, en faisant remarquer que Charles VII ne pouvait entreprendre utilement la révision du procès de Jeanne avant d'avoir  repris Paris où l'Université avait joué un rôle si important, ni avant d'être rentré à Rouen, théâtre de la condamnation et du supplice. Il fallait aussi que les circonstances politiques permissent d'obtenir l'agrément du Saint-Siège, seule autorité compétente pour réviser une sentence rendue par des juges ecclésiastiques.
  Malgré la justesse de ces observations générales, on reste néanmoins frappé de ce que, la première pensée du roi, après les fêtes brillantes qui signalèrent la libération de Rouen, ne parut pas être pour la victime dont il retrouvait là, plus que partout ailleurs, l'émouvant et douloureux souvenir.
  C'était à Rouen, pourtant, qu'il pouvait entendre les témoins de la passion et du martyre, et voir les pièces du juridique assassinat, suivant l'expression du Père Ayroles. C'était là aussi qu'on avait voulu "le frapper lui-même à travers la victime du Vieux-Marché".

  Cependant plusieurs mois s'écoulèrent, en fait, avant qu'il manifestât une velléité de révision. Ce fut seulement le 15 février 1450, quelques jours après la mort d'Agnès Sorel, coïncidence assez curieuse, qu'étant rentré à Rouen, il donna des lettres de commission à Guillaume Bouillé (2), universitaire de Paris, pour instruire la cause.
  Dans ces lettres, datées de Rouen, et rédigées en Français, le Roi s'exprimait ainsi :
     "CHARLES, par la grâce de Dieu, roy de France, à nostre amé et féal conseiller, maistre Guillaume Bouillé, docteur en théologie, salut et dilection. Comme jà pieçà Jehanne la Pucelle eust été prinse et appréhendée par nos anciens ennemis et adversaires, les Anglois, et amenée en ceste ville de Rouen, contre laquelle ilz eussent fait faire tel quel procez, par certaines personnes à ce commis et députez par eulx ; en faisant lequel procez, ilz eussent et ayent fait et commis plusieurs faultes et abbus, et tellement que moyennant ledit procezet la grant haine que nos [ditz] ennemis avoient contre elle, la firent morir iniquement et contre raison, très cruellement ; et pour ce que nous voulons savoir la vérité dudit procez, et la manière comment il a esté déduit et procédé : vous mandons et commandons, et expressément enjoingnons que vous vous enquerez et informez bien et diligentement de [et] sur ce que dit est, et l'informacion par vous sur ce faicte, apportez ou envoyez stablement close et scellée par devers nous et les gens de notre Grant Conseil ; et avec ce, tous ceulx que vous saurez qui auront aucunes escriptures, procez, ou autres choses touchant la matière, contraignez les par toutes voyes deues et que verrez estre à faire , à les vous bailler pour les nous apporter ou envoyer, pour pourveoir sur ce ainsi que verrons estre à faire et qu'il appartiendra par raison ; [car] de ce faire vous donnons pouvoir, commission et mandement especial par ces présentes. Si mandons et commandons à tous nos officiers, justiciers et subgetz, que à vous et à vos commis et députez, en ce faisant, ilz obéissent et entendent diligemment.
Donné à Rouen, le quinziesme jour de février, l'an de grâce mil quatre cens quarante neuf (1), et de nostre règne le vingt huictiesme.
Sic signatum : Par le Roy, à la relacion du Grant Conseil, Daniel (3)
.

  Guillaume Bouillé, recteur de l'Université de Paris en 1439, doyen de la cathédrale de Noyon, docteur en théologie, avait le titre de conseiller, dont Charles VII honorait les personnages de mérite.
  C'était un universitaire qui était appelé ainsi à réviser l'oeuvre inspirée et en grande partie dirigée par les universitaires. Nous sommes au début de la solemnelle enquête qui conservera à la postérité les traits de cette merveilleuse figure de la Pucelle, "enquête la plus vaste et la plus consciencieuse dont un personnage historique ait été l'objet" (4)
Guillaume Bouillé se mit à l'oeuvre et dès le 4 et 5 mars 1450, il procédait à l'interrogatoire des sept témoins dont les noms suivent : Frères Jean Toutmouillé, docteur en théologie ; Ysambart de La Pierre, l'un des principaux assesseurs du procès ; Martin Ladvenu "espécial confesseur et conducteur de la Pucelle en ses derniers jours ; Guillaume Duval, docteur en théologie ; Guillaume Manchon, greffier au procès de Jeanne d'Arc, alors curé de St Nicolas de Rouen ; Jean Massieu, devenu curé de Saint-Candé-le-Vieil, jadis doyen de la chrétienté, appariteur au procès de condamnation et enfin, Jean Beaupère, docteur en théologie, l'un de ceux qui avaient joué un rôle considérable dans la procèdure de Pierre Cauchon.

  Ces témoins étaient assurément d'une haute importance pour la direction à donner au procès de révision. On a cependant reproché à Bouillé d'avoir dispensé certains témoins de comparaître, et d'en avoir systématiquement écarté d'autres qui auraient pu déposer de faits importants. Bien plus, on aurait mutilé et supprimé des dépositions. Quicherat, l'éminent vulgarisateur des procès de condamnation et de réhabilitation, a même porté ce jugement sévère : "Si nous savons la vérité sur l'opinion que Jeanne avait de sa mission, si aucune partie essentielle ne nous échappe plus aujourd'hui, ce n'est point grâce au procès de réhabilitation, c'est malgré le procès !" (5)
  Ces appréciations paraissent excessives et passionnées. Sont-elles erronées et absolument injustes ? Nombre d'auteurs ont essayé de le démontrer.
  Sans prendre parti dans cette querelle de savants, d'écoles et de tendances si opposées, et tout en reconnaissant, avec le Père Ayroles, que c'est à l'église romaine qu'on doit les cent-huit dépositions qui ont restitué la véritable  physionomie de la Pucelle, surtout au point de vue théologique, nous ne pouvons oublier que nous avons bien souvent relevé des inexactitudes flagrantes chez plusieurs des principaux témoins du procès de révision (6).
  En outre, il est indiscutable que l'on n'entendit pas alors Raoul Roussel, qui avait pris une part fort active à la condamnation de Jeanne, et que sa qualité d'archevêque de Rouen plaçait dans une situation des plus fausses. On n'entendit pas davantage le vice-inquisiteur, Jean Lemaître, qui était resté
à Rouen avec ce titre et aussi comme prieur des Jacobins. Sans doute ces personnages parurent trop intéressés dans l'affaire (7) ; mais on ne peut que regretter vivement,  avec M. de Beaurepaire, les motifs de crainte ou de discrétion qui les écartèrent de la procédure dans laquelle Beaupère était appelé. Il nous semble que le vice-inquisiteur qui, finalement, avait fait taire ses premiers scrupules et avait assumé une si grave responsabilité, aurait dû être pris à partie. Il eût été intéressant, dans tous les cas, de l'interpeller sur les errements irréguliers du procès de 1431, et de connaitre son opinion, en consignant régulièrement ses réponses.

  Quoi qu'il en soit, et ces réserves faites, il faut reconnaitre que les sept témoins entendus par Bouillé ouvraient avec éclat le défilé des nombreux personnages qui allaient témoigner tour à tour, en présence des contemporains de la Pucelle, de son patriotisme, de son orthodoxie et de ses merveilleux exploits !
  Ces dépositions, rédigées en Français et faites avec toute latitude, mirent en lumière l'esprit de haine et de vengeance perverse qui avait animé ses juges (8), leur intention de porter atteinte à l'honneur du Roi ; les outrages et les traitements barbares infligés à la victime ; l'acharnement de l'évêque de Beauvais ; les menaces proférées contre quelques assesseurs plus humains ; les manoeuvres du chanoine Loyseleur ; les irrégularités et nullités de la procédure ; le caractère subtil et  cauteleux des interrogatoires ; la véhémente protestation de Jeanne au cimetière de Saint-Ouen ; enfin sa mort admirable et l'émotion du peuple qui en avait été témoin !
  N'était-ce pas en substance tout le procès de Réhabilitation, et Bouillé n'avait-il pas réuni toutes les preuves nécessaires pour obtenir le concours de la papauté à  cette oeuvre de justice et de réparation ?
  Pourtant, la cour de Rome, circonvenue par la diplomatie anglaise si prompte  autrefois à égarer l'opinion en Europe, ne se montra pas disposée alors à suivre  Charles VII dans cette première tentative. Il fut payé à "maistre Guillaume Bouillé, maître en théologie et doyen de Noion, la somme de cent livres tournois, à lui ordonnée..., que le roy nostre sire lui a  donné pour vacquer et besoigner en aucunes choses touchant le fait de feue Jehanne la Pucelle que les Anglais firent ardoir à Rouen" (9); mais l'information à laquelle il avait procédé n'eut pas de suite immédiate, et le procès de Réhabilitation ne   devait aboutir qu'en 1455.
  L'intervention de Charles VII ne pouvait que créer des difficultés politiques et, comme l'a dit justement M.Wallon, ce procès qui avait été fait par l'Église ne  devait être aboli que par elle (10).

Auditions de 1450 :
- Ysambard de la Pierre
- Jean Toutmouillé
- Martin Lavenu
- Guillaume Duval
- Guillaume Manchon
- Jean Massieu
- Jean Beaupère.


                             


Source : "Jeanne d'Arc et la Normandie au XV° siècle" - Albert Sarrazin - 1896.
Jules Quicherat - Procès t.II.

Notes :
1 1450 dans le calendrier actuel.

2 Guillaume Bouillé fut d'abord proviseur du collège de Beauvais à Paris, procureur de la nation de France (1434 et 1437), puis recteur de l'Université (1439). S'étant livré ensuite à la théologie, il se distingua dans cette faculté ; et en obtint le décanat. Doyen de la cathédrale de Noyon, doyen de Saint-Florent de Roye, et chapelain de Saint-Cuthbert aux Mathurins de Paris, il fut créé membre du Grand-Conseil par Charles VII, qui le chargea en cette qualité d'une ambassade à Rome. Le premier mémoire écrit contre la validité du jugement de Pierre Cauchon, est de lui. On trouvera un extrait de cet ouvrage au chap. VIII de la procédure, et l'on verra, d'après le préambule, qu'il a dû être composé avant la délivrance des pouvoirs énoncés dans la présente commission : Guillaume Bouillé paraitra plus d'une fois comme témoin dans le procès de réhabilitation, qu'il suivit avec autant d'assiduité que le lui permirent ses occupations nombreuses, et la discorde de l'Université et des Mendiants, pendant laquelle il eut à plaider plusieurs fois au parlement de Paris. En 1466, il renonça à ses bénéfices. En 1473, on le trouve mentionné dans l'ordonnance de Louis XI contre les Nominalistes. Enfin, il mourut en 1476, ayant prescrit à ses exécuteurs testamentaires de l'inhumer à Noyon sans pompe et sans monument. (DUBOULAY, Hist. univ. Paris., t. V, p. 441, 601, 875, 921. - Gallia Chrisliana, t. IX, col. 1035. - Ordonnances des rois de France, t. XVII , p. 609.)

3 Edmond Richer ajoute à la copie qu'il donne de cette pièce : "Avec paraphe et scellé de cire jaune sur simple queue ; et sur ledit sceau, couvert de parchemin, est escrit : "Mandatum regis ad Guillelmum Bouillé, decanum a Noviomensem super informacione facienda de processu alias facto contra Johannam dictam la Pucelle. (Manuscrit Fontanieu).

4 Du Fresne de Beaucourt, t.V, p.359.

5 Quicherat - Aperçus nouveaux p.149, 150, 154.

6 Nous ajouterons à notre tour que cela parait bien normal vingt-cinq ans après les faits ! (ndlr)

7 De Beaurepaire, "Notes sur les juges et les assesseurs...", p.26

8 Quicherat, Procès, t.II p.1 à 21

9 Manuscrit du XV° siècle contenant un fragment des comptes des sommes payées par le Trésor Royal, vendu à la salle Drouot en 1894.

10 NDLR : Paul Doncoeur fait remarquer avec exactitude que cette enquête de 1450 a soit été stoppée, soit ce qui nous est parvenu est incomplet car les 7 auditions sont réalisées en 2 jours puis... un arrêt brutal sans aucune justification écrite (Paul Doncoeur - Documents et recherches sur la Pucelle - t.III).

Le notaire qui assiste Guillaume Bouillé en 1450 est Compaing Votes, notaire qui reparaitra dans l'enquête de 1452.

Quicherat dans son tome II a suivi l'édition de L'Averdy (ms de Soubise) qui est fautive sur plusieurs points.
Paul Doncœur se sert à juste titre de la rédaction primitive datant de la fin du XV° siècle de la "Relation sommaire des deux procès". L'auteur de cette récapitulation inestimable est inconnu (Paul Doncœur - Documents et recherches sur la Pucelle - Tome III). L'original des 4 premières dépositions y est en latin.
Edmond Richer (1560-1631), dans son "Histoire de la Pucelle d'Orléans", qui a vu et lu cette enquête de G. Bouillé malheureusement ne la reproduit pas !

Pierre Duparc n'a pas repris cette enquête de 1450 dans son procès en nullité de la condamnation de Jeanne d'Arc - tomes I & II.

Ajoutons qu'il ne fait pas de doute que le souci de Charles VII est plus de réhabiliter son propre honneur que de réhabiliter la mémoire de celle qui lui a sauvé son royaume. Ni Bouillé lui-même, dans son codicille, ni le Cardinal d'Estouteville en 1452, ne s'en cachent. Il ne faut pas que l'on puisse reprocher au Roi de devoir son royaume à une hérétique !


 

Procès de réhabilitation

Présentation :

- Les sources
- L'enquête de 1450
- L'enquête de 1452

Procès :
- Plan du procès
- Sentence




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