Procès
de réhabilitation
Le
summarium de l'inquisiteur Jean BRÉHAL - Présentation. |
et
opuscule, destiné par l'auteur à être communiqué
aux docteurs que l'on consulterait, n'est ni une discussion juridique,
ni une appréciation motivée des points litigieux.
On dirait plutôt une table des matières, divisée
en six articles, suivant une disposition uniforme : d'abord, l'énoncé
général et très succinct du fait qui a servi
de base à l'accusation ; puis un groupement des réponses
qui s'y rapportent, fidèlement extraites des procès-verbaux
; enfin, sous forme de question à résoudre, l'examen
des qualificatifs de la sentence au regard des faits constatés.
Le Summarium existe, à notre connaissance
dans trois manuscrits de la bibliothèque nationale de Paris
:
1° Dans le manuscrit, fonds latin 12722 qui est du XY"
siècle, il n'a pas de titre. Il commence par ces mots : "Articuli
graviores et principaliores ipsius Johanne Puelle, super quibus
est deliberandum, videlicet : primus, quod asseruit...etc"
; et il se termine par ceux-ci :
"finit Summarium fratris Johannis Brehalli, inquisitoris
fidei". Cet exemplaire semble avoir appartenu à
l'inquisiteur lui-même car la signature de Jean Bréhal
s'y trouve en plusieurs endroits (1)
qu'il a contresignés notamment à la fin des mémoires
de l'avocat consistorial Paul Pontanus, et de l'auditeur de Rote
Théodore Leliis. Quicherat a connu ce manuscrit : il donne
en effet (2) sous le titre de Summarium,
l'incipit du sommaire de Bréhal, l'énoncé de
quelques chapitres, et le colophon. Cependant, à la table
générale (3), il l'intitule
: Questions de théologies proposées par lui [Bréhal]
sur le procès. M. Lanéry d'Arc s'est contenté
(4) de signaler le ms.12722 d'après
les indications de Quicherat.
2° Dans le manuscrit, fonds latin 13837, qui est également
du XV° siècle, le Summarium de Bréhal est
tel que dans le ms. 12722. Il commence et finit de même. M.
Lanéry d'Arc fait aussi mention (5)
de ce deuxième manuscrit .
3° Une copie d'origine moderne se trouve dans le ms. fonds latin
9790 (ancien 1033 suppl.lat). Ce registre intitulé Varia
de Joanna d'Arc est une transcription des mss.3878 et 2284 du
fonds ottobonien, au Vatican, transcription exécutée
en 1787 pour la bibliothèque du roi, par les soins du Cardinal
de Bernis, de l'Académie des Belles-Lettres, alors ambassadeur
auprès du saint-Siège, et d'après les ordres
du baron de Breteuil, ministre et secrétaire d'État.
Or le ms. 2284 du fonds Ottoboni appartenait jadis au couvent des
Dominicains de Vienne (Autriche). Il renferme principalement les
pièces envoyées par l'inquisiteur de France au fr.
Léonard de Brixenthal, savoir : une lettre explicative dont
il sera parlé plus loin, le Summarium ou questionnaire
sur le procès, et deux mémoires consultatifs, l'un
de Théodore de Leliis et l'autre de Paul Pontanus. Mais loin
d'être un original, comme l'affirme à deux reprises
M. Lanéry d'Arc (6), c'est une
assez mauvaise copie, qui parait être la besogne d'un écrivain
peu soigneux ou peu intelligent : car, avec des erreurs de lecture
parfois grossières, on y rencontre des distractions ou des
lapsus plus que bizarres. Le Summarium notamment y est défiguré
et incomplet : le copiste allemand a confondu la fin du mémoire
de Pontanus avec le commencement du sommaire de Bréhal (7),
et il a omis entièrement le chapitre final de celui-ci.
Quicherat n'a pas pris garde à
cette erreur, puisqu'il se borne à la remarque suivante (8)
: "la leçon du ms. ottobonien est précédée
d'une some d'argument que voici : quia ipsa Johanna in cedula abjuracionis,
etc...". L'étrangeté d'un pareil début
aurait dû pourtant éveiller l'attention et provoquer
les recherches du savant paléographe, trop dédaigneux
à l'endroit des documents théologiques. M. Lanéry
d'Arc, sur la foi du maître, a reproduit le texte fautif,
sans le contrôler avec les autres manuscrits qu'il connaissait.
Sa méprise ici est d'autant plus inexplicable qu'il a édité
le mémoire de Paul Pontanus (9),
y compris tout le dernier paragraphe. Comment se fait-il qu'il n'ait
pas hésité à imprimer de nouveau quelques pages
plus loin ce même paragraphe, comme s'il appartenait également
au sommaire de Bréhal. Rien n'indique d'ailleurs qu'il ait
remarqué cette singulière répétition.
Quoi qu'il en soit, nous avons voulu éviter ces
errements fâcheux. Sachant que le manuscrit ottobonien n'est
pas un original et que les fautes y pullulent, tandis que les mss.
12722 et 13837 de la Bibliothèque nationale sont plus corrects,
et que l'un d'eux porte la signature de Bréhal auquel il
a probablement appartenu, notre devoir était de reproduire
le texte dans sa pureté native et dans son intégrité.
En éditant le Summarium d'après un exemplaire
authentique [ms. lat. 12722], nous n'avons pas négligé
de le confronter avec les autres copies, et même avec le codex
ottobonien du Vatican, afin de pouvoir signaler dans les notes les
variantes qui nous sembleraient dignes d'attention (10).
De plus, au lieu d'une simple référence,
qui obligerait à feuilleter sans relâche les volumes
de Quicherat, nous avons mis au bas des pages les textes mêmes
des procès-verbaux qui se rapportent directement aux assertions
de ce mémoire. Le lecteur pourra ainsi plus aisément
apprécier la parfaite exactitude du résumé
soumis à la délibération des consulteurs.
Texte commenté du Summarium
Source
: "Jean Bréhal et la réhabilitation de
Jeanne d'Arc" - par les R.P. Marie-Joseph Belon & François
Balme - 1893
Notes :
1 Le Summarium est sans contreseing ; l'auteur s'est contenté
de mettre au colophon le titre de l'opuscule avec son nom, sans
y ajouter aucune des qualifications honorifïques employées
par les copistes, lorsqu'ils désignent une tierce personne.
Nous y avons également remarqué en tête
du premier traité de Pontanus et du second mémoire
de Theodore de Leliis les mots Jhesus et Jhesus Maria, placés
suivant l'usage à peu près universel des écrivains
religieux comme une sorte d'épigraphe ou de dédicace.
Ils paraissent être de la même main que la signature
de Bréhal. L'inspection du manuscrit tout entier, et
surtout la comparaison des caractères, nous induit à
penser que l'inquisiteur l'avait copié lui-même
pour son usage personnel.
2 Quicherat : Procès... t.II, p.68
3 Quicherat : Procès... t.V, p.498
4 M.Lanéry d'Arc : Mémoires et consultations...
p.92 note.
5 M.Lanéry d'Arc : Mémoires et consultations...
p.92 note.
6 M.Lanéry d'Arc : Mémoires et consultations...
p.55 note, et p.92 note.
7 On lit en effet : "Cetera suppleat prudencia consultorum"
puis la signature de Paul Pontanus et immédiatement après
tout le paragraphe qui commence par ces mots, "qui ipsa
Johanna in cedula abjurationis sentencia condempnacionis...",
et qui finit par ceux-ci "an juxta contenta in processu
fuerit censenda talis". Aucun titre, ni indication quelquonque
ne sépare ce paragraphe de celui qui est le premier du
Summarium : "Principaloria puncta atque graviora,
etc..." - L'examen du ms.12722 de la bibliothèque
nationale nous a suggéré la cause probable de
cette confusion. Le passage commençant par les mots quia
ipsa Johanna in cedula abjurationis... n'a pas été
inséré à sa vraie place, c'est à
dire avant cetera suppleat ... et la signature de Pontanus.
Lorsque le copiste s'est aperçu de l'omission, il avait
déjà transcrit le texte en langue vulgaire de
l'abjuration
de la Pucelle, et c'est seulement au f°14v° qu'il a
réparé son oubli ; mais il a eu soin au f°13v°
d'indiquer le renvoi. - Un fait analogue a pu se produire dans
l'exemlaire aujourd'hui perdu, que l'inquisiteur envoya à
Vienne. le transcripteur allemand n'ayant pas pris garde au
renvoi, ou ne l'ayant pas compris, ne l'a pas mentionné,
et a laissé le paragraphe supplémentaire après
la signature de Pontanus et en tête du Summarium de Bréhal
- Telle est, croyons-nous l'origine de la confusion qui s'est
perpétuée jusqu'ici.
8 Quicherat : Procès... t.V, p.429
9 M. Lanéry d'Arc: Mémoires el consultations.
.. pp.55-71.
10 Un élève distingué de l'Ecole française
de Rome, M. Jean Guiraud, a bien voulu collationner pour nous
le ms. ottobonion 2284. Nous ne saurions trop le remercier de
son utile concours et de l'obligeance avec laquelIe il s'est
empressé de déférer à noire désir.
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