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27 septembre 2020  

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Procès de réhabilitation
Déposition de Jean Massieu en 1450

  Messire Jehan MASSIEU, presbtre, curé de l'une des portions de l'eglise parrochial Sainct Candre de Rouen, jadis doyen de la chretienté de Rouen, de l'aage de cinquante ans ou environ, juré et examiné le cinquiesme jour de mars,

  dit que fust au procés de ladicte Jehanne, toutes les foys qu'elle fust presentee en jugement devant les juges et clercs, et a cause de son office, estoit deputé clerc de messire Jehan Benedicite (1), promoteur en la cause, pour citer ladicte Jehanne et tous aultres qui seroient a esvoquer en icelle cause. Et semble audit deposant, veu ce qu'il veist, que on proceda par hayne, par faveur, et en deprimant l'honneur du roy de France, auquel elle servoit, et par vengeance, et affin de la faire mourir ; et non pas selon raison et l'honneur de Dieu et de la foy catholique. Meu a ce dire, car, quant monsieur de Beauvoys, qui estoit juge en la cause, acompaigné de six clercs, c'est assavoir Beaupere, Midi, Morisse, Touraine, Courcelles et Feullet, ou aucun aultre en son lieu, premierement l'interrogoit, devant qu'elle eust donné sa responce a ung aultre des assistens, luy interectoit une aultre question, par quoy elle estoit souvent precipitee et troublee en ses responces. Et aussi, comme ledit deposant par plusieurs foys amenast icelle Jehanne du lieu de la prison au lieu de la juridition, et passoit par devant la chappelle du chastel, et iceluy deposant souffrist, a la requeste de ladicte Jehanne, que, en passant, elle feist son oraison, iceluy deposant lu de ce plusieurs foys repris par ledit Benedicite, promoteur de ladicte cause, en luy disant : « Truant, qui te fait sy hardi de laisser approcher celle putain excommuniee de l'eglise, sans licence. Je te ferai mectre en telle tour que tu ne verras lune ne soleil d'icy a ung moys, si tu le faiz plus. » Et quand ledit promoteur appercheust que ledit deposant ne obeissoit point a ce, ledit Benedicite se mist par plusieurs foys au devant de l'uys de la chappelle, entre iceulx deposant et Jehanne, pour empescher que elle ne feist son oraison devant ladicte chappelle. Et demandoit expressement la dicte Jehanne : « Y est le corps Jesucrist ? » Meu aussi a ce, car il, la ramenant en la prison de devant les juges, la quarte ou quinte journee, ung prestre, appellé messire Eustace Turquetil, interroga ledit deposant : « Que te semble de ses responses ? Sera elle arse ? Que sera ce ? » Auquel ledit deposant respondi : « Jusques cy, je n'ay veu que bien et honneur a elle ; mais la fin, je ne sçay quelle elle sera. Dieu le saiche ! » Laquelle responce fut par ledit prestre repportee vers les gens du roy. Et fut relaté que ledit deposant n'estoit pas bon pour le roy. Et a celle occasion fu mandé, la relevee, par ledit monsieur de Beauvoys, juge et luy parla des dittes choses, en luy disant que il se gardast de mesprendre ; ou on luy feroit boire une foys plus que raison. Et luy semble que, ce n'eut esté le notaire Manchon, qui l'excusa, il n'en fust oncques eschappé.
  Item, dit que, quant elle fut menee a Sainct Ouen pour estre preschee par maistre Guillaume Erard, durant le preschement, environ la moitié du preschement, apres ce que ladicte Jehanne eust esté moult blasmee de parolle par ledit prescheur, cria a haulte voix ledit Erard, disant ses parolles : « France, tu es bien abusee qui as tousjours esté la chambre tres chrestienne. Et Charles, qui se dit roy et de toi gouverneur, c'est adheré comme heretique et scismatique, tel est il, aux parolles et faitz d'une femme inutile, diffamee, et de tout deshonneur plaine. Et non pas luy seullement, mais le clergé de son obeissance et seigneurie, par lequel elle a esté examinee et non reprinse, comme elle a dit. » Et dudit roy repliqua a deux ou troys foys icelles parolles ; et puis, soy adreschant a ladicte Jehanne, dist en effet, en levant le doy : « C'est a toy, Jehanne, a qui je parle ; et te dis que ton roy est heretique et scismatique. » A quoy elle respondi : « Par ma foy, sire, reverence gardee, je ouse dire, sur paine de ma vie, que c'est le plus noble chrestien de tous les chrestiens, et qui mieulx ayme la foy et l'Eglise et n'est point tel comme vous dittes. » Et lors dist ledit prescheur a cil qui parle : « Fay la taire ! »
  Item, dit que ladicte Jehanne n'eust oncques aucun conseulx. Et luy souvient bien que ledit Oyseleur fut une foys ordonné a la conseilliez lequel luy estoit contraire, plustot pour la decepvoir que la conduyre.
  Item, dist que ledit Erard, en la fin du preschement, leust une cedulle contenant les articles de quoy il la causoit de abjurer et revoquer. A quoy ladicte Jehanne luy respondi que elle ne entendoit point que c'estoit a dire : abjurer. Et que sur ce elle demanda conseil. Et alors, fut dit par ledit Erard a cil qui parle, que il la conseillast sur cela. Et donc, aprés excusation de ce faire, luy dist que c'estoit a dire que, ce elle alloit encontre aucun desditz articles, el seroit arse. Mais luy conseilloit que elle se raportast a l'Eglise universaire se elle devoit adjurer lesditz articles ou non. Laquelle chose elle fist, en disant a haulte voix audit Erard : « Je me raporte a l'Eglise universaire se les doy abjurer ou non ». A quoy luy fut respondu par ledit Erard : « Tu les abjureras presentement, ou tu seras arse. » Et de fait, avant qu'elle partist de la place, les abjura ; et fist une croix de une pleume que luy bailla ledit deposant.
  Item, dist celuy qui parle que, au departement dudit sermon, advisa laditte Jehanne que elle requist qu'elle fust menee aux prisons de l'Eglise ; et que raison estoit que es prisons de l'Eglise fut mise, puisque l'Eglise la condemnoit. La chose fut requise a l'evesque de Beauvoys par aucuns assistens, desquelz il ne soit les noms. A quoy ledit evesque respondi : « Menez la eu chastel, dont elle est venue. » Et ainsy fut fait. Et ce jour, aprés disner, en la presence du conseil de l'Eglise, depousa l'habit de homme, et print habit de femme, ainsy que ordonné luy estoit. Et lors estoit jeudy ou vendredi aprés Penthecoustes. Et fut mis l'habit de homme en ung sac, en la mesmes chambre ou elle estoit detenue prisonniere. Et demoura en garde audit lieu, entre les mains de cinq Angloys, dont en demouroit de nuyt troys en la chambre, et deux dehors, a l'uys de ladicte chambre. Et sçait de certain, luy qui parle, que de nuyt elle estoit couchee ferree par les jambes de deux paires de fers a chayne, et attachee moult estroictement de une chayne traversante par les piedz de son lit, tenante a une grosse piece de boys, de la longueur de cinq ou six piedz et fermante a clef ; par quoy ne povoit mouvoir de la place. Et quant vint le dymenche matin ensuyvant, qui estoit jour de la Trinité, qu'elle se deust lever, comme elle rapporta et dist a luy qui parle, demanda a iceulx Angloys ses gardes : « Desferrez moy sy me leveroy. » Et lors l'un de ceulx Angloys luy osta ses abillemens de femme qu'elle avoit sus elle, et vuyderent le sac ou estoit l'abit de homme. Et ledit habit jecterent sur elle en luy disant : « Lieve toy ! » Et mucerent l'abit de femme audit sac ; et, ad ce qu'elle disoit qu'elle se vestist de l'abit de homme, qu'ilz luy avoient baillé, respondi : « Messieurs, vous savez qu'il m'est deffendu ; sans faulte je ne le prendroy point. » Et neanmoins ne luy en voulurent bailler d'autre. En tant que en ce debat demoura jusques a l'heure de midy. Et fmablement, pour necessité de corps, fust contrainte de yssir dehors et prendre ledit habit. Et aprés que fut retournee, ne luy en voulurent point bailler d'autre, nonobstant quelque supplication ou requeste qu'elle en feist.
  Interrogué a quel jour elle luy dist ce qu'il depouse de la relation de elle, dit que ce fut le mardi ensuyvant, devant disner. Auquel jour le promoteur l'avoit mené avecques luy en la prison. Et ledit promoteur se departy, pour aller avecque monsieur de Warwik. Et luy qui parle, demoura seul avec elle. Et incontinent demanda a ladicte Jehanne pourquoy elle avoit reprins ledit habit de homme. Et elle luy dist et respondit ce que dessuz est dit.
  Interrogué se il fut ledit dymenche, jour de la Trinité, eu chastel, aprés disner, avecque les conseulx et gens d'Eglise, qui avoient esté mandez pour veoir comme elle avoit reprins habit de homme, dit que non et les rencontra auprés du chastel moult esbahiz et espourez. Et disoient que moult furieusement avoient esté reboutez par les Angloys, a haches et glayves. Et appelez : « Traistres », et moult de autres injures.
  Item, dit que le mercredi ensuyvant, jour que elle fut condempnee, au devant qu'elle partist du chastel, luy fut apporté le Corps Nostre Seigneur, mains reverentement et sans estolle et lumiere ; dont frere Martin, qui l'avoit confessee fut mal content. Et pour ce, fut renvoyé querir une estolle et de la lumiere. Et ainsi frere Martin la administra. Et ce fait, fut menee au Vieil Marché ; et a costé de elle estoit ledit frere Martin et luy qui parle et acompaigné de plus de huyt cens (2) hommes de guerre, a haches et glayves. Et elle estante au Vieil Marché, aprés la predication, en laquelle elle eust grande constance, et moult paisiblement l'ouyt, monstra grans signes et evidences et cleres apparences de sa contrition, penitance et ferveur de foy, tant par les piteuses et devotes lamentations, invocations de la benoite Trinité, de la glorieuse Vierge Marie et de tous les benoitz Sainctz de paradis, en nommant expressement plusieurs d'iceulx sainctz, esquelles devotions, lamentations et vraye confession de la foy, en requerant aussi a toute maniere de gens, de quelque condition qu'ilz fussent, tant de son party que d'aultre, mercy tres humble, en requerant qu'ilz voulsissent prier pour elle, en leur pardonnant, elle persevera et continua tres longue espace de temps, comme de une demye heure, et jousques a la fin ; dont les juges, assistens et mesmes plusieurs des Angloys furent provoquez a grandes lermes et pleurs. Et de fait tres amerement en pleurerent. Et aucuns et plusieurs de ceulx, mesmes Angloys [recongneurent et confesserent] le nom de Dieu, voyans si notable fin, et estoient joyeulx d'avoir esté a la fin, disans que ce avoit esté une bonne femme. Et quant elle fut delaissée par l'Eglise, luy qui parle estoit encore avec elle ; et a grande devotion demanda a avoir la croix. Et ce oyant, ung Angloys, la present (3), en fist une petite de boys du bout de ung baston, qui luy bailla ; et devotement la receut, et la baissa, en faisant de piteuses lamentations et recognitions a Dieu Nostre Redempteur, qui avoit souffert en la croix pour nostre redemption ; de laquelle croix, elle avoit signe et representation. Et mist icelle croix en son sain, entre sa chair et ses vestemens. Et oultre demanda humblement a iceluy qui parle qui luy feist avoir la croix de l'eglise, affin que continuellement elle la puisse veoir, jusques a la mort. Et luy qui parle fist tant que le clerc de la paroisse Sainct Sauveur l'aporta. Laquelle apportee, elle embrassa moult estroictement et longuement ; et la detint jusques ad ce qu'elle fut lyee a [l'atache]. En tant qu'elle faisoit lesdictes devotions et piteuses lamentations, fust fort [precipité] par les Angloys et mesmes par aultres de leurs cappitaines de [la] laisser en leur main, pour plus tost la faire mourir ; et disans a luy qui parle, qui a son entendement la reconfortoit en l'archaufault : « Comment, prestre, nous ferez vous icy disner ! » Et incontinent, sans aucune forme ou signe de jugement, la envoyerent au feu, en disant au maistre de l'oeuvre : « Fay ton office ! » Et ainsi fut menee et atthachee ; et en continuant les louenges et lamentations devotes envers Dieu et les sainctz, des le desrain mot, en trespassant, cria a haulte voix : « JESUS ! ».



Sources :
- "Procès de Jeanne d'Arc" - Jules Quicherat - tome II.

Notes :
1 Sobriquet donné au promoteur Jean d'Estivet, "homme d'église" au langage ordurier.

2 Il y a sur l'original, en interligne, écrit "mil" d'une encre et écriture différente ce qui ne semble pas possible, il ne pouvait y avoir huit mille hommes. Un autre témoignage donne cent-vingt au lieu de huit cents ce qui est encore plus vraisemblable. (Quicherat).

3 NDLR : J'ai parfois lu qu'il était "dommage" que ce soit un Anglais qui lui remette cette petite croix. La foule des rouennais étant contenue par les hommes d'armes, ne devaient guère pouvoir s'approcher du bûcher que des Anglais, le bourreau et quelques hommes d'église.


 

Procès de réhabilitation
Témoins de 1450 et 1452

Enquête de G. Bouillé en 1450
Fr. Jean Toutmouillé
Fr. Ysembart de La Pierre
Fr. Martin Ladvenu
Fr. Guillaume Duval
Me. Guillaume Manchon
Me. Jean Massieu
Me. Jean Beaupère


Enquête de d'Estouteville en 1452

1er questionnaire de 1452

Les dépositions :

-
Guillaume Manchon
- Pierre Miget
- Ysambart de la Pierre
- Pierre Cusquel
- Martin Ladvenu

2ème question. de 1452

Les dépositions :

- Nicolas Taquel
- M. Pierre Bouchier
- Nicolas de Houppeville
- Jean Massieu
- Nicolas Caval
- Guillaume du Désert
- Guillaume Manchon
- Pierre Cusquel
- Ysambart de La Pierre
- André Marguerie
- Richard de Grouchet
- Pierre Miget
- Martin Ladvenu.
- Jean Lefèvre
- Thomas Marie
- Jean Fave


- Les dépositions - index




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