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Procès
de réhabilitation
Déposition
de Jean Beaupère en 1450 |
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Vénérable et circonspecte personne, maistre Jehan
Beaupère, maistre en théologie, chanoine de Rouen, de l'aage
de soixante-dix ans ou environ,
Dit que au regart des apparicions dont il fait mencion
au procès de ladicte Jehanne, qu'il a eu et a plus grant conjecture
que lesdictes apparicions estoient plus de cause naturelle et intencion
humaine, que de cause sur nature ; toutesfoys de ce principalement
se rapporte au procès.
Item dit que au devant qu'elle fust menée à Saint-Ouen
pour estre preschée, au matin, cellui qui parle entra seul en la
prison de ladicte Jehanne par congié, et advertit icelle
qu'elle seroit tantost menée à l'escherffaut pour
estre preschée, en luy disant que s'elle estoit bonne crestienne,
elle diroit audit escherfaut que tous ses fais et diz elle mettoit
en l'ordonnance de nostre mère saincte Eglise, et en especial
des juges ecclésiastiques. Laquelle respondit que ainsi feroit-elle.
Et ainsi le dist-elle audit escherfaut, sur ce requise par maistre
Nicole Midy ; et ce veu et considéré pour celle foys,
elle fut renvoyée après son abjuracion, combien que
par aucuns Anglois fut impropéré à l'évesque
de Beauvais et à ceulx de Paris qu'ilz favorisoient aux erreurs
d'icelle Jehanne.
Item dit
que après telle abjuracion, et qu'elle eust son habit de
femme qu'elle receut en ladite prison, le vendredy ou samedy d'après,
fut rapporté auxditz juges que ladicte Jehanne se repentoit
aucunement d'avoir laissé l'habit d'homme et prins l'habit
de femme. Et pour ce Monseigneur de Beauvais, juge, envoya cellui
qui parle et maistre Nicole Midy, en espérance de parler
à ladicte Jehanne, pour l'induire et ammonester qu'elle persévérast
et continuast le bon propos qu'elle avoit eu en l'escherffaut, et
qu'elle se donnast de garde qu'elle ne rencheust ; mais ne peurent
iceulx trouver cellui qui avoit la clef de la prison ; et ainsi
qu'ilz attendoient le garde d'icelle prison, furent par aucuns Anglois
estans en la cour dudit chasteau, dictes parolles comminatoires,
comme rapporta ledit Midy audit parlant, c'est assavoir que qui
les getteroit tous deux dans la rivière, il seroit bien employé.
Pourquoy, icelles parolles oyes, s'en retournèrent, et sur
le pont dudit chasteau, oyt ledit Midy, comme il le rapporta audit
parlant, semblables parolles ou près d'icelles par autres
Anglois prononcées ; par quoy les dessus dictz furent espouvantez,
et s'en vindrent sans parler à ladicte Jehanne.
Item dit que, quant à l'innocence d'icelle Jehanne,
qu'elle estoit bien subtille de subtillité appartenante à
femme, comme lui sembloit ; et n'a point sceu par aucunes parolles
d'elle qu'elle fust corrompue de cors.
Item au regard de sa pénitence finale, n'en sçauroit
que dire ; car le lundy d'après l'abjuracion partist de Rouen
pour aller à Basle de par l'Université de Paris ;
et elle fut condampnée le mercredy ensuivant ; par quoy ne
sceut aucunes nouvelles de sa condampnacion, jusques à ce
qu'il oyt dire à Lisle en Flandre.
Sources
:
- "Procès de Jeanne d'Arc" - Jules Quicherat
- tome II.
Notes :
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