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20 juillet 2008  

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Procès de réhabilitation
Déposition de Guillaume Manchon en 1450


  Vénérable et discrete personne, maistre Guillaume Manchon, prebstre , aagé de cinquante ans ou environ, chanoine de l'église collégiale Nostre-Dame d'Andely, curé de l'église parrochiale de Saint-Nicolas-le-Paincteur de Rouen, notaire en la cour archiépiscopale de Rouen, juré et examiné l'an de grace mil quatre cent quarante neuf, le quatriesme jour de mars, dit et dépose qu'il fut notaire au procès d'icelle Jehanne, depuis le commencement jusqu'à la fin, et avecques lui maistre Guillaume Colles dit BoisGuillaume.
  Item dit que à son advis, tant de la partie de ceulx qui avoient la charge de mener et conduire le procez, c'est assavoir, monseigneur de Beauvais et les maistres qui furent envoyez querir à Paris pour celle cause, que aussi des Anglois à l'instance desquelz les procez se faisoient, on procéda plus par haine et contempt de la querelle du roy de France, que s'elle n'eust point porté son party, pour les raisons qui ensuivent :
  Et premièrement, dit qu'un nommé maistre Nicole Loyseleur, qui estoit familier de monseigneur de Beauvais, et tenant le parti extrêmement des Anglois (car autrefois le Roy estant devant Chartres, alla querir le roy d'Angleterre pour faire lever le siège), feignyt qu'il estoit du pays de ladicte Pucelle, et par ce moien trouva manière d'avoir actes, parlement et familiarité avec elle, en lui disant des nouvelles du pays à lui plaisantes ; et demanda estre son confesseur ; et ce qu'elle lui disoit en secret, il trouvoit manière de le faire venir à l'ouye des notaires. Et de fait, au commencement du procez, ledit notaire et ledit Bois-Guillaume, avec tesmoings, furent mis secrettement en une chambre prouchaine, où estoit ung trou par lequel ou pouvoit escouter, affin qu'ilz peussent rapporter ce qu'elle disoit ou confessoit audit Loyseleur. Et lui semble que ce que ladicte Pucelle disoit ou rapportoit familièrement audit Loyseleur, il rapportoit auxditz notaires ; et de ce estoit faict mémoire pour faire interrogacions au procez, pour trouver moien de la prendre captieusement.
  Item dit que quant le procez fut commencé, maistre Jehan Lohier, solempnel clerc normant, vint en ceste ville de Rouen, et lui fut communiqué ce qui en estoit escript par ledit évesque de Beauvais ; lequel Lohier demanda dilacion de deux ou trois jours pour le veoir. Auquel il fut respondu qu'en la relevée il donnast son opinion, [et] a ce fut contrainct. Et icellui maistre Jehan Lohier, quant il eust veu le procez, il dist qu'il ne valoit riens pour plusieurs causes. Premièrement, pour ce qu'il n'y avoit point forme de procez ordinaire. Item, il estoit traicté en lieu clos et fermé, où les assistans n'estoient pas en pleine et pure liberté de dire leur pure et pleine volonté. Item, que l'en traictoit en icelle matière l'honneur du roy de France, duquel elle tenoit le party, sans l'appeller, ne aucun qui fust de par luy. Item, que libelle ne articles n'avoient point esté baillez ; et si n'avoit quelque conseil icelle femme, qui estoit une simple fille, pour respondre à tant de maistres et de docteurs, et en grandes matières, par espécial celles qui touchent ses révélacions, comme elle disoit. Et pour ce lui sembloit que le procez n'estoit valable. Desquelles choses monseigneur de Beauvais fut fort indigné contre ledit Lohier ; et combien que ledit monseigneur de Beauvais lui dist qu'il demourast pour voir demener le procez, ledit Lohier respondit qu'il ne demourroit point. Et incontinant icellui monseigneur de Beauvais, lors logé en la maison où demeure à présent maistre Jehan Bidault, près Saint-Nicolas-le-Paincteur, vint aux maistres, c'est assavoir, maistre Jehan Beaupère, maistre Jacques de Touraine, Nicole Midy, Pierre Morice, Thomas de Courcelles et Loyseleur, auxquelz il dist "Vela Lohier qui nous veut bailler belles interlocutoires en nostre procez ! Il veut tout calompnier, et dit qu'il ne vault riens. Qu'en le vouldroit croire, il fauldroit tout recommencer, et tout ce que nous avons fait ne vauldroit riens" ; en récitant les causes pourquoy ledit Lohier le vouloit calompnier ; disant oultre ledit monseigneur de Beauvais : "On voit bien de quel pied il cloche. Par saint Jehan ! nous n'en ferons riens, ains continuerons nostre procez comme il est commencé." Et estoit lors le samedi de relevée, en Caresme ; et le lendemain matin, celluy qui parle, parla audit Lohier en l'église de Nostre-Dame de Rouen, et lui demanda qu'il lui sembloit dudit procez et de ladicte Jehanne ; lequel lui respondit : "Vous voyez la manière comment ils procèdent. Ilz la prendront s'ilz peuvent par ses paroles, c'est assavoir ès assercions où elle dit Je sçai de certain ce qui touche les apparicions ; mais s'elle disoit Il me semble, pour icelles paroles Je sçai de certain, il m'est advis qu'il n'est homme qui [la] peust condampner. Il semble qu'ilz procèdent plus par haine que par autrement ; et pour ceste cause je ne me tendray plus icy, car je n'y veuil plus estre." Et de faict a tousjours demouré depuis en  cour de Romme, et y est mort doyen de Roe (1).
  Item dit que au commencement du procez, par cinq ou six journées, pour ce que celluy qui parle mettoit en escript les responses et excusacions d'icelle Pucelle, ensemble et aucunes fois les juges le vouloient contraindre, en parlant en latin, qu'il mist en autres termes, en muant la sentence de ses parolles, et en autres manières que cellui qui parle ne l'entendoit : furent mis deux hommes du commandement de monseigneur de Beauvais en une fenestre près du lieu où estoient les juges ; et y avoit une sarge passant par devant ladicte fenestre , affin qu'ils ne fussent veus. Lesquelz deux hommes escripvoient et rapportoient ce qu'il faisoit en la charge d'icelle Jehanne, en taisant ses excusacions, et lui sembloit que c'estoit ledit Loyseleur ; et après la jurisdiction tenue, en faisant collacion, la relevée, de ce qu'ilz avoient escript, les deux autres rapportoient en autre manière, et ne mettoient point d'excusacions ; dont ledit monseigneur de Beauvais se courouça grandement contre cellui qui parle. Et ès parties où il est escript au procez (2) Nota, c'estoit où il y avoit controverse et convenoit recommencer nouvelles interrogacions sur cela ; et trouva l'en que ce qui estoit escript par cellui qui parle, estoit vrai.
  Item dit qu'en escripvant ledit procez, icelui déposant fut par plusieurs fois argué de monseigneur de Beauvais et desditz maistres, lesquelz le vouloient contraindre à escripre selon leur ymaginacion, et contre l'entendement d'icelle. Et quant il y avoit quelque chose qui ne leur plaisoit point, ilz défendoient de l'escripre, en disant qu'il ne servoit point au procez ; mais ledit déposant n'escripvit oncques fors selon son entendement et conscience.
  Item dit que maistre Jehan de Fonte (3), depuis le commencement du procez jusques à la sepmaine d'après Pasques m.cccc.xxxi., fut lieutenant de monseigneur de Beauvais à l'interroguer, en l'absence dudit évesque, lequel néantmoins tousjours présent estoit avec ledit évesque ou démené du procez. Et quant vint ès termes que ladicte Pucelle estoit fort sommée de soy submettre à l'Église par icelluy de Fonte, et frères Ysambert de la Pierre et Martin Ladvenu, desquelz fut advertye qu'elle devoit croire et tenir que c'estoient nostre sainct père le Pape, et ceulx qui president en l'Église militante, et qu'elle ne depvoit point faire de doute de se submettre à nostre saint père le Pape et au saint concille, car il y avoit tant de son party que d'ailleurs, plusieurs notables clercs, et que se ainsi ne le faisoit, elle se mettroit en grant danger ; et le lendemain qu'elle fut ainsi advertie, elle dit qu'elle se vouldroit bien submettre à nostre saint père le Pape et au sacré concille. Et quant monseigneur de Beauvais oyt cette parolle, demanda qui avoit esté parler à elle le jour de devant, et manda le garde anglois d'icelle Pucelle, auquel demanda qui avoit parlé à elle ; lequel garde respondit que ce avoit esté ledit de Fonte, son lieutenant, et les deux religieux ; et pour ce, en l'absence d'iceulx de Fonte et religieux, ledit évesque se courrouça très fort contre maistre Jehan Magistri, vicaire de l'inquisiteur, en les menassant très fort de leur faire desplaisir. Et quant ledit de Fonte eut de ce congnoissance, et qu'il estoit menace pour icelle cause, se partit de ceste cité de Rouen, et depuis n'y retourna ; et quant aux deux religieux, se n'eust esté ledit Magistri, qui les excusa et supplia pour eulx, en disant que se on leur faisoit desplaisir, jamais ne viendroit au procez, ils eussent esté en peril de mort. Et dès lors fut deffendu de par monseigneur de Warwick, que nul n'entrast vers icelle Pucelle, sinon monseigneur de Beauvais ou de par luy, et toutesfois qu'il plairoit audit évesque aller devers elle ; mais ledit vicaire n'y eut point d'entrée sans lui.
  Item dit que au partement du preschement de Saint-Ouen, après l'abjuracion de ladicte Pucelle, pour ce que Loyseleur lui disoit : "Jehanne, vous avez fait une bonne journée, se Dieu plaist, ci et avez sauvé votre âme, elle demanda : "Or ça entre vous gens d'Eglise, menez moi en vos prisons, et que je ne soye et plus en la main de ces Anglois." Sur quoy monseigneur de Beauvais respondit : "Menez-la on vous l'avez prinse." Pour quoy fut remenée au chasteau duquel estoit partie. Et le dimanche ensuivant, qui fut le jour de la Trinité, furent mandés les maistres, notaires et autres qui s'entremettoient du procez, et leur fut dit qu'elle avait reprins son habit d'homme, et qu'elle estoit rencheue ; et quant ilz vindrent au chasteau, en l'absence dudit monseigneur de Beauvais, arrivèrent sur eulx quatre-vingts ou cent Anglois ou environ, lesquels s'adressèrent à eulx en la cour dudit chasteau, en leur disant que entre eulx gens d'Eglise estoient tous faulx, traistres armagneaux et faulx conseillers ; pour quoy à grant peine purent évader et yssir hors du chasteau, et ne firent riens pour icelle journée. Et le lendemain fut mandé cellui qui parle, lequel respondit qu'il n'iroit point, s'il n'avoit seureté pour la paour qu'il avoit eue le jour de devant ; et n'y feust point retourné se n'eust été un des gens de monseigneur de Warwick, qui lui fut envoyé pour seureté. Par ainsi retourna et fut à la continuacion du procez jusques à la fin, excepté qu'il ne fut point à quelque certain examen de gens qui parlèrent à elle à part, comme personnes privées ; néantmoins monseigneur de Beauvais le voulut contraindre à ce signer ; laquelle chose ne volut faire.
  Item dit qu'il veit amener ladicte Jehanne à l'escherffault, et y avoit le nombre de sept à huit cens hommes de guerre entour elle, portans glaives et bastons, tellement qu'il n'y avoit homme quy fust assez hardy de parler à elle, excepté frère Martin Ladvenu et maistre Jehan Massieu. Et dit que patiemment elle oyt le sermon tout au long, après fist sa régraciacion, ses prières et lamentacions moult notablement et dévotement, tellement que les juges , prélats, et tous les autres assistans furent provoquez à grans pleurs et larmes, de lui veoir faire ses pitéables regrez et douloureuses complainctes. Et dit le[dit] déposant que jamais ne ploura tant pour chose qui luy advint, et que par ung mois après ne s'en povoit bonnement appaiser. Pour quoy d'une partie de l'argent qu'il avoit eu du procez, il acheta un petit messel, qu'il a encores, affin qu'il eust cause de prier pour elle. Et au regart de finalle penitence, il ne veit oncques plus grant signe à chrestien.
  Item dit qu'il est récolent que au preschement fait à SaintOuen, par maistre Guillaume Erard, entre autres paroles fut dit et proféré par ledit Erard ce qui s'ensuit : "Ha, noble maison de France, qui as tousjours esté protectrice de la foy, as-tu esté ainsi abusée , de te adhérer à une hérectique et scismatique ! C'est grant pitié." A quoy ladicte Pucelle donna response, de laquelle ledit déposant ne se recorde point, excepté qu'elle faisoit grant louange à son Roy, en disant que c'estoit le meilleur chrestien et plus saige qui feust au monde. Pour quoy fut commandé audit Massieu, par ledit Erard et par monseigneur de Beauvais : "Faictes la taire."

                                            


Sources :
- "Procès de Jeanne d'Arc" - Jules Quicherat - tome II.


Notes :
1 La Rote, tribunal où se jugaient les appels portés à Rome.

2 C'est à dire sur la minute de Guillaume Manchon.

3 Jean de La Fontaine.

 

Procès de réhabilitation
Témoins de 1450 et 1452

Enquête de G. Bouillé en 1450
Fr. Jean Toutmouillé
Fr. Ysembart de La Pierre
Fr. Martin Ladvenu
Fr. Guillaume Duval
Me. Guillaume Manchon
Me. Jean Massieu
Me. Jean Beaupère


Enquête de d'Estouteville en 1452

1er questionnaire de 1452

Les dépositions :

-
Guillaume Manchon
- Pierre Miget
- Ysambart de la Pierre
- Pierre Cusquel
- Martin Ladvenu

2ème question. de 1452

Les dépositions :

- Nicolas Taquel
- M. Pierre Bouchier
- Nicolas de Houppeville
- Jean Massieu
- Nicolas Caval
- Guillaume du Désert
- Guillaume Manchon
- Pierre Cusquel
- Ysambart de La Pierre
- André Marguerie
- Richard de Grouchet
- Pierre Miget
- Martin Ladvenu.
- Jean Lefèvre
- Thomas Marie
- Jean Fave


- Les dépositions - index




maj : 2/01/2007
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