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07 août 2008  

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par Henri Wallon

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Procès de réhabilitation
Déposition de Martin Ladvenu en 1450


  Vénérable et religieuse personne, frère Martin Ladvenu, de l'ordre des Frères Prescheurs, au convent de Saint-Jacques de Rouen, espécial confesseur et conducteur de ladicte Jehanne en ses derreniers jours, juré et interrogué l'an et jour dessusditz sur certains articles ;

  Et premièrement touchant l'affeccion désordonnée de ceulx qui ont traictié et mené le procez et la cause : dépose que plusieurs se sont comparus au jugement, plus par l'amour des Anglois et de la faveur qu'ilz avoient envers eux, que pour le bon zèle de justice et de foy catholique. Principalement cellui qui parle, dit du couraige et de l'affeccion excessive de messire Pierre Cauchon, alors évesque de Beauvais , sur lui allégant deux signes d'envye :
Le premier, quant ledit évesque se portoit pour juge, commanda ladicte Jehanne estre gardée ès prisons séculières, et entre les mains de ses ennemis mortelz ; et quoy qu'il eust bien peu la faire détenir et garder aux prisons ecclésiastiques, toutesfois si a-t-il permis depuis le commencement du procez jusques à la consommacion, icelle tormenter et traictier très cruellement aux prisons séculières. Dit oultre davantaige ce tesmoing, qu'en la première session ou instance, l'évesque allégué requist et demanda le conseil de toute l'assistance, assavoir lequel estoit plus convenable de la garder et détenir aux prisons séculières, ou aux prisons de l'Eglise ; sur quoy fut délibéré, qu'il estoit plus décent de la garder aux prisons ecclésiastiques qu'aux autres ; fors, respondit cest évesque, qu'il n'en feroit pas cela, de paour de desplaire aux Anglois.
Le second signe qu'il allègue, est que le jour que ledit évesque, avec plusieurs, la déclaira hérectique, récidivée et retournée à son meffait pour cela qu'elle avoit dedans la prison reprins habit d'homme, ledit évesque sortissant de la prison, advisa le conte de Warwick (1) et grant multitude d'Anglois entour lui, auxquelz en riant dist à haulte voix intelligible : "Farowelle, Farowelle, il en est faict , faictes bonne chière", ou parolles semblables.
  Item dit et rapporte que, à la conscience, en lui proposoit et demandoit questions trop difficiles, pour la prendre à ses parolles et à son jugement ; car c'estoit une pouvre femme assez simple, qui à grant peine savoit Pater noster et Ave Maria.
  Item dépose que la simple Pucelle lui révéla, que, après son abjuracion et renonciacion, on l'avoit tourmentée violemment en la prison, molestée, bastue et deschoullée ; et qu'un millourt d'Angleterre l'avoit forcée ; et disoit publicquement que cela estoit la cause pourquoy elle avoit reprins habit d'homme : et environ la fin, dist à l'évesque de Beauvais : "Hélas ! je meurs par vous, car se m'eussiez baillée à garder ès prisons de l'Église , je ne fusse pas icy."
  Item dit et dépose que quant elle fut derrenierrement preschée au Viel-Marché , et abbandonnée à justice séculière , combien que les juges séculiers fussent assis sur un escherffault, toutesfois elle ne fut nullement condampnée d'aucun d'iceulx juges , mais sans condampnacion, par deux sergens fut contraincte de descendre de l'escherffault , et menée par lesditz sergens jusques au lieu où elle devoit estre bruslée, et par iceulx livrée entre les mains du bourreau. Et en signe de ce, peu de temps après, un appellé Georges Folenfant fut appréhendé à cause de la foy et en crime d'hérésie, lequel fut semblablement délaissé à justice séculière. A ceste cause,
les juges de la foy, c'est assavoir, messire Loys de Luxembourg, archevesque de Rouen, et frère Guillaume Duval, vicaire de l'inquisiteur de la foy, envoyèrent ledit frère Martin au bailly de Rouen, pour l'advertir qu'il ne seroit pas ainsi faict dudit Georges comme il avoit été faict de la Pucelle, laquelle, sans sentence finale et jugement deffinitif, fut au feu consommée.
  Item dit et dépose que le bourreau, après la combustion, quasi à quatre heures après noues, disoit que jamais n'avoit tant crainct à faire l'exécucion d'aucun criminel, comme il avoit eu la combustion de la Pucelle, pour plusieurs causes : premièrement, pour le grant bruit et renom d'icelle ; secondement, pour la cruelle manière de la lier et afficher ; car les Anglois firent faire un haut escherffault de plastre, et, ainsi que rapportoit ledit exécuteur, il ne la povoit bonnement ne facillement expédier ne acteindre à elle, de quoy il estoit fort marry, et avoit grant compassion de la forme et cruelle manière par laquelle on la faisoit mourir.
  Item dépose de sa grant et admirable contricion, repentance et continuelle confession, en appellant tousjours le nom de Jhesus, et invocant dévotement l'ayde des Saincts et Sainctes de paradis, ainsi comme frère Isambert, qui tousjours l'avoit convoyée à son trespas et raddressée en la voye du salut, cy devant a déposé.


Sources :
- "Procès de Jeanne d'Arc" - Jules Quicherat - tome II.


Notes :
1 Richard Beauchamp, comte de Warwick et gouverneur du jeune roi Henri VI. Cet homme, d'une âme dure et d'une politique inflexible, semble avoir été l'agent principal de la mort de Jeanne d'Arc. On verra par les dépositions consignées au procès qu'il contribua de son argent aux frais du jugement.

 

Procès de réhabilitation
Témoins de 1450 et 1452

Enquête de G. Bouillé en 1450
Fr. Jean Toutmouillé
Fr. Ysembart de La Pierre
Fr. Martin Ladvenu
Fr. Guillaume Duval
Me. Guillaume Manchon
Me. Jean Massieu
Me. Jean Beaupère


Enquête de d'Estouteville en 1452

1er questionnaire de 1452

Les dépositions :

-
Guillaume Manchon
- Pierre Miget
- Ysambart de la Pierre
- Pierre Cusquel
- Martin Ladvenu

2ème question. de 1452

Les dépositions :

- Nicolas Taquel
- M. Pierre Bouchier
- Nicolas de Houppeville
- Jean Massieu
- Nicolas Caval
- Guillaume du Désert
- Guillaume Manchon
- Pierre Cusquel
- Ysambart de La Pierre
- André Marguerie
- Richard de Grouchet
- Pierre Miget
- Martin Ladvenu.
- Jean Lefèvre
- Thomas Marie
- Jean Fave


- Les dépositions - index




maj : 13/11/2007
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