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26 juin 2017  

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Déposition du Duc d'Alençon

  Illustre et très puissant prince et seigneur, le seigneur Jean, duc d'Alençon (1), âgé d'environ cinquante ans, produit, reçu, juré et interrogé devant les seigneurs juges, le troisième jour du mois de mai, l'an du Seigneur mille quatre cent cinquante-six,

  Interrogé d'abord sur ce qu'il sait pour déposer à propos du contenu des Ier, IIe, IIIe et IVe articles, il dit et déclare sous serment que, lorsque Jeanne vint voir le roi, celui-ci se trouvait dans la ville de Chinon ; le témoin était alors dans la ville de Saint-Florent (2), et au cours d'une promenade pour chasser aux cailles, en français, un de ses intendants vint le prévenir de l'arrivée auprès du roi d'une Pucelle, qui se déclarait envoyée par Dieu, pour mettre en fuite les Anglais et faire lever le siège mis par ceux-ci devant la ville d'Orléans. Aussi dès le lendemain le témoin se rendit auprès du roi à Chinon, et il y trouva cette Jeanne, qui s'entretenait avec le roi. A l'arrivée du témoin, Jeanne demanda qui il était, et le roi répondit que c'était le duc d'Alençon. Alors Jeanne déclara : « Vous, soyez le très bien venu ! Plus nombreux seront-ils ensemble du sang royal de France, et mieux cela sera ». Le lendemain Jeanne vint à la messe du roi et, lorsqu'elle vit le roi, elle s'inclina ; puis le roi l'emmena dans une chambre, avec le témoin et le sire de La Trémouille, que le roi retint, en ordonnant aux autres de se retirer. Alors Jeanne adressa plusieurs requêtes au roi, et entre autres pour qu'il donnât son royaume au Roi des cieux : après cette donation le Roi des cieux agirait comme il l'avait fait pour ses prédécesseurs, et le remettrait en son état antérieur ; il y eut aussi beaucoup d'autres choses, que le temoin ne se rappelle pas, mais dont on parla jusqu'au repas. Après le repas le roi alla se promener dans les prés, et Jeanne y courut avec la lance ; le témoin, voyant comme elle se comportait en tenant la lance et en courant avec la lance, lui donna un cheval. Mais ensuite le roi décida que Jeanne serait examinée par les gens d'Église, et furent délégués à cet effet l'évêque de Castres, confesseur du roi et les évêques de Senlis, Maguelonne et Poitiers, maître Pierre de Versailles, plus tard évêque de Meaux, maître Jourdan Morin, et beaucoup d'autres dont il ne se rappelle pas les noms. Ils demandèrent à Jeanne, en présence du témoin, pour quelle raison elle était venue, et qui l'avait envoyée au roi. Elle répondit qu'elle était venue de la part du Roi des cieux, qu'elle avait des voix et un conseil qui lui indiquaient ce qu'elle avait à faire ; de cela cependant le témoin ne se souvient pas. Mais plus tard Jeanne, qui prenait alors ses repas avec le témoin, confia à celui-ci qu'elle avait été beaucoup questionnée, mais qu'elle savait et pouvait plus de choses qu'elle n'en avait dites à ceux qui l'interrogeaient. Le roi cependant, après avoir entendu la relation desdits commissaires chargés de l'interroger décida que Jeanne irait à Poitiers, où elle serait de nouveau interrogée. Le témoin n'assista pas à cet interrogatoire fait à Poitiers. Il sait cependant que plus tard, au conseil du roi, on relata ce qu'avaient dit ceux qui l'avaient examinée : ils n'avaient rien trouvé en elle de contraire à la foi catholique, et, attendu l'état de nécessité, le roi pouvait avoir recours à elle. Après cette relation le roi envoya le témoin vers la reine de Sicile (3), afin de préparer le ravitaillement pour l'armée qui devait être conduite à Orléans ; il rencontra alors le sire Ambroise de Loré et un sire Louis, dont il ne se rappelle plus le nom (4), qui préparèrent le ravitaillement. Mais il fallait de l'argent pour cela, et afin de l'avoir le témoin retourna auprès du roi, lui annonça que le ravitaillement était prêt, et qu'il ne manquait plus que l'argent pour les vivres et les hommes d'armes. Le roi envoya alors quelques personnes pour délivrer l'argent nécessaire à l'accomplissement de cette entreprise ; ainsi les hommes d'armes avec les vivres furent prêts à partir pour la ville d'Orléans, afin d'essayer, si possible, de faire lever le siège. Jeanne fut envoyée avec ces hommes d'armes, et le roi lui fit faire une armure. Ainsi partirent les hommes d'armes et Jeanne ; mais ce qu'ils firent en route et dans la ville d'Orléans, le témoin n'en sait rien, si ce n'est par ouï-dire, car il ne fut pas présent et n'alla pas avec ces hommes d'armes. Cependant il vit par la suite les fortins établis devant la ville d'Orléans, et il constata leur force ; il croit qu'ils furent pris plus par miracle que par la force des armes, spécialement le fortin des Tournelles, au bout du pont, et le fortin des Augustins ; si dans ceux-ci le témoin s'était trouvé avec une petite troupe, il aurait bien pu espérer résister pendant six à sept jours à toute la puissance des ennemis, qui, lui semble-t-il, n'auraient pu s'en emparer ; et, comme il l'a entendu rapporter par les hommes d'armes et capitaines qui y furent, ceux-ci attribuaient presque tous les événements d'Orléans à un miracle de Dieu venant d'en haut et non à l'oeuvre des hommes. Il l'entendit dire plusieurs fois par sire Ambroise de Loré, naguère prévôt de Paris. Le témoin ne vit plus Jeanne depuis qu'elle eût quitté le roi jusqu'à la levée du siège d'Orléans. Il la revit à Selles en Berri, d'où il rejoignit avec Jeanne les autres hommes d'armes se trouvant près d'Orléans. Et ils firent tant qu'ils réunirent jusqu'à six cent lances des gens du roi, avec l'intention d'aller à Jargeau, ville qu'occupaient les Anglais ; et cette nuit-là ils couchèrent dans un bois ; le lendemain vinrent d'autres hommes d'armes, conduits par le sire bâtard d'Orléans, le sire Florent d'Illiers et quelques autres capitaines ; et tous rassemblés ils se trouvèrent environ mille deux cent lances. Il y eut alors discussion entre les capitaines, car les uns étaient d'avis de donner assaut à la ville, les autres étaient opposés, affirmant que les Anglais avaient une grande puissance et étaient en grand nombre. Jeanne, voyant ces dissenssions entre eux, leur dit de ne pas craindre le nombre et de ne pas faire difficulté à donner l'assaut aux Anglais, car Dieu conduisait leur entreprise ; elle ajouta que si elle n'avait pas été sûre que Dieu menât l'affaire, elle aurait préféré garder ses moutons et ne pas s'exposer à tant de périls. Sur ces paroles ils se mirent en route vers la ville de Jargeau, croyant s'emparer des faubourgs et y passer la nuit ; mais les Anglais, l'apprenant, vinrent à leur rencontre et d'abord les repoussèrent. Ce que voyant, Jeanne prit son étendard et partit à l'attaque en exhortant les hommes d'armes à avoir bon courage ; et ils firent tant que cette nuit là l'armée du roi s'installa dans les faubourgs de Jargeau. Le témoin croit que Dieu menait l'affaire, car pendant la nuit il n'y eut presque aucune garde, et, si les Anglais étaient sortis de la ville, l'armée du roi aurait été en très grand péril. Les gens du roi préparèrent l'artillerie, firent au matin diriger bombardes et machines contre la ville ; après quelques jours ils tinrent conseil sur ce qui paraissait à faire contre les Anglais se trouvant dans Jargeau, pour reprendre la ville. Pendant le conseil on rapporta que La Hire était en pourparlers avec le sire de Suffolk ; peur cela le témoin, et les autres qui avaient la charge des hommes d'armes, furent mécontents de La Hire ; et on lui demanda de revenir. Après cet incident on décida de lancer l'assaut contre la ville, et les hérauts crièrent : « A l'assaut » Jeanne dit alors au témoin qui dépose : « Avant, gentil duc, à l'assaut ! » Et, comme il paraissait au témoin qu'on agissait prématurément, en partant si vite à l'assaut, Jeanne lui dit : « N'hésitez pas ! L'heure est prête quand il plaît à Dieu » ; elle ajouta qu'il fallait travailler quand Dieu le voulait : « Travaillez et Dieu travaillera » ; plus tard elle dit au témoin : « Ah ! gentil duc, as-tu peur? Ne sais-tu pas que j'ai promis à ton épouse de te ramener sain et sauf ? » C'était vrai en effet : quand le témoin quitta sa femme pour venir à l'armée, celle-ci dit à Jeanne qu'elle craignait beaucoup pour son mari, qu'il avait déjà été prisonnier et de grosses sommes avaient été dépensées pour son rachat, qu'elle l'aurait volontiers prié de rester. Alors Jeanne répondit : « Dame, n'ayez pas peur ! Je vous le rendrai sauf, dans l'état où il est, ou même meilleur ».

  Il déclare aussi que, pendant l'assaut contre la ville de Jargeau, Jeanne dit au témoin, qui se trouvait à une place, de quitter cet endroit ; car, s'il ne s'en allait « cette machine », dit-elle montrant une machine installée dans la ville, « te tuera ». Le témoin s'en alla, et peu après, au lieu même qu'il avait quitté, fut tué par cette machine un certain Monseigneur du Lude (5); le témoin en conçut une grande peur, et il s'émerveillait des paroles de Jeanne après cela. Ensuite Jeanne partit à l'assaut et le témoin avec elle. Lors de l'avancée des assaillants le comte de Suffolk fît crier qu'il voulait parler au témoin qui dépose ; mais il ne fut pas entendu, et l'assaut poursuivi. Jeanne était sur une échelle, tenant à la main son étendard, qui fut frappé ; elle-même fut atteinte à la tête d'une pierre, qui se brisa sur sa chapeline. Elle fut cependant jetée à terre ; en se relevant elle dit aux hommes d'armes : « Amis, amis, sus ! sus ! Nostre Sire a condamné les Anglois. A cette heure ils sont à nous ; ayez bon courage ! » En un instant la ville de Jargeau fut prise ; les Anglais firent retraite vers les ponts, suivis par les Français ; et dans la poursuite plus de onze cents furent tués.

  Une fois la ville prise, le témoin, Jeanne et les hommes d'armes allèrent à Orléans, puis d'Orléans à Meung, ville où se trouvaient des Anglais, à savoir l'Enfant de Warwick et Scales. Avec peu de troupes le témoin passa la nuit dans une église, près de Meung, où il fut en grand péril ; le lendemain il allèrent vers Beaugency, où ils rencontrèrent dans les prés d'autres troupes royales et menèrent une attaque contre les Anglais se trouvant dans la ville. Après cette attaque, les Anglais abandonnèrent la ville et se réfugièrent dans le château ; on plaça alors des gardes devant le château pour empêcher les Anglais de sortir. Alors qu'ils se trouvaient ainsi devant le château, le témoin et Jeanne apprirent que le connétable arrivait avec quelques troupes ; ils en furent, eux et les autres de l'armée, mécontents et voulurent se retirer de la ville, car ils avaient l'ordre de ne pas recevoir le seigneur connétable dans leur compagnie. Aux dires du témoin, Jeanne déclara que, si le connétable venait, elle s'en irait. Mais le lendemain, avant l'arrivée du seigneur connétable, on apprit que les Anglais venaient en grand nombre et avec eux le sire de Talbot. Les troupes crièrent : « à l'arme » ; et alors Jeanne dit au témoin, qui voulait s'en aller à cause de l'arrivée du sire connétable, qu'il était nécessaire de s'entraider. Les Anglais du château cependant le rendirent par composition ; ils partirent avec un saufconduit, délivré par le témoin, qui en ce temps était lieutenant du roi pour cette armée. Alors que ces Anglais se retiraient, vint un homme de la compagnie de La Hire, pour annoncer au témoin et aux capitaines du roi que les Anglais approchaient, qu'ils seraient bientôt en vue, et qu'ils étaient environ mille hommes d'armes. Au bruit, Jeanne demanda ce que disait cet homme, et, l'ayant appris, elle déclara au sire connétable : « Ah ! beau connétable, vous n'êtes pas venu de par moi ; mais puisque vous êtes venu, soyez le bienvenu ». Beaucoup des gens du roi craignaient alors, disant qu'il était bon d'amener les chevaux, alors Jeanne déclara : « En nom Dieu, il les faut combattre ! s'ils étaient pendus aux nues, nous les aurons, car Dieu nous les envoie pour que nous les punissions », affirmant qu'elle était sûre de la victoire, en ajoutant les mots suivants : « Le gentil roi aura aujourd'hui la plus grande victoire qu'il eut jamais . Et m'a dit mon conseil qu'ils sont tous nôtres ». Et le témoin sait que, sans grande difficulté, les Anglais furent défaits et tués, et parmi eux Talbot fut pris. Il y eut alors grand massacre d'Anglais, puis les gens du roi vinrent à la ville de Patay en Beauce ; dans cette ville ledit Talbot fut amené devant le témoin et le sire connétable, en présence de Jeanne. Le témoin déclara à Talbot qu'il ne devait pas croire le matin qu'il en serait ainsi ; sur ce, Talbot répondit que c'était la fortune de la guerre. On retourna ensuite auprès du roi, qui décida d'aller en la ville de Reims, pour son couronnement et son sacre.

  Il entendit parfois Jeanne dire au roi qu'elle durerait un an, et non beaucoup plus, et qu'il fallait penser, pendant cette année là, à bien travailler, car elle prétendait avoir quatre charges, à savoir : chasser les Anglais ; faire couronner et sacrer le roi à Reims ; délivrer le duc d'Orléans des mains des Anglais ; et faire lever le siège mis par les Anglais devant la ville d'Orléans.

  Il dit en outre que Jeanne était chaste et détestait beaucoup ces femmes qui suivaient les armées. Le témoin la vit en effet, à Saint-Denis, au retour du couronnement du roi, qui poursuivait l'épée tirée du fourreau, une fille vivant avec les hommes d'armes, au point que dans sa poursuite elle en cassa son épée. Elle était aussi fort irritée quand elle entendait des hommes d'armes jurer ; elle les réprimandait beaucoup et surtout le témoin, qui parfois jurait ; et lorsqu'il la voyait il se retenait de jurer.

  Il dit aussi que parfois en campagne il coucha avec Jeanne et les hommes d'armes à la paillade ; il vit parfois Jeanne s'habiller, et parfois il voyait ses seins, qui étaient beaux ; le témoin n'eut cependant jamais aucun désir charnel à son endroit.

  Il dit en outre, pour autant qu'il put s'en rendre compte, l'avoir toujours estimée bonne catholique et femme honnête, car il la vit plusieurs fois recevoir le corps du Christ ; et, quand elle regardait le corps du Christ, elle versait très souvent d'abondantes larmes. Elle recevait la sainte eucharistie deux fois par semaine et se confessait souvent.

  Il dit aussi que Jeanne, hors le fait de guerre, était d'un comportement simple et jeune ; mais pour la guerre elle était très habile, tant pour porter la lance, que pour rassembler l'armée, ordonner le combat et préparer l'artillerie. Tous étaient pleins d'admiration de ce qu'elle pût se comporter si habilement et prudemment dans les actions militaires, comme si elle avait été un capitaine guerroyant depuis vingt ou trente ans, et surtout à propos de la préparation de l'artillerie, en quoi elle excellait.
  Interrogé sur ce, ne sait rien de plus.

                                     



  Illustris ac potentissimus princeps et dominus, dominus Johannes, dux Alenconii, ætatis L annorum, vel circiter, productus, receptus, juratus et examinatus coram præfatis dominis judicibus, die III. mensis maii, anni præfati Domini MCCCCLVI.

  Et primo, interrogatus quid ipse sciat deponere de et super contentis in I., II., III. et IV. articulis : dicit et deponit, ejus medio juramento, quod, dum ipsa Johanna venit versus regem, rex erat in villa de Chinon, et ipse loquens in villa Sancti Florentii; et ipso loquente ibidem exsistente et spatiante ad fugandum aux cailles, gallice, quidam bajulus loquentis accessit ad ipsum, eidem notificando quod venerat versus regem quædam puella asserens se missam ex parte Dei, ad fugandum Anglicos et levandum obsidionem positam per eosdem Anglicos ante villam Aurelianensem. Qua de causa ipse loquens in crastino ivit versus regem apud villam de Chinon exsistentem, et invenit dictam Johannam loquentem cum rege. Et ipso loquente appropinquante, ipsa Johanna petiit de loquente quis esset, et rex respondit quod erat dux Alenconii. Tunc ipsa Johanna dixit : « Vous soyez le très bien venu. Quanto plures erunt de sanguine regis Franciæ insimul, tanto melius. » Et in crastino, ipsa Johanna venit ad missam regis, et dum percepit regem, se inclinavit, et rex eamdem Johannam duxit in cameram quamdam ; et cum eo erat ipse loquens et dominus de la Tremoille, quos retinuit rex, aliis præcipiendo quatenus recederent. Tunc ipsa Johanna fecit regi plures requestas, et inter alias quod donaret regnum suum Regi coelorum, et quod Rex coelorum, post hujusmodi donationem, sibi faceret prout fecerat suis prædecessoribus, et eum reponeret in pristinum statum ; et multa alia, de quibus ipse loquens non recolit, fuerunt prolocuta usque ad prandium. Et post prandium rex ivit spatiatum ad prata, et ibidem ipsa Johanna cucurrit cum lancea, et propter hoc ipse loquens, videns eamdem Johannam ita se habere in portando lanceam et currendo cum lancea, dedit eidem Johannæ unum equum. Postmodum vero rex conclusit quod ipsa Johanna examinaretur per gentes ecclesiæ ; et fuerunt deputati episcopi Castrensis, confessor regis ; Silvanectensis, Magalonensis et Pictavensis ; magister Petrus de Versailles, postmodum episcopus Meldensis, et magister Jordanus Morin, et quam plures alii de quorum nominibus non recolit. Qui eamdem Johannam interrogaverunt, in ipsius loquentis præsentia, ad quid ipsa venerat, et quis eam fecerat venire ad regem. Quæ respondit quod venerat ex parte Regis coelorum, et quod habebat voces et consilium quæ sibi consulebant quid haberet agere ; de his autem non recordatur ipse loquens. Sed postmodum ipsa Johanna, quæ tunc prandebat cum loquente, dixit loquenti quod ipsa fuerat multum examinata, sed plura sciebat et poterat quam dixisset eam interrogantibus. Rex autem, audita relatione dictorum commissorum ad eam examinandum, iterum voluit quod ipsa Johanna iret ad villam Pictavensem; et ibidem iterum examinata fuit. Ipse tamen loquens in hujusmodi examine facto Pictavis non fuit præsens. Scit tamen quod postmodum in consilio regis fuit relatum quod illi qui eam examinaverant, dixerant quod in eadem nihil invenerant fidei catholicæ contrarium, et quod, attenta neccessitate, quod rex de eadem se juvare poterat. Et his auditis, rex misit loquentem versus reginam Siciliæ pro præparando victualia ad ducendum Aurelianis pro exercitu conducendo ; et ibidem invenit dominum Ambrosium de Loré et dominum Ludovicum, de cujus cognomine non recordatur, qui præparaverunt victualia. Sed opus erat pecuniis, et ad habendum pecunias pro dictis victualibus, ipse loquens regressus est ad regem et sibi notificavit qualiter victualia erant parata, et non restabant nisi pecuniæ pro victualibus et armatis. Et tunc rex aliquos misit pro deliberando pecunias necessarias ad opus hujusmodi complendum ; in tantum quod armati cum victualibus fuerunt præparati ad eundum ad villam Aurelianensem, ad tentandum si levari posset obsidio. Cum quibus armatis ipsa Johanna fuit missa; et fecit rex fieri eidem Johannæ armaturas. Et ita recesserunt armati regis cum Johanna ; sed quid fecerunt eundo, et de his quæ facta fuerunt in villa Aurelianensi, nihil scit ipse loquens, nisi ex auditu, quia non fuit præsens, nec cum ipsis armatis ivit ; sed postmodum vidit fortalitia exsistentia ante villam Aurelianensem, et consideravit fortificationem eorum ; quæ credit potius capta fuisse miraculose quam vi armorum, et maxime fortalitium de Tournelles, in buto pontis, et fortalitium Augustinensium, in quibus, si ipse loquens cum paucis armatis fuisset, ipse bene fuisset ausus exspectare per sex vel septem dies omnimodam potentiam armatorum, et sibi videtur quod eum non cepissent ; et, prout audivit referri ab armatis et capitaneis qui ibidem interfuerant, quod quasi omnia facta Aurelianis adscribebant Dei miraculo et quod illa non fuerant facta opere humano, sed desuper acciderat. Et hoc audivit dici pluries domino Ambrosio de Loré, nuper præposito Parisiensi. Nec eamdem Johannam a tempore sui recessus de rege vidit usque post levatam obsidionem Aurelianensem. Et tantum fecerunt quod fuerunt congregati insimul de gentibus regis usque ad numerum sex centum lancearum, desiderantes ire ad villam de Jargueau, quam tenebant Anglici occupatam ; et illa nocte cubuerunt in quodam nemore ; et adveniente crastino, venerunt alii armati regis quos conducebant dominus Bastardus Aurelianensis et dominus Florentius d'Illiers, et quidam alii capitanei ; et ipsis ad invicem congregatis, invenerunt quod ipsi erant circiter duodecim centum lanceæ ; et fuit tunc contentio inter capitaneos, quia aliqui erant opinionis quod fieret insultus in villa, alii de contrario, asserentes Anglicos habere magnam potentiam et esse in magna multitudine. Ipsa tunc Johanna videns inter eos difficultatem, dixit quod non timerent aliquam multitudinem, nec facerent difficultatem de dando eisdem Anglicis insultum, quia Deus conducebat eorum opus ; dicens ipsa Johanna quod, nisi esset secura quod Deus deducebat hoc opus, quod ipsa prædiligeret custodire oves quam tantis periculis se exponere. Et his auditis, duxerunt iter suum erga villam de Jargueau, credentes accipere suburbia et ibidem pernoctare ; quod scientes Anglici venerunt eisdem obviam, et prima facie repulerunt gentes regis. Quod videns ipsa Johanna, accepto suo vexillo, ivit ad invasionem, commonendo armatos quatenus haberent bonum cor. Et tantum fecerunt quod illa nocte armati regis fuerunt hospitati in suburbiis de Jargueau. Et credit loquens quod Deus hujusmodi opus conducebat, quia illa nocte quasi nullæ factæ sunt excubiæ, ita quod, si Anglici exivissent villam, armati regis fuissent in magno periculo. Et paraverunt armati regis l'artillerie, feceruntque de mane trahere bombardas et machinas contra villam, et habuerunt post aliquos dies inter se consilium quid agendum videretur contra Anglicos exsistentes in villa de Jargueau, pro recuperatione dictæ villæ. Ipsis in consilio existentibus, relatum fuit quod La Hire loquebatur cum domino de Suffort ; de quo ipse loquens, et alii qui habebant onus hujusmodi gentium armatorum, fuerunt male contenti de dicto La Hire ; et fuit mandatus ipse La Hire, qui venit. Post cujus eventum fuit conclusum quod fieret insultus contra villam, et clamaverunt præcones : « Ad insultum ! » ipsaque Johanna dixit loquenti : « Avant, gentil duc, à l'assault » Et, cum eidem loquenti videretur quod præmature agebant ita cito incipere insultum, ipsa Johanna dixit loquenti : « Nolite dubitare, hora est parata quando placet Deo; » et quod oportebat operari quando Deus volebat ; « operate, et Deus operabitur; » dicendo ulterius eidem loquenti : « A! gentil duc, times-tu ? Nonne scis quod ego promisi uxori tuæ te reducere sanum et incolumem ? » Quia in veritate, dum ipse loquens recessit a sua uxore pro veniendo cum eadem Johanna ad exercitum, uxor loquentis dixit eidem Johannetæ quod multum timebat de ipso loquente, et quod nuper fuerat prisionarius, et quod tantæ pecuniæ fuerant expositæ pro sua redemptione, quod libenter eumdem loquentem rogavisset de remanendo. Tunc ipsa Johanna respondit : « Domina, nolite timere. Ego eum vobis reddam sanum, et in statu tali aut meliori quam sit. »

  Dicit etiam quod, durante insultu contra villam de Jargueau, ipsa Johanna dixit loquenti exsistenti in quadam platea quod recederet ab illo loco, et quod nisi recederet, « illa machina, » ostendendo quamdam machinam exsistentem in villa, « te occidet. » Et recessit loquens, et paulo post ex eadem machina, in eodem loco a quo recesserat ipse loquens, fuit quidam occisus, qui vocabatur Monseigneur du Lude ; de quo habuit magnum timorem ipse loquens, et multum mirabatur de dictis ipsius Johannæ, attentis prædictis. Postmodum ipsa Johanna ivit ad insultum, et ipse loquens cum eadem. Et armatis invadentibus, comes de Suffort fecit clamari quod volebat loqui cum loquente ; qui tamen non fuit auditus, imo perfecerunt insultum. Et erat ipsa Johanna in scala, tenens in manu sua vexillum suum, quod vexillum fuit percussum, et ipsa Johanna fuit percussa super caput de uno lapide quod fuit diminutum super capellaniam ipsius Johannæ. Ipsa tamen Johanna prostrata fuit ad terram ; et cum surrexisset dixit armatis : « Amys, amys, sus! sus! Nostre Sire a condempné les Angloys. Ista hora sunt nostri ; habeatis bonum cor ! » Et in instanti ipsa villa de Jargueau fuit capta, et Anglici recesserunt versus pontes : quos insequebantur Gallici ; et in prosecutione fuerunt occisi plus quam undecim centum.

  Et villa capta, ipse loquens, Johanna et armati iverunt ad villam Aurelianensem, et de villa Aurelianensi iverunt apud Magdunum, ubi erant Anglici in villa, videlicet l'Enfant de Warvic et Scalles. Ipse autem loquens cum paucis armatis pernoctavit in quadam ecclesia, juxta Magdunum, ubi ipse loquens fuit in magno periculo ; et in crastino iverunt apud Baugency, in quibusdam pratis ubi invenerunt alios armatos regis, et ibidem facta fuit quædam invasio contra Anglicos exsistentes in villa de Baugency. Post quam invasionem Anglici exposuerunt villam et intraverunt castrum ; et fuerunt positæ excubiæ coram castro, ne Anglici exirent. Et ipsis exsistentibus coram castro, audiverunt nova quod dominus connestabularius cum certis armatis veniebat ; unde fuit ipse loquens, ipsa Johanna et alii de exercitu male contenti, volentes recedere a dicta villa, quia habebant in mandatis de non recipiendo in sua societate dominum connestabularium. Et dixit loquens ipsi Johannæ quod si ipse connestabularius veniret, ipse recederet. Et in crastino, ante adventum domini connestabularii, venerunt nova quod Anglici veniebant in magno numero, in quorum societate erat dominus de Talbot, et clamaverunt armati :« à l'arme ! » et tunc ipsa Johanna dixit loquenti, qui volebat recedare propter adventum domini connestabularii, quod opus erat se juvare. Et tandem Anglici reddiderunt castrum per compositionem, et recesserunt cum salvo conductu quem eisdem concessit ipse loquens, qui eodem tempore eral locum tenens pro rege in hujusmodi exercitu. Et dum Anglici recesserunt, venit quidam de societate La Hire, qui dixit loquenti et capitaneis regis quod Anglici veniebant, et quod eos cito vultuatim haberent, et quod erant quasi mille homines armorum. Quod audiens ipsa Johanna quæsivit quid diceret ille homo armorum, et sibi notificato, dixit domino connestabulario : « A! beau connestable, vous n'estes pas venu de par moy ; sed quia venistis, vos bene veneritis. » Multi autem de gentibus regis timebant, dicentes quod bonum erat mandare equos. Ipsa autem Johanna dixit; « En nom Dieu, il les fault combatre ; s'ilz estoient pendus aux nues nous les arons, quia Deus eos mittit nobis ut eos puniamus, » asserendo se esse securam de victoria, dicendo verbis gallicis : « Le gentil roy ara au jour duy la plus grant victoire qu'il eut pièça. Et m'a dit mon conseil qu'ils sont tous nostres. » Et scit loquens quod sine magna difficultate Anglici fuerunt debellati et occisi, et inter alios Talbot fuit captus. Fuit autem facta maxima occisio Anglicorum, et postmodum venerunt gentes regis ad villam de Patay in Belsia ; in qua villa fuit adductus dictus Talbot coram ipso loquente et domino connestabulario, ipsa Johanna prsesente. Dixit enim ipse loquens dicto Talbot quod non credebat de mane quod sibi ita accideret ; qui quidem Talbot respondit quod erat fortuna guerræ. Et deinde reversi sunt versus regem, qui deliberavit postmodum ire ad villam Remensem, pro sua coronatione et consecratione.

  Audivitque aliquando dictam Johannam dicentem regi quod ipsa Johanna duraret per annum et non multum plus, et quod cogitarent illo anno de bene
operando, quia dicebat se habere quatuor onera, videlicet : fugare Anglicos ; de faciendo regem coronari et consecrari Remis ; de liberando ducem Aurelianensem a manibus Anglicorum ; et de levando obsidionem positam per Anglicos ante villam Aurelianensem.

  Dicit insuper quod ipsa Johanna erat casta, et multum odiebat illas mulieres quæ sequebantur armatos. Vidit enim ipse loquens, in Sancto-Dionysio, in regressu coronationis regis, quod ipsa Johanna prosequebatur cum gladio evaginato quamdam juvenculam exsistentem cum armatis, adeo quod, eam insequendo, disrupit suum ensem. Multum etiam irascebatur dum aliquos armatos audiebat jurantes, ipsos multum increpabat et maxime ipsum loquentem, qui aliquando jurabat ; et dum videbat eam, refrenabatur a juramento Dicit etiam quod aliquando in exercitu ipse loquens cubuit cum eadem Johanna et armatis à la paillade, et vidit aliquando quod ipsa Johanna se præparabat, et aliquando videbat ejus mammas, quæ pulchræ erant ; non tamen habuit ipse loquens unquam de ea concupiscentiam carnalem.

  Dicit ulterius quod, quantum percipere potuit, ipsam semper tenuit pro bona catholica et proba muliere, quia eam vidit pluries recipere corpus Christi ; et, dum videbat corpus Christi, flebat multotiens cum magnis lacrimis. Recipiebat etiam sacram eucharistiam bis in septimana, et sæpe confitebatur.

  Dicit etiam quod ipsa Johanna in omnibus factis suis, extra factum guerræ, erat simplex et juvenis ; sed in facto guerræ erat multum experta, tam in portu lanceæ quam in congregando exercitu et ordinandis bellis, et in præparatione de l'artillerie ; et de hoc mirabantur omnes quod ita caute et provide agebat in facto guerræ, ac si fuisset unus capitaneus qui facta guerræ per XX aut XXX annos exercuisset, et maxime in præparatione de l'artillerie, quia multum bene in hoc se habebat.
  Nec aliud scit super hoc interrogatus.


Sources :
- Texte latin : Quicherat - Procès t.III p.90 et suiv.
- Traduction : source Pierre Duparc.

Notes de Quicherat :
1 C'est ce Jean d'Alençon qui, pour avoir correspondu clandestinement avec le roi d'Anglelerre, fut depuis condamné à la prison perpétuelle ; que Louis XI gracia à son avénement, et qui mourut en 1476 après s'être fait condamner une seconde fois.

2 Saint-Florent-les-Saumur.

3 Yolande d'Aragon, belle-mère de Charles VII, femme d'une grande capacité et qui avait beaucoup de part au gouvernement, lorsque les intrigues des favoris ne l'empêchaient pas d'agir. Le fait rapporté par le témoin est confirmé par l'article suivant que j'extrais d'un titre conservé à la bibliothèque d'Orléans : « A Geffroy Diron, d'Orliens, pour avoir vaqué par l'espace de vingt jours en deux voiages qu'il a faiz d'Orliens à Blois pour recevoir et mectre en sauf le blé que la roine de Cécille avoit fait amener audit lieu de Blois. » (Mandats et quittances des dépenses de la ville d'Orléans en 1429 et 1430, liasse 2, pièce 29.)

4 Peut-être Louis de Culant.

5 La Chronique dite de la Pucelle, qui rapporte le même événement, l'applique à ung gentilhomme d'Anjou, ce qui fait voir qu'il s'agit de cette seigneurie du Lude que Jean de Daillon acquit en 1457 du côté de sa belle-mère Jeanne de Vendôme-Ségré ; mais on ne trouve pas de qui cette dernière la tenait.

Remarques de J.B.J. Ayroles sur ce témoignage :
Perceval de Cagny nous a fait connaître ce qu'était le duc d'Alençon lorsqu'il eut le titre de généralissime de l'armée avec laquelle la Pucelle nettoya les bords de la Loire. Combien ses dispositions avaient changé en mai 1456, quand il fut appelé à déposer sur celle dont il eut l'honneur d'obtenir la particulière faveur ! La jalousie, des ambitions déçues, et peut-être aussi des dénis de justice, l'avaient fait passer du côté des Anglais, par lui si abhorrés aux jours de la Pucelle. Il complotait pour les faire rentrer dans cette France d'où ils venaient d'être expulsés. Le 3 mai, jour de sa déposition, des soupçons de trahison pesaient déjà sur lui. Ils allaient être confirmés et le duc allait être arrêté dans les derniers jours du mois. Il fut interrogé sur la Pucelle à Paris devant l'archevêque de Reims et l'évêque de Paris qui devaient le juger deux ans après.

Procès de réhabilitation
Témoins de Paris

Les dépositions :

Jean Tiphaine
Guillaume de la Chambre
Mgr Jean de Mailly
Me Thomas de Courcelles
Me Jean Monnet
Louis de Coutes
Gobert Thibault
Simon Beaucroix
Jean Barbin
Marguerite de La Touroulde
Jean Marcel
Mgr le Duc d'Alençon
Fr. Jean Pasquerel
Fr. Jean de Lenizeul
Simon Charles

Le Sire de Termes
M. Haimond de Macy
Colette Milet
Pierre Milet
Me Aignan Viole


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