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23 octobre 2019  

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Livre II - ORLEANS
I - L'épreuve - p. 103 à 126

e voyage de Vaucouleurs à Chinon, où était la cour, était déjà pour la mission de Jeanne comme une première épreuve. Tout le pays était aux Anglais et aux Bourguignons : il fallait éviter leur rencontre et passer trois ou quatre rivières, la Marne, l'Aube, la Seine, l'Yonne, dans une saison où la crue des eaux ramenait presque forcément les voyageurs aux villes ou aux ponts gardés par eux. Ils allèrent ainsi pendant onze jours, marchant le plus communément la nuit. Jeanne n'approuvait pas ces mesures d'une prudence tout humaine. Elle eût voulu s'arrêter au moins chaque jour dans quelque village, pour rendre à Dieu ses devoirs accoutumés. "Si nous pouvions entendre la messe, leur disait-elle, nous ferions bien." Mais se montrer semblait être un péril tant que l'on était en pays ennemi. Ils ne cédèrent que deux fois à ses désirs, une fois peut-être dans l'abbaye de Saint-Urbain, où l'on passa la nuit, et l'autre fois dans la principale église d'Auxerre. Jeanne, à son tour, condescendit pour tout le reste à leur manière de la conduire ; mais elle leur rappelait les autres guides qu'elle avait au ciel. Quand ils lui demandaient si elle ferait ce qu'elle avait annoncé, elle leur disait de ne rien craindre, qu'elle ne faisait rien que par commandement, et que ses frères du paradis lui disaient tout ce qu'elle avait à faire (1).
  Jeanne pour ses compagnons n'était déjà plus de la terre. Pendant ce voyage, quoiqu'on marchât la nuit, on s'arrêtait néanmoins pour prendre du repos. Jeanne couchait au milieu d'eux, renfermée dans son habit d'homme. mais ce vêtement, qu'elle avait adopté par pudeur, n'était point sa seule sauvegarde en cette compagnie d'hommes de guerre. Tel était l'ascendant qu'elle avait pris sur eux, que les plus jeunes, loin de songer à lui rien dire ou faire qui pût l'offenser, affirment qu'ils n'ont même jamais eu la pensée du mal auprès d'elle ; ils étaient comme enflammés de l'amour divin qui était en son âme, et devenaient chastes et purs par la contagion de sa sainteté (2).
  Ils passèrent la Loire à Gien, et parvinrent à Sainte-Catherine de Fierbois, en Touraine, où Jeanne, par honneur pour la patronne du lieu, l'une de ses deux patronnes, et comme pour compenser les privations qu'elle avait acceptées durant la route, entendit jusqu'à trois messes le même jour. Depuis qu'on n'avait plus à craindre une surprise de l'ennemi, ses compagnons ne cachaient plus l'objet de son voyage. De Gien, la nouvelle était venue aux habitants d'Orléans qu' une bergerette nommée la Pucelle, accompagnée de quelques nobles de Lorraine, avait passé, disant qu'elle venait faire lever le siège de leur ville et mener le roi à Reims pour qu'il y fût sacré. Du hameau de Sainte-Catherine, elle-même écrivit, ou, plus exactement, fit écrire au roi pour lui demander la permission de l'aller trouver à Chinon. Elle lui mandait qu'elle avait fait cent cinquante lieues pour lui venir en aide ; qu'elle savait plusieurs bonnes choses qui le touchaient : et, pour lui donner comme un premier gage de sa mission, elle déclarait qu'elle le saurait distinguer parmi tous les autres. (3)
  Le bruit de son voyage avait sans doute devancé sa lettre à Chinon, et la petite cour qui s'agitait autour de Charles VII l'avait fort diversement accueilli. La position du roi devenait chaque jour plus critique ; sa détresse était extrême : son trésorier déclarait qu'il n'avait pas quatre écus en caisse, tant de l'argent du prince que du sien. Le roi ne savait plus que faire pour sauver Orléans, et, Orléans pris, rien n'était sûr pour lui au midi même de la Loire. Il en était réduit à se demander en quel pays il chercherait un refuge : en Dauphiné ou même au-delà des monts, en Castille ? La reine de Sicile, mère de la reine, et ceux qui gémissaient de l'état des affaires, étaient disposés à tout risquer pour sortir de cet abîme ; au contraire, l'homme en faveur, La Trémouille, craignait pardessus tout un changement de conduite qui pouvait soustraire le prince à son influence, en le tirant de cette torpeur. Pour un tel homme, le succès même était un péril. Mais pouvait-on refuser de voir au moins celle qui promettait de si grandes choses ? On lui permit donc de venir, et sur la route il paraît qu'on lui tendit une embuscade : c'était une manière aussi de la mettre à l'épreuve ! L'épreuve réussit mal : ceux qui la voulaient prendre demeurèrent, dit un témoin de Poitiers, comme cloués au lieu où ils étaient (4).

   

  Jeanne vint donc à Chinon (6 mars), mais elle voulait parler au roi : nouvel obstacle à vaincre. Fallait-il aller jusqu'à compromettre le prince dans une entrevue avec une fille des champs que l'on pouvait, sur les rumeurs populaires, soupçonner d'être folle ou pis encore ? C'est ce qu'on agita dans le conseil. Plusieurs la virent et la pressèrent de leur dire à eux-mêmes ce qu'elle se réservait de dire au roi. Elle parla ; mais, en l'écoutant, ils s'affermirent dans la pensée que le roi ne devait point l'entendre. D'autres même croyaient qu'ils le devaient d'autant moins, qu'elle se disait envoyée de Dieu, et les ecclésiastiques furent consultés sur ce point. Tout bien examiné, ceux-ci ne crurent pas qu'il y eût lieu d'empêcher le roi de la recevoir ; mais comme ces scrupules n'étaient pas pour plusieurs que des prétextes, une semblable décision ne suffisait point à les dissiper ; et quand Jeanne vint au chateau, elle rencontra de nouveaux obstacles dans le conseil. cependant la raison finit par triompher : on allégua au roi que Jeanne venait à lui avec une lettre de Baudricourt ; on lui dit les périls qu'elle avait affrontés et dissipés comme par miracle pour arriver jusqu'à sa résidence. C'était le dernier espoir des habitants d'Orléans ; ils avaient envoyé une ambassade au roi à la nouvelle de ce secours inespéré ; leurs députés étaient là, attendant la décision du prince. Et Jeanne n'avait pas seulement pour elle la lettre, très froide, sans doute, du sire de Baudricourt ; elle avait ses deux compagnons de route. Les deux hommes qui avaient cru en elle dès son séjour à Vaucouleurs, s'étaient sentis bien mieux affermis dans leur foi, après l'épreuve de ce voyage ; mandés au conseil, ils y parlèrent avec toute la chaleur de leur conviction et persuadèrent. (5)

   

  Après deux jours d'attente, Jeanne fut donc introduite au château par le comte de Vendôme. Elle se présenta simplement et avec assurance. "Elle fit les inclinations et révérences accoutumées de faire aux rois, ainsi que si elle eût été nourrie à la cour", dit Jean Chartier. "Le roi, continue-t-il, pour la mettre à l'épreuve, s'était confondu parmi d'autres seigneurs plus pompeusement vêtus que lui, et quand Jeanne, qui ne l'avait jamais vu, le vint saluer, disant "Dieu vous donne bonne vie, gentil roi !" - Je ne suis pas le roi, dit-il : voilà le roi" ; et il lui désignait un des seigneurs. Mais Jeanne répondit : "En nom Dieu, gentil prince, vous l'êtes, et non un autre." Et, abordant l'objet de sa mission, elle lui dit que "Dieu  l'envoyait pour lui aider et secourir" ; elle demandait "qu'il lui baillât gens", promettant de faire lever le siège d'Orléans, et de le mener sacrer à Reims. Elle ajoutait "que c'estoit le plaisir de Dieu que ses ennemis les Anglois s'en allassent en leur pays ; que le royaume lui devoit demeurer, et que s'ils ne s'en alloient, il leur mescherroit (arriverait malheur)." (6)

 

  Parmi les princes que le favori n'avait point écartés de la cour, se trouvait le jeune duc d'Alençon. Pris à Verneuil (1424), il avait résisté à toutes les séductions mises en oeuvre pour l'attirer à la cause de Henri VI ; et il avait dû payer sa fidélité à Charles VII par une captivité de trois ans et une rançon qui le ruinait. Dans les loisirs que le roi faisait aux siens, il s'en était allé non loin de là, à Saint-Florentin-lès-Saumur et y passait le temps, chassant aux cailles. Ayant su, par un de ses gens, l'arrivée à Chinon d'une jeune fille qui se disait envoyée de Dieu pour expulser les Anglais et faire lever le siège d'Orléans, il s'y rendit, et il entra comme elle parlait au roi. Charles l'ayant nommé à Jeanne : "Soyez le trèsbien venu, dit-elle : plus il y en aura ensemble du sang royal de France, mieux en sera-t-il." Le lendemain elle fut à la messe du roi, et le prince l'ayant prise à part avec Alençon qui le raconte et la Trémouille, elle lui fit plusieurs requêtes : elle lui demandait "de donner son royaume au Roi des cieux, et que le Roi des cieux, après cette donation, f'erait pour lui comme pour ses prédécesseurs, et le rétablirait dans son ancien état."
  Mais qui était-elle pour parler avec cette autorité, et quel signe donnait-elle de sa mission ? L'heureuse issue de son voyage pouvait bien, après tout, n'être pas un si grand prodige, et le fait d'avoir reconnu le roi sans l'avoir jamais vu, fournir des armes à ceux qui ne voulaient voir dans tout cela qu'une trufferie (tromperie). Au lieu de la foi, elle rencontrait même, non-seulement le doute, mais quelquefois l'outrage. Le jour qu'on la présenta au château, un homme à cheval la voyant entrer : "Est-ce là la Pucelle ?" dit-il ; et il raillait grossièrement sur son titre, reniant Dieu. "Ah dit Jeanne, tu le renies, et tu es si près de ta mort !" Avant qu'il fût une heure, l'homme tombait à l'eau et se noyait. (8)
  Ceux qui étaient les plus favorables ne savaient qu'attendre et voir encore. Le roi l'avait donnée en garde à Guillaume Bélier, son Lieutenant à Chinon, dont la femme était de grande dévotion et de bonne renommée. En même temps qu'il envoyait dans son pays natal des religieux chargés de s'informer secrètement de sa vie, il la faisait paraitre devant sa cour ; il la soumettait à l'examen des gens d'Église : et elle savait garder en toute rencontre la même aisance, la même fermeté ; parlant avec assurance de sa mission, soit devant La Tremouille, soit  devant les évêques, et montrant, au besoin que dans cette carrière des batailles où elle voulait ramener le roi, elle-même saurait faire bonne figure. Un jour après le dîner, le roi étant allé se promener dans la prairie, elle y courut la lance au poing, et de si bonne manière que le duc d'Alençon, charmé, lui donna un cheval. Les épreuves se continuaient jusque dans la demeure qui lui avait été assignée. De grands personnages la venaient voir à la tour du fort du Coudray, attenante au château même, et elle répondait à leurs questions. mais quand elle était seule, elle priait et pleurait. (9)
  Un jour enfin, elle vint trouver le roi et lui dit : "Gentil dauphin, pourquoi ne me croyait vous ? Je vous dis que Dieu a pitié de vous, de votre royaume et de votre peuple : car saint Louis et Charlemagne sont à genoux devant lui, en faisant prière pour vous ; et je vous dirai, s'il vous plait, telle chose, qu'elle vous donnera à connoitre que me devez croire." L'auteur de la chronique ajoute qu'elle admit  comme témoins de sa déclaration le duc d'Alençon, Robert Le Maçon seigneur de  Trèves (en Anjou), Christophe d'Harcourt et Gérard Machet, confesseur du roi, et qu'après lui avoir fait jurer de n'en rien révéler, elle dit au roi "une chose de grande conséquence qu'il avoit faite bien secrète ; dont il fut fort ébahi : car il n'y avoit personne qui pût le savoir que Dieu et  lui". D'autres suppriment les témoins, ou du moins les tiennent à distance, s'accordant sur le fait lui-même et sur l'impression qu'en reçut le roi : "Ce qu'elle a dit, nul ne le sait, écrit Alain Chartier peu de mois après (juillet 1429), mais il est bien manifeste qu'il en a été tout rayonnant de joie ; comme à une  révélation de l'Esprit Saint". (10)

 

  Qu'était-ce donc ce signe ? Jeanne elle-même est convenue du fait devant ses juges ; et elle confirme les derniers témoignages allégués en disant "qu'elle ne pense pas que personne ait été alors avec le roi, quoiqu'il y eût bien des gens assez près". Mais en même temps elle déclara qu'elle n'en voulait rien dire. Elle persista longtemps dans ce refus, protestant que sur ce point on n'aurait pas d'elle la vérité ; et d'autant plus pressée qu'elle se récusait davantage, elle finit par se dérober à ces instances par le biais que ses juges mêmes semblaient lui offrir en l'interrogeant sur l'ange qui avait apporté une couronne au roi : bruit populaire qu'elle accueillit comme exprimant sa mission sous le voile d'une allégorie fort transparente. Par cette allégorie qu'elle expliqua plus tard, elle dépista ses juges : le signe leur demeura donc caché ; car c'était le secret du roi. Mais une parole avait été entendue dans cette conversation entre elle et lui : parole d'une singulière autorité, et dont l'accent put frapper les oreilles de ceux qui se tenaient non loin du prince : "Je te dis de la part de Messire que tu est vray héritier de France et fils du roy." Cette parole, reproduite en français, parmi les autres déclarations de Jeanne, dans la déposition de Pasquerel, son aumônier, reçut plus tard une explication inattendue, et se trouve rattachée au signe dont il s'agit par les confidences mêmes du roi. Le sire de Boisy, qui, dans sa jeunesse, avait été l'un des chambellans les plus familiers de Charles VII, a raconté en effet à Pierre Sala, comme le tenant du roi lui-même, qu'un jour, au temps de ses plus grandes adversités, ce prince, cherchant vainement un remède à tant de maux, entra un matin, seul, dans son oratoire, et que là, sans prononcer une parole, il fit à Dieu, du fond de son cceur, cette requête : Que s'il était vrai héritier, issu de la maison de France (ce doute était possible avec la reine Isabeau), et que le royaume lui dût justement appartenir, il plût à Dieu de le lui garder et défendre, sinon, de lui faire la grâce d'échapper sans mort ou prison, et qu'il se pût sauver en Espagne ou en Écosse, où il voulait, en dernier recours, chercher un refuge. C'est cette prière connue de Dieu seul que la Pucelle rappela à Charles VII : et on s'explique maintenant la joie qu'au dire des témoins il manifesta, sans que personne en sût alors le motif. Jeanne, par cette révélation, n'avait pas fait seulement qu'il crût en elle ; elle faisait qu'il crût en lui-même, en son droit, en son titre. "JE TE DIS (jamais Jeanne n'a parlé au roi de la sorte : c'est quelque chose de supérieur qui parle par sa bouche), JE TE DIS DE LA PART DE MESSIRE QUE TU ES VRAI HÉRITIER DE FRANCE ET FILS DU ROY." (11)
  Ce n'était point assez : il fallait que personne n'eût le droit de révoquer en doute sa mission ou d'en suspecter l'origine. Le roi comme les autres, a cet égard, avait besoin, même après cette révélation, d'être rassuré. Il ne précipita rien ; il résolut de mener Jeanne à Poitiers, où était le parlement, où siégeait le conseil, où se trouvaient réunis plusieurs des membres de l'Université de Paris, restés fidèles. Il voulait lui faire subir une épreuve plus solennelle, mettre en lumière nonseulement le fait, mais la source même de son inspiration, et donner à la résolution qu'on prendrait la sanction des hommes les plus autorisés dans l'Église et dans l'État. Jeanne partit donc, et quand elle sut où on la menait : "En nom Dieu, dit-elle, je sais que j'y aurai bien à faire : mais Messire m'aidera. Or allons de par Dieu". ).

  Elle vint à Poitiers, et fut, comme à Chinon, confiée à la garde de l'une des plus honorables familles de la cité : celle de Jean Rabateau, avocat général au parlement. L'archevêque de Reims, chancelier de France, et l'un des principaux chefs du parti dominant, d'accord avec les membres du conseil, convoqua les évêques présents et les docteurs les plus renommés entre ceux qui avaient suivi la fortune de Charles VII. Gérard Machet, évêque de Castres, confesseur du roi ; Simon Bonnet, depuis évêque de Senlis ; l'évêque de Maguelonne et l'évêque de Poitiers ; maitre Pierre de Versailles, depuis évêque de Meaux, et plusieurs autres, au nombre desquels le dominicain frère Seguin, à qui l'on doit le récit le plus étendu de ces conférences. On leur dit qu'ils avaient commission du roi pour interroger la Pucelle et en faire leur rapport au conseil, et au lieu d'appeler Jeanne devant eux, on les envoya vers elle, chez maitre Jean Rabateau. (12)
  Dès qu'elle les vit entrer dans la salle, elle alla s'asseoir au bout du banc, et leur demanda ce qu'ils voulaient. Ils lui dirent qu'ils la venaient trouver, parce qu'elle avait dit au roi que Dieu l'envoyait vers lui ; et ils lui montrèrent, "par belles et douces raisons," qu'on ne la devait pas croire. "Ils y furent, dit la Chronique, plus de deux heures, où chacun d'eux parla sa fois ; et elle leur répondit : dont ils étoient grandement ébahis, comme une si simple bergère, jeune fille, pouvoit ainsi répondre." Nous n'avons plus les procès-verbaux de ces conférences, tenues par des hommes défiants sans doute, (c'était leur devoir), mais sincères : actes auxquels Jeanne, dans son procès, renvoie plusieurs fois en toute assurance, et où l'on trouverait les libres effusions de son âme, recueillies sans réticence et sans altération. Mais à défaut de ce monument qui a péri de bonne heure, il reste une sorte d'écho fidèle encore, quoique plus lointain, de sa parole, dans les dépositions de deux témoins : Gobert Thibault, écuyer du roi, et frère Seguin, docteur en théologie.
  Dans la première visite, après diverses questions sur elle, sur sa famille, sur son pays, Jean Lombart lui ayant demandé qui l'avait poussée à venir vers le roi, elle lui dit ses visions, comme ses voix lui avaient appris la grande pitié qui était au royaume de France, et qu'il fallait qu'elle y allât  : à ces paroles, elle s'était mise à pleurer ; mais la voix avait commandé. Et elle racontait comment elle avait entrepris ce voyage, accompli, parmi tant d'obstacles, en toute sûreté, selon qu'il lui était prédit.
  "Jeanne, lui dit Guillaume Aymeri, vous demandez gens d'armes, et dites que c'est le plaisir de Dieu que les Anglois laissent le royaume de France et s'en aillent en leur pays. Si cela est, il ne faut point de gens d'armes, car le seul plaisir de Dieu peut les déconfire et faire aller en leur pays."
- "En nom Dieu, reprit Jeanne, les gens d'armes batailleront, et Dieu donnera victoire."
Maître Guillaume avoua que c'était bien répondu.
Alors Seguin, un "bien aigre homme," dit la Chronique, voulant savoir que penser de ses voix, lui demanda quelle langue elles lui parlaient :
- "Meilleure que la vôtre," répondit-elle.
Il parlait limousin.
  "Croyez-vous en Dieu ?" dit le docteur visiblement blessé.
- "Mieux que vous," répliqua Jeanne sur le même ton.
  "Eh bien ! reprit Seguin, Dieu défend de vous croire sans un signe qui porte à le faire ;" et il déclara que, pour sa part, il ne donnerait point au roi le conseil de lui confier des gens d'armes et de les mettre en péril sur sa simple parole.
- "En nom Dieu, répliqua Jeanne, je ne suis pas venue à Poitiers pour faire signes ; mais menez-moi à Orléans, et je vous montrerai les signes pour quoi je suis envoyée. Qu'on me donne si peu de gens qu'on voudra, j'irai à Orléans."
  Le frère Seguin, si aigre homme que le dise la Chronique, a eu du moins la bonhomie de nous garder ces traits sans leur rien ôter de ce qu'ils avaient de piquant pour lui-même ; moins soucieux de son amour-propre que de la vérité. (13)

  L'examen se prolongea pendant trois semaines, et Jeanne en témoigna parfois son impatience. Le jour que vint Gobert Thibault, en compagnie de Jean Érault et de Pierre de Versailles, la Pucelle, voyant entre les deux docteurs l'écuyer du roi, qu'elle avait sans doute rencontré à Chinon, lui frappa familièrement sur l'épaule, et lui dit "qu'elle voudroit bien avoir plusieurs hommes d'aussi bonne volonté." Puis, s'adressant à Pierre de Versailles :
  "Je crois bien, dit-elle, que vous êtes venu pour m'interroger : je ne sais ni A ni B ; mais je viens de la part du Roi des cieux pour faire lever le siège d'Orléans, et mener le roi à Reims, afin qu'il y soit couronné et sacré."
Et ensuite :
  "Avez-vous du papier, de l'encre ? dit-elle à Jean Érault. Écrivez ce que je vous dirai" : "Vous, Suffort, Classidas et La Poule, je vous somme par le Roi des cieux, que vous en alliez en Angleterre..."
  La lettre, écrite alors, se retrouvera en original à l'époque où elle eut enfin acquis le droit de l'envoyer aux Anglais. (14)

                         

  On ne l'interrogea point seulement sur ses révélations : on la fit surveiller par des femmes dans sa manière de vivre, on l'interrogea sur sa croyance. Car ses visions fussent-elles constantes, il fallait savoir d'où elles venaient : si elles venaient du diable, on était convaincu qu'il se trahirait par quelque mot malsonnant touchant la foi. Jeanne sortit tout aussi heureusement de ces épreuves. Elle n'avait pas compté en vain sur Celui dont elle disait aux docteurs : "Il y a ès livres de Notre-Seigneur plus que ès vôtres." Malgré ces vivacités de langage contre la science des docteurs, ils l'admiraient et confessaient qu'elle leur avait répondu avec autant de prudence que si elle eût été un bon clerc. Plusieurs crurent sincèrement à son inspiration. Le confesseur du roi et d'autres voyaient en elle celle qu'annonçait une prophétie (la prophétie de Merlin, sans doute, alléguée, en ce temps même, dans les vers de Christine de Pisan). Jean Érault, cherchant à la révélation de Jeanne un appui dans une autre, cita à l'assemblée ce que l'on rapportait de Marie d'Avignon. On disait que cette femme, renommée alors par ses prédictions, était venue jadis trouver le roi, et lui avait communiqué ses visions sur la prochaine désolation de la France. Elle avait vu quantité d'armes ; elle avait craint que ce ne lui fût un signe d'aller à la guerre. Mais elle avait été rassurée : il lui avait été dit que ce signe ne la touchait pas ; qu'une pucelle viendrait après elle, qui porterait ces armes et délivrerait la France de l'ennemi. Jean Érault ne doutait point, pour sa part, que Jeanne ne fût la pucelle prédite. (15)
  Sans aller aussi loin, les docteurs ne laissèrent pas de conclure en faveur de Jeanne. Ils louaient le roi de n'avoir, dans cette nécessité pressante du royaume, ni rejeté la Pucelle, ni cru trop légèrement à ses promesses ; mais de l'avoir éprouvée en cherchant dans sa vie et en demandant à ses actes la preuve qu'elle était envoyée de Dieu. Sa vie, disaient-ils, a fait l'objet d'une enquête sérieuse : Jeanne pendant six semaines a été gardée par le roi, visitée par toutes sortes de personnes ; et l'on n'a rien trouvé en elle, que "bien, humilité, virginité, dévotion, honnêteté, simplesse." Son signe, c'est devant Orléans qu'elle prétend le montrer. Puisque la première preuve est faite, il ne faut pas refuser la seconde qu'elle offre ; il faut la mener à Orléans : car la délaisser sans apparence de mal, "ce seroit répugner au Saint-Esprit et se rendre indigne de l'aide de Dieu." Les matrones firent leur rapport à leur tour. La reine de Sicile, les dames de Gaucourt et de Trèves attestèrent que Jeanne était digne de porter son surnom populaire, et dès lors la démonstration était complète : car on n'admettait pas que l'âme pure d'une vierge, eût commerce avec le démon. (16)

  Le peuple, pour croire en elle, n'avait pas demandé tant d'épreuves. Les plus incrédules ne résistaient point à l'accent de sa parole : tel qui, en venant, déclarait ses promesses pures rêveries, ne s'en allait pas sans avouer que c'était une créature de Dieu ; et plusieurs en revenant pleuraient à chaudes larmes. Jeanne avait gagné tous les suffrages. Les hommes d'Église rendaient témoignage à sa vertu et à sa foi ; les hommes de guerre s'émerveillaient de la façon dont elle parlait sur le fait des armes ; et les dames et les damoiselles ne s'étonnaient pas moins de trouver une simple jeune fille dans celle qui faisait l'admiration des hommes de guerre et des docteurs. Elle qui, sous les armes, semblait égale aux plus habiles par sa tenue, par ses discours, elle se retrouvait, quand elle avait dépouillé le harnois, ce qu'elle était dans son village, "moult simple et peu parlant", toujours pieuse et recueillie, priant dans le secret, et accueillant avec bonté les hommes de toute condition que la curiosité attirait autour d'elle, mais principalement les femmes. Elle leur parlait si doucement et si gracieusement, dit la Chronique, qu'elle les faisait pleurer. Elle s'excusait auprès d'elles de l'habit qu'elle portait : et les femmes surtout la devaient comprendre. L'habit d'homme, qui effaroucha tant la pudeur du tribunal institué par les Anglais, n'excita pas les mêmes scrupules parmi les évêques et les docteurs du parti de Charles VII. Il n'en est pas dit un mot dans ce qui est resté de l'enquête de Poitiers ; et si la question s'y posa, elle fut résolue par le bon sens, comme elle l'a été dans la consultation que l'archevêque d'Embrun envoya au roi, peu de temps après la délivrance d'Orléans, sur les actes de la Pucelle : "Il est plus décent, dit le prélat, de faire ces choses en habit d'homme, puisqu'on les doit faire avec des hommes (17)."

                                  

  Le roi ne différa plus. Il l'envoya à Tours (vers le 20 avril), et lui composa toute une maison militaire. Les deux plus jeunes frères de Jeanne (Jean et Pierre) l'étaient venus rejoindre ; ses deux guides, Jean de Metz et Bertrand de Poulengy, ne l'avaient point quittée. Le roi les maintint dans sa compagnie. Il lui donna pour maitre d'hôtel, ou chef de sa maison militaire, Jean d'Aulon, honnête écuyer ; pour pages, Louis de Coutes, qui s'était déjà trouvé près d'elle à la tour du Coudrai, et un autre du nom de Raimond ; de plus, quelques varlets, deux hérauts d'armes. Un religieux augustin, frère Jean Pasquerel, connu de ceux qui avaient amené Jeanne à Chinon, lui fut présenté par eux et devint son aumônier. Le roi fit faire à la Pucelle une armure complète et lui donna des chevaux pour elle et pour ses gens. Mais à l'épée qu'il lui offrit, elle en préféra une qu'elle semblait tenir de l'une de ses patronnes. Sur son indication (nous redisons ce qu'elle en rapporte), on alla dans la chapelle de Sainte-Catherine de Fierbois, et l'on trouva derrière l'autel, à une petite profondeur, une épée marquée de cinq croix, toute couverte de rouille. La rouille céda facilement, et l'épée fut envoyée à Jeanne avec deux fourreaux magnifiques, l'un de velours vermeil, l'autre de drap d'or : elle s'en fit faire un autre de cuir fort, pour l'usage ordinaire. On lui fit, d'après les instructions qu'elle donna, un étendard en linon, brodé de soie, au champ d'argent (blanc) semé de lis ; on y voyait, sur la face, avec l'inscription JESUS MARIA, l'image de Dieu assis sur les nuées du ciel, portant le monde dans sa main, et de chaque côté un ange lui présentant une fleur de lis qu'il bénissait ; et sur le revers, l'écu de France, tenu par deux anges. Elle s'était fait faire en outre un pennon, sorte de petite bannière, où était peinte une Annonciation ; la Vierge et l'ange un lis à la main. Elle aima son épée ; mais, comme elle le dit en son procès, elle aimait quarante fois plus son étendard. Car ce drapeau, bien plus que son épée, était pour elle le signe et l'instrument de la victoire. Jamais elle ne tua personne. Pour ne point s'y exposer dans la bataille, elle abordait l'ennemi l'étendard à la main. (18)



                                                


Source : Jeanne d'Arc - Henri Wallon - 5° éd. 1879

Ilustrations :
- St-Urbain, ruines de l'abbaye ("Au pays de Jeanne d'Arc" - J. de Metz - 1910)
- Ste Catherine de Fierbois, ancienne aumônerie (ibid.)
- Chinon, la tour de Boissy (ibid.)
- Chinon, l'ancienne salle du château ainsi que la Tour du Coudray (ibid.)
- Chinon, vue générale ("La grande histoire illustrée de Jeanne d'Arc" - H.Debout- 4° éd.1922)
- Statue de Jeanne d'Arc par Massoulle ("Jeanne d'Arc par l'image" - Mgr Le Nordez - 1898)
- Etendard, bannière et pennon, illustrations des enseignes de Jeanne d'Arc (Wallon - éd. illustrée 1892)

Notes :
1 Voyage à Chinon : Chron. de la Pucelle, chap.42, et Journal du siège, Procès, t.IV, p.207 et 126 ; et les témoignages de Jean de Metz et de Bertrand de Poulengy, ses compagnons, t.II, p.437 et 456.
Marguerite La Touroulde y joint un trait accrédité, sans doute, par le bruit populaire : c'est que "ceux qui la menèrent au roi la prirent d'abord pour folle et songeaient à l'abandonner dans quelque basse fosse, mais en allant ils se sentirent portés à faire tout ce qu'elle voulait." (T.III, p.86). S'ils eussent été dans ces dispositions avant de partir, ils ne seraient point partis.

2 Pudeur de Jeanne : "Ipsa puella jacebat juxta eumdem testem suo gippono et caligis vaginatis induta ; .. induta suo lodice et caligis suis," etc... Les mêmes, et H.Lemaistre et Marguerite La Touroulde. Procès t.III, p.198 et 87.

3 A Gien : t.III, p.3 (Dunois) et 21 (G.de Ricarville).
- A Fierbois : t.I, p.56 et 75.

4 Détresse du roi : t.III, p.85 (Marg. La Touroulde) ; t.V, p.339 (le religieux de Dumpferling). C'est le temps dit M. de Beaucourt ou  Charles VII vend ses jouyaux et tout ce qu'il possède, où il fait remettre des manches à ses vieux pourpoints, et où un cordonnier lui retire du pied une bottine qu'il venait de lui chausser, le roi ne lui pouvant payer comptant la paire, et l'ouvrier ne voulant pas la lui laisser à crédit, en sorte que le prince dut rechausser ses vieilles bottines (le doyen de S.Thibaud de Metz, Procès, t.IV, p.325) Voir Du Fresne de Beaucourt, Charles VII, son caractère
- Projet de retraite : En ce moment où Charles VII se demandait s'il ne se réfugierait pas en Espagne, le roi de Castille, l'ancien allié de la France, entrait lui-même en négociation avec les Anglais (15 février 1429). Proceedings, t.III, p.319 et 320.
- La Trémouille : "La Trémouille dit M. du Fresne de Beaucourt, après s'être  imposé à lui avait habilement exploité son mécontentement contre le Connétable ; il s'était rendu nécessaire en alimentant le trésor royal. De janvier à août 1428, il avait avancé des sommes s'élevant à environ 27000 livres pour lesquelles la châtellenie de Chinon lui avait été donnée en gage." Et il cite des lettres du 29 octobre 1428 auxquelles est joint l'état des sommes avancées par La Trémouille ; des lettres du mois d'août qui lui font l'abandon de Chinon. "La Trémouille ajoute-t-il avait pris un tel ascendant que selon l'expression d'un contemporain, personne n'osait même le contredire. Mais il faut dire que l'insouciance du roi, son défaut d'énergie laissaient la porte ouverte à bien des abus... Ainsi le faible prince n'est plus qu'un jouet entre d'indignes mains (Charles VII, son caractère)
- Embuscade : t.III, p.203 (Seguin)

5 Difficultés à l'admission de Jeanne : Procès, t.III, p.115 (Sim.Charles) ; cf.ibid; p.4 (Dunois); p.81 (Barbin) ; t.IV, p.118 (lettre de Perceval de Boulainvilliers - 21 juin 1429)
- La députation d'Orléans : Procès, t.III, p.3 (Dunois)
- Les compagnons de Jeanne : chron. de la Pucelle, chap.42, et Journal du Siège, Procès t.IV, p.207 et 127.

6 Présentation : Procès, t.III, p.4 (Dunois) ; p.16 (Gaucourt) ; "cum magna humiliate et simplicitate", t.IV, p.52 (J. Chartier) ; ibid, p.304 (Thomassin) : il décrit son costume. Relation du greffier de la Rochelle, publié par J. Quicherat (Revue historique, t.IV (1877) p. 336 : "et estoit en habit d'homme, c'est assavoir qu'elle avoit pourpoint noir, chausses estachées, robbe courte de gros gris noir, cheveux ronds et noirs, et un chapeau noir sur la teste. - Une estampe du portefeuille Gaignières, portant le n° 54, montre la salle où se fit, selon la tradition, cette présentation. On y lit cette note : "M. le duc de Richelieu, à qui appartient ce château, a donné ordre pour le démolir,1699." (Cabinet des estampes, Topogr. de la France, arrond. de Chinon.) Il en reste encore quelque chose.
- Le roi distingué par la Pucelle : t.III, p.116 (Simon Charles) ; p.192 (Jean Moreau) ; J. Chartier, et chron. de la Pucelle, chap.42
- Déclaration de Jeanne : Chron. de la Pucelle, ibid. ; Journal du siège, ibid.; Chartier, ibid.; p. 53 : Procès t.III, p.17 (Gaucourt) ; p. 103 (Pasquerel, son aumônier).

7 Le duc d'Alençon : t.111, p.91, 92 (Alençon ; cf., ibid., p. 108 (Pasqueral) ; Perceval de Caqny, Ms Duchesne, n°48, f°86 recto. Sa rançon aurait été 120 000 écus ; mais il lui en coûta 200 000 (plus de 3 millions de notre monnaie, valeur intrinsèque) avant qu'il en fut libéré (Jean Chartier, ch. XLI).

8 Incrédulité : Et de prime face, chacun disoit que c'estoit une trufferie, t.IV, p.304 (Thomassin)
- L'insulteur : "Esse pas là la Pucelle ? negando Deum quod haberet eam nocte, quod ipsam non rederet puellam" t.III, p.102 (Pasquerel)

9 L'hôte de la Pucelle : ibid. p.17 (Gaucourt). Sur Guill. Bellier, cf. Gruel, ap. Godefroy, Vie de Charles VII, p.754
- Enquête dans son pays : "Audivit dici quod fuerunt Fratres Minores in dicta villa ad faciendum informationes", t.II, p.397 (Béatrix Estellin) ; cf. p.394 (Dom.Jacob), et t.III, p.83 (Barbin) : "Et misit etiam ; ut audivit, in loco nativitatis ipsius Johannæ ad sciendum unde erat".
- Exercices militaires : t.III, p.92 (Alençon) : "Ladite Pucelle estant au dict  lieu de Poitiers et après que son dit harnois fut fait, elle s'en arma et avec les gens d'armes alloit aux champs et couroit la lance aussi bien et mieux qu'hommes d'armes qui y fust, et chevauchoit les coursiers noirs de tels et si malicieux qu'il n'estoit nul qui bonnement les osast chevaucher, et fesoit tant d'autres choses merveilleuses que chacun en estoit tout emerveillé (Rel. du greffier de La Rochelle)
- Examens divers etc... : Chron. de la Pucelle, chap.42, Procès, t.III, p.92 (Alençon) ; p.66 (L. de Coutes, son page) : "Et ipse loquens pluries eamdem Johannæ vidit ire et redire versus regem, et fuit assignatum eidem Johannæ hospitium in quadram turri castri du Couldray. Per plures dies veneiebant homines magni status locutum cum eadem Johanna. Multotiens vidit eamdem Johannam genibus flexis, ut  sibi videbatur, orantem ; non tamen potuit percipere quid dicebat, licet aliquando fleret". Le fort du Coudrai était mis en communication par un pont avec le château principal. Voir Cougny, Notice archéologique et hist. sur le château de Chinon, p.19 (Chinon, 1860).

10 Chron. de la Pucelle, chap.42 ; Procès t.IV, p.208 ; Journal du siège, ibid. p.128 ; Alain Chartier, Lettre à un prince étranger, ibid. t.V, p.133 ; d'Aulon, ibid. p.116 ; cf. Thomas Basin, Hist. de Charles VII, liv.II, chap.X.II allègue le témoignage de Dunois.

11 Le signe du roi : t.i, p.75 et 93. Voy. l'appendice n° 13
- Paroles de Jeanne : "Et his auditis rex dixit adstantibus quod ipsa Johanna aliqua secreta sibi dixerat quæ nullus sciebat aut scire poterat, nisi Deus", t.III, p.103 (Pasquerel)
- Pierre Sala : Procès t.IV, p.280 ; cf. l'Abréviateur du procès, ibid., p.258, et le miroir des femmes vertueuses, ibid. p.271 ; L'Averdy, Notices des manuscrits, t.III, p.307 ; Lebrun des Charmettes, Hist. de J. d'Arc, t.I p.379, et Jules Quicherat, Aperçus nouveaux, p.62 et suiv.

12 Jeanne menée à Poitiers : t.IV, p.209 et 214 (Chron.) ; p.363 (Monstrelet) ; t.IV, p.119 (Lettre de Perceval de Boulainvilliers).
- L'hôte de Poitiers : En l'hostel d'un nommé maître Jean Rabateau qui avoit espousé une bonne femme. t.IV,  p.209 (Chron) cf.t.III,  p.74 (G.Thibault) et p.82 (Barbin)
- Le conseil à Poitiers (ibid.), p.203 (Seguin)
- Les examinateurs de Poitiers : il faut joindre à ceux que nous avons nommés : Jordan Morin, député du Duc d'Alençon ; Jean Lombard, professeur de théologie à l'Université de Paris ; Guillaume Lemaire ou Lemarié, chanoine de Poitiers ; Guillaume Aymery, professeur de théologie de l'ordre des frères prêcheurs ; frère Pierre Turelure, autre dominincain ; maître Jacques Madelon ; Mathieu Ménage ; ibid. p.19 (Fr.Garivel) ; p.74 (Gob.Thibault) ; p.92 (Alençon) ; p.203 (Seguin).

13 Interrogatoires : t?IV, p.209, chronique chap.42, t.III, p.203 (Seguin)
- Le signe : t.III, p.20 (Garivel) et p.17 (Gaucourt) : "Ipsa respondit quod signum quod ostenderet eis esset de levatione obsidionis et succursu villæ Aurelianensis".

14 Durée de l'examen : "Qui pluribus et iteratis vicibus et quasi spatio trium septimanarum examinaverunt dictam Johannam" t.III, p.19 (Garivel) ; cf.p.17 (Gaucourt) : "Spatio et tempore trium septimanarum et amplius, tam Pictavis quam Caynone." Dans le résumé des conclusions de Poitiers, il est dit que le roi a fait garder et observer Jeanne depuis six semaines. (ibid. p.392).
- Thibault : "Venit eis obviam et percussit loquentem super spatulum, eidem loquenti dicendo quod bene vellet habere plures homines voluntatis loquentis..." Ego nescio nec A nec B, etc..." ibid.p.74.

15 Surveillance exercée sur Jeanne : t.III, p.205 (Seguin).
- Il y a ès livres... etc : t.III, p.86 (Marg. La Touroulde)
- La prophétie sur Jeanne : "Audivit dici dicto defuncto domini confessori, quod viderat in sciptis, quod dedebat venire quædam puella, quæ debebat juvare regem Franciæ... Quod ipsi credebant eam esse de qua prophetia loquebatur", t.III, p.75 (G.Thibault)
- Sur la prophétie de Merlin, Christine de Pisan, vers achevés le 31 juillet 1429, Procès, t.V, p.12 ; cf. la déposition de P.Miget, t.III, p.133 ; Thomassin, t.IV, p.305 et Walter Bower, ibid. p.480. Combien le passage des prophéties de Merlin se rapportent peu à Jeanne : M.J. Quicherat, t.III, p.340 et 341 (notes).

16 Conclusion des docteurs : Voy. le résumé qu'on en a : Procès t.III, p.391, et ce que en dit M.J.Quicherat, t.V p.472. "Quod attenta necessita eminenti et periculo in quo erat villa Aurelianensis, rex poterat de ea se juvare". Procès, t.III, p.205 (Seguin) ; cf. ibid. p.20 (Garivel), p.93 (Alençon), p.102 (Pasquerel), et p.209 (d'Aulon) ; et la Chronique des Pays-Bas, etc... Coll. des chroniques belges, t.III, p.407
- Visite des matrones : d'Aulon, ibid. ; cf Pasquerel, ibid., et la lettre de Perceval de Boulainvilliers, t.V, p.119.

17 Impression produite par Jeanne : Chron. t.IV, p.211.
- Contraste de la guerrière et de la jeune fille : Thomassin, Procès, t.IV, p.306 : "Et si ay ouï dire à ceux qui l'ont vue armée qu'il la faisoit très-bon voir, et se y contenoit assez  bien comme eust fait un bon homme d'armes. Et quand elle estoit sur faict d'armes, elle estoit hardye et courageuse, et parloit  hautement du faict des guerres. Et quand elle estoit sans harnoys, elle estoit moult simple et peu parlant." cf Cagny, ibid. p.3 ; Chron. p.212 : "Et en chevauchant portoit aussi gentilement son harnois que si elle n'eust faict autre chose tout le temps de sa vie."
- Piété, etc..., Procès, t.IV p.119 (Perceval de Boulainvilliers)
- L'habit d'homme, Chron. ; Traité de Jacques Gelu, archevêque d'Embrun (mai 1429) "Decentius enim est ut ista in habitu virili committantur propter conversationem cum viris, quam alias, quia qui similem cum aliis gerit vitam, necesse est ut similem sentiat in legibus disciplinam" (Procès t.III, p.405, cf.407).

18 Jeanne à Tours : J.Pasquerel lui donne pour hôte un bourgeois appelé Dupuy ; et L.de Coutes, pour hôtesse une femme appelée Lapau (Procès t.III, p.101 et 66). On ne peut guère accorder les deux témoins qu'en mariant les deux personnages : c'est ce que fait Lebrun des Charmettes t.I, p.416. Jeanne est à Tours quand Louis de Coutes lui est donné pour page (t.III p.66) ; c'est à Tours aussi que Pasquerel lui fut présenté (t.III, p.101).
- Sa maison militaire : d'Aulon, t.III p.210, Louis de Coutes, ibid. p.3. On trouve dans les extraits des comptes de Guillaume Chartier, receveur de toutes les finances : "à Jehan de Mès, pour la despense de  la Pucelle, 200 livres tournois (environ 1128 fr.). Au maistre armeurier pour ung harnois complet pour ladite Pucelle, 100 l.t. Audit Jehan de Mès et son compagnon pour eux armer et habiller, pour estre en la compagnie de ladite Pucelle, 125 l.t, t.IV p.258, cf. Loiseleur, Compte des dépenses faites par Charles VII, etc... p.27, note. La somme allouée à Jean de Metz est de 100 l. et les lettres royales qui la lui accordent, sont du 21 avril, c'est à dire du jour où la Pucelle alla de Chinon à Tours en vue de l'expédition d'Orléans.
- Sur le costume militaire de Jeanne : voy. l'appendice n°14.
- L'épée de Sainte Catherine : Ce qu'en dit Jeanne : "Interrogata qualiter sciebat illum ensem ibi esse : respondit quod ille ensis erat in terra rubiginosus, in quo erant quinque cruces ; et scivit  ipsum ibi esse per voces, nec unquam viderat hominem qui ivit  quaesitum praedictum ensem. Scripsitque viris ecclesiasticis illius loci quatenus placeret eis ut ipsa haberet illum ensem ; et
ipsi miserunt eum. Nec erat multum sub terra retro altare, sicut ei videtur ; tamen nescit proprie an erat ante altare vel retro, des existimat se scripsisse tunc quod praedictus ensis erat retro
altare. Dicit eciam quod, statim postquam praedictus ensis repertus est, viri ecclesiasti illius loci confricaverunt eum, et illico cecidit rubigo sine violentia." (Procès t.I, p.76 ; cf. Chron. t.IV
p.212). Le greffier de La Rochelle dit qu'elle était "en une arche dedans le grand hostel (autel) de l'église". Ce bruit qu'il a recueilli ou mal entendu ne peut prévaloir contre ce que dit Jeanne elle-même. Un auteur qui, dans le titre de son livre, prétend réfuter toutes les erreurs publiées jusqu'à lui sur Jeanne d'Arc, signale celle-ci dans le trait en question : le texte du procès porte quod ille ensis erat in terra, et l'on traduit "en terre". Qu'on traduise "sur la terre," sens que comporte la préposition in, et tout est éclairci. Cela est vrai mais il ne parait pas avoir lu ce qui suit : Nec erat multum sub terra : "elle n'était pas profondément sous terre". Elle était donc  bien enterrée. Et que devient l'explication ?
- Sur l'étendard de Jeanne d'Arc voyez l'appendice 15.
- Amour de Jeanne pour son étendard : "quod multo, videlicet quadragesies, prædiligebat vexillum quam ensem, ... quod ipsamet portabat evitando ne interficeret aliquem ; et dicit quod nunquam interfecit hominem" Procès t.I, p.78 ; cf la déposition de Seguin, t.III, p.205.


 

Jeanne d'Arc
Henri Wallon - 5°éd. 1879

Index

Avertissement
Préface

Introduction :

- La guerre de cent ans
- Charles VII et Henri VI
- Le siège d'Orléans

Livre IDomrémy et V...
I - L'enfance de J. d'Arc
II- Le départ

Livre II : Orléans
I - L'épreuve
II - Entrée à Orléans
III - La délivrance d'Orléans

Livre.III : Reims
I - La campagne de la Loire
II - Le sacre
III - La Pucelle

Livre.IV : Paris
I - La mission de J. d'Arc
II - La campagne de Paris
III - L'attaque de Paris

Livre.V :
Compiègne
I - Le séjour sur la Loire
II - Le siège de Compiègne

Livre.VI : Rouen - Les juges
I - Le marché
II - Le tribunal
III - Les procès-verbaux

Livre.VII : L'instruction
I - Les interrog. publics
II - Les interrog. de la prison
III - Les témoins

Livre.VIII : Le jugement
I - L'accusation
II - Les douze articles
III - Les consultations...
IV - La réponse de...

Livre.IX : L'abjuration
I - Le cimetière de St-Ouen
II - La relapse

Livre.X : Le supplice
I - La visite à la prison
II - La pl. du Vieux-marché

Livre.XI : La réhabilitation
I - La mémoire de Jeanne...
II - Le second procès...

Livre.XII : L'histoire

I - Les contemporains...
II - L'inspiration de J.d'Arc




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Jeanne d'Arc, histoire et dictionnaire