Accueil                                                         Admin
13 décembre 2019  

 Son histoire

par Henri Wallon

 Les sources

Procès condamnation

Procès en nullité...

Chroniques & textes

Lettres de J. d'Arc

 Compléments

Bibliographie

Librairie numérique

Dossiers

 Recherches

Mises à jour du site

Recherches

 

 ACCÈS CARTES

     Carte de France (1429)

     Carte Nord France (1429)

     Carte environs Domrémy

     Carte environs Orléans

     Carte siège d'Orléans

     Vues Orléans et pont

 

 Interactivité

Contact

Liens johanniques

Sauvez la Basilique

Livre I - DOMREMY ET VAUCOULEURS
II - Le départ - p. 86 à 101

e récit de la vocation de Jeanne d'Arc ne nous est pas venu par la tradition populaire : si merveilleux qu'il paraisse, il ne fait pas l'objet d'une légende. C'est Jeanne elle-même qui parle : ce sont ses juges qui ont fait écrire ses paroles dans la rédaction officielle de son procès.
  Elle raconte qu'à l'âge de treize ans (cela reporte à l'an 1425) elle eut une voix de Dieu qui l'appela. C'était un jour d'été, à l'heure de midi, dans le jardin de son père. La voix se fit entendre d'elle à la droite, du côté de l'église, et une grande clarté lui apparut au même lieu ; et rarement depuis elle entendit la voix sans qu'elle vit en même temps cette lumière. La première fois elle eut grand'peur ; mais elle se rassura, elle trouva que la voix était digne : et elle déclare à ses juges qu'elle lui venait de Dieu. A la troisième fois, elle connut que c'était la voix d'un ange. (1)
  C'était, comme elle le sut plus tard, l'archange saint Michel. Il se fit voir à elle entouré de la troupe des anges : "Je les ai vus des yeux de mon corps aussi bien que je vous vois, disait-elle à ses juges ; et lorsqu'ils s'en allaient de moi, je  pleurais, et j'aurais bien voulu qu'ils me prissent avec eux." L'ange, dans ces premières apparitions, ne faisait que la préparer à son œuvre ; il lui disait de se bien conduire, de fréquenter l'église, d'être bonne fille, et que Dieu lui aiderait. Déjà pourtant il lui faisait entrevoir le but de sa mission. Il lui apprenait qu'un jour il lui faudrait venir en France ; qu'elle y viendrait au secours du roi ; et il lui racontait la pitié qui était au royaume de France. Mais que faire pour y porter remède ? L'ange ne lui en donnait point encore le secret ;  seulement il lui promettait d'autres apparitions plus familières en quelque sorte et plus intimes. Sainte Catherine et sainte Marguerite devaient venir à elle pour la guider : il lui ordonnait de croire à leurs paroles, que c'était le commandement de Dieu. Et dès ces premiers temps, les saintes lui apparurent et commencèrent à   gouverner sa vie. (2)
  Aux premières marques de cette vocation divine, Jeanne se donna tout entière à  Dieu en lui vouant sa virginité. Elle vivait dans le commerce de ses saintes, ne changeait rien d'ailleurs à sa manière de se conduire. On la voyait bien quelquefois quitter ses compagnes, se recueillir comme si elle était devant Dieu, et les autres s'en moquaient. Mais nul ne sut ce qui se passait en elle, pas même celui qui l'entendait en confession. Elle garda la chose secrète, non qu'elle se crût obligée à la taire, mais pour mieux assurer du succès quand le temps viendrait de l'accomplir : car elle craignait les pièges des Bourguignons, elle craignait les résistances de son père (3).
  Cependant les périls s'étaient accrus. Tandis que tout manquait à Charles VII, qu'on l'engageait à se retirer en Dauphiné, qu'il songeait lui-même à chercher un asile soit en Espagne, soit en Écosse, Bedford venait de raffermir ses alliances sur le continent et Salisbury passait en France pour porter enfin la guerre au  coeur des pays demeurés fidèles au roi national. Les apparitions de Jeanne lui venaient plus fréquentes. Deux ou trois par semaine, la voix lui répétait qu'il fallait partir et venir en France ; et un jour enfin il lui fut ordonné d'aller à Vaucouleurs auprès de Robert de Baudricourt, capitaine du lieu, qui lui donnerait des gens pour partir avec elle. (4)
  Partir, quitter sa mère, ses jeunes amies, ses paisibles travaux, pour se jeter en pareille compagnie dans cette vie de hasards, c'était chose qui devait troubler étrangement cette âme simple et recueillie. Elle disait plus tard qu'elle eût mieux aimé être tirée à quatre chevaux, que de venir en France sans la volonté de Dieu. Jusque-là, le caractère de sa mission pouvait se dérober à ses yeux dans les ombres de l'avenir et l'attirer par le mystère. Quand les voix lui disaient qu'il fallait  aller au secours de la France, elle se sentait pleine d'ardeur et d'impatience : "Elle ne pouvait plus durer où elle était". Mais quand les voiles tombèrent, quand le présent se montra avec toutes les misères, les dégoûts de la réalité, et qu'il fallut partir, elle s'effraya. Elle répondit qu'elle n'était qu'une pauvre fille qui ne saurait ni monter à cheval ni faire la guerre. Mais la voix avait parlé : elle triompha de ses répugnances. Et Jeanne, sans étouffer le cri de son coeur, n'eut plus qu'une pensée : ce fut de concourir de toute sa force à l'accomplissement de la volonté de Dieu (5)
  Elle alla chez son oncle Durand Laxart, qui demeurait à Burey-le-Petit (Burey-en-Vaux), non loin de Vaucouleurs, comme pour passer quelque temps près de lui ; et au bout de huit jours elle s'ouvrit à lui de ses projets. Elle lui dit qu'elle voulait aller en France vers le dauphin pour le faire couronner. Comme Il s'étonnait de son dessein : "N'est-il pas dit, ajouta-t elle, qu'une femme perdrait la France et qu'une jeune fille la relèverait ?" Et quand elle le vit ébranlé, elle le pria de venir avec elle à Vaucouleurs Pour demander au sire de Baudricourt de la faire conduire au lieu où  était le dauphin. (6)

   

  Il se rendit à sa prière, et la mena à Vaucouleurs vers le temps de l'Ascension (13 mai 1428). Elle se présenta dans ses habits de paysanne au sire de Baudricourt, qu'elle distingua parmi les siens sans l'avoir jamais vu : "Mes voix, dit-elle, me le firent connaitre ;" et elle lui dit qu'elle venait de la part de son Seigneur, afin qu'il mandât au dauphin de bien se tenir et de ne point assigner bataille à ses ennemis, parce que le Seigneur lui donnerait secours avant le milieu du carême. Elle disait que le royaume n'appartenait pas au dauphin, mais à son seigneur ; mais que son Seigneur voulait que le dauphin devînt roi et qu'il eût ce royaume en commende ; qu'en dépit de ses ennemis il serait roi, et qu'elle-même le conduirait au sacre.
  "Et quel est ton Seigneur? dit Robert.
- Le Roi du ciel."
  Le sire de Baudricourt l'estima folle, et l'aurait volontiers livrée aux grossiers ébats de ses soldats. Il crut la ménager fort en disant à son oncle qu'il ferait bien de la ramener à son père bien souffletée. (7)
  Elle revint à Burey (car ses voix lui avaient prédit cet affront) et de là dans la maison de son père, reprenant ses occupations accoutumées, mais toujours ferme dans sa résolution ; et on aurait pu la deviner à plusieurs paroles. Peu de temps après son retour, la veille de la Saint Jean-Baptiste, elle disait à un jeune garçon de son village qu'il y avait entre Coussey et Vaucouleurs (Domrémy est entre les deux) une jeune fille qui, dans l'année, ferait sacrer le roi. Une autre fois elle disait à Gérardin d'Épinal : "Compère, si vous n'étiez Bourguignon, je vous dirais quelque chose." Il crut alors qu'il s'agissait de mariage. Des bruits, d'ailleurs, avaient pu revenir de son voyage à Vaucouleurs. Elle dit dans son procès que, pendant qu'elle était encore chez son père, il avait rêvé qu'elle s'en irait avec les gens d'armes. Sa mère lui en parla plusieurs fois, et se montrait, comme son père, fort préoccupée de ce songe : aussi la tenait-on dans une plus grande surveillance, et le père allait jusqu'à dire à ses autres enfants : "Si je pensais que la chose advint, je vous dirais : Noyez-la, et si vous ne le faisiez, je la noierais moi-même". On essaya quelque moyen moins violent de la détourner de ses pensées. On voulut la marier : un homme de Toul la demanda et comme elle refusait, il l'assigna devant l'officialité, prétendant qu'elle lui avait promis mariage ; mais elle parut devant le juge et confondit son étrange adversaire. (8)
  Cependant, le temps qu'elle avait marqué approchait. Jeanne voulut faire la démarche décisive. Son oncle s'y prêta encore ; il se rendit à Domrémy, et, alléguant les soins que réclamait sa femme nouvellement accouchée, il obtint des parents de Jeanne qu'elle vînt la servir. Elle partit sans prendre congé de ses parents. Dieu avait parlé : "Et quand j'aurais eu cent pères et cent mères et que j'eusse été fille de roi, je serais partie". Néanmoins elle leur écrivit plus tard pour leur demander pardon. Avec ses parents, elle laissait derrière elle de bien chères compagnes. Elle vit en partant la petite Mengette, et s'en alla, la recommandant à Dieu. Quant à Hauviette, l'amie de son enfance, aurait-elle pu lui cacher la cause réelle de son départ ? Elle aima mieux lui laisser ignorer son voyage, et partit sans la voir. Hauviette, dans sa déposition dit comme elle en a pleuré. (9)

                             

  Jeanne reparut à Vaucouleurs dans son pauvre habit de paysanne, une robe grossière de couleur rouge, et revit le sire de Baudricourt sans se faire mieux accueillir. Mais elle ne se laissa plus congédier. Elle prit domicile chez la femme d'un charron (Henri Le Royer), et demeura trois semaines, à diverses fois, dans sa maison, toujours simple, bonne fille et douce, filant avec elle, et se partageant entre ces travaux familiers et la prière. Un témoin, qui était alors enfant de chœur de Notre-Dame de Vaucouleurs, déposa qu'il la voyait souvent dans l'église : "Elle y entendait, dit-il les messes du matin et y demeurait longtemps en prières, ou bien encore elle descendait dans la chapelle souterraine, et s'agenouillait devant l'image de Marie, le visage humblement prosterné ou levé vers le ciel." L'objet de son voyage n'était plus un mystère pour personne : elle disait hautement (son hôte, qui l'entendit, en dépose) qu'il fallait qu'elle allât trouver le dauphin ; que son Seigneur, le roi du ciel, le voulait ; qu'elle venait de sa part, et que, dût-elle y aller sur ses genoux, elle irait. (10)
  Plusieurs des hommes d'arme qui, sans doute, l'avaient entendue devant le sire de Baudricourt voulurent la revoir. Jean de Nouillompont, appelé aussi Jean de Metz, l'un d'eux, la vint trouver chez le charron et lui dit :
  "Ma mie, que faites-vous ici ? Faut-il que le roi soit chassé du royaume, et
que nous devenions Anglais ?" Elle répondit :
  "Je suis venue ici, à chambre de roi (dans une ville royale), parler à Robert de Baudricourt pour qu'il veuille mener ou faire mener au roi. Mais il ne prend souci ni de moi ni de mes paroles. Et pourtant, avant le milieu du carême, il faut  que je sois devers le roi, quand je devrais user mes jambes jusqu'aux genoux ; car nul au monde, ni ducs, ni fille du roi d'Écosse, ni aucun autre ne peut recouvrer le royaume de France ; et il n'y a point de secours que de moi : et certes, j'aimerais bien mieux filer auprès de ma pauvre mère, car ce n'est point mon état ; mais il faut que j'aille et que je le fasse.
- Qui est votre Seigneur ? dit Jean
- C'est Dieu"
  Le brave soldat, mettant ses mains dans les siennes, jura par sa foi que, Dieu aidant, il la mènerait au Roi, et lui demanda quand elle voulait partir. "Plutôt maintenant que demain, plutôt demain qu'après," dit-elle.
  Un autre, Bertrand de Poulangy, s'engagea comme Jean de Metz à la conduire. (11)
  Après ces adhésions publiques, le sire de Baudricourt ne pouvait plus prendre la chose avec autant d'indifférence. Jeanne lui avait fait part de ses révélations ; mais fallait-il l'en croire ? Si elle avait des visions, d'où venaient-elles ? Pour éclairir ce point, la capitaine la vint trouver un jour chez le charron, ayant avec lui le curé : le curé revêtu de son étole, se mit en devoir de l'exorciser, lui disant que s'il y avait maléfice, elle se retirât d'eux, sinon qu'elle s'apprôchat. Jeanne s'approcha du prêtre et se mit à ses genoux ; toujours humble, mais gardant dans sa soumission même toute sa liberté de juger. Elle dit après, qu'il n'avait pas bien fait, puisqu'il l'avait entendue en confession : il devait donc savoir si c'était l'esprit malin qui parlait par sa bouche. Comme l'épreuve n'était pas de nature à dissiper les doutes du Capitaine, Jeanne lui cita la prophétie populaire : qu'une femme perdrait la France et qu'une jeune fille la sauverait. On disait dans le pays, "une jeune fille des marches de la Lorraine" ; et la femme de Henri Le Royer, témoin de la scène, en demeura vivement frappée ; car elle avait ouï cette tradition que Jeanne s'appliquait. Mais Robert de Baudricourt  doutait encore. (12)

   

  Cependant Jeanne était pressée de partir : "Le temps, dit le même témoin, lui pesait comme à une femme qui va être mère". Et tous, excepté le sire de Baudricourt, semblait conspirer avec elle. les deux hommes d'armes qui s'étaient offerts à la conduire avaient pris sur eux les frais du voyage ; le menu peuple, qui de plus en plus croyait en elle, y voulut concourir aussi.
  Pour s'en aller parmi les hommes de guerre, il lui fallait prendre leur habit. les gens de Vaucouleurs se chargèrent de l'équiper. Ils lui donnèrent ce qui composait en ce temps le costume militaire : gippon ou justaucorps, espèce de gilet ; chausses longues liées au justaucorps par des aiguillettes ; tunique ou robe courte tombant jusqu'aux genoux ; guêtres hautes et éperons, avec le chaperon, le haubert, la lance, et le reste (13). Un autre aida son oncle à lui acheter un cheval. Déjà tout à l'entour il n'était bruit que de la Pucelle, de ses révélations ; et le duc de Lorraine, qui était malade, la voulut voir et lui envoya un sauf-conduit. Elle se rendit à son appel, ne voulant négliger aucun moyen qui pût servir à son voyage. Jean de Metz l'accompagna jusqu'à Toul ; elle continua la route avec son oncle et se présenta devant le duc. Le duc la consulta sur sa maladie. Selon un témoin qui prétend le tenir d'elle-même, elle lui dit qu'il se gouvernait mal et ne guérirait pas s'il ne s'amendait ; et elle l'exhorta à reprendre "sa bonne femme," dont il vivait séparé. Dans le procès, Jeanne se borne à dire que, consultée par le duc, elle déclara ne rien savoir sur sa maladie, et qu'elle lui exposa en peu de mots l'objet de son voyage, ajoutant que s'il lui voulait donner son fils et des gens d'armes pour la mener en France, elle prierait Dieu pour sa santé. Le duc évita de s'engager à ce point dans l'affaire ; mais il la congédia avec honneur, et lui donna, dit-on, un cheval et de l'argent (13).

  

  Après avoir mis à profit cette excursion, pour aller à deux lieues de Nancy, faire ses dévotions à Saint-Nicolas, but fameux de pèlerinage (15), elle revint à Vaucouleurs. Son départ ne pouvait plus être différé. Le sire de Baudricourt, soit qu'il ait pris l'avis de la cour de Bourges, soit qu'il ait dû céder à l'entraînement qui se manifestait autour de lui, n'essaya plus d'y faire obstacle. On dit que le jour où se donna la bataille de Rouvray (Journée des harengs), Jeanne le vint trouver et lui dit : "En nom Dieu (au nom de Dieu : c'est sa manière d'affirmer depuis le commencement de sa mission), en nom Dieu, vous mettez (tardez) trop à m'envoyer : car aujourd'huy le gentil (noble) dauphin a eu assez près d'Orléans un bien grand dommage ; et sera il taillé (il est en péril) encore de l'avoir plus grand, si ne m'envoyez bientôt vers lui." Il céda, et dès le lendemain, premier dimanche de carême (13 février 1423), elle put se disposer à partir avec sa petite escorte, savoir : Jean de Metz et Bertrand de Poulengy, Jean de Honecourt et Julien, leurs servants, et deux autres, Colet de Vienne, messager du roi, et Richard l'archer. Plusieurs s'effrayaient de voir Jeanne s'aventurer en si petite compagnie : six hommes armés, c'était assez pour la signaler à l'ennemi, trop peu pour la défendre. Mais Jeanne n'avait pas sa confiance dans le secours des hommes. Ce n'était point une armée qu'elle était venue chercher à Vaucouleurs. Elle dissipait ces craintes, elle disait avec assurance qu'elle avait son chemin ouvert, et que si elle rencontrait des hommes d'armes sur sa route, Dieu son seigneur lui frayerait la voie jusqu'au dauphin qu'elle devait faire sacrer : "C'est pour cela, disait-elle, que je suis née." Le sire de Baudricourt vit la petite troupe au départ ; il recommanda aux compagnons de Jeanne de lui faire bonne et sûre conduite. Il lui donna à elle une épée, et, doutant jusqu'à la fin, il la congédia en disant : "Allez donc, allez, et advienne que pourra !" (23 février 1429). (16) (***)



                                                


Source : Jeanne d'Arc - Henri Wallon - 5° éd. 1879

Ilustrations :
- Tableaux de Lematte et de Wagrez dans "Jeanne d'Arc par l'image" - Msr Le Nordez - 1898.
- Maison dite de Durand Laxart à Burey en Vaux "La grande histoire illustrée de Jeanne d'Arc" - H.Debout - 1922.
- Séparation de Mengette et Jeanne  - Dessin de de Curzon. (Jeanne d'Arc - M.Sepet - 3°ed.1891)
- Maison d'Henri le Royer à Vaucouleurs ("Jeanne d'Arc par l'image" Mgr Le Nordez - 1898)
- Départ de Jeanne de Vaucouleurs - tableau de Jean-Jacques Scherrer.
- Reconstitution de la tenue et de l'attelage de Jeanne au départ de Vaucouleurs.

Notes :
1 Apparitions : "Ulterius confessa fuit, quod dum esset ætatis 13 annorum, ipsa habuit vocem a Deo, pro se juvando ad gubernandum. Et prima vice, habuit magnum timorem. Et venit illa vox, quasi hora meridiana, tempore æstivo, in horto patris sui, et ipsa Johanna non jejunaverat die præcedenti" (Procès, t.I, p.52).
Nous rétablissons dans ce texte la négation non (non jejunaverat) que donnent les manuscrits authentiques (Bib. ass. nle, Bibl.nle ms 5965, 5966) et qui manque par un lapsus sans doute, dans l'édition de M.Quicherat. C'est pourtant sur l'autorité de cette faute d'impression qu'un éminent critique veut corriger le texte de la p.216 : "Et tunc erat jejuna, nec præcedenti die jejunaverat," et prétend que Jeanne était à jeun  depuis deux jours quand elle eut sa vision : "elle avait jeuné le matin et le jour  précédent". Elle n'avait pas jeûné le jour précédent, non jejunaverat die præcedenti ; nec præcedenti die jejunaverat ; et quant au jeûne du matin "et tunc erat jejuna", notons que la mention en est dans un passage donné comme extrait de l'interrogatoire de Jeanne (Procès p.216), et que le procès-verbal de cet interrogatoire même, le texte de  la p.52 (de Q.Procès) n'en dit rien. Est-ce une lacune ? au moins n'y en a-t-il nulle trace dans aucun de nos trois manuscrits officiels. Ils sont d'accord pour supprimer ces mots là où tout d'abord, ils devraient être. Mais quand on devrait les y rétablir, comment ce jeûne, réduit au jeûne d'une matinée, serait-il encore pris au sérieux pour une cause d'hallucination ?
- Foi de Jeanne dans la Voix : "Quod sibi videbatur digna vox, et credit quod eadem vox erat missa de parte Dei ; et postquam audivit ter illam vocem, cognovit quod erat vox angeli." (Procès t.1, p.52) Notons que dans ces premières apparitions il ne lui est rien dit de sa mission. Si ces visions n'étaient autre chose que l'effet d'un patriotisme surexcité, c'est par là que les voix se seraient manifestées à elle tout d'abord. La déclaration de Jeanne, dans sa teneur, écarte donc absolument cette hypothèse.
(* Voir ndlr ci-dessous)

2 "Quod fuit sanctus Michael quem vidit ante oculos suos ; et non erat solus, sed bene associatus angelis de coelo ... Ego vidi eos oculis meis corporalibus æque  bene sicut ego video vos ; et quando recedebant a me plorabam, et bene voluissem   quod me secum deportassent". (Procès, t.I, p.73) Cf.171 : "Et vidit ipsum multotiens antequam sciret quod esset sanctus Michael... Prima vice, ipsa erat juvenis et habuit timorem ; et de post idem sanctus Michael in tantum docuit eam et ei monstravit, quod credidit firmiter quod ipse erat".
- Mission : Quod docuit eam se bene regere, frequentare ecclesiam, et et eidem Johannæ dicit necessarium esse, quod ipsa Johanna veniret in Franciam" (Procès, t.I, p.52) ; "Et lui racontet l'ange la pitié qui estoit en royaume de France" (ibid.p.171) ; "Dixit sibi quod sancta Katharina et Margareta venirent ad ipsam, etc... (ibid.p.170)

3 Voeu de virginité : "Prima vice qua audivit vocem suam, ipsa vovit servare virginitatem suam, tamdiu quamdiu placuit Deo" (t.I, p.128, cf. p.127 et 157)
- Recueillement : "Et sæpe dum jocarent insimul, ipsa videbatur" (t.II, p.420)
- Secret : "Interroguee se de ces visions elle a point parlé à son curé ou autre homme d'église ; respond que non... Et dit oultre qu'elle ne fust point contrainte de ses voix à les celer, mais doubtoit moult le révéler pour doubte des Bourguegnons qu'ilz ne les empeschassent de son véage, et par especial doubtoit moult son père, qu'il ne la empeschast de son véage faire." (t.I, p.128)

4 Détresse de Charles VII : Th.Basin, Vie de Charles VII, liv.I, ch.I
- Progrès des Anglais : Voir ci-dessus.
- Ordre de partir : "Quod illa vox sibi dicebat bis aut ter in hebdomade quod  oportebat ipsam Johannam recedere et venire in Franciam." (t.I p.52) ; "Quod ipsa Johanna iret ad Robertum de Baudricuria apud oppidum de Vallecoloris, capitaneum dicti loci ; et ipse traderet sibi gentes secum ituras" (ibid.)

5 Combats intérieurs : "Quod mallet esse distracta cum equis quam venisse in Franciam sine licentia Dei" (t.I p.74) ; "Et non poterat plus durare ubi erat" (ibid. p.53) ; "Quod erat una pauper filia quæ nesciret equitare et ducere guerram (ibid.)

6 Voir l'appendice n°12

7 Robert de Baudricourt : "Ipsa cognovit Robertum de Baudricuria, cum tanem antea ninquam vidisset, et cognoivit per illam vocem prædictum Robertum" (t.I, p.53) Cf les témoignages de D. Laxart, son oncle, de Jean de Nouillompont, dit de Metz, et de Bertrand de Poulengy, ses premiers adhérents (t.II, p.444, 436, 456) et la chron. de la Pucelle ch.42.

8 Retour : "Ipse autem Robertus bina vice recusavit et repulit eam, et ita etiam dixerat sibi vox quod eveniret" (Procès, t.I p.53)
- Demi-confidences : "Quod erat una Puella inter Couxeyum et Vallis-Colorem, quæ, antequam esset annus, ipsa faceret consecrare regem Franciæ" (t.II p.440)
- Gérardin d'Épinal : t.II, p.423
- Songes et menaces de son père : t.I, p.131
- Son poursuivant de Toul : t.I, p.127

9 Son prétexte pour partir : Procès, t.II p.428 (Isab.Gerardin), 430 (Mengette) et 434 (Colin). "S'elle eust cent pères et cent mères et s'elle eust été fille de roy, si fust-elle partie" (t.I p.129)
- Adieu à Mengette : t.II p.431
- Hauviette : "Nescivit recessum dictæ Johannettæ : quæ testis propter hoc multum flevit" (t.II, p.419)
- Adieu au père de Gérard Guillemette ; au gens de Greux : t.II, p.416 (Gér.Guillemette), et p.421 (Waterin)

10 Séjour de Jeanne à Vaucouleurs : "Erat bona, simplex, dulcis et bene moderata filia... Libenter et bene nebat, et quia nevit in domo sua cum ipsa" (t.II, p.446) ; "Erat bona filia ; tunc nebat cum uxore sua, libenter ad ecclesiam" (ibid., p.448) "Audiebat missas matutinas et multum stabat in ea orando. Dixit etiam quod vidit eam in capsis, sive voltis, subtus dictam ecclesiam stare genibus flexis ante Beatam Mariam (ibid. p.461). On montre encore les restes de cette chapelle souterraine à Vaucouleurs. Elle se confessa deux ou trois fois durant son séjour (ibid. p.432)
- Sa résolution : "Quod si deberet ire supra genua sua, iret". (ibid.p.448)

11 Jean de Metz, et Bertrand de Poulengy : t.II, p.436 et 456. A propos de la fille du roi d'Écosse, M. Jules Quicherat (ibid. p.436) fait la remarque que, dès lors, il était question de marier Marguerite d'Écosse au fils du roi, encore enfant.

12 Baudricourt, et le curé exorcisant jeanne, etc... : t.II, p.446, 447 (Cath. femme de Henri Le Royer).

13 Voir dossier : les vêtements de Jeanne. (ndlr)

14 Impatience de Jeanne : "Et erat sibi tempus grave ac si esset mulier prægnans" (ibid.)
- Les frais du voyage : ibid. p.437 (J.de Metz) ; équipent (ibid.), et Vallet de Viriville, Iconog. de J. d'Arc, p.2, 3. Le cheval acheté par son oncle coûta 16 francs, soit, à raison de 10fr.42c., s'il s'agit du franc d'or, 166fr.12c. (valeur intrinsèque).
Celte somme pent être regardée comme le prix d'un cheval ordinaire. Dans l'extrait des comptes de Hémon Raguier, on trouve qu'il a été payé pendant la campagne du sacre à M. de Rosiers, de Provins, 30 liv. tourn. pour deux chevaux ; un cheval donné à Jeanne à Soissons coûta 38liv. 10s., un autre à Senlis, 137l.10s. (Ms. Gaignières, n° 772, f° 559 et 558.) L'an 1429, la livre valut en avril, 5 fr.64c. ; en mai, 5 fr.49c. ; en juin, 3fr.95c.; en novembre, 9fr.22c. valeur intrinsèque. La valeur relative élèverait fort sensiblement ces prix ; mais ici les bases d'évaluation sont très incertaines.
Jeanne chez le duc de Lorraine : t.I, p.54; cf. t.II,p.391, 406, 437, 443 ; t.III, p.87.

15 Pélerinage à Saint-Nicolas : D'après la déposition de Catherine, femme de Henri Le Royer (t.Il, p.447), on devrait croire que le Saint-Nicolas dont elle parle est sur la route allant de Vaucouleurs vers l'intérieur de la France. Jeanne y aurait été menée par Durant Laxart, son oncle, lorsque rebutée par le sire de Baudricourt, elle avait pris la résolution de s'en aller seule vers le Dauphin : voyage qu'elle interrompit, réfléchissant qu'il ne lui était pas convenable de se mettre ainsi en route. C'est l'opinion adoptée par Lebrun des Charmettes, t.1, p.331 ; et M.Renard, s'étant enquis avec sa perspicacité ordinaire s'il n'y aurait pas, dans la direction supposée, quelque lieu qui répondit à cette indication, a su de M. le curé de Domrémy que dans la vallée de Septfonds, à quatre kilom. de Vaucouleurs, sur le chemin de France, il y avait jadis une chapelle sous l'invocation de Saint-Nicolas (Jeanne d'Arc ; examen d'une question de lieu, 1861). Mais Bertrand de Poulengy mentionnant le pélerinage de Jeanne à Saint-Nicolas à propos de son voyage auprès du duc de Lorraine (t.II, p.457) entend parler évidemment de Saint-Nicolas, près de Nancy : il faut opter entre les deux témoignages, et j'incline plutôt vers le dernier.
(** Voir ndlr ci-dessous)

16 Prédiction de la bataille de Rouvray : Chron. de la Pucelle, chap.42.
- Escorte de Jeanne : Procès, t.II, p.406, 432, 437, 444, 457.
- Sa confiance : t.II, p.449 (Henri Le Royer).
- Adieu de Baudricourt : "Vade, vade, et quod inde poterit venire, veniat." (t.I, p.55)

Ndlr :
(* Jean d'Estivet, promoteur de la cause à l'époque du procès, s'est basé sur la minute française pour établir son acte d'accusation du 27 mars 1431. Dans l'acte d'accusation sur la p.216 de Quicherat figure donc une partie de la minute française que de Courcelles en traduisant le procès en latin, vers 1435, n'a pas reporté (volontairement ou non) sur les interrogatoires officiels de cette séance (p.52 de Quicherat), ce qui explique cette différence entre les deux textes sur le jeûne de Jeanne. C'est pourquoi, le père Doncoeur, dans son ouvrage sur "la minute française des interrogatoires de Jeanne la Pucelle" estime, à juste titre, que les extraits du réquisitoire de d'Estivet, en cas de litige, doivent être préférés au texte des interrogatoires officiels du procès car ils sont basés sur la minute en Français rédigée par le notaire Manchon.*)

(** Seul le témoignage de Catherine Le Royer mentionne St Nicolas comme étant sur la route du départ de Jeanne vers le dauphin. Un vieux crucifix qui se trouvait dans cette chapelle de St Nicolas de Septfonds existe toujours. Une inscription très ancienne mentionne que Jeanne d'Arc y était venue prier. Rien n'empêche de croire qu'elle y soit venue prier pendant son séjour à Vaucouleurs en attendant l'accord de Baudricourt.
Cependant, si l'on consulte une vieille carte de Cassini, on constate que St Nicolas de Septfonds est, à l'époque, dans un cul de sac. Il est invraisemblable que Jeanne et son escorte (Laxart et Alain), dès le départ pour Chinon, fasse un détour pour venir prier dans ce lieu isolé. D'autre part ce faux départ serait en contradiction avec les propres déclarations de Jeanne qui déclare au procès qu'elle savait par ses voix que Baudricourt la refuserait deux fois et céderait à la tierce "Dit oultre que ledit de Baudricourt la refusa par deux foys. A la tierce, la receut, et luy bailla gens pour la mener en France, ainsy comme luy avoit dit la voix." (Ms. d'Orléans)
On peut penser que le témoignage de Catherine Le Royer mentionnait également le pélerinage à St Nicolas près de Nancy.**)


(*** H.Wallon mentionne ici par erreur 2 dates de départ : tout d'abord le 13 février 1429 puis le 23 février en fin de texte)
Le 13 février est la date donnée par Jean de Metz (dimanche de Bures qui correspond à la date du 13 février) et la relation du greffier de la Rochelle qui mentionne le 23 février l'arrivée à Chinon sachant que le voyage avait duré 11 jours.
Les dates traditionnellement admises étant néanmoins le 23 février pour le départ et le 6 mars l'arrivée à Chinon. ***).


 

Jeanne d'Arc
Henri Wallon - 5°éd. 1879

Index

Avertissement
Préface

Introduction :

- La guerre de cent ans
- Charles VII et Henri VI
- Le siège d'Orléans

Livre IDomrémy et V...
I - L'enfance de J. d'Arc
II- Le départ

Livre II : Orléans
I - L'épreuve
II - Entrée à Orléans
III - La délivrance d'Orléans

Livre.III : Reims
I - La campagne de la Loire
II - Le sacre
III - La Pucelle

Livre.IV : Paris
I - La mission de J. d'Arc
II - La campagne de Paris
III - L'attaque de Paris

Livre.V :
Compiègne
I - Le séjour sur la Loire
II - Le siège de Compiègne

Livre.VI : Rouen - Les juges
I - Le marché
II - Le tribunal
III - Les procès-verbaux

Livre.VII : L'instruction
I - Les interrog. publics
II - Les interrog. de la prison
III - Les témoins

Livre.VIII : Le jugement
I - L'accusation
II - Les douze articles
III - Les consultations...
IV - La réponse de...

Livre.IX : L'abjuration
I - Le cimetière de St-Ouen
II - La relapse

Livre.X : Le supplice
I - La visite à la prison
II - La pl. du Vieux-marché

Livre.XI : La réhabilitation
I - La mémoire de Jeanne...
II - Le second procès...

Livre.XII : L'histoire

I - Les contemporains...
II - L'inspiration de J.d'Arc




Légal         Contacts
 
© 2006-2014 - SteJeannedArc.net
1412-2012
Jeanne d'Arc, histoire et dictionnaire