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23 octobre 2019  

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Livre II - ORLEANS
II - Entrée à Orléans - p. 127 à 140

l n'y avait plus de temps à perdre si l'on voulait sauver Orléans. Les Anglais achevaient leurs bastilles ; ils avaient fortifié par de nouveaux boulevards et relié par des fossés leurs positions à l'ouest et au nord de la place (de la fin de mars au 15 avril), et ils s'établissaient à l'est dans les bastilles de Saint-Loup (10 mars) et de Saint-Jean le Blanc (20 avril). Le blocus allait donc se resserrant chaque jour, et l'on devait compter de moins en moins à l'intérieur sur ces arrivages, en quelque sorte furtifs, qui, échappant à l'ennemi grâce à leur médiocrité même, renouvelaient de temps à autre les ressources des assiégés. C'était d'une tout autre sorte et dans d'autres proportions que Jeanne voulait ravitailler la place. Son concours étant enfin accepté, on prépara un grand convoi de vivres. La reine de Sicile, qui était l'âme du parti national, fut chargée de le réunir à Blois, avec le duc d'Alençon, Ambroise de Loré et l'amiral Louis de Culan. L'argent manquait : le roi en sut trouver, cette fois ; et bientôt Jeanne vint elle-même à Blois en la compagnie de Regnault de Chartres, archevêque de Reims, chancelier de France, et du sire de Gaucourt, chargés sans doute de donner les derniers ordres pour le départ. Le maréchal de Boussac et le seigneur de Rais, investis du commandement, y vinrent très peu après, avec La Hire, Poton de Xaintrailles, et tous ceux qui devaient faire l'escorte. Dans son procès Jeanne n'évalue pas à moins de 10 ou 12 000 hommes le nombre des gens que lui donna le roi. Le procès-verbal peut être suspect ici d'inexactitude sinon d'altération. Les Anglais avaient intérêt à grossir le nombre des troupes qui leur firent lever le siège. Dunois dans sa déposition dit que l'escorte ne lui avait point paru assez nombreuse pour aller droit à travers les Anglais, lesquels n'étaient pas dix mille hommes, divisés entre les deux rives de la Loire. Monstrelet, un ennemi, en réduit le nombre à sept mille ; Eberhard de Windecken, un écrivain désintéressé, et qui parait assez bien renseigné ici, à trois mille : on ne saurait le faire descendre plus bas (1).

   

        

  Avant d'engager la lutte, Jeanne essaya de la prévenir, marquant du signe de la paix le premier acte de sa mission ; car sa mission c'était aussi la paix aux hommes de bonne volonté. Mais comment obtenir de la bonne volonté des Anglais ce que réclamait le droit de la France à être libre ? Jeanne ne s'en crut pas moins obligée à leur envoyer ce message, dont les termes ont été gardés textuellement :

  "Jhesus Maria.
   Roi d'Angleterre, et vous duc de Bethfort qui vous dites régent le royaume de France ; Guillaume Lapoule (Pole), comte de Suffort (Suffolk), Jehan sire de Thalebot (Talbot), et vous, Thomas, sire d'Escalles (Scales), qui vous dites lieutenans dudit de Bethfort, faites raison au Roi du ciel de son sang royal ; rendez à la Pucelle cy envoyée de par Dieu le Roi du ciel, les clefs de toutes les bonnes villes que vous avez prises et violées en France. Elle est venue de par Dieu le Roi du ciel, pour réclamer le sang royal ; elle est toute preste de faire paix, si vous lui voulez faire raison, par ainsi que France vous mettez sur (rendez) et paiez de ce que l'avez tenue. Entre vous, archers, compagnons de guerre gentils, et autres qui estes devant la bonne ville d'Orliens, allez-vous-en, de par Dieu, en vos pays ; et si ainsi ne le faites, attendez les nouvelles de la Pucelle qui vous ira voir brièvement à vostre bien grand dommage. Roi d'Angleterre, si ainsi ne le faites, je suis chef de guerre, et en quelque lieu que j'attaindrai vos gens en France, je les en ferai aller, veuillent ou non veuillent ; et s'ils ne veulent obéir, je les ferai tous mourir, et s'ils veulent obéir, je les prendrai à merci. Je suis cy venue de par Dieu, le Roi du ciel, corps pour corps, pour vous bouter hors de toute France, encontre tous ceux qui voudroient porter trahison, malengin ni dommage au royaume de France. Et n'ayez point en vostre opinion, que vous ne tiendrez mie (que vous tiendrez jamais) le royaume de France de Dieu, le Roi du ciel, fils de sainte Marie, ains (mais) le tiendra le roi Charles, vrai héritier ; car Dieu, le Roi du ciel, le veut ainsi, et lui est révélé par la Pucelle : lequel entrera à Paris à bonne compagnie. Si vous ne voulez croire les nouvelles de par Dieu de la Pucelle, en quelque lieu que nous vous trouverons, nous ferrons (férirons, frapperons dedans à horions, et si (ainsi) ferons un si gros hahaye, que encore a mil années (il y a mille ans) que en France ne fut fait si grand, si vous ne faites raison. Et croyez fermement que le Roi du ciel trouvera (ou envoiera) plus de force à la Pucelle que vous ne lui sauriez mener de tous assauts, à elle et à ses bonnes gens d'armes ; et adonc verront lesquels auront meilleur droit, de Dieu du ciel ou de vous. Duc de Bethfort, la Pucelle vous prie et vous requiert que vous ne vous faites pas destruire. Si vous faites raison, encore pourrez venir en sa compagnie l'où que les François feront le plus beau fait qui oncques fut fait pour la chrestienté. Et faites réponse en la cité d'Orliens, si voulez faire paix ; et si ainsi ne le faites, de vos bien grands dommages vous souvienne brièvement."
"Escrit le mardi de la semaine sainte."
  "De par la Pucelle."

  "Et dessus : "Au duc de Bethfort, soi disant régent le royaume de France ou à ses lieutenans estans devant la ville d'Orliens. (2)"
   
                             

  Cette lettre, datée du 22 mars et probablement écrite à Poitiers, ne fut sans doute adressée aux Anglais qu'après que Jeanne fut agréée de Charles VII ; peut-être seulement quant elle vint à Blois. Elle fut accueillie d'eux avec insulte. Ils ne se bornèrent point à des outrages envers la Pucelle ; ils allèrent jusqu'à une violation du droit des gens sur son messager : ils le retinrent, et ils n'attendaient pour le brûler que l'avis de l'Université de Paris (3).

   

  Jeanne n'avait donc plus de ménagements à garder envers eux. Pendant qu'on prenait les dernières dispositions pour le départ, elle s'y préparait elle-même à sa manière. Indépendamment de son étendard, elle avait fait faire une bannière où était peinte l'image de Jésus en croix ; et chaque jour, matin et soir, des prêtres se rassemblaient alentour pour chanter les hymnes de Marie. Jeanne y venait, et elle eût souhaité que tous y fussent avec elle : mais nul homme d'armes n'y était admis qu'il ne fût en état de grâce, et Jeanne les engageait à se confesser aux prêtres qui étaient là, tout disposés à les entendre. Au moins voulut-elle qu'avant de partir chacun mit ordre à sa conscience. "Elle leur fit oster leurs fillettes." Il n'y avait point de place pour elles dans une armée conduite par la Pucelle, sous l'invocation de la Vierge, Mère de Dieu (4).

                             

  La congrégation qu'elle avait formée autour de cette pieuse bannière fut son avant-garde, lorsque le jeudi 28 avril elle sortit de Blois pour aller à Orléans : c'était elle qui ouvrait la marche au chant du Veni Creator. Jeanne eût voulu qu'on marchât droit sur Orléans par la rive où la ville s'élève. On passait à travers les plus fortes bastilles des Anglais ; mais on arrivait sans autre obstacle, et elle avait déclaré que les Anglais ne bougeraient pas. Toutefois les capitaines de Charles VII ne pouvaient point fonder leur plan de campagne sur cette assurance, que Talbot, Suffolk et les Anglais, maîtres des positions, laisseraient passer entre leurs mains, sans tenter de le prendre, un convoi de vivres dont ils pouvaient eux-mêmes si bien faire leur profit. Ils résolurent donc de suivre la rive gauche (côté de la Sologne), laissant le fleuve entre leur troupe en marche et les principaux établissements de l'ennemi. De ce côté, en décrivant mi cercle, on évitait les bastilles occupées par les Anglais aux abords du pont d'Orléans, et en passant la Loire au-dessus de leurs dernières positions, on pouvait revenir vers la ville par la rive droite, à travers une plaine moins garnie de bastilles. La marche se fit ainsi. On trompa la simple jeune fille sur la vraie position d'Orléans *; on traversa le pont de Blois, et l'on passa devant Baugency et Meun, sans que l'ennemi, qui occupait ces places, fit rien pour inquiéter le convoi. On coucha en rase campagne (Jeanne, qui ne voulut pas quitter ses armes, en fut toute meurtrie), et on gagna Olivet, derrière les bastilles anglaises de la rive gauche. Jeanne put reconnaître alors comme on s'était joué de son ignorance. Elle était devant Orléans, mais séparée de la ville par la rivière. Elle en fut vivement affectée. Elle eût voulu au moins ne s'en pas éloigner davantage, et sans prétendre forcer, dès l'arrivée, les bastilles qui défendaient l'accès du pont, elle demandait qu'on attaquât la plus occidentale et la plus isolée, celle de Saint-Jean le Blanc : les Anglais s'y attendaient si bien, qu'ils en rappelèrent la garnison aux Augustins et aux Tourelles, croyant la position trop faible pour être défendue. Mais les autres jugèrent le lieu trop rapproché de l'ennemi pour y tenter le passage, et ils se dirigèrent vers l'Île aux Bourdons, devant Chécy (à deux lieues d'Orléans), où ils trouvaient le double avantage d'embarquer le convoi plus sûrement et de le débarquer en lieu plus commode (5).

           

  La ville d'Orléans attendait avec anxiété l'issue de l'entreprise. On ne doutait pas que les Anglais ne fissent tout pour la traverser. Il fut ordonné que chacun fût sous les armes, prêt à agir ; et Dunois vint avec quelques autres rejoindre le convoi, comme il se trouvait à la hauteur de l'église Saint-Loup, au lieu dit port du Bouschet, pour aviser aux meilleurs moyens de lui faire passer le fleuve et de l'introduire dans la ville. La chose n'était pas si facile encore. Il fallait des bateaux : on ne pouvait les faire venir que d'Orléans, sous le feu des bastilles ennemies, et le vent était contraire. Jeanne était moins touchée de ces difficultés que du parti qu'on avait pris d'en éviter par là de plus grandes, au risque de montrer, dès le début de l'entreprise, si peu de confiance en elle et surtout si peu de foi en Dieu.
  "Etes-vous le bâtard d'Orléans ?" dit-elle à Dunois quand il l'aborda.
  - Oui, et je me réjouis de votre venue.
  "Est-ce vous, reprit-elle, sans autrement répondre au compliment, qui avez donné le conseil de me faire venir ici par ce côté de la rivière, et non pas directement où étaient Talbot et les Anglais ?"
Dunois répondit que lui, et de plus sages que lui, avaient donné ce conseil, croyant mieux faire et plus sûrement.
  "En nom Dieu, s'écria Jeanne, le conseil de Messire (Dieu) est plus sûr et plus sage que le vôtre. Vous m'avez cuidé (pensé) décevoir et vous vous êtes déçus vous-mêmes, car je vous amène le meilleur secours que eut oncques chevalier, ville ou cité ; et c'est le plaisir de Dieu et le secours du Roi des cieux ; non mie pour l'amour de moi, mais il procède purement de Dieu. Lequel, à la requête de saint Louis et saint Charles le Grand, a eu pitié de la ville d'Orléans, et n'a pas voulu souffrir que les ennemis eussent le corps du duc d'Orléans et sa ville" (6)

 

  En ce moment sa parole sembla se confirmer par un signe : le vent changea tout à coup ; les bateaux purent venir d'Orléans. On y plaça la charge du convoi, blé, vivres et bœufs, puis la flottille redescendit le fleuve comme elle l'avait remonté par le chenal de la rive gauche (c'était alors le principal) s'engagea entre l'île Saint-Loup et l'île Saint-Aignan, depuis île aux Toiles, et atteignit la pointe orientale d'Orléans, où on la déchargea (7). Mais les moyens manquaient pour faire passer tous les hommes de la même sorte. Un pont de bateaux eût été difficilement établi ; car la Loire était haute (8). Point d'autre passage que le pont de Blois d'où l'on venait. Plusieurs proposèrent donc de les y reconduire ; Dunois se bornait à prier Jeanne de venir avec lui dans la ville ce soir même : car Orléans eût cru ne rien avoir, recevant les vivres sans elle. Jeanne en fut très irritée. Elle ne savait se décider ni à laisser partir les siens ni à les suivre : car elle ne venait pas seulement ravitailler Orléans, mais le sauver. Or elle avait là des hommes préparés comme elle l'avait voulu, "bien confessés, pénitents, et de bonne volonté" - "En leur compagnie, disait-elle, je ne craindrais pas toute la puissance des Anglais" - et elle redoutait qu'une fois partis, leur troupe ne vînt à se dissoudre. Il y en avait, en effet, dit Jean Chartier, "qui faisaient difficulté de mettre tant de gens en ladite ville, pour ce qu'il y avait trop peu de vivres" on eût craint sans doute à la cour d'être obligé de refaire bientôt les frais d'un nouveau convoi. Dunois, voyant qu'on ne la pouvait point avoir autrement, vint trouver les capitaines qui commandaient l'escorte, et il les supplia, au nom de l'intérêt du roi, de laisser Jeanne et de la décider à le suivre dans la ville, en lui promettant d'aller à Blois passer la Loire pour la rejoindre bientôt à Orléans. Les capitaines firent ce qu'il désirait, et Jeanne agréa leur promesse. Elle laissa à ses hommes la bannière autour de laquelle elle avait coutume de les réunir : elle leur laissait Pasquerel son aumônier, et les prêtres qui les entretenaient dans leurs pieux exercices ; et elle-même, avec Dunois, Lahire et deux cents lances, passa le fleuve à la suite du convoi (9).

                    

  De ce côté, les Anglais n'avaient qu'une seule bastille, celle de Saint-Loup : pour leur ôter la tentation d'en sortir et de troubler l'opération, les Orléanais les y assaillirent eux-mêmes, et de telle sorte qu'ils en rapportèrent une bannière ; mais ce qui valait mieux, les chalands, grâce à la diversion, étaient déchargés en sûreté et les approvisionnements introduits par la porte de Bourgogne. Jeanne et ses hommes d'armes étaient restés près de Chécy. Pouréviter l'empressement tumultuaire de la foule, on était convenu qu'elle n'entrerait dans la ville que la nuit, et un acte public nous apprend qu'elle passa au château de Reuilly quelques heures de cette journée (10). Elle entra dans Orléans à huit heures du soir, armée de toutes pièces et montée sur un cheval blanc. Elle s'avançait précédée de sa bannière, ayant à sa gauche Dunois, richement armé, et derrière elle plusieurs nobles seigneurs et quelques hommes de la garnison ou de la bourgeoisie d'Orléans qui étaient venus lui faire cortège. Mais c'est en vain qu'on eût voulu tenir la foule éloignée : tout le peuple était accouru à sa rencontre, portant des torches et manifestant une aussi grande joie "que s'ils avaient vu Dieu descendre parmi eux." Jeanne, en effet, était pour eux comme l'ange du Dieu des armées. Ils se sentoient, dit le Journal du siège, tous reconfortés et comme desassiégés par la vertu divine qu'on leur avoit dit être dans cette simple pucelle," Tous se pressaient autour d'elle, hommes, femmes et petits enfants, cherchant à la toucher, à toucher au moins son cheval (dans leur empressement, ils faillirent de leurs torches brûler son étendard ; et ils l'accompagnèrent ainsi, lui faisant "grant chère et grant honneur," à l'église principale, où elle voulut, avant toute chose, aller rendre grâces à Dieu ; puis jusqu'auprès de la porte Renart, en l'hôtel de Jacques Boucher, trésorier du duc d'Orléans, où elle fut reçue avec ses deux frères et les deux gentilshommes qui l'avaient amenée de Vaucouleurs (29 avril). (11)



                                                


Source : Jeanne d'Arc - Henri Wallon - 5° éd. 1879

Ilustrations :
- Eglise St Nicolas ("Au pays de Jeanne d'Arc" - J.de Metz - 1910)
- Orléans, vue générale 1910 ("La grande histoire illustrée de Jeanne d'Arc - H.Debout - 4° éd.1922")
- Bannière de Jeanne ("Jeanne d'Arc - H.Wallon - éd.illustrée 1892)
- Jeanne chassant les ribaudes (Miniature du XV° siècle).
- Jeanne la Pucelle (Miniature du XV° siècle).
- L'abside de la cathédrale d'Orléans. ("La grande histoire illustrée de Jeanne d'Arc - H.Debout - 4° éd.1922")

Notes :
1 Situation d'Orléans : Voy. ci-dessus et le Journal du siège
- Convoi préparé à Blois : le duc d'Alençon, t.III, p.93 (Alençon) ; p.4 (Dunois) ; p.18 (Gaucourt) ; p.78 (Sim.Beaucroix) ; p.67 (L.de Coutes) :"Et stetit sibi Johanna cum armatis in dicta villa Blesensi per aliquatempora de quibus non recordatur". Pasquerel dit qu'elle y resta deux ou trois jours (ibid.p.104). Cf la Chronique, chap.43 ; Procès, t.IV, p.214, 215 ; Cagny, ibid.p.5 ; et chron. des Pays-Bas, coll. des chroniques belges, t.III, p.409.
- Force de l'escorte : "interrogata qualem comitivam tradibit x vel xii millia hominum" (t.I, p.78). Monstrelet, liv.II, chap.LXIX ; Procès t.IV, p.364, Eberhard de Windecke ; ibid.,p.491. C'est l'opinion suivie par M.Mantellier (Histoire du siège d'Orléans, p.81) et par Boucher de Molandon (Première expédition de Jeanne d'Arc, p.25-28).

2 Lettre de la Pucelle : Voy. entre autres transcriptions de cette lettre, Procès, t.V, p.96. Nous n'avons fait qu'en modifier l'orthographe. "Opportebat  primitus quod ipsa summaret et scriberet Anglicis"; t.III, p.20 (Garivel) Le Journal du siège (Procès.t.IV, p.140), et la chronique de la Pucelle (ibid.p.215), disent que cette lettre, dont ils reporduisent la date, fut écrite et envoyée de Blois, d'où Jeanne s'apprêtait à  mener le convoi de vivres à Orléans ; ce serait faire commencer six semaines plus tôt l'expédition de la Pucelle. Dans le Mystère du siège d'Orléans (v.1103), la Pucelle dit à son messager :
     Que tu soyes prudent et saige
     A rapporter ce que diront ;
     Que s'i ne font à mon langaige
     Je les iray voir front à front

3 Les Anglais ; "L'appelant ribaulde, vachière, la menaschant de la faire brûler" (Journal du siège, t.IV, p.141) ; cf. p.150 ; Chronique p.220 : "Et les vouloient faire ardoir"; Berri, ibid.p.42 : "Lesdits Anglois prindrent ledit hérault et jugèrent qu'il seroit ars, et firent faire l'attache pour le ardoir. Et toutes voies, avant qu'ils eussent l'opinion et conseil de l'Université de Paris et de ceulx tenus de ce faire, etc..."

4 La bannière : "Dixit loquenti quatenus faceret fieri unum vexillum pro congregandis presbyteris, Gallice une bannière, et quod in eodem vexillo faceret depingi imaginem Domini nostri crucifixi" Procès, t.III, p.104 (Pasquerel). Voy. sur cette seconde bannière l'appendice 15, auquel nous avons déjà renvoyé.
- Les chants autour de la bannière, etc... t.III, p.104 (Pasquerel) ; p.78 (Beaucroix) ; t.IV, p.217 (Chron., chap 44)

5 Départ de Blois, le 28 avril : Eberhard de Windecke. Procès t.IV, p.490. Le Journal du siège (t.IV, p.150), comme Eberhard de Windecke (ibid.p.490) semble aussi rapporter le départ au 28 avril. De plus, d'accord en cela avec la Chronique de la Pucelle (ibid.p.217) il fixe l'entrée à Orléans au 29 au soir ; la même chronique (ibid.) et Chartier (ibid.p.54) disent qu'on ne passa qu'une nuit en route ; et on peut entendre dans le même sens Louis de Coutes qui, à propos de la blessure de  Jeanne, parle de "la nuit du voyage" : "Multum fuit læsa... quia ipsa cubuit cum armis in nocte sui recessus a villa Blesensi" (t.III, p.66).
  Ces témoignages par leur accord doivent l'emporter sur celui de Pasquerel, un témoin de premier ordre (comme l'est Louis de Coutes d'ailleurs), qui compte deux nuits (ibid.p.105)
- Veni Creator : Lebrun des Charmettes, dans son histoire de Jeanne d'Arc, saisit cette occasion pour traduire le Veni Creator, comme plus tard à l'occasion de la levée du siège, il traduira le Te Deum. (t.II, p.4 et 112)
- Le mystère du siège d'Orléans expose avec beaucoup de naturel cette délibération où les chefs, hors de la présence de Jeanne, résolurent de prendre le chemin de la Sologne. C'est son page qui représente un peu timidement son opinion :

    Je scay bien qu'elle ne vouldroit
    Point différer le grand chemin,
    Ne destourner ne s'en vouldroit;
    Que ne demande que hutin
    Et que de rencontrer à plain
    Les anemis, pour les combattre,
    Et ne prétend à autre fin ;
    Mès ne scay comment m'y esbattre.

- La Bastille St-Jean le Blanc évacuée : t.IV, p.217 (Chron.chap.44 ) et p54 (J.Chartier). "Et erat ipsa Johanna pro tunc intentionis quod gentes armorum deberent ire de directo apud fortalitium seu bastildam Sancti Joannis Albi ; quod non fecerunt, imo iverunt inter [civitatem] Aurelianensem et Jargeau". t.III, p.78 (Beaucroix). "Et vindrent par la Sauloigne et passèrent par Olivet ou près, et arrivèrent jusques à l'Isle-aux-Bourdons qui est devant Checi" (Chron. de l'établissement de la fête du 8 mai. L'auteur parait avoir été contemporain. Voy. M. Jules Quicherat, ibid.) Cf. t.IV, p.150 (Journal du Siège).

6 Le Bastard d'Orléans et la Pucelle : t.III, p.5 (Dunois), et t.IV, p.218 (Chron. de la Pucelle). Chron. des Pays Bas, Coll. des chroniques belges, t.III, p.409. Lebrun des Charmettes (t.II, p.10) montre très bien que la Pucelle avait raison.

7 Voy. l'appendice n°16

8 "Et estoit lors la rivière a plain chantier" (Chron. de la fête du 8 mai, Procès t.V, p.290). Ce témoignage qui parait être d'un homme du pays doit l'emporter sur celui de Pasquerel, qui dit au contraire que les eaux étaient basses, croyant que c'était là l'obstacle à l'arrivée des bateaux, et fait consister le miracle en ce qu'elles enflèrent : "Erat autem tunc riparia ita modica quod naves ascendere non poterant  nec venire usque ad ripam ubi erant Anglici ; et quasi subito crevit aqua, ita quod naves applicuerunt versus armatos" (t.III, p.105)

9 Retour de l'armée par Blois : "Et quia gentes armorum transire non poterat reverti et ire ytansitum fluvium Ligeris aliqui dixerunt quod oportebat reverti et ire transitum fluvium Ligeris in villa Blesensi, quia non erat pars proprior in obedentia regis, ex quo multum fuit indignata ipsa Johanna, timens ne recedere vellent et quod opus remancret  imperfectum. Nec voluit ipsa Johanna ire cum aliis transitum apud villam Blesencem sed transivit ipsa Johanna cum ducentis
lanceis vel circiter per ripariam in navibus... et intraverunt villam Aurelianensem per terram." t.III, p.78 (Beaucroix). "De qua re fecit difficultatem, dicens quod nolebat dimittere gentem suam seu armatos homines quii erant bene confessi, poenitentes et bonae voluntatis, etc..." t.III, p.5 (Dunois), et t.IV, p.219 (Chronique) ; J.Chartier, ibid. p.54 - "Et ipse loquens de jussu dictae Johannae, cum presbyteris et  vexillo reversus est apud villam Blesensem", t.III, p.105 (Pasquerel). Cf La Chron. des Pays-Bas (Coll. des chroniques belges, t.III, p.410)

10 Jeanne au château de Reuilly, voy. l'appendice n°17

11 Entrée dans Orléans : Journal du siège, Procès t.IV, p.151-153; cf.ibid., p.220 (Chronique), et t.III, p.68 (L.de Coutes). - "Recepta fuit cum tanto gaudio et applausu ab omnibus utriusque sexus, parvis et magnis, ac si fuisset angelus Dei. t.III, p.24(Luillier). "Quod vidit ipsam Johannam quando primo indravit villam Aurelianensem, quod ante omnia voluit ire ad majorem ecclesiam ud exhibendam reverentiam Deo creatori suo." t.III, p.26 (J. L'Esbahy, bourgeois d'Orléans). - La prédominance que Jeanne avait prise dès lors dans l'opinion publique est caraclérisée par ce trait que M.Boucher de Molandon a justement relevé dans le Journal du siège. Au lieu de dire que le Bâtard d'Orléans qui, par son rang conduisait le cortège, avait Jeanne à sa droite. Le rédacteur dit que Jeanne avait le Bâtard à sa gauche. (t.IV, p.157). - Les deux frères de Jeanne, voy. l'appendice n°18.

* Ndlr : malgré le respect dû à M. Wallon, cette assertion "On trompa la simple jeune fille sur la vraie position d'Orléans" est erronée. Peut-on imaginer Jeanne d'Arc suivant bêtement l'armée depuis Blois et se rendant compte à la toute dernière minute qu'elle n'est pas du bon côté de la Loire? Quelle piètre impression aurait alors laissé un "Chef de guerre" que l'on pouvait aussi facilement berner? Non,  Jeanne sait parfaitement de quel côté sont les Anglais et comment ils sont installés autour d'Orléans puisqu'elle voulait les attaquer directement.
  Elle a sans nul doute assisté aux préparatifs de départ vers Orléans et les Capitaines de l'armée, à sa demande d'attaquer directement les Anglais, lui ont sans doute répondu qu'en accord avec Dunois qui les attendaient côté Sologne, ils passaient sur l'autre rive de la Loire. Jeanne ruminant sa déception pendant le voyage, le fameux premier contact de Jeanne avec Dunois est alors bien mieux compréhensible et logique !
  Lire M. Boucher de Molandon à ce sujet, p.45 et suiv. : "Première expédition de Jeanne d'Arc, le ravitaillement d'Orléans".

 

Jeanne d'Arc
Henri Wallon - 5°éd. 1879

Index

Avertissement
Préface

Introduction :

- La guerre de cent ans
- Charles VII et Henri VI
- Le siège d'Orléans

Livre IDomrémy et V...
I - L'enfance de J. d'Arc
II- Le départ

Livre II : Orléans
I - L'épreuve
II - Entrée à Orléans
III - La délivrance d'Orléans

Livre.III : Reims
I - La campagne de la Loire
II - Le sacre
III - La Pucelle

Livre.IV : Paris
I - La mission de J. d'Arc
II - La campagne de Paris
III - L'attaque de Paris

Livre.V :
Compiègne
I - Le séjour sur la Loire
II - Le siège de Compiègne

Livre.VI : Rouen - Les juges
I - Le marché
II - Le tribunal
III - Les procès-verbaux

Livre.VII : L'instruction
I - Les interrog. publics
II - Les interrog. de la prison
III - Les témoins

Livre.VIII : Le jugement
I - L'accusation
II - Les douze articles
III - Les consultations...
IV - La réponse de...

Livre.IX : L'abjuration
I - Le cimetière de St-Ouen
II - La relapse

Livre.X : Le supplice
I - La visite à la prison
II - La pl. du Vieux-marché

Livre.XI : La réhabilitation
I - La mémoire de Jeanne...
II - Le second procès...

Livre.XII : L'histoire

I - Les contemporains...
II - L'inspiration de J.d'Arc




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