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Chronique de la Pucelle - index
23 - Bataille à Montargis

' an mil quatre cent vingt sept (1), les comtes de Warwick et de Sufolc, Anglois, délibérèrent de mettre le siège à Montargis et mandèrent gens de toutes parts en grant nombre, tant Anglois que de leurs alliez, et si firent provision d'artillerie, puis vinrent mettre le siège tant devant la ville comme devant le chasteau. Il y avoit dedans un gentilhomme gascon nommé Bouzon de Failles et de vaillans gens en sa compaignée. A l'arrivée des Anglois aucuns compaignons saillirent et il y eut par diverses fois de gaillardes escarmouches. Les Anglois fermèrent tellement leur siège qu'il n'y eust pu, sinon à grande difficulté entrer ny yssir, et firent par dehors fossez et hayes, réservant aucunes entrées par lesquelles on entreroit en l'ost. Avec ledit Bouzon et ses gens estoient les habitants de la ville qui avoient tous bonne volonté d'eulx défendre. Les Anglois faisoient fort tirer leurs bombardes et canons, tellement que la ville fut fort batue en divers lieux ; et nonobstant ceux dedans se défendoient vaillamment et grevoient beaucoup les Anglois, spécialement de traict, tant de grosses arbalestes que de canons.

  Un certain jour y eust fait une saillie où fut prins un de ceux de la garnison, lequel avoit autrefois esté du party du duc de Bourgongne ; et pour se délivrer il dit aux Anglois que s'ils le vouloient laisser aller, qu'il luy sembloit bien qu'il trouveroit moyen de leur bailler le chasteau, par un lieu dont il avoit la garde ; quand il y estoit ; et entre autres le dit à Messire Simon Morhier (2), un chevalier françois, et leur montra par dehors la manière et le lieu ; et les Anglois advisèrent sur ce que la chose estoit bien faisable, et fut prins le jour et l'heure, puis ils le laissèrent aller. Il entra dedans la place et aussi tost qu'il y fut il dit audit Bouzon tout ce qu'il avoit dit et fait ; lequel en fut bien joyeux ; car il luy sembloit bien que par ce moyen il en pourroit prendre et accabler.
  Les Anglois et Bourguignons vinrent au jour assigné, et à l'heure entreprise ; et furent diligens de dresser leurs eschelles puis entrèrent dedans ; mais aussi tost qu'ils estoient entrez on les prenoit et désarmoit-on, et entre les autres le susdit Messire Simon y entra et fut pris ; il ne retournoit personne à la fenestre par où ils entroient ; par quoy les Anglois apperceurent bien qu'il y avoit tromperie ; néantmoins il y en eut quinze ou seize de pris. Ceux de dedans tinrent longuement , et se défendoient fort, mais vivres leur failloient, et n'estoit pas possible qu'ils peussent plus guères longuement tenir.

  Laquelle chose venue à la connoissance du comte de Richemond, connestable de France, et du comte de Dunois, ils assemblèrent vivres le plus qu'ils peurent et aussi gens de guerre ; entre les autres estoient en leur compaignée les seigneurs de Graville, de Gaucourt, Estienne de Vignoles dit La Hire, et autres, pour adviser comment on pourroit mettre des vivres dedans la ville et au chasteau. Et fut advisé que si on livroit ou faisoit une escarmouche en un certain lieu, qu'on y pourroit bouter et mettre vivres par un autre costé.
  Le connestable se tint à Jargeau à toutes ses gens et le comte de Dunois alla vers Montargis (3), avec lequel estoit Estienne de Vignoles, dit La Hire, lequel accompaigné de soixante lances, fut chargé d'aller courir devant le siège pour sçavoir leur maintien, auquel ledit de Dunois promit de le suivre, et aussi le fit-il. Les Anglois, comme dessus a esté touché, avoient fermé et clos leurs logis de paulx et de fossez, au long desquelles estoient les logettes de ceux qui tenoient le siège, couvertes de chaumes, de feure (4) et d'herbes seiches. Avec La Hire estoit aussi un capitaine d'Escosse nommé Quennede (5) et l'abbé de Serquenciaux, qui avoient bien de trois à quatre mille hommes de pied. Quand La Hire approcha du siège et eut apperceu que c'estoit chose très difficile d'y entrer, il advisa un passage par où il luy sembla qu'on passeroit bien. Alors lui et ses compaignons prirent leurs salades et leurs lances au poing, et y estoit le seigneur de Graville, Brangonnet d'Arpajon, Saulton de Mercadieu et autres.
  La Hire trouva un chapelain auquel il dist qu'il luy donnast hastivement absolution, et le chapelain luy dit qu'il confessast ses péchez. La Hire lui répondit qu'il n'auroit pas loisir, car il falloit promptement frapper sur l'ennemy, et qu'il avoit fait ce que gens de guerre ont accoutumé de faire. Sur quoy le chapelain luy bailla absolution telle quelle ; et lors La Hire fit sa prière à Dieu, en disant en son gascon, les mains jointes : "Dieu, je te prie que tu fasses aujourd'huy pour La Hire, autant  que tu voudrois que La Hire fit pour toi s'il estoit Dieu et tu fusses La Hire." Et il cuidoit très bien prier et dire.
  Advisant donc une des entrées du siège, luy et ses compaignons y entrèrent, comme environ midy, les lances au poing pendant que ceux du siège disnoient. On cria à l'arme, et Anglois se misrent sus armez et habillez, et les François et Escossois qui estoient avec les susdits abbé et Quennede, boutèrent au long des fossez que les Anglois avoient faits autour de leur siège et entrèrent ès logis boutans les feus dedans, et combattirent contre ceux qu'ils trouvoient et rencontroient, puis ils se joignirent aux gens de cheval ; les bannières et estendarts des Anglois furent levez et s'assemblèrent et rallièrent par diverses fois.
  Les seigneurs cuidoient au commencement que ce ne fussent que coureurs et compaignons qui vinssent escarmoucher ; et y eut de moult belles armes faites d'un costé et d'autre ; et furent les bannières et estendarts ruez par terre et abbatus. Les comtes de Warwich et de Suffolc se commencèrent à retirer avec une partie de leurs gens, en passant la rivière , et les François les suivirent tellement que les Anglois furent desconfits et y en eut plusieurs de tuez et de prins.
  Le dit comte de Dunois arriva aussi de bonne heure à belle compaignée, et les François ne trouvèrent depuis résistance, sinon d'un chevalier anglois nommé Henry Biset, qui estoit encores en son parc, et avoit environ deux cens Anglois. Il se défendit vaillamment, mais à la fin il fut prins et ses gens mis à mort ; aucuns saillirent de la ville, qui firent grande occision sur les Anglois. Ceux qui tenoient le siège de l'autre costé de la rivière se misrent comme en bataille et les François aussi d'autre costé, lesquels n'entrèrent oncques es ville et chastel de Montargis, jusque à ce qu'il fust nuict fermée et que les Anglois fussent despartis et en allez.
  Et ainsi fut le siège levé ; qui fut, comme on disoit, une bien vaillante entreprise mise à effet par ledit Estienne de Vignoles dit la Hire. Et y furent gagnées plusieurs bombardes et canons, biens, meubles et vivres. Au pourquoy les pauvres gens firent la nuict grande joye et chère dans la ville. Le seigneur de Graville et ledit d'Arpajon s'y portèrent vaillamment, et aussi fist Saulton de Mercadieu, lequel eut d'une lance par la bouche et passa outre de demy pied ; il se déferra luy mesme et la tira, et ne cessa point pourtant de toujours combatre.

                                                 


Source : édition Vallet de Viriville - éd.1859

Notes :
1 Pâques le 20 avril

2 Simon Morhier : prévôt de Paris pour le Roi d'Angleterre.

3 Le 16 et 17 juillet 1427, Jean, bâtard d'Orléans était à Blois. L'entreprise de Dunois sur Montargis eut lieu sans doute du 18 au 25 ou 30 juillet 1427.

4 Paille, fourrage

5 Kennedy

6 La Hire descendait des barons de Vignoles, il était né an château de Vignoles, en Bigarre, canton de Boulogne, arrondissement de Saint-Gaudens (Hte-Garonne).




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