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16 février 2019  

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Procès de condamnation - procès d'office
Sixième interrogatoire public - 3 mars 1431

tem le samedi suivant, troisième jour de mars, au lieu désigné plus haut, Jeanne comparut devant nous et en présence des révérends pères, seigneurs et maîtres : Gilles, abbé de la Sainte Trinité de Fécamp ; Pierre, prieur de Longueville ; Jean de Chastillon, Erard Emengart, Jean Beaupère, Jacques de Touraine, Nicolas Midi, Denis de Sabrevois, Nicolas Lami, Guillaume Evrard, Pierre Maurice, Gérard Feuillet, Maurice du Quesnay, Pierre Houdenc, Jean de Nibat, Jacques Guesdon, docteurs en théologie sacrée ; Guillaume, abbé de Sainte-Marie de Cormeilles, docteur en droit canon ; Guillaume Desjardins, Gilles Canivet, Roland L'Escrivain, Guillaume de La Chambre docteurs en médecine ; l'abbé de Saint Georges, l'abbé de Préaux (1), le prieur de Saint-Lô ; et aussi Nicolas Couppequesne, Thomas de Courcelles, Guillaume Le Maistre, Guillaume de Baudribosc, Jean Pigache, Raoul Le Sauvage, Richard de Grouchet, Pierre Minier, bacheliers en théologie sacrée ; Jean Le Doulx, bachelier en l'un et l'autre droit ; Jean Duchemin, Jean Colombel, Raoul Anguy, Aubert Morel, bacheliers en droit canon ; Geoffroy du Crotay, Bureau de Cormeilles, Nicolas Maulin, licenciés en droit civil, Loiseleur, chanoine de la cathédrale de Rouen.

        Abbaye de Préaux

                                                                            *
                                                                      *         *

  En leur présence, nous avons requis Jeanne de jurer de dire la vérité sur ce qui lui serait demandé, simplement et absolument. Elle répondit : "Comme autrefois j'ai fait, je suis prête de jurer". Et ainsi elle jura, les mains sur les saints Évangiles.

  In quorum præsentia, ipsam johannam requisivimus quod simpliciter et absolute juraret dicere veritatem de his quæ peterentur ab ea. Quæ respondit : "Sicut alias feci, ego sum parata jurare." Et sic juravit, tactis sacrosanctis Evangeliis.

  Et fut requise et priee par les assistens de jurer simplement et absolutement de dire verité de tout ce qui luy sera demandé, respond : "Je suis preste de jurer, ainsi que autresfoys j'ay juré". Et puis jura sur les sainctes Euvangiles.

  Ensuite, comme elle avait dit que saint Michel avait des ailes (2), et que cependant elle n'avait pas parlé du corps et des membres des saintes Catherine et Marguerite, elle fut interrogée sur ce qu'elle en voulait dire. A quoi elle répondit :
- Je vous ai dit ce que je sais et ne vous en répondrai autre chose.
  Dit également qu'elle a aussi bien vu ledit saint Michel et les saintes qu'elle sait bien qu'ils sont saints et saintes du paradis.

  Deinceps autem, quia dixerat quod sanctus Michael habebat alas, et cum hoc de corporibus vel membris sanctarum Katharinæ et Margaretæ non locuta fuerat, interrogata fuit quid de his dicere volebat. Ad quod respondit :
- Ego dixi vobis totum illud quod scio de hoc non respondebo vobis aliud.
   Dixit etiam quod ipsum sanctum Michaelem et illas Sanctas ita bene vidit quod bene scit eas esse sanctos et sanctas in paradiso.


  Item, derechef par le commandement de monseigneur l'evesque de Beauvoys, ledit maistre Jehan Beaupère interrogua ladicte Jhenne en luy recitant qu'elle avoit dit que sainct Michel avoit aelles; et avecq ce, de saincte Katherine et Marguerite qu'elle ne avoit point parlé du corps ou membres, respond :
- Je vous en ay dit ce que je sçay ; et ne vous en respondray aultre chose.
  Item, dit qu'elle les a si bien veues qu'elle sçait bien qu'ilz sont saincts et sainctes en paradis.


  Interrogée si elle vit rien d'autre que leur visage, répondit :
- Je vous ai dit tout ce que je sais sur cela ; et plutôt que de dire tout ce que je sais, j'aimerais mieux que me fissiez trancher le col.
  Item dit que tout ce qu'elle sait, touchant le procès, elle le dira volontiers.

  Interrogata an vidit aliud ex ipsis quam faciem, respondit :
- Ego dixi vobis totem illud quod scio de hoc ; et de dicendo totum illud quod scio, ego prædiligerem quod mihi faceretis abscindi collum.
  Item dixit quod totum id quod sciet  tangens processum, libenter dicet.


  Interroguee si elle a veu aultre chose que le visaige, respond :
- Je vous en ay dit ce que j'en sçays. J'aymeroye mieulx que me feissez trencher le col.
  Item, dit que tout ce qu'elle sçait touchant le procez, elle le dira voluntiers.


  Interrogée si elle croit que saint Michel et saint Gabriel aient des têtes naturelles, répondit :
- Je les ai de mes yeux vus, et crois que ce sont eux aussi fermement que Dieu est.
  Interrogée si elle croit que Dieu les forma dans les mode et forme où elle les vit, répondit : "oui".
  Interrogée si elle croit qu'en ces mode et forme Dieu les a créés, dès le principe, répondit :
- Vous n'aurez autre chose pour le présent, sauf ce que je vous ai répondu.

  Interrogata an credit quod sanctus Michael et sanctus Gabriel habeant capita naturalia, respondit :
- Ego vidi ipsos oculis meis et credo quod ipsi sunt æque firmiter sicut Deus est.
  Interrogata an credit quod Deus formavit eos in illis modo et forma, quibus eadem ipsos videt, respondit quod sic.
  Interrogata an credit quod in illis modo et forma, a principio, Deus ipsos creaverit, respondit :
- Vos non habebitis aliud pro præsenti practer illud quod ego respondi.


  Interroguee se sainct Michel et sainct Gabriel ont testes naturellement, respond :
- Ouy a mes yeulx. Et croy que se soyent ilz, aussy fermement comme Dieu est.
 
Interroguee s'elle croit que Dieu les ait formez en ces testes esquelles les a veues, respond : (3)
- Je les ay veues en mes yeulx. Je ne vous en diray aultre chose.
  Interroguee se elle croit que Dieu les ait formez en ces testes esquelles les a veues, respond que ouy.
  Interroguee se elle croit que en celle forme et maniere Dieu les ait crees du commencement, respond :
- Vous n'en aurez aultre chose pour le present, fors ce que j'ay respondu.


  Interrogée si elle avait su par révélation qu'elle s'échapperait, répondit :
- Cela ne touche votre procès. Voulez vous que je parle contre moi ?
  
Interrogée si les voix lui en dirent quelque chose, répondit :
- Ce n'est de votre procès. je m'en rapporte à Messire. Et si tout vous concernait, je vous dirais tout.
  Dit en outre que, par sa foi, ne sait l'heure ni le jour où elle échappera.
  Interrogée si les voix ne lui en ont rien dit en général, répondit :
- Oui vraiment, elles me dirent que je serai délivrée ; mais ne sais le jour ni l'heure ; et qu'hardiment, je vous fasse bonne figure !

  Interrogata an sciverat per revelationem quod ipsa evaderet, respondit :
- Hoc non tangit processum vestrum. Vultis vos quod ego loquar contra me ?
  Interrogata an voces suæ aliquid inde sibi dixerunt, respondit :
- Hoc non est de vestro processu. Ego refero me ad Domimum. Et, si totum pertineret ad vos, ego dicerem vobis totum.
  Dixit ultra quod, per fidem suam, nescit diem neque horam qua evadet.
  Interrogata an voces aliquid sibi de hoc dixerunt in generali, respondit :
- Ita veraciter, ipsæ dixerunt mihi quod essem liberata, sed nescio diem neque horam ; et quod audacter faciam lætum vultum.


  Interroguee se elle avoit veu ou sceu par revelacion que elle eschapperoit, respond :
- Cela ne touche point vostre procez. Voulez vous que je parle contre moy ?
 
Interroguee se ses voix luy en ont riens dit, respond :
- Cela n'est point de vostre procez. Je me actens a nostre Seigneur, qui en fera son plaisir. Dit oultre :
- Par ma foy, je ne sçay l'heure ne le jour. Le plaisir de Dieu soit faict.
 
Interroguee se ses voix luy ont riens dit en general, respond :
- Ouy, vrayement, ilz m'ont dit que je seray delivree. Mais ne sçay le jour ne l'heure. Et que je face bonne chere hardyment.


  Interrogée, quand pour la première fois elle vint devers son roi, s'il lui demanda si c'était par révélation qu'elle avait changé son habit répondit :
- Je vous en ai répondu ; toutefois ne me rappelle s'il me fut demandé. Et cela est écrit à Poitiers.


  Interrogata utrum, quando primo applicuit penes regem suum, an ipse petiverit ab ea si per revelationem habebat quod mutaret habitum suum, respondit :
- Ego de hoc vobis respondi ; tamen non recordor si hoc fuerit mihi petitum. Et illud est scriptum in villa Pictavensi.


  Interroguee, quand elle vint premierement devers son roy, se il luy demanda si elle avoit revelacion de muer son habit, respond :
- Je vous ay respondu ; et toutesfoys ne me souvient se il me fut demandé.
 
Dit que ce est en escript a Poitiers.


  Interrogée si elle se souvient que les maîtres qui l'examinèrent dans l'autre parti, les uns par l'espace d'un mois, les autres pendant trois semaines, l'aient interrogée sur le changement de son habit, répondit :
- Il ne m'en souvient. Toutefois ils me demandèrent où j'avais pris cet habit d'homme ; et je leur ai dit que l'avais pris à Vaucouleurs.
  
Interrogée si les dits maîtres lui demandèrent si elle avait pris cet habit suivant ses voix, répondit : "Il ne m'en souvient".

  Interrogata an recordetur quod magistri qui examinaverunt eam in alia obedientia, aliqui per unum mensem, alii per tres hebdomadas, interrogaveruntne ipsam in mutatione sui habitus, respondit :
- Ego non recordor ; tamen ipsi me interrogaverunt ubi ego ceperam istum habitum virilem ; et ego dixi eis quod ego ceperam apud oppidum Valliscoloris.
  Interrogata utrum præfati magistri petierunt ab ea si per voces suas ceperat illum habitum, respondit : "Ego non recordor".


  Interroguee se les maistres qui la examinerent en l'autre obaissance, les ungs par ung moys, les aultres par troys sepmaines, se ilz la interroguerent point de la mutation de son habit, respond : "Il ne m'en souvient".
  Toutesvoyes elle dist : ilz la interroguerent ou elle avoit prins tel habillement d'homme ; et elle leur dist que ce avoit esté a Veaucouleur.
  Interroguee se ilz luy demanderent point qu'elle l'eust prins par ses voix, respond : "Il ne m'en souvient".


  Interrogée si la reine (4) ne s'enquit point du changement de son habit, quand la visita pour la première fois, répondit : "Il ne m'en souvient."
  Interrogée si son roi, ou la reine, ou autres de son parti ne la requirent point parfois de déposer son habit d'homme, répondit : "Ce n'est de votre procès»

  Interrogata utrum regina sua petiveritne illud sibi de mutatione habitus, quando primo eam visitavit, respondit : "Ego non recordor".
  Interrogata an rex suus, regina et alii de parte sua requisiveruntne ipsam aliquando quod habitum virilem deponeret, respondit : "Hoc non est de vestro processu".


  Interroguee, quand elle alla premierement visiter la royne, se elle luy demanda point de cest habit, respond : "Il ne m'en souvient".
  Interroguee se le roy ou la royne ou aultres de son party requirent point de mectre son habit jus et prendre habit de femme, respond : "Cela nest point de vostre procez".


  Interrogée si, au château de Beaurevoir, elle n'en a pas été requise, répondit :
- Oui, vraiment. Et j'ai répondu que ne le déposerais sans le congé de Notre Seigneur.

  Interrogata utrum, apud castrum de Beaurevoir, fueritne de hoc requisita, respondit :
- Ita veraciter. Et ego respondi quod ego non deponerem, sine licentia Dei.


  Interroguee se a Beaureveoir elle en fut requise, respond :
- Ouy, vrayement. Et je respondy que je ne le mueroys point sans le congié de nostre Seigneur.


  (5) Item, dit que la demoiselle de Luxembourg et la dame de Beaurevoir (6) lui offrirent habit de femme, ou drap pour le faire et lui requirent qu'elle le portât. Et elle répondit qu'elle n'en avait pas congé de Notre Seigneur, et qu'il n'était pas encore temps.
  Interrogée si messire Jean de Pressy et autres à Arras ne lui offrirent point d'habit de femme, répondit que lui et plusieurs autres lui ont plusieurs fois demandé que prisse tel habit.

  Item dixit quod domicella de Luxembourg et domina de Beaurevoir obtulerunt sibi vestem muliebrem, vel pannum pro faciendo eam, requirendo ipsam Johannam ut hujusmodi vestem portaret. Et ipsa respondit quod non habebat licentiam a Deo, et quod non erat adhuc tempus.
  Interrogata an dominus Johannes de Pressy, et alii apud Attrebatum obtulerunt sibi vestem muliebrem, respondit quod ipse et alii plures multotiens petierunt ab ea ut hujusmodi vestem acciperet.


  Item, dit que la damoiselle de Luxembourg requist a monseigneur de Luxembourg qu'elle ne fust point livree aux Angloys (7).
  Item, dit que la damoiselle de Luxembourg et la dame de Beaureveoir luy offrirent habit de femme, ou drap a le faire ; et luy requirent qu'elle le portast. Et elle respondit qu'elle n'en avoit pas le congié de nostre Seigneur ; et qu il n'estoit pas encoires temps.
  Interroguee se messyre Jean de Pressy et aultres [à Arras] luy offrirent point habit de femme, respond :
- Luy et plusieurs aultres le m'ont plusieurs foys offert.


  Interrogée si elle croit qu'elle eût délinqué ou fait péché en prenant habit de femme, répondit qu'elle fait mieux d'obéir à son souverain Seigneur, c'est assavoir Dieu, et de le servir. Item dit que si elle dût l'avoir fait, elle l'eut plutôt fait à la requête de ces deux dames que d'autres dames qui soient en France,  sa reine exceptée.
  Interrogée, quand Dieu lui révéla qu'elle changeât son habit, si ce fut par la voix de saint Michel, de sainte Catherine ou de sainte Marguerite, répondit : "Vous n'en aurez maintenant autre chose".

  Interrogata utrum credit quod ipsa deliquisset vel peccasset mortaliter, capiendo vestem muliebrem, respondit quod melius agit obediendo et serviendo suo supremo domino, videlicet Deo. Item dixit quod, si ipsa debuisset hujusmodi vestem muliebrem assumere, ipsa citius hoc fecisset ad requestam duarum dominarum prædictarum, quam aliarum dominarum existentium in Francia, dempta regina ejus.
  Interrogata utrum, quando Deus ei revelavit quod mutaret habitum suum in habitum virilem, hoc fuerit per vocem sancti Michaelis, vel per vocem sanctæ Katharinæ aut Margaretæ, respondit : "Vos non habebitis nunc aliud".


  Interroguee se elle croit qu'elle eust delinqué ou faict peché mortel de prendre habit de femme, respond qu'elle faict mieulx d'obayr a servir son souverain Seigneur, c'est assavoir Dieu [que aux hommes]. Item, dit que, si elle l'eust deu faire, elle l'eust plus tost faict a la requeste de ses deux dames, que d'aultres dames qui soyent en France, excepté la royne.
  Interroguee, quand Dieu luy revela qu'elle muast son habit, se ce fut par la voix sainct Michel, de saincte Katherine ou saincte Marguerite, respond : "Vous n'en aurez maintenant aultre chose".

  Interrogée, quand son roi la mit premièrement en oeuvre et qu'elle fit faire son étendard, si les gens d'armes et autres gens de guerre ne firent faire pannonceaux (8) à la manière du sien, répondit :
- Il est bon à savoir que les seigneurs maintenaient leurs armes.
  Item répondit certains compagnons de guerre en firent faire à leur plaisir, et les autres non.
  Interrogée de quelle matière ils les firent faire, si ce fut de toile ou de drap, répondit que c'était de blancs satins et il y avait en certains les fleurs de lis. Et n'avait ladite Jeanne que deux ou trois lances en sa compagnie ; mais les compagnons de guerre parfois faisait faire des pannonceaux à la ressemblance des siens ; et ne faisant cela que pour reconnaître les siens des autres.

  Interrogata utrum, quando rex suus posuit eam in opere, et quod ipsa fecit fieri vexillum suum, aliæ gentes armorum feceruntne fieri parmoncellos ad modum et exemplar pannoncelli ipsius Johannæ, respondit :
- Bonum est scire quod domini manutenebant arma sua.
  Item dicit quod aliqui de sociis guerræ fecerunt fieri de illis pannoncellis, prout eis placebat, et alii non.
  Interrogata de qua materia fecerunt eos fieri, an hoc fuerit de tela, vel panno laneo, respondit quod erat de albis satinis, gallice de blancs satins, et in aliquibus erant lilia ; nec ipsa Johanna habebat de societate sua nisi duas vel tres lanceas ; sed socii guerraæ aliquando faciebant fieri pannoncellos ad similitudinem suorum, et non faciebant illud, nisi pro cognoscendo homines suos ab aliis.


  Interroguee, quand son roy la mist en oeuvre et elle feist faire son estandard, se les gens d'armes et aultres gens de guerre feirent faire poumonceaux en la maniere du sien, respond :
- Il est bon a sçavoir que les seigneurs maintenoyent leurs armes [et non aultres].
  Item, dit que les aulcuns compaignons de guerre en feirent faire a leur plaisir, et les aultres non.
  Interroguee de quelles matieres ilz les feirent faire, se ce fut de toille ou de drap, respond : "C'estoit de blans satins ; et y en avoit en aulcuns des fleurs de lys". Et si dit qu'elle n'avoit que deux ou troys lances de sa compaignie ; mais les compaignons de guerre aulcunes foys en faisoyent faire a la semblance des siens, seulement pour congnoistre les siens des aultres.


  Interrogée si les pannonceaux étaient assez souvent renouvelés, répondit :
- Je ne sais ; quand les lances étaient renouvelées, on en faisait faire de nouveaux.
  Interrogée si elle ne dit point que les pannonceaux qui étaient à la ressemblance des siens portaient bonheur, répondit qu'elle disait bien parfois aux siens : "Entrez hardiment parmi les Anglais" ; et elle même y entrait.
  Interrogée si elle leur dit qu'ils les portassent hardiment et qu'ils auraient bonheur, répondit qu'elle leur dit bien ce qui était advenu et adviendrait encore.

  Interrogata an multum sæpe ronovabantur dicti pannoncelli, respondit :
- Ego nescio. Quando lanceæ erant ruptæ, fiebant novi.
  Interrogata utrum ipsa dixerit aliquando quod pannoncelli facti ad militudinem suorum erant bene fortunati, respondit quod aliquando bene dicebat suis : "Intretis audacter per medium Anglicorum", et ipsamet intrabat.
  Interrogata an dixerit eis quod portarent audacter illos pannoncellos, et quod haberent bonam fortunam, respondit quod eis bene dixit illud quod evenit, et quod adhuc est eventurum.


  Interroguee s'ilz estoyent gueres souvent renouvelez, respond :
- Je ne sçay. Quand les lances estoyent rompues, on en faisoit de nouveaux.
 
Interroguee se elte dist point que les pomonceaux, qui estoyent a la semblance des siens, estoyent eureux, respond qu'elle leur disoit aulcunes foys : "Entrez hardyment parmy les Angloys". Et elle mesme y entroit.
  Interroguee se elle leur dist que ilz le portassent hardyment, et qu'ilz auroyent bon eur, respond que elle leur dist bien ce qui estoit venu et viendroit encoire.

  Interrogée si elle mettait ou faisait mettre de l'eau bénite sur les pannonceaux, quand on en prenait de nouveaux, répondit :
- Je n'en sait rien, et si cela a été fait, cela n'a pas été de mon commandement.
  Interrogée si elle n'en a point vu jeter, répondit :
- Cela n'est pas de votre procès ; et si elle en a vu jeter, elle n'est maintenant avisée d'en répondre.
  Interrogée si les compagnons de guerre ne faisaient pas mettre en leurs pannonceaux JHESUS MARIA, répondit :
- Par ma foi, je n'en sais rien.

  Interrogata utrum ipsa ponebat vel faciebat poni aquam benedictam super pannoncellis, quando illos de novo assumebat, respondit :
- Ego nihil scio de hoc. Et si hoc fuit factum, non fuit de præcepto meo.
  Interrogata an vidit eos aspergi aqua benedicta, respondit :
- Hoc non est de processu vestro. Et si ego vidi hoc fieri, ego sum nunc advisata de respondendo.
  Interrogata an socii guerræ faciebantne poni in pannoncellis suis hæc nomina, JHESUS MARIA, respondit :
- Per fidem meam, ego nescio.


  Interroguee si elle metoit ou faisoit point metre de l'eaue benoiste sur les poumonceaux, quand on les prenoit de nouvel, respond :
- Je n'en sçays riens ; et se il a esté faict, ce n'a pas esté de mon commandement.
  Interroguee se elle y en a point veu gecter, respond :
- Cela n'est point de vostre procez. Et se elle y en a veu gecter, elle n'est pas advisee de maintenant vous en respondre.
  Interroguee se les compaignons de guerre faisoyent point metre en leurs poumonceaux : JHESUS MARIA, respond :
- Par ma foy, je n'en sçais riens.

  Interrogée si elle n'a pas tourné ou fait tourner toiles, par manière de procession, autour d'un autel ou d'une église, pour faire pannonceaux, répondit que non et n'en a rien vu faire.

  Interrogata an ipsa gyravit vel gyrari fecit telas, per modum processionis, circa altare vel ecclesiam, pro faciendo inde pannoncellos, respondit quod non, nec vidit aliquid fieri.

  Interroguee se elle a point tournyé ou faict tournyer toilles, par maniere de procession, entour ung chastel (9) ou eglise, pour faire des poumonceaux, respond que non, et n'en a riens veu faire.

  Interrogée quand elle fut devant Jargeau, sur ce qu'elle portait derrière son heaume, et s'il n'y avait pas quelque chose de rond, répondit :
- Par ma foi, il n'y avait rien.

  Interrogata, quando fuit ante villam de Gergueau, quid eras quod portabat retro suam cassidem seu galeam, et an erat aliquid ibi rotundum, respondit :
- Per fidem meam, nihil erat ibi.


  Interroguee, quand elle jut devant Gergeau, que c'estoit que elle portoit derriere son heaulme ; et s'il y avoit aulcune chose ront, respond :
- Par ma foy, il n'y avoit rien.


  Interrogée si elle ne connut pas frère Richard, répondit :
- Je ne l'avais jamais vu quand je vins devant Troyes.
  Interrogée quelle chère frère Richard lui fit, répondit que ceux de la ville de Troyes, comme elle pense, l'envoyèrent devers elle, disant qu'ils redoutaient qu'elle ne fût pas chose envoyée de par Dieu ; et quand frère Richard vint devant elle, en approchant il faisait le signe de la croix et jetait de l'eau bénite. Et elle lui dit :
- Approchez hardiment, je ne m'envolerai pas (10) !

  Interrogata an unquam cognoverit fratrem Ricardum, respondit :
- Ego nunquam videram ipsum, quando veni ante villam Trecensem.
  Interrogata qualem vultum sibi fecit ipse frater Ricardus : respondit quod illi de Trecis, prout existimat, miserunt ipsum ad eam, dicentes quod dubitabant ne ipsa Johanna non esset res veniens ex parte Dei ; et quando idem frater appropinquavit ad eam, ipse faciebat signum crucis et aspergebat aquam benedictam. Et tunc ipsa dixit ei :
- Appropinquetis audacter, ego non evolabo.


  Interroguee se elle congneust oncq frere Richard, respond :
- Je ne l'avoye oncques veu, quand je vins devant Troyes.
 
Interroguee quelle chere frere Richard luy feist, respond que ceulx de la ville de Troyes, comme elle pense, l'envoyerent devers elle, doubtans et disans qu'ilz doubtoyent que ce ne fust pas chose de par Dieu. Et, quand il vint devers elle en approchant, il faisoit le signe de la croix, et gectoit eaue benoiste. Et elle luy dist :
- Aprochez hardyment. Je ne m'envoleray pas.


  Interrogée si elle n'a point vu, ou fait faire certaine peintures à sa ressemblance, répondit qu'elle vit, à Arras, une peinture dans les mains d'un Ecossais ; et il y avait son image toute armée ; et présentait une lettre à son roi, et était agenouillée d'un genou. Et dit qu'onques ne vit ou fit faire autre image ou peinture à sa ressemblance.
  Interrogée si, dans la maison de son hôte, à Orléans il n'y avait point un tableau, où il y avait trois femmes peintes et l'inscription : Justice, Paix, Union, répondit qu'elle n'en sait rien.

  Interrogata an ipsa viderat vel fecerat fieri aliquas imagines vel picturas
ipsiusmet et ad suam similitudinem, respondit quod vidit in Attrebato unam picturam in manu cujusdam Scoti ; et ibi erat similitudo ipsius Johannæ omnino armatæ, præsentantis quasdam litteras suo regi, cum uno genu flexo. Et dixit quod nunquam vidit aut fecit fieri aliam imaginem vel picturam sui.
  Interrogata utrum, in domo hospitis suis, in villa Aurelianensi, erat una tabula ubi depictæ erant ties mulieres, et in ea descriptum, Justice, Paix, Union, respondit quod de hoc nihil scit.


  Interroguee si elle avoit point veu ou faict faire aulcuns ymaiges ou painctures d'elle et a sa semblance, respond qu'elle veit a Rains (11) une paincture en la main d'ung Escossoys : et y avoit semblance d'elle toute armee, qui presentoit unes lectres a son ray ; et estoit agenouillee d'ung genouil. Et que oncques ne veit ou feist faire aultre ymaige ou paincture en sa semblance.
  Interroguee d'ung tablel qui est ciex son hoste, ou il y avoit : Justice, Paix et Union, respond qu'elle n'en sçait riens.


  Interrogée si elle ne sait point que ceux de son parti aient fait dire services, messes et oraisons pour elle, répondit qu'elle n'en sait ; et si ils firent dire services, ils ne l'ont point fait par son commandement ; et s'ils ont prié pour elle, il lui est avis qu'ils n'ont point fait de mal.
  Interrogée si ceux de son parti croient fermement qu'elle soit envoyée de par Dieu, répondit :
- Je ne sais s'ils le croient, et m'en attends à leur courage ; mais s'ils ne le croient, je suis bien envoyée de par Dieu !"
  Interrogée si elle croit qu'ils aient bonne croyance, en croyant qu'elle soit envoyée de par Dieu, répondit:
- Si ils croient que je suis envoyée de par Dieu, ils ne sont point abusés.

  Interrogata utrum ipsa sciat quod illi de parte sua fecerint fieri servitium, missam et orationes ad honorem ipsius, respondit quod nihil scit ; et, si ipsi fecerunt aliquod servitium, non est de præcepto ejus ; tamen si oraverint pro ipsa, videtur sibi quod non male faciunt.
  Interrogata utrum illi de parte sua credant firmiter ipsam esse missam a Deo, respondit :
- Ego nescio utrum credant, et me refero ad animum ipsorum ; sed si non credant, tamen ego sum missa a Deo.
  Interrogata utrum ipsa credat quod illi habeant bonam credentiam, credendo ipsam esse missam a Deo, respondit :
- Si ipsi credant quod sum missa a Deo, non sunt de hoc abusati.


  Interroguee si elle sçait point se ceulx de son party ayent faict service, messe ou oraison pour elle, respond qu'elle n'en sçait rien. Et, se ilz en ont faict service, ne l'ont point faict par son commandement ; et se ilz ont prié pour elle, il luy est advis que ilz ne ont point faict de mal.
  Interroguee se ceulx de son party croyent fermement que elle soit envoyee de par Dieu, respond :
- Je ne sçay se ilz le croyent, et m'en actendz a leur couraige. Mais, se ilz ne croyent, si suis je envoyee de par Dieu.
  Interroguee se elle cuide pas que, en croyant qu'elle soit envoyee de par Dieu, qu'ilz ayent bonne creance, respond :
- Se ilz croyent que je suis envoyee de par Dieu, ilz ne sont point abusez.


  Interrogée si elle ne savait pas le sentiment de ceux de son parti quand ils lui baisaient les pieds, les mains et ses vêtements, répondit que beaucoup de gens la voyaient volontiers ; et dit qu'ils lui baisaient les mains le moins qu'elle pouvait. Car venaient les pauvres gens volontiers à elle, pour ce qu'elle ne leur faisait point de déplaisir, mais les supportait à son pouvoir.

  Interrogata anne cognoscebat animos illorum de parte sua, osculabantur pedes, minus et vestimenta ipsius, respondit quod multi libenter videbant eam, et tamen osculabantur manus ejus quantum minus ipsa poterat ; sed libenter pauperes veniebant ad ipsam, quia eis non inferebat displicentiam, imo potius juvabat ad supportandum eos.

  Interroguee se elle sçavoit point bien le couraige de ceulx de son party, quand ilz luy baisoyent les piedz et les mains et ses vestemens, respond :
- Beaucoup de gens me veoyent voluntiers. Et qu'ilz baisoyent le moins ses vestemens qu'elle povoit. Mais dit que les paovres gens venoyent voluntiers a elle, pour ce que elle ne leur faisoit point de desplaisir ; mais les supportoit et gardoit a son povoir.


  Interrogée quelle révérence lui firent ceux de Troyes, à son entrée, répondit qu'ils ne lui en firent point ;
  Dit en outre qu'à son avis, frère Richard entra en même temps qu'eux à Troyes. Mais n'a point souvenir si elle le vit à l'entrée.
  Interrogée s'il ne fit point de sermon à l'entrée, lors de sa venue, répondit qu''elle ne s'y arrêta guère et n'y coucha jamais ; quant au sermon, elle n'en sait rien.

  Interrogata qualem reverentiam sibi fecerunt cives Trecenses, in ingressu villa, respondit quod ipsi reverentiam sibi non fecerunt.
  Dicit ultra quod, prout ei videtur, frater Ricardus intravit cum ipsa et suis villam Trecensem ; sed non recordatur an viderit eam in ingressu.
  Interrogata an ipse frater Ricardus fecerit sermonem, in adventu ipsius Johannæ apud villam prædictam, respondit quod non ibi diu stetit, nec acuit in villa ; et de sermone nihil scit.

  Interroguee quelle reverence luy feirent ceulx de Troyes a l'entree, respond : "Ilz ne m'en feirent point". Et dit oultre que, a son advis, frere Richard estoit quand eulx a Troyes. Mais n'est point souvenante s'elle le vist a l'entree.
  Interroguee se il fist point de sermon a l'entree de la venue d'elle, respond qu'elle n'y arresta gueres, et n'y jeust oncques. Et quand au sermon, elle n'en sçait riens.


  
Interrogée si elle fut beaucoup de jours à Reims, répondit :
- Je crois que nous y fûmes quatre ou cinq jours.

  Interrogata utrum ipsa fuerit multis diebus in civitate Remensi, respondit quod, prout credit, ipsa et sui fuerunt illic quinque aut sex diebus.

  Interroguee se elle fut gueres de jours a Rains, respond :
- Je croy que nous y fusmes quattre ou cinq jours.


   

  Interrogée si elle n'y leva point des fonts du baptême un enfant, répondit qu'à Troyes, en leva un ; mais à Reims, elle n'en a point mémoire ni à Château-Thierry (12) ; et aussi en leva deux à Saint-Denis-en-France. Et volontiers donnait aux fils le nom de Charles, pour l'honneur de son roi et aux filles, celui de Jeanne ; et parfois les nommait comme les mères le voulaient.

  Interrogata an utrum ibi levaverit aliquem infantem de sacro fonte, respondit quod Trecis levavit unum; sed non recordatur quod Remis vel in Castro-Theodorici levaverit aliquem. Duos autem levavit apud Sanctum Dionysium in Francia. Et libenter dabat filiis nomen Karoli, in honorem regis sui, et filiabus nommen Johannæ ; et aliquando nomen imponebat veluti placebat matribus.

  Interroguee se elle y leva point d'enjant, respond que a Troyes en leva ung. Mais a Rains, n'en a point de memoire, ne du Chasteau Thierry. Et aussy en leva deux a Sainct Denis. Et voluntiers mectoit nom aux filz Charles, pour l'honneur de son roy ; et aux filles Jhenne ; et aulcunes foys selon que les meres vouloyent.

  Interrogée si les bonnes femmes de la ville ne faisaient pas toucher leur anneau à l'anneau qu'elle portait, répondit :
- Maintes femmes ont touché à mes mains et anneaux ; mais ne sais point leur pensée et intention.

  Interrogata utrum mulieres illius villæ faciebantne anulos suos tangere illum anulum, quem ipsa Johanna portabat in digito, respondit quod :
- multæ mulieres tetigerunt manus meas et anulos meos ; sed nescio animum nec intentionem ipsarum.


  Interroguee si les bonnes femmes touchoyent point leurs aneaux a l'anel qu'elle portoit, respond :
- Mainctes femmes ont touché a ses mains et ses aneaulx. Mais ne sçait point leur couraige et intention.


  Interrogée qui furent ceux de sa compagnie qui prirent papillons (13) en son étendard, devant Château-Thierry, répondit que ce ne fut oncques fait ou dit dans leur parti ; mais ceux du parti de deça l'ont controuvé (14).

  Interrogata qui fuerunt illi de societate ipsius, qui ceperunt papiliones in vexillo ejus, ante Castrum-Theodorici, respondit quod nunquam fuit factum de parte ipsorum ; sed illi de parte ista adinvenerunt.

  Interroguee qui furent ceulx de sa compaignie qui prindrent papillons devant le Chasteau Thierry en son estandard, respond qu'il n'en fut oncques faict ou dict de leur party ; mais ont esté ceulx du party de deça, qui l'ont controuvé.

  Interrogée sur ce qu'elle fit à Reims des gants avec lesquels son roi fut sacré, répondit qu' il y eut une livrée de gants pour bailler aux chevaliers et aux nobles qui étaient là. Et il y en eut un qui perdit ses gants (15) mais elle ne dit point qu'elle les ferait retrouver.
  Item dit que son étendard fut en l'église de Reims ; et lui semble que son étendard fut assez près de l'autel, et elle même le tint un peu ; mais elle ne sait point que frère Richard le tint.

  Interrogata quid fecit Remis de chirothecis in quibus rex suus fuit consecratus, respondit quod ibi fuit una librata de chirothecis, pro tradendo militibus et nobilibus qui aderant ; et fitit unus qui perdiderat chirothecas suas ; sed ipsa non dixit quod faceret eas reperiri.
  Dixit etiam quod vexiltum suum fuit in ecclesia Remensi ; et videtur ei quod illud erat satis prope altare, dum rex suus consecraretur, et ipsamet ipsum ibi tenuit aliquantulum. Nescit autem frater Ricardus ipsum ibidem tenuerit.


  Interroguee qu'elle feist a Rains de gans, ou son roy fut sacré, respond :
- Il y eut une livree de gans, pour bailler aux chevaliers et nobles qui la estoyent, et y en eut ung qui perdist ses gans ; mais ne dist point qu' elle les feroit retrouver.
  Item, dit que son estandard fut en l'eglise de Rains ; et luy semble qu'il fust assez prez de l'aoustel ; et elle mesme luy tint ung peu ; et ne sçait point que frere Richard le tint.

  Interrogée quand elle allait par pays, si elle recevait souvent le sacrement de confession et de l'autel, quand elle s'arrêtait aux bonnes villes, répondit que oui, l'un et l'autre.

  Interrogata utrum, quando ibat per patriam, sæpe reciperet sacramentum eucharistiæ et pœnitentiæ, quando erat in bonis villis, respondit quod sic, interdum.

  Interroguee, quand elle alloit par pays, si elle recepvoit souvent le sacrement de confession et de l'aoustel, quand elle venoit es bonnes villes, respond que ouy, aulcunes foys.

  Interrogée si elle recevait lesdits sacrements en habit d'homme, répondit que oui ; mais n'a point mémoire de les avoir reçus en armes.

  Interrogata an ipsa recipiebat prædicta sacramenta in habitu virili, respondit quod sic ; sed non recordatur quod reciperet in armis.

  Interroguee si elle recepvoit lesdictz sacrementz en habit d'homme, respond que ouy ; mais ne a point de memoire de l'avoir receu en armes.

  Interrogée pourquoi elle prit la haquenée de l'évêque de Senlis (16), répondit qu'elle fut achetée deux cents saluts. S'il les eut ou non elle ne le sait ; mais il en eut assignation et il en fut payé. Et lui écrivit qu'il pourrait la recouvrer, s'il voulait, et qu'elle n'en voulait point, et qu'elle ne valait rien pour résister à la peine.

  Interrogata cur cepit gradarium, gallice la haquenée, episcopi Silvanectensis, respondit quod idem gradarius fuit emptus ducentis salutiis. Nescit an ipse receperit vel non ; tamen de hoc habuit assignationem, vel fuit persolutus ; etiam ipsa rescripsit eidem episcopo quod rehaberet suum præfatum gradarium, si vellet, et quod ipsa nolebat eum, nec valebat pro sustinendo pœnam.

  Interroguee pour quoy elle print la haquenee de l'evesque de Senlis, respond :
- Elle fut achaptee deux cens salutz. Se il les eut ou non, ne sçait ; mais en eust assignacion, ou il en fut payé. Et si luy rescripsi que il la rairoit, s'il vouloit, et que elle ne la vouloit point ; car elle ne valoit riens pour souffrir peine.


  Interrogée quel âge avait l'enfant qu'elle ressuscita (17), répondit que l'enfant avait trois jours et fut apporté à Lagny devant Notre Dame. Et lui fut dit que les jeunes filles de la ville étaient devant Notre-Dame et qu'elle voulût y aller prier Dieu et Notre-Dame de rendre vie à l'enfant; et elle y alla et pria avec les autres. Et finalement la vie apparut en lui et il bâilla trois fois ; et puis fut baptisé : mais bientôt il mourut et fut enterré en terre sainte. Et il y avait trois jours, comme l'on disait, que dans cet enfant la vie n'était apparue ; et il était noir comme sa cotte. Mais que la couleur commença à lui revenir. Et était ladite Jeanne avec les demoiselles à genoux devant Notre-Dame à faire sa prière.
  Interrogée s'il ne fut point dit par la ville qu'elle avait obtenu cette résurrection, et que c'était fait à sa prière, répondit qu'elle ne s'en enquit point.

  Interrogata qualem ætatem habebat puer quem ipsa suscitavit apud Latigniacum, respondit quod puer ille erat trium dierum ; et fuit apportatus coram imagine Beatæ Mariæ in Latigniaco, fuitque dictum ipsi Johannæ quod puellæ de villa erant coram dicta imagine, et quod ipsa vellet ire ad orandum Deum  et Beatam Virginem, quod daretur vita infanti. Et tunc ipsa cum aliis puellis ivit et oravit, et finaliter apparuit vita in illo puero, qui fecit tres hiatus et  fuit baptizatus postea ; statimque fuit mortuus et inhumatus in terra benedicta. Et fuerant tres dies elapsi, ut dicebatur, quibus non apparuerat vita in puero ; eratque niger velut tunica ejusdem Johannæ. Sed quando fecit hiatum, color ejus incepit redire. Et ipsa Johnanna erat cum puellis, orans genibus flexis, coram Nostra Domina.
  Interrogata utrum fuerit dictum per illam villam quod ipsa fecerat fieri illam resuscitationem, et quod hoc ecat factum ad precent ejus, respondit quod de hoc ipsa non inquirebat.


  Interroguee quel aage avoit l'enfant a Laigny que elle alla visiter, respond :
- L'enfant avoit troys jours. Et fut apporté a Laigny a Nostre Dame. Et luy fut dit que les pucelles de la ville estoyent devant Nostre Dame ; et qu'elle y voulsist aller prier Dieu et nostre Dame, que il luy voulsist donner vie. Et elle y alla et pria Dieu avecques les aultres. Et finablement y apparut vie, et bailla troys foys ; et puis fut baptisé ; et tantost mourut ; et fut enterré en terre saincte. Et y avoit troys jours, comme l'en disoit, que en l'enfant n'y avoit apparu vie ; et estoit noir comme sa cotte. Mais quand il bailla, la couleur luy commença a revenir. Et estoit avecques les pucelles a genoux devant Nostre Dame a faire sa priere.
  Interroguee se il fut point dict par la ville que ce avoit elle faict, et que c'estoit a sa priere, respond : Je ne m'en enquerroye point.


  lnterrogée si elle connut ou vit Catherine de La Rochelle, répondit que oui, à Jargeau et à Montfaucon en Berry.
  Interrogée si Catherine ne lui montra point une dame vêtue de blanc, qu'elle disait lui apparaître parfois, répondit que non.
  Interrogée sur ce que lui dit cette Catherine, répondit que cette Catherine lui dit qu'une dame blanche venait à elle, vêtue de drap d'or, qui lui disait qu'elle allât par les bonnes villes et que le roi lui baillât des hérauts et des trompettes pour faire crier que quiquonque aurait or, argent ou trésor caché, l'apportât bientôt ; et que ceux qui ne le feraient pas, et qui en auraient de caché, elle le connaitrait et saurait bien trouver lesdits trésors ; et que ce serait pour payer les gens d'armes de Jeanne. A quoi ladite Jeanne répondit qu'elle retournât vers son mari faire son ménage et nourrir ses enfants. Et, pour en avoir certitude, elle parla à sainte Catherine ou à sainte Marguerite qui lui dirent que du fait de cette Catherine il n'y avait que folie, et que c'était tout néant. Et écrivit à son roi qu'elle lui dirait ce qu'il en devait faire. Et quand elle vint à lui, elle lui dit que c'était folie et tout néant du fait de ladite Catherine. Toutefois frère Richard voulait qu'on la mît en oeuvre. Et ont été très mal contents de ladite Jeanne lesdits frère Richard et ladite Catherine.

  Interrogata utrum cognoverat aut viderat Katharinam de Ruppella, respondit quod sic, apud villas de Gergolio et de Monte-Falconis, in ducatu Bituricensi.
  Interrogata utrum eadem Katherina monstraverit sibi quamdam dominam, indutam veste alba, quam aliquando sibi apparere dicebat, respondit quod non.
  Interrogata quid illa Katherina dixit sibi, respondit quod illa Katharina dixit ei quod quædam domina alba, induta veste aurea, veniebat ad ipsam Katharinam, sibi dicens quod iret per bonas villas, et quod rex suus ei tradere haberet heraldos et tubicines seu trompetas faciendum proclamari quod quicumque aurum, argentum vel thesaurum haberet absconditum statim apportaret ; et quod illi a haberent abscondita et non apportarent, bene cognoscerentur ab eadem Katharina, et bene sciret ipsa dictos thesauros invenire ; solveretque ex illis homines armorum ipsius Johannæ. Ad quod, dicta Johanna eidem Katharinæ respondit quod reverteretur ad maritum suum, et faceret negotia domus suæ, gallice son mesnage, et nutriret pueros suos. Et pro sciendo certitudinem de facto hujus Katharinæ, ipsa Johanna locuta est sanctæ Katharinæ vel sancta Margaretæ; quæ dixerunt ei quod, de facto dictæ Katharinæ de Ruppella, non erat nisi quaedam fatuitas, et quod totum nihil erat. Scriptsitque regi suo illud quod ipse de hoc debebat facere ; et quando venit ad ipsum, dixit ei quod erat fatuitas, et totum nihil eras de facto illius Katharinæ ; tamen frater Ricardus volebat quod illa Katharinæ poneretur in opere, et inde male fuerunt contenti de ipsa Johanna prædictus frater Ricardus et ipsa Katharina.


  Interroguee se elle congnut point Katherine de la Rochelle, ou se elle l'avoit veue, respond que ouy, a Gergeau ; et au Montfaulcon en Berry.
  Interrogué s'elle luy monstra point une femme vestue de blancq, quelle disoit qui luy apparoissoit aulcunes foys, respond que non.
  Interroguee qu'elle luy dist, respond que celle Katherine luy dist qu'il venoit une femme, une dame blanche, vestue de drap d'or, qui luy disoit qu'elle alast par les bonnes villes, et que le roy luy baillast des heraulx et trompettes pour faire crier que quiconcques auroit or, argent ou tresor mucié, qu'il l'apportast tantost ; et que ceulx qui ne le feroyent, et que ceulx qui en auroyent de caché, qu'elle les congnoistroit bien ; et sçauroit trouver lesdits tresors ; et que ce seroit pour payer les gens d'armes d'icelle Jhenne. A laquelle elle respondit qu'elle retournast a son mary, faire son mesnaige et nourrir ses enfans. Et, pour en savoir la verité, elle en parla a saincte Katherine et saincte Marguerite, qui luy dirent que, du faict d'icelle Katherine n'estoit que folye, et toute menterie. Escrisit a son roy qu'elle luy diroit ce qu'elle en debvoit faire. Et quand elle vint, elle luy dist que du faict de ladicte Katherine n'estoit que folye et menterye. Toutesfois frere Richard voulloit que on la mist en oeuvre. Ce que elle ne voulut souffrir ; dont ledit frere Richard et ladicte Katherine ne furent pas contens de elle.


  Interrogée si elle ne parla pas à Catherine de La Rochelle d'aller à la Charité-sur-Loire, répondit que ladite Catherine ne lui conseillat point qu'elle y allât, et qu'il faisait trop froid, et qu'elle n'irait pas.
  Item dit à ladite Catherine, qui voulait aller devers le duc de Bourgogne pour faire paix, qu'il lui semblait qu'on n'y trouverait point de paix si ce n'était par le bout de la lance.

  Interrogata an locuta fuerit cum prædicta Katharina, de facto eundi ad Caritatem supra Ligerim, respondit quod dicta Katharina non consulebat sibi quod iret, et quod vigebat nimium frigus ; et dicebat eidem Johannæ quod non iret.
   Item, eadem Johanna dixit præfatæ Katharinæ, volenti ire ad ducem Burgundiæ, pro faciendo pacem, quod sibi videbatur quod non reperiretur pax, nisi per butum lancæ.


  Interroguee si elle parla point a ladicte Katherine de la Rochelle du faict de aller a La Charité, respond que ladicte a Katherine ne luy conseilloit point qu'elle y allast ; et que il faisoit trop froit ; et qu'elle n'y debvoit point aller.
  Item, dist a ladicte Katherine, qui vouloit aller devers le duc de Bourgouingne pour faire paix qu'il luy sembloit que on n'y trouveroit point de paix, si ce n'estoit par le bout de la lance.


  Item dit qu'elle demanda à cette Catherine si la dame blanche qui lui apparaissait venait toutes les nuits, disant vouloir pour ce coucher avec elle en même lit. Et y coucha et veilla jusqu'à minuit, et ne vit rien ; et puis s'endormit. Et, quand vint le matin, elle demanda à Catherine si la dame blanche était venue. Elle lui répondit que oui, tandis que dormait alors ladite Jeanne, et qu'elle ne l'avait pu réveiller. Alors Jeanne lui demanda si elle ne viendrait pas une autre nuit; et ladite Catherine lui répondit que oui. C'est pourquoi Jeanne dormit de jour, afin qu'elle pût veiller toute la nuit. Et coucha cette nuit là avec ladite Catherine, et veilla toute la nuit mais elle ne vit rien, bien que souvent elle demandât à Catherine si ladite dame ne viendrait point. Et ladite Catherine lui répondait : "Oui, bientôt !"

  Item dixit quod petivit ab ipsa Katharina an illa domina alba quæ sibi apparebat venires qualibet nocte ad eam, dicens se velle propter hoc jacere cum ea in eodem lecto. Et de facto jacuit vigilavitque ipsa Johanna usque ad mediam noctem, et nihil vidit ibi ; deinceps obdormivit. Et quando venit, mane, petivit ab eadem Katharina utrum illa domina alba venerat ad eam. Quæ respondit quod sic, dum ipsa Johanna dormiebat, et quod non potuerat eam excitare. Et tunc ipsa Johanna petivit an illa domina veniret altera nocte ; et eadem Katharina respondit quod sic ; propter quo ipsa Johanna dormivit de die, ut posset vigilare tota nocte sequente. Et cubuit illa nocte cum dicta Katharina, vigilavitque per totam noctem ; sed nihil vidit, quanquam sæpius interrogaret ipsam Katharinam utrum illa domina veniret anne, et dicta Katharina respondebat "Ita statim."

 
Item, dit qu'elle demanda a celle Katherine se celle dame venoit toutes les nuicts ; et pour ce, qu'elle coucheroit avecq elle. Et y coucha, et veilla jusques a mynuict ; et ne veit rien, et puis s'endormit. Et quand vint au mattin elle demanda c'elle estoit venue. Et luy respondit : qu'elle estoit venue, alors que elle dormoit et ne l'avoit peu esveiller. Et alors luy demanda s'elle viendroit point le lendemain. Et ladicte Katherine luy respondit que ouy. Pour laquelle chose voulut dormir icelle Jhenne de jour, affin qu'elle peust veiller la nuict. Et coucha ladicte nuict ensuivant avecques ladicte Katherine, et veilla toute la nuict. Mais ne veit rien, combien que souvent demandast : Viendra elle bientost. Et ladicte Katherine luy respondist : Ouy, tantost.

  Ensuite Jeanne fut interrogée sur ce qu'elle fit sur les fossés de La Charité : répondit qu'elle y fit faire un assaut ; et dit qu'elle n'y jeta ou fit jeter eau bénite par manière d'aspersion.
  Interrogée pourquoi elle n'entra pas dans ladite ville de La Charité, puisqu'elle en avait commandement de Dieu, répondit :
- Qui vous a dit que j'avais commandement d'y entrer ?
  Interrogée si elle n'eut point conseil de sa voix, répondit qu'elle voulait venir en France ; mais les gens d'armes lui dirent que c'était mieux d'aller premièrement devant La Charité.

  Consequenter eadem Johanna interrogata quid ipsa fecit in fossatis villæ de Caritate, respondit quod ipsa fecit ibidem fieri insultum, sed non ibi projecit nec projici fecit aquam benedictam, per modus aspersionis.
  Interrogata cur ipsa non intravit prædictam villam de Caritate, postquam habebat præceptum a Deo, respondit :
- Quis vobis dixit quod habebam præceptum a Deo ?
  Interrogata an habuerit consilium a voce sua, respondit quod ipsa volebat venire in Franciam ; sed homines armorum dixerunt ei quod melius erat ire primo ante villam de Caritate.


  Interroguee qu'elle fist sur les fossés de La Charité, respond qu'elle y feist faire ung assault. Et dit qu'elle n'y jecta, ne feist jecter eaue, par maniere de aspersion.
  Interroguee pourquoy elle n'y entra, puisqu'elle avoit commandement de Dieu, respond :
- Qui vous a dict que je avoye commandement d'y entrer ?
  Interroguee se elle en eust point de conseil de sa voix, respond qu'elle s'en vouloit venir en France. Mais les gens d'armes luy disrent que c'estoit le mieulx d'aller devant La Charité premierement.


  Interrogée si elle fut longuement en la tour de Beaurevoir, répondit qu'elle y fut quatre mois ou environ ; et dit que, quand elle sut que les Anglais devaient venir pour la prendre, elle fut fort courroucée ; et toutefois ses voix lui défendirent souvent qu'elle ne sautât de la tour : et finalement, par terreur des Anglais, sauta et se recommanda à Dieu et à Notre-Dame, et fut blessée de ce saut. Et quand elle eut sauté, la voix de sainte Catherine lui dit qu'elle fit bonne chère, et que ceux de Compiègne auraient secours.
  Item dit qu'elle priait toujours pour ceux de Compiègne avec son conseil.

  Interrogata an ipsa fuit diu in turri de Beaurevoir, respondit quod ipsa fuit per quatuor menses, vel circiter. Et dixit quod, quando scivit Anglicos venire ad ipsam pro habendo eam, ipsa fuit multum irata ; et tamen voces sæpe prohibuerunt ei ne saltaret de illa turri ; et finaliter, pro timore Anglicorum, ipsa saltavit et commendavit se Deo et Beatæ Mariæ, et fuit læsa ex illo saltu ; et postquam ipsa saltavit, vox sanctæ Katharinæ dixit ei quod faceret bonum vultum, et quod illi de Compendio haberent succursum.
  Item dixit quod semper orabat pro illis de Compendio, una cum ejus consilio.

 
Interrogué si elle fut longuement en celle tour de Beaurevoir, respond qu'elle y fut quattre moys ou environ. Et puis dist, quand elle sceust les Angloys venir, elle fut moult courroucee ; et toutesfoys ses voix luy deffendirent plusieurs foys qu'elle ne saillist. Et en fin, pour la doubte des Angloys, saillit, et se recommanda a Dieu et a nostre Dame. Ce nonobstant, elle fut blecee. Et apprez qu'elle fut saillye, la voix saincte Katherine luy dist qu'elle feist bonne chere, et qu'elle gariroit, et que ceulx de Compieigne auroyent secours.
  Item, dit que elle prioit pour ceulx de Compieigne tousiours avecques son conseil.

            

  Interrogée sur ce qu'elle a dit quand elle eut sauté, répondit que certains disaient qu'elle était morte ; et sitôt qu'il apparut aux Bourguignons qu'elle était en vie, ce sont eux qui lui dirent qu'elle avait sauté de la tour (18).

  Interrogata quid ipsa dixit, postquam saltavit, respondit quod aliqui dicebant ipsam esse mortuam ; et, statim postquam apparuit Burgundis quod viva erat, ipsi dicerunt ei quod saltaverat.


  Interroguee qu'il advint quand elle eut sailly, et qu'elle dist, respond que aulcuns disoyent qu'elle estoit morte. Et tantost que les Bourguygnons veirent qu'elle estoit en vie, ilz luy demanderent pourquoy elle estoit saillye.

  Interrogée si elle ne dit point qu'elle aurait mieux aimé mourir que d'être entre la main des Anglais, répondit qu'elle aimerait mieux rendre son âme à Dieu que d'être en la main des Anglais.
  Interrogée si elle ne se courrouça point alors, et ne blasphéma point le nom de Dieu, répondit qu'onques ne maugréa saint ni sainte, et qu'elle n'a point accoutumé de jurer.

  Interrogata utrum ipsa dixerit tunc quod mallet mori quam esse in manu Anglicorum, respondit quod dixit quod ipsa mallet reddere animam Deo quam esse in manu Anglicorum.
  Interrogata utrum ipsa tunc fuerit irata, et an blasphemaveritne nomen Dei, respondit quod ipsa nunquam maledixit Sanctum vel Sanctam, et quod ipsa nunquam consuevit jurare.


  Interroguee se elle dist point qu'elle aymast mieulx ja mourir, que de estre en la main des Anglogs,
Respond qu'elle aymeroit mieulx rendre l'ame que de estre en la main des Angloys.
  Interroguee se elle se courrouça point, et si elle blasphema point le non de Dieu, respond qu'elle n'en blasphema oncques ne sainct ne saincte ; et qu'elle n'a point acoustumé a jurer.


  Interrogée sur le fait de Soissons, et sur le capitaine qui avait rendu la ville (19), et si elle avait renié Dieu [et dit que] si elle tenait le ledit capitaine elle le ferait trancher en quatre pièces, répondit qu'elle ne renia onques saint ni sainte, et que ceux qui l'ont dit ou rapporté ont mal entendu.

  Interrogata, de facto villæ Suessionensis et capitanei qui reddiderat eam, utrum ipsa denegaverit Deum quod, si teneret præfatum capitaneum, faceret eum abscindi a in quatuor partes, respondit quod nunquam denegavit Sanctum nec Sanctam et quod illi qui hoc dixerunt vel reportaverunt male intellexerunt.

  Interroguee du faict de Souessons, pour ce que le cappitaine avoit rendu la ville ; et si elle avoit point regnogé Dieu, se elle le tenoit, qu'elle le feroit trencher en quattre pieces, respond qu'elle ne regnoya oncques sainct ne saincte. Et que ceulx qui l'ont dit ou rapporté, ont mal entendu.
  [Car oncques en sa vie ne jura ne blasphema le non de Dieu ne de ses sainctz. "Et pour ce, je vous supply, passez oultre".
]

                                                                            *
                                                                      *         *

 Tout s'étant passé ainsi, Jeanne fut reconduite au lieu qui lui avait été assigné pour prison ; puis nous, évêque susdit nous dîmes que, continuant le procès sans aucune interruption, nous appellerions quelques docteurs et gens expérimentés en droit canon et civil qui recueilleraient ce qui est à recueillir parmi les choses confessées par ladite Jeanne, ses réponses ayant été rédigées par écrit ; et après les avoir vues et recueillies, s'il y avait quelques points sur lesquels cette Jeanne semblait devoir être plus amplement interrogée, elle serait interrogée par certains que nous lui députerions, sans qu'il soit besoin de déranger toute la foule des assesseurs. Tout serait rédigé par écrit chaque fois qu'il serait opportun de le faire, afin que lesdits docteurs et experts pussent en délibérer et bailler leurs opinions et conseils. Nous leur dîmes alors qu'ils eussent dès maintenant à étudier et à voir chez eux, sur la matière et sur ce qu'ils avaient déjà entendu du procès, ce qui leur semblerait à faire, et qu'ils pussent en référer à nous ou à nos députés et commis, ou conserver à part eux leurs opinions, et, maturément et salubrement, en délibérer en lieu et temps opportuns et nous donner leur opinion. Nous avons défendu enfin à tous et à chacun des assesseurs de s'éloigner de cette cité de Rouen avant la fin du procès et sans notre congé.




                                                 


Sources : "Condamnation de Jeanne d'Arc" de Pierre Champion (1921), "Procès de Jeanne d'Arc" - E.O'Reilly (1868), "La minute française des interrogatoires de La Pucelle" - P.Doncoeur (1952)

Notes :
1 l'abbé de Préaux était Jean Moret.

2 Jeanne n'a jamais dit auparavant que St Michel avait des ailes. Soit c'est un mensonge des juges (l'erreur parait peu probable), soit une partie des interrogatoires a disparu de la rédaction du procès.
D'autre part De Courcelles ne mentionne pas que c'est Jean Beaupère qui mène l'interrogatoire (c'est la deuxième fois qu'il "l'oublie")

3 Ces dernières lignes sont omises dans le procès latin de Courcelles alors qu'elles sont données dans le réquisitoire (70 articles) de d'Estivet qui est basé sur la minute authentique de Manchon et dans le manuscrit d'Orléans, ce qui prouve encore une fois que Quicherat et P.Champion ont trop vite condamné ce manuscrit d'Orléans !

4 Marie d'Anjou né en 1404 et qui épousa Charles VII en 1413. C'était une personne pieuse et bonne quoique sans beauté. (P.Champion)

5 Ici commence ce qui reste de la minute Française dans le manuscrit d'Urfé (voir sources). Nous continuons avec la minute du manuscrit d'Orléans et signalerons en "notes" les différences importantes éventuelles entre Urfé et Orléans ou entre [ et ] les suppléments mentionnés par Urfé et entre [ et ] (italiques) les parties qui ne se trouvent que dans le ms d'Orléans.

Nota : Champion se sert à partir de ce moment de la minute française plutôt que du procès officiel en mettant par exemple certaines phrases à la première personne au lieu de les laisser comme elles sont dans le procès officiel à la 3ème personne c'est à dire du style : "Interrogée..." "répondit que...". J'ai remis ces phrases en question à la 3ème personne en respectant le plus possible la version officielle latine.
De même, Champion ajoute dans sa traduction les ajouts de la minute française et qui ne se trouvent pas dans le latin. J'ai enlevé ces ajouts et mis la traduction du latin uniquement.

Pourquoi ? : cela permet de mieux cerner les changements faits par de Courcelles et Manchon en translatant le procès de la minute française vers le latin.

6 Le chateau de Beaurevoir n'existe plus. Jeanne y fut prisonnière d'août à Novembre 1430.

7 Cette phrase gênait certainement Cauchon. Elle n'apparait pas dans le procès officiel. D'Estivet la cite dans son réquisitoire donc elle existait bien. Encore une preuve que le ms d'Orléans n'est pas une traduction du procès latin (voir sources)

8 Insignes de reconnaissance accrochés sur les lances.

9 D'Estivet dans son réquisitoire et de Courcelles écrivent "autel" au lieu de "chastel". D'Estivet se basant lui aussi sur la minute originale, "autel" parait plus logique. (ndlr)

10 En référence aux sorcières qui déjà à cette époque "volaient" (ndlr).

11 D'Estivet, ms de d'Urfé et le procès en latin donnent : ARRAS. Seul le manuscrit d'Orléans mentionne REIMS. Cela est troublant car il est sûr que d'Estivet s'est basé sur la minute originale. L'auteur du manuscrit d'Orléans aurait-il rectifié d'initiative ou avait-il la minute originale sous les yeux et y a lu RAINS ?
En effet, REIMS semble beaucoup plus logique qu'ARRAS parce que ce peintre écossais aurait été en territoire bourguignon donc ennemi et ensuite, Jeanne prisonnière n'a pas dû avoir loisir à ARRAS d'admirer une toile la représentant.

12 Chateau-Thierry : Jeanne n'y passa que le 7 août 1429.

13 On est encore dans l'incertitude quant à la signification de ce passage.

14 Ceux du parti des Anglais l'ont inventé.

15 Coutume assez répandue à l'époque de distribuer des gants à l'occasion de fêtes... On les portait alors, comme aujourd'hui. Ils étaient de rigueur dans les grandes cérémonies.

16 L'évêque était Jean Fouquerel, licencié en théologie à Paris en 1414, doyen de Beauvais ; il occupait le siège de Senlis depuis 1423. Le 19 mai 1418, les Armagnacs avaient abandonné Senlis, qui se rendit à Charles VII en août 1429. Jean Fouquerel était favorable aux Anglais. Il était allé porter une grosse somme à Paris à l'approche des armées de Charles. (Tisset)

17 La minute en français dit : "qu'elle alla visiter à Lagny"

18 La minute française dit : "ils luy disrent qu'elle estoit saillie" c'est à dire qu'elle s'était sauvée.

19 En mai 1430, Guichard Bournel, écuyer de Picardie, capitaine de Soissons, refusa l'entrée de la ville à Jeanne et à ses compagnons. En juillet, il livrait Soissons au roi d'Angleterre moyennant 4.000 saluts d'or. Les troupes du duc de Bourgogne y entrèrent. Après le traité d'Arras, Guichard Bournel demeura au service du duc de Bourgogne.



Procès de condamnation en Français (1431)
- Index

Préliminaires :
- ouverture du procès
- séance du 9 janvier

- séance du 13 janvier
- séance du 23 janvier
- séance du 13 février
- séances des 14 au 16 fév.
- séance du 19 février
- séance du 20 février

Procès d'office :
séances publiques
- 1ère séance du 21 février
- séance du 22 février
- séance du 24 février
- séance du 27 février
- séance du 1er mars
- séance du 3 mars
- réunions du 4 au 9 mars
séances dans la prison
- séance du 10 mars
- séance du 12 mars
- séance du 13 mars
- séance du 14 mars
- séance du 15 mars
- séance du 17 mars
- réunion du 18 mars
- réunion du 22 mars
- séance du 24 mars
- séance du 25 mars

Procès ordinaire :
- réunion du 26 mars
- réquisitoire du 27 mars
- suite réquisitoire 28 mars
- séance du 31 mars
- réunion du 2 avril
- réunion du 5 avril - articles
- suite - délibération
- exhor. charit. du 18 avril
- admonition du 2 mai
- menace torture du 9 mai
- délibération du 12 mai
- délibération du 19 mai
- admonestation du 23 mai
- abjuration du 24 mai

La cause de relapse :
- constat relapse du 28 mai
- délibération du 29 mai
- citation du 30 mai

Actes postérieurs




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