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Procès
de réhabilitation
Déposition
de Colin |
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Colin,
fils de Jean Colin de Greux (1), cultivateur,
50 ans environ, 21ème témoin produit, interrogé
à Domrémy le vendredi 3o janvier 1456,
I à VIII.
Jeanne qu'on appelle la Pucelle était originaire
de Domrémy, de par ses parents, les époux Jacques
d'Arc et Zabillet, qui étaient bons catholiques, bien estimés,
bons cultivateurs ; c'est toujours en ces termes-là qu'on
parlait d'eux, et je les tiens pour tels. J'ai entendu dire que
Jean Moreau de Greux était son parrain, et Jeannette Roze
sa marraine. Jeanne elle-même était bonne, simple et
douce, de bonne condition. Elle fréquentait volontiers l'église.
Presque tous les samedis, l'après-midi, elle allait, avec
sa sœur et d'autres femmes, à l'ermitage ou l'église
de Notre-Dame de Bermont. Elle apportait des cierges, elle était
très dévôte envers Dieu et la bienheureuse Vierge
au point que, à cause de sa piété, moi-même
qui étais jeune alors et les autres, on se moquait d'elle
à cause de sa dévotion. Elle travaillait volontiers,
veillait à la nourriture du bétail ; elle s'occupait
de bon gré des bêtes de la maison de son père,
filait, faisait les tâches de la maison, allait à la
charrue, à la herse, gardait le troupeau quand c'était
leur tour. Messire Guillaume Fronté, autrefois curé
de la paroisse, disait que Jeanne était une bonne catholique,
qu'il n'en avait jamais vu meilleure, et qu'il n'en avait pas de
pareille sur toute sa paroisse.
IX.
L'arbre en question s'appelle Aux-Loges-les-Dames
; je sais que les seigneurs et les dames de Domrémy allaient
faire la sieste et se promener dessous. Les filles et les garçons
de Domrémy, chaque année, y vont le dimanche de Lætare
ou "des Fontaines", et aussi au printemps et au mois de
mai. Quelquefois, ils font un "homme de mai" (2), et apportent
des petits pains, chacun ayant le sien. Ce même jour des fontaines
; ils mangent, dansent, chantent, et reviennent parfois par la fontaine
aux Groseilliers où ils boivent. Ils font cela en s'amusant,
et pour observer la coutume de ce dimanche "des fontaines".
Jamais je n'ai vu Jeanne y aller, mais on m'a dit qu'elle y était
allée avec les autres, s'ébattre et manger comme le
reste des filles. Je n'en sais pas plus.
X.
J'ai entendu Durand Laxart raconter que Jeanne lui disait
qu'il fallait qu'il la conduisît à Vaucouleurs, qu'elle
voulait aller en France, et qu'il dise à son père
qu'elle allait aider sa femme enceinte ; Durand disait qu'il avait
fait ainsi, et alors, avec l'autorisation de son père, elle
était allée chez lui. Et on dit que ledit Durand l'emmena
à Vaucouleurs, parler à Robert de Baudricourt. Je
ne sais rien d'autre, sinon par ouï-dire.
XI.
ne sait rien de l'article XI.
XII.
Tous les habitants de Domrémy, en ce temps-là,
s'enfuirent à Neufchâteau, et Jeanne elle-même,
y fut toujours en compagnie de son père et de sa mère,
chez une femme dite La Rousse. Ils revinrent ensemble, j'en
fus témoin.
Colinus, filius Iohannis Colini,
de Greu, laborator, etatis L annorum vel circa, vicesimus primus
testis in huiusmodi inquisicionis causa, productus, iuratus et examinatus
in dicto Dompno Remigio, anno et die veneris, penultima mensis ianuarii,
predictis, requisitus, per suum iuramentum [...] Videlicet
Super I° eorumdem articulorum, sive interrogatoriorum, articulo
incipiente : "Primo, de loco originis, etc..." ; eciam
super II°, III°, IV°, V°, VI°, VII° et VIII°
sequentibus articulis, sibi diligenter et ad plenum expositis, requisitus,
"Dixit per suum iuramentum, quod Iohanna, nuncupata
la Pucelle, fuit oriunda de Dompno Remigio, ex Iacobo Darc
et Ysabelleta, coniugibus, qui erant boni catholici et bone fame,
boni laboratores, absque diffamacione ; et, ut semper ipsos teneri
pro talibus audivit, et tales reputat idem testis. Audivit enim
dici quod Iohannes Morelli, de Greu, erat patrinus dicte
Iohannete, et Iohanneta Roze erat matrina eius. Dixit insuper
quod ipsa Iohanna, prout vidit, erat bona, simplex, dulcis filia,
bone condicionis ; ibatque libenter ad ecclesiam, prout vidit. Nam
quasi quolibet die sabbati, post meridiem, ipsa Iohanna, cum quadam
sorore sua et aliis mulieribus, ibat ad heremum seu ecclesiam beate
Marie de Bermont. Portabatque candelas, et multum Deo et
beate Marie famulabatur ; taliter quod, propter eius devocionem,
aliquando ipse testis, qui tunc erat iuvenis, et alii iuvenes, de
ea deridebant. Libenter operabatur ; et videbat nutrituram bestiarum
; libenter gubernabat animalia domus patris ; nebat et neccessaria
domus faciebat. Ibat ad aratrum, tribulatum ; et ad turnum animalia
custodiebat. Audivit enim dici domino Guillermo Fronté,
quondam dicte ecclesie parrochialis curato, quod ipsa Iohanna erat
bona catholica quodque nunquam meliorem ipsa viderat, nec in sua
parrochia habebat. Nec aliud scit de contentis in dictis articulis."
Super IX° sequente articulo, incipiente : "Item, quid
habet fama,. etc...", requisitus,
"Dixit quod arbor articulata vocatur "ad lobias
dominarum" ; et quod audivit dici quod domini et domine temporales
de Dompno Remigio solebant ire ad ocia et spaciamenta subtus illam
arborem. Dixit eciam quod puelle et iuvenes dicte ville, anno quolibet,
consueverunt ire, in die dominico Letare, dicto des Fontaines,
subtus illam arborem, eciam tempore veris et maii. Et aliquando
faciunt unum hominem de mayo, et ibidem portant panes parvos, quisque
habens unum parvum panem, die dicto des Fontaines. Ibidem
comedunt, tripudiant, cantant ; et redeundo veniunt aliquando ad
bibendum supra fontem ad rannos, et bibunt. Et hoc faciunt propter
ocia et usum dicte dominice des Fontaines. Dixit quod nunquam
vidit dictam Iohannam ire. Audivit enim dici quod ipsa fuit cum
aliis subtus illam arborem, ad spaciandum et comedendum, sicut cetere
puelle. Nec alias deposuit."
Super X° sequente articulo, incipiente : "Item, inquiratur,
etc...",
"Dixit quod audivit dici Durando Laxart quod ipsa
dicebat quod opportebat quod eam duceret ad Valliscolorem, quia
volebat ire in Franciam ; et quod diceret patri suo quod ipsa iret
ad domum dicti Durandi, ad relevandum suam feminam gravidam. Qui
Durandus dicebat quod sic fecit. Et tunc, de consensu patris, ivit
ad domum Durandi ; et dictus Durandus eam duxit, ut dicitur, ad
Valliscolorem, locutum Roberto de Baudricuria (3). Nec aliud scit, nisi
ex auditu."
Super XI° sequence articulo, incipiente : r Item, si in dicta
patria, etc. », requisitus,
"dixit se nichil scire."
Super XII° sequente articulo, incipiente : "Item, si
quando, etc... ; requisitus,
"Dixit quod omnes habitatores dicte ville fugerunt
tunc temporis articulati ad Novum Castrum. Et ipsa Iohanna fuit
semper in Novo Castro, cum patre et matre, in domo cuiusdam dicte
La Rousse. Redierunt insimul, prout vidit. Nec aliud scit."
Plura nescit. Citatus venit. Nec amore [...]
Et fuit sibi iniunctum, etc...
Sources
:
- "Procès de réhabilitation" - Joseph
Fabre - ed.1915 - tome I,
- "Procès de Jeanne d'Arc" - E.O'Reilly - 1868
- "La rédaction épiscopale du procès
de 1455-1456" - Paul Doncoeur et Yvonne Lanhers - 1961
Notes :
1 Il avait épousé Catherine, la sœur de Jeanne
d'Arc, décédée en 1428 ou 1429. Il est dommage
que l'enquête ait strictement respecté les 12
points et n'ai pas mentionné ce fait important.
2 Le mois de mai était personnifié sous la figure d'un homme entre deux âges... portant une corbeille de fleurs, et de l'autre odorant une fleur. (Dictionnaire de Trévoux.) - J.B.J. Ayroles.
3 Plusieurs mots omis par Quicherat (T.II p.434) font dire au témoin que Jeanne se rendit à Vaucouleurs du consentement de son père, ce qui en fait une contre-vérité : "et tunc,
de consensu patris, ivit ad Vallis-Colorem locutum
Roberto de Baudricuria"
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