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Procès
de réhabilitation
Déposition
de Perrin Drappier |
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Perrin
Drappier, de Domrémy, 6o ans environ, 12ème témoin
produit, interrogé à Domrémy le 28 janvier
1456,
I à III.
Jeanne la Pucelle était originaire de Domrémy,
où habitaient ses parents, les époux Jacques d'Arc
et Zabillet. C'étaient des cultivateurs honnêtes et
bons catholiques, de bonne réputation. Elle fut baptisée
à l'église paroissiale saint Rémy de Domrémy.
Elle eut, dit-on, des parrains et marraines, que je ne connais pas,
sauf qu'aujourd'hui encore, il y a deux femmes que l'on dit les
marraines de la Pucelle : Jeannette, femme de Thévenin Royer,
de Domrémy, et Jeannette veuve Thiesselin de Vittel, qui
habitait Neufchâteau. Je ne sais rien d'autre.
IV à VIII.
Depuis sa plus tendre enfance jusqu'à son départ
de la maison paternelle, Jeannette la Pucelle était une fille
bonne, chaste, simple, réservée, ne jurant pas Dieu
ni ses saints et craignant Dieu. Elle allait fréquemment
à l'église et se confessait souvent. Je peux en parler,
j'étais marguillier de l'église de Domrémy
et souvent je voyais Jeanne venir à l'église, à
la messe et aux complies ; et quand il m'arrivait de ne pas
sonner complies (1), elle me
le reprochait, en disant que ce n'était pas bien ; et elle
m'avait promis de me donner des "lunes" (2),
pour que je fisse diligence à sonner les complies.
Elle allait souvent avec sa sœur et d'autres personnes à
l'église et l'ermitage dit de Bermont, qui avait été
fondé en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie. Elle
faisait beaucoup d'aumônes et travaillait volontiers, filant
et faisant les travaux utiles, ou bien, quelquefois, elle allait
à la charrue ou à son tour, gardait les animaux. C'est
tout ce que j'en sais.
IX.
L'arbre en question s'appelle communément l'abre
des dames. J'ai vu une dame au village, qui était la femme
du seigneur Pierre de Bourlémont, et la mère aussi
du seigneur Pierre qui allaient quelquefois se promener sous l'arbre
et emmenaient avec elles leurs demoiselles et les jeunes filles
du village. Elles emportaient du pain, du vin et des œufs.
Au printemps, et le dimanche de Lætare Jerusalem, qu'on
appelle des Fontaines, filles et garçons du village ont coutume
d'aller à l'arbre et aux fontaines et ils emportent des petits
pains qu'ils mangent sous l'arbre, et se promènent en chantant
et en dansant. Jeanne, dans son jeune temps, allait aussi, quelquefois,
avec les filles du village, s'ébattre et danser près
de l'arbre et de la Fontaine aux Groseilliers. Je ne sais rien d'autre.
X.
Quand Jeanne résolut de quitter la maison paternelle,
elle s'en alla à Vaucouleurs avec Durand Laxart, son oncle,
parler à Robert de Baudricourt, qui était alors capitaine
de Vaucouleurs. C'est tout ce que j'en sais.
XI.
Quant aux enquêtes, oui, je crois qu'il y en eut
de faites mais je n'ai pas souvenir en avoir vu faire ou non.
XII.
Quand les gens du village s'enfuirent à Neufchâteau
à cause du péril des gens de guerre, Jeanne la Pucelle
y alla avec son père et sa mère, emmenant avec eux
leurs bestiaux. Trois ou quatre jours après, elle revint
à Domrémy avec son père. C'est tout ce que
je sais.
Perrinus Drapparius, de dicto Dompno Remigio,
etatis LX annorum vel circa, duodecimus testis in huiusmodi inquisicionis
causa productus, iuratus et examinatus, in dicto Dompno Remigio,
anno et die iovis predictis, requisitus, per suum iuramentum [...]
Videlicet
Super I° eorumdem articulorum, sive interrogatoriorum, articulo,
incipiente : "Primo, de loco originis, etc..."; eciam
super II° et III° sequentibus articulis, sibi diligenter
expositis, requisitus,
"Dixit per dictum suum iuramentum quod Iohanna
la Pucelle, fuit oriunda de Dompno Remigio, ex Iacobo Darc
et Ysabelleta, coniugibus, laboratoribus probis et bonis catholicis,
et bone fame, prout vidit. Fuitque ipsa Iohanna baptizata in parrochia
dicte ville, et ecclesia beati Remigii eiusdem ; et, ut dicitur,
habuit patrinos et matrinas, quos non cognoscit, excepto quod adhuc
de presenti, in dicta villa, sunt due mulieres que dicuntur matrine
dicte Pucelle, videlicet Iobanneta, uxor Thouvenini Rotarii,
dicte ville et Iohanneta, relicta Thiescelini, de Vitello, in Novo
Castro commorans. Nec aliud scit."
Super IV° sequente articulo, incipiente : "Item, si
in primitiva etate, etc..."; edam super V°, VI°, VII°
et VIII° sequentibus articulis, sibi expositis diligenter, requisitus,
"Dixit per suum iuramentum quod dicta Iohanneta
la Pucelle, tempore sue iuventutis et intellectus, usque ad recessum
a domo patris erat et fuit filia bona, casta, simplex, verecunda,
non iurans Deum nec eius sanctos ; Deum timens. Frequenter ibat
ad ecclesiam ; sepe confitebatur, reddens sue consciencie causam
; quia ipse testis tunc temporis erat matricularius dicte ville
de Dompno Remigio ; et sepe videbat dictam Iohannam venire ad ecclesiam
in missis et complectoriis. Et dum ipse testis non pulsabat complectorias,
ipsa Iohanna eumdem testem causabat et vituperabat ; dicendo quod
non erat bene factum. Et ipsa Iohanna tunc promiserat eidem testi
dare lunas (2) ad finem ut diligenciam
haberet pulsandi complectorias. Dixit eciam idem testis quod ipsa
Iohanna sepe ibat, cum quadam sua sorore et aliis gentibus, ad quamdam
ecclesiam et heremum dictam de Bermont, fundatam in honore beate
Marie Virginis. Faciebat multas elemosinas. Libenter operabatur,
nendo et cetera neccessaria opera domus faciendo. Et aliquociens
ibat ad aratrum ; et, ad turnum, custodiebat animalia. Nec aliud
scit."
Super IX° sequence articulo, incipiente : "Item, quid
habet fama, etc...", requisitus,
"Dixit quod arbor articulata vocatur communiter
l'obre dominarum. Et vidit unam dominam in dicta villa, que
erat uxor domini Petri de Bollemont, et mater eiusdem domini
Petri, que aliquando ibant ad dictam arborem ad spaciandum ; et
secum ducebant domicellas suas ac nonnullas puellas dicte ville
; et portabant panem et vinum cum ovis. Dixit quod tempore veris,
ac in die dominico Letare Iherusalem, dicto des Fontaines,
puelle et iuvenes dicte ville consueverunt ire ad dictam arborem
et ad fontes ; et portant secum parvos panes, et comedunt sub illa
arbore ; et spaciantur coreando et cantando. Dixit eciam quod ipsa
Iohanna, tempore sue iuventutis, aliquando cum dictis puellis, dicte
ville, ad spaciandum et choreandum, cum eisdem puellis, ad dictam
arborem et ad fontem rannorum ibat. Nec aliud scit."
Super X° sequente articulo, incipiente : "Item, inquiratur,
etc...", requisitus,
"Dixit per suum iuramentum, quod dicta Iohanna,
quando voluit recedere a domo patris, ipsa cum quodam Durando Laxart,
eius avunculo, ivit ad Valliscolorem, locutum cum Roberto de Baudricuria,
tunc cappitaneo de dicto Valliscolore. Nec aliud scit."
Super XI° sequente articulo, incipiente : "Item, si
in dicta patria, etc..", requisitus,
"Dixit quod credit quod fuerunt facte informaciones.
Actamen non est advisatus nec recordatur si viderit fieri, vel ne."
Super XII° sequente articulo, incipiente : "Item, si
quando, etc...", requisitus,
"Dixit quod, quando gentes dicte ville, propter
armatos, fugerunt ad villam de Novo Castro, dicta Iohanna la
Pucelle, cum patre et matre suis, iverunt et duxerunt sua animalia.
Et per tres aut quatuor dies post, ipsa cum suo patre rediit ad
dictam villam de Dompno Remigio. Nec aliud scit."
Plura nescit. Citatus venit. Nec amore [...]
Et fuit sibi iniunctum, etc...
Sources
:
- "Procès de réhabilitation" - Joseph Fabre
- ed.1915 - tome I,
- "Procès de Jeanne d'Arc" - E.O'Reilly - 1868
- "La rédaction épiscopale du procès de
1455-1456" - Paul Doncoeur et Yvonne Lanhers - 1961.
Notes :
1 Complies : office religieux du soir.
2 lunas : traduit gâteaux par H.Wallon et la plupart des historiens.
Michaud et Poujoulat, dans leur "Vie de Jeanne d'Arc"
donnent des lunes comme étant des pièces de monnaie
lorraine.
E. O'Reilly et R. Pernoud le traduisent "de la laine".
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