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Procès
de réhabilitation
Déposition
de Zabillet, femme de Gérardin d'Épinal |
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Zabillet,
femme de Gérardin d'Épinal, cultivateur demeurant
à Domrémy, 50 ans, 18ème témoin produit,
interrogée le 30 janvier 1456
I à III.
Jeannette était originaire de Domrémy et de
la paroisse du lieu ; les époux Jacques d'Arc et Zabillet
étaient bons cultivateurs, vrais chrétiens, de bonne
réputation. Elle eut pour parrain Jean Moreau, de Greux,
et pour marraines, à ce qu'on disait, Jeannette Roze et Jeannette
de Vittel. C'est tout ce que je sais.
IV à VIII.
Dans ma jeunesse, j'ai connu les parents de Jeannette,
et Jeannette elle-même dans sa jeunesse, aussi longtemps qu'elle
demeura chez ses parents ; elle était élevée
dans la foi chrétienne et les bonnes mœurs ; elle était
simple, bonne, réservée, dévôte et craignant
Dieu, à ma connaissance. Elle allait à l'église,
volontiers et souvent ; quelquefois, c'était à l'Église
de Notre-Dame de Bermont.
Elle donnait de bonne grâce des aumônes, hébergeait
les pauvres, et préférait coucher près du foyer,
afin de les laisser coucher dans son lit ; on ne la voyait pas traîner
par les chemins ; elle se tenait à l'église, en prière
; elle ne dansait pas, et les autres camarades s'en plaignaient
; elle travaillait volontiers, filait, cultivait la terre avec son
père, vaquait aux besognes ménagères, et quelquefois
gardait les bêtes ; elle allait volontiers et souvent se confesser
; je le sais, parce que Jeannette la Pucelle était ma commère
(1), qu'elle avait tenu sur les fonts
mon fils Nicolas ; souvent, j'allais avec elle et la voyait aller
se confesser à l'église,
auprès de Messire Guillaume, notre curé.
IX.
J'ai toujours entendu appeler cet arbre "AuxLoges-les-Dames"
; quand le château du village était encore en prospérité,
les seigneurs et les dames de Domrémy allaient faire la sieste
dessous, le dimanche de Lætare Jerusalem, appelé
"des Fontaines", et quelquefois, en été,
ils emmenaient avec eux filles et garçons. Je le sais parce
que j'y suis allée moi-même avec le seigneur Pierre
de Bourlemont et sa dame qui était de France ; plusieurs
fois aussi avec les filles du village, tant au printemps que le
dimanche des Fontaines. Les filles et les garçons, ce dimanche-là,
ont coutume de se rendre auprès de cet arbre, pour s'ébattre
à leur plaisir ; ils apportent du pain pour manger, et Jeanne
y allait avec eux, ce dimanche-là, en apportant son pain
comme les autres ; après, ils allaient boire à la
fontaine aux Groseilliers ; c'était la coutume ; encore maintenant,
on apporte des petits pains et on vient s'ébattre auprès
de l'arbre. C'est tout ce que j'ai à dire.
X.
J'ai entendu Durand Laxart dire que c'est lui qui la
mena au Sire Robert de Baudricourt, qu'elle lui avait dit de dire
à son père qu'elle allait aider sa femme qui était
en couches ; afin qu'il la menât au sire Robert. Je n'en sais
pas plus.
XI.
dit ne rien savoir de l'article XI.
XII.
Jeanne alla à Neufchâteau, en compagnie
de son père, de sa mère, de ses frères et soeurs
(2) qui, à cause des gens de
guerre, y avaient conduit leurs animaux ; mais elle n'y resta pas
longtemps et revint à Domremy avec son père (3),
ce que j'ai vu moi-même ; cela l'ennuyait de rester à
Neufchâteau ; elle disait qu'elle préférait
demeurer à Domrémy.

Ysabelleta,
uxor Gerardini de Spinalo, laboratoris in dicta Dompno Remigio,
commorantis, etatis L annorum et ultra, decima octava testis in
hac inquisicionis causa, producta iurata et examinata in dicto Dompno
Remigio, anno et die veneris penultima mensis ianuarii, predictis,
requisita per suum iuramentum [...] Videlicet
Super I° eorumdem articulorum articulo, incipiente : "Primo
de loco originis, etc..." ; eciam super II° et III°
sequentibus articulis, sibi diligenter perlectis, requisita,
"Dixit quod, prout vidit, ipsa Iohanneta la
Pucelle fuit oriunda de dicto Dompno Remigio et parrochia eiusdem
loci, ex Iacobo Darc et Ysabelleta, coniugibus, bonis laboratoribus,
veris catholicis, et bone fame. Dixitque quod Iohannes Morelli,
de Greu, erat patrinus, et Iohanneta Roze, et Iohanneta
de Vitello, matrine, prout dicebatur communiter, dicte Iohannete.
Nec aliud scit."
Super IV° sequente articulo, incipiente : "Item, si
in primitiva etate, etc..." ; eciam super V°, VI°,
VII° et VIII° sequentibus articulis, sibi debite expositis,
requisita, per dictum suum iuramentum,
"Dixit quod a iuventute sua cognovit patrem et
matrem dicte Iohannete, et ipsam Iohannetam, tempore eciam sue iuventutis,
et tamdiu quamdiu stetit cum patre et matre suis. Et erat ipsa Iohanneta
in fide catholica et bonis moribus imbuta. Erat eciam simplex, bona,
verecunda, devota ac Deum timens, ut sibi videbatur. Ibat enim ad
ecclesiam libenter, et sepe. Et aliquociens ibat ad ecclesiam beate
Marie de Bermont. Dabat libenter elemosinas ; faciebat hospitare
pauperes ; et volebat iacere in focario, et quod pauperes cubarent
in sue lecto. Non enim videbatur per viam. Sed stabat in templo,
orando. Non cantabat, non tripudiabat. Ita quad sepe ab aliis iuvenculis
et aliis causabatur. Laborabat libenter nendo, cultivando terram
cum patre ; neccessaria domus faciendo ; et aliquociens animalia
custodiendo. Eciam confitebatur libenter et sepe, prout vidit ;
quia dicta Iohanneta la Pucelle erat sua commater, et tenuerat
ad fontem Nicolaum, filium suum. Et sepe ibat cum ea, et videbat
cam ire ad confessionem in ecclesia domino Guillermo, tunc curate.
Nec aliud scit."
Super IX° sequente articulo, incipiente : "Item, quid
habet fama, etc..." requisita,
"Dixit per suum iuramentum quod semper audivit
vocare illam arborern "ad lobias dominarum". Et dixit
quod, dum fortalicium dicte ville erat bonum, domini et domine temporales
eiusdem ville ibant ad solacium subtus illam arborem, in die dominico
Letare lherusalem, dicta des Fontaines, et aliquociens,
tempore estatis. Et ducebant secum puellas et pueros ; et hoc scit
quia alias fuit cum domino Petro de Boullemont, domino dicte
ville et eius uxore, que erat de Francia ; et pluries cum puellis
dicte ville, tam tempore veris, quam in dicta dominico des Fontaines.
Dixit adhuc quod puelle et pueri iuvenes dicte ville, in dicto dominico
des Fontaines, consueverunt ire ad illam arborem, ad solacium
et ad spaciandum. Portant panes ad comedendum ibidem. Ipsaque Iohanna
cum eisdem ibat, in dicto dominico, ad spaciandum et iocandum cum
eisdem, et portabat suum panem. Et postea veniebant bibitum ad fontem
rannorum. Et propter modum, quia modus est adhuc talis, quod portant
panes parvos, et ibidem iocose spaciantur. Nec alias sciret deponere."
Super X° sequente articulo, incipiente : "Item, inquiratur,
etc...", requisita,
"Dixit quod audivit dici Durando Laxart,
qui eam duxit domino Roberto de Baudricuria, quod ipsa dixerat sibi
quod ipse diceret patri suo quad ipsa iret [relevatum] suam uxorem,
ad finem ut eam duceret domino Roberto. Nec aliud scit."
Super XI° sequente articulo, incipiente : "Item, si
in dicta patria, etc...", requisita,
"Dixit se penitus nichil scire."
Super XII° sequente articulo, incipiente : "Item, si
quando, etc...", requisita,
"Dixit quod ipsa Iohanna fuit in Novo Castro, cum
patre, matre, fratribus et sororibus suis, qui, propter armatos,
duxerunt animatia sua ad Novum Castrum. Sed in dicto Novo Castro
non multum remansit. Que ad dictam villam de Dompno Remigio rediit,
cum suo patre, prout vidit idem testis. Quia nolebat manere in dicto
loco. Sed dicebat quod preeligebat manere in dicto Dompno Remigio.
Nec aliud scit."
Plura nescit. Citata venit. Nec amore [...]
Et fuit sibi iniunctum, etc.
Sources
:
- "Procès de réhabilitation" - Joseph Fabre
- ed.1915 - tome I,
- "Procès de Jeanne d'Arc" - E.O'Reilly - 1868
- "La rédaction épiscopale du procès de
1455-1456" - Paul Doncoeur et Yvonne Lanhers - 1961.
Notes :
1 Commère : marraine de son enfant.
2 Le témoignage précise bien "ses" soeurs
bien que la seule Catherine soit connue.
3 Ce qui laisserait supposer que sa mère et le reste de sa
famille sont encore restés quelque temps à Neufchâteau
(ndlr)
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